thumb|Manifestation contre les « allégations de génocide » dans l'avenue Istiklâl (Istanbul) à l'occasion de son centième anniversaire : avec les drapeaux azerbaïdjanais et la bannière : « L'Amérique est le problème ». thumb|Mémorial et musée des martyrs turcs massacrés par les Arméniens Iğdır, Turquie

La négation du génocide arménien est la contestation ou la remise en cause de la réalité historique du génocide commis par l'Empire ottoman d' à contre le peuple arménien ou de la nature génocidaire des massacres commis durant cette période.

Contestation de la qualification de génocide upright=1.7|thumb|La reconnaissance du génocide arménien dans le monde Un génocide est, par définition, la tentative d'extermination intentionnelle et organisée d'un peuple. C'est notamment sur cette notion d'organisation que certains historiens remettent en cause le caractère génocidaire des massacres perpétrés envers les Arméniens.

Dans un article paru dans le quotidien français Le Monde le , Bernard Lewis, orientaliste anglo-saxon, parle de la . Il affirme qu'il n'y aurait aucune preuve sérieuse impliquant le gouvernement Jeunes-Turcs dans les massacres des Arméniens. Sa position consiste également à relever des différences entre le cas arménien et le cas des Juifs lors de la Shoah : par exemple, il affirme que les Arméniens n'ont pas fait l'objet d'une campagne de haine comparable aux campagnes antisémites, ni par son ancienneté (l'antagonisme turco-arménien remonte au milieu du , l'antisémitisme à l'Antiquité), ni par sa virulence. Il argue que les Arméniens d'Anatolie occidentale n'ont pas fait l'objet de grandes déportations. Le de la même année, Le Monde publie une réponse commune d'universitaires affirmant qu'il s'agit bien d'un génocide, et parlant d'erreurs dans la démarche de, soulignant notamment que des déportations ont bien eu lieu en Anatolie occidentale. Dans une lettre au Monde publiée dans l'édition datée du , maintient et précise sa position. Bernard Lewis est condamné pour cet article écrit , à une peine symbolique d'un franc de dommages et intérêts à verser au forum des associations arméniennes de France et à la ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA). Le tribunal de grande instance de Paris, dans un jugement du n'accuse ni d'avoir nié le génocide, ni d'avoir rédigé un article de propagande, mais d'avoir occulté des preuves à charge contre le gouvernement ottoman, et ainsi d'avoir . Cette décision de justice est critiquée par les historiens militants du collectif Liberté pour l'histoire, comme Madeleine Rebérioux et Pierre Nora, qui dénoncent une atteinte à la liberté d'expression et craignent une implication de plus en plus soutenue des corps législatif et judiciaire dans les travaux des historiens. À l'inverse, les historiens et personnalités du mouvement « Ne mélangeons pas tout » regroupant 31 personnalités dont Serge Klarsfeld, Claude Lanzmann, Yves Ternon, précisent que .

Dans un dossier de la revue L'Histoire d' et consacrée au génocide des Arméniens, Gilles Veinstein, turcologue français, reprend une partie de la thèse de Bernard Lewis et axe son argumentation selon trois points : tout d'abord concernant le nombre de victimes arméniennes, il critique le nombre habituellement donné de 1,5 million de victimes, rappelant que certains chercheurs sont arrivés à d'autres résultats, et citant notamment Justin McCarthy. Son deuxième point consiste à rappeler que beaucoup de Turcs ont également été tués pendant cette période. Troisièmement, comme Bernard Lewis et dans une certaine mesure Erik-Jan Zürcher, il conteste l'implication du gouvernement Jeunes Turcs dans les massacres. C'est sur ce troisième point que se décide l'application ou non du terme « génocide ». remet en cause les documents Andonian — il s'agit principalement de télégrammes prouvant, s'ils sont authentiques, la planification des massacres par différents organes centraux du pouvoir —, les procès d'Istanbul et les témoignages des diplomates occidentaux, y compris ceux alliés à l'Empire ottoman durant la guerre. Il affirme que plusieurs centaines () de soldats et d'officiers coupables de massacres ont été traduits devant la justice militaire ottomane dès 1916, argument fondé sur un ouvrage de Kâmaran Gürün, mais contesté par Taner Akçam, qui s'appuie sur les archives ottomanes. Vahakn Dadrian reconnaît quant à lui l'existence de certains procès dès 1916, mais il s'agit selon lui de procès institués par le général Vehib et non le pouvoir central, et mettant justement en cause le comité central Jeunes-TurcsContribution à Israel Charny (), Le Livre noir de l'humanité, Privat, 2001, , qui n’a toutefois pas pu empêcher la tenue de ces procès. Vahakn Dadrian puis Yves Ternon reviendront sur la polémique concernant les documents Andonian, concluant finalement à leur probable authenticité. Contrairement à Bernard Lewis, Gilles Veinstein a toutefois tenu des propos nuancés, et qualifie tout de même les massacres de . Très critiqué à la suite de cet article, il reconnut par la suite qu'il n'était pas spécialiste de l'événement et que « l'article (incriminé) est tout à fait marginal alors [qu'il en a] commis deux mille dans [son] travail scientifique ».

D'une manière plus générale, certains turcologues français considèrent que le terme génocide ne peut être employé avec certitude, soit qu'ils en contestent formellement la pertinence — Louis Bazin, Robert Mantran, Maxime RodinsonLe Monde, —, soit qu'ils considèrent que le débat n'est pas tranché — Paul Dumont, François GeorgeonPaul Dumont et François Georgeon, contribution à Robert Mantran (), Histoire de l'empire ottoman, Fayard, 1989 et Paul Dumont, Mustapha Kemal invente la Turquie moderne, Éditions Complexe, 1997, et Thierry ZarconeThierry Zarcone, La Turquie. De l'empire ottoman à la République d'Atatürk, Gallimard, 2005.

Le professeur Guenter Lewy, de l'Université du Massachusetts, a publié un ouvrage en 2005The Armenian massacres in Ottoman Turkey : a disputed genocide, University of Utah Press, 2005 où il conteste les éléments à charge contre le gouvernement ottoman. Cet ouvrage a été présenté par deux articles, l'un dans et l'autre dans Commentary« The First Genocide of the 20th Century? », Commentary, décembre 2005. Plusieurs critiques ont été faites quant à ces articles, auxquelles a répondu« Letters from Readers », Commentary, janvier 2006. a ensuite publié une nouvelle critique de l'article publié par , parlant , et a mis en doute l'honnêteté de l'argumentation de Vahakn Dadrian responds to Guenther Lewy, 18 octobre 2005, http://jihadwatch.org/dhimmiwatch/archives/008594.php. En revanche, le livre de Guenter Lewy a été salué par une critique positive de l'historien allemand Eberhard Jäckel, professeur honoraire à l'université de Stuttgart..

Le débat entre Guenter Lewy et Vahakn Dadrian Guenter Lewy tente de montrer que le terme génocide n'est pas approprié pour qualifier les massacres des Arméniens. Il estime que la thèse arménienne repose sur trois points principaux : les procès consécutifs à la défaite des Ottomans, le rôle de l'Organisation spéciale et les documents Andonian.

Concernant la série de procès, Lewy dénonce d'abord l'ensemble du système pénal ottoman, où le juge « agit plus comme un procureur que comme un juge impartial », et où la défense n'a pas accès aux dossiers de l'accusation. Dadrian fait remarquer que ce système n'est absolument pas anormal puisqu'il s'agit d'un système avec procédure inquisitoire comme c'est le cas dans certains pays comme en France, et contrairement aux systèmes accusatoires utilisés notamment dans les pays anglo-saxons.

Lewy affirme ensuite que la cour se serait appuyée uniquement sur des documents, n'entendant pas un seul témoin. L'affirmation est largement contredite par Dadrian, qui affirme que 12 témoins ont participé aux procès de Yozgat, 38 à ceux de Trébizonde et une douzaine à ceux de Harpout.

Puis, citant la déposition du général Vehib, Lewy regrette d'une part que celle-ci soit partielle et que son contexte soit perdu, et d'autre part qu'elle soit considérée par Dadrian comme une preuve. Cependant, Dadrian relève que le texte entier n'est pas perdu puisqu'il fut publié dans son intégralité par divers journaux d'époque, et d'autre part que cette déposition servit de fait de chef d'accusation lors des procès.

Pour terminer sur la question des procès, Lewy cite trois représentants occidentaux : Lewis Heck, S.A.G. Calthorpe et John de Robeck, lesquels critiquent sévèrement ces procès, les qualifiant de « farce » ou « d'échec ». Pour Dadrian, même si Heck a en effet critiqué les procès, il n'en était pas moins clair à propos des massacres en les nommant « Le grand crime » et en dénonçant la participation des autorités turques dans ce crime. Toujours selon Dadrian, Calthorpe et de Robeck ont critiqué ces procès non pas pour leur sévérité envers les responsables turcs mais au contraire parce que le tribunal militaire était selon eux inapte à juger ces crimes, au détriment des Arméniens.

Concernant ce que Lewy appelle le second pilier de l'accusation de génocide, il affirme qu'aucun élément ne prouve que l'Organisation spéciale fut mêlée aux massacres. L'Organisation spéciale a été considérée lors des procès comme étant l'acteur du génocide, et comme étant largement composée de prisonniers enrôlés dans ce but. Dadrian soutient cette version. Cependant selon Lewy, si l'Empire ottoman a relâché des prisonniers c'était uniquement pour augmenter ses ressources humaines durant la guerre. Il affirme qu'à l'exception du verdict du principal procès, rien n'indique que l'Organisation spéciale, à l'aide de ces prisonniers, tint le rôle principal dans les massacres. Dadrian contredit cette affirmation, notant que d'autres sources permettent de mettre en lumière l'utilisation de prisonniers par l'Organisation spéciale : en premier lieu, le colonel ottoman Behic Erkin a déclaré durant la guerre, devant le parlement ottoman, que Il note également le verdict du tribunal de Harpout qui accuse le qui supervisa l'utilisation des prisonniers dans certaines parties de l'empire.

Ensuite, Lewy accuse Dadrian de manipuler ses sources, affirmant que rien n'indique que le colonel allemand Stange, contrairement aux affirmations de Dadrian, ait un lien avec l'Organisation spéciale. Il relève par ailleurs qu'un tel lien serait étonnant au regard des tensions entre les services secrets allemands et ottomans. Il note également que selon un officier allemand, le détachement de Stange inclut des Arméniens. Cependant pour Dadrian, les indications d'un lien entre le colonel Stange et l'Organisation spéciale existent bel et bien : à commencer par le , consul austro-hongrois à Trébizonde, où l'Organisation spéciale tenait son centre de logistique. Selon Dadrian, dans l'un de ses rapports il révèle que des prisonniers étaient également enrôlés dans le détachement de Stange, lequel opérait dans l'est de la Turquie. De plus, dans les notes d'un officier turc ayant participé aux opérations militaires de Stange, est écrit que lequel englobait les bandes de tueurs de deux chefs notables, Topal Osman et Deli Halit, lesquels ont joué un rôle important dans le génocide.

Lewy accuse encore Dadrian de avec ses sources, cette fois concernant Eşref Kuşçubasi, l'un des chefs de l'Organisation spéciale. Alors que Dadrian affirme qu'il a admis avoir participé aux massacres, Lewy affirme qu'il l'a toujours nié. Pour Lewy, Dadrian est arrivé à cette conclusion via « des ellipses sélectives et des paraphrases imprécises ». Pour Dadrian, il aurait admis les faits à la suite de l'assassinat par un Arménien de l'ancien Grand Vizir Said Halim à Rome en 1921, en déclarant . Il affirme également que ces opérations étaient tenues secrètes même des cabinets ministériels.