La Chapelle royale était une institution religieuse relevant du roi de France, destinée à chanter et jouer dans les offices religieux royaux. La célébration chantée des offices religieux a certainement toujours fait partie du christianisme. Lorsque Clovis fonde le royaume Franc, il se convertit au christianisme et il crée à ses côtés une institution pour la célébration des offices royaux ; la Chapelle royale est née. Au fil des siècles, elle sera composée d'ecclésiastiques et de laïcs, elle étendra son rôle en fournissant des évêques et en éduquant les futurs rois de France, qu'elle accompagnera tout au long de l'histoire jusqu'à sa disparition, avec la monarchie d'Ancien Régime, dans les tourbillons de la Révolution française.

thumb|Sainte-Chapelle à Paris, Chapelle royale construite par Saint Louis (1248). thumb|Chapelle du château de Versailles, dernière Chapelle royale construite (1710).

Terminologie

Avant Charlemagne, le lieu où était célébré le culte se nommait , ou (on ne connait que les noms latins puisque c'était la langue de l'écrit à cette époque). Saint Benoît emploie le premier terme dans sa règle, chapitre LII, rédigée vers 530 : (De l'oratoire du monastère).

Mais lorsque l'empereur place dans son oratoire d'Aix le manteau de saint Martin de Tours, le bâtiment qui l'abrite prend rapidement le nom de la relique. L'objet se nommant alors , le temps va le déformer en , puis chapelle. Et ce mot va ensuite servir à désigner tout bâtiment contenant une relique. Dans une chapelle, la célébration de la messe doit être exécutée sur une table (l'autel), au-dessus du martyr ou de la relique importante, objets qui remplacent les animaux sacrifiés dans la tradition hébraïque. Le terme latin religieux (m. pl.), origine du mot « autel », désigne un support placé sur la table des sacrifices (Le Robert, Dictionnaire historique de la langue française, ).. Par la suite, il signifie plus généralement l'oratoire du palais d'un souverain, puis aussi les chanteurs et autres services attachés à cet oratoire. Le terme français « chapele » apparaît vers 1080 dans La Chanson de Roland pour désigner la chapelle de Charlemagne à Aix. En fondant la Sainte-Chapelle, en 1248 à Paris, saint Louis rétablira l'emploi ancien. Terme latin 679 . D'après l'abbé Archon, l'abbé Marculfe employait déjà le mot au milieu du , sous le règne de Clovis II : . : manteau (chape) de saint Martin, relique conservée à la cour des rois des Francs 788 : trésor des reliques royales et oratoire du palais royal abritant ce trésor 801 : une partie de l'oratoire rattaché à un domaine privé 832 : petite chapelle dédiée à saint Ouen et bâtie à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) Terme français 1080 : sanctuaire du palais d'un souverain 1405 : partie adjacente d'une église, où se trouve un autel secondaire 1527 : groupe d'ecclésiastiques desservant une chapelle 1549 : groupe de musiciens et de chanteurs sous la direction d'un maître de chapelle

Histoire Sous le règne des Mérovingiens Les renseignements sur cette époque ne sont pas nombreux, même dans la première chronique royale française, lHistoire des Francs, par saint Grégoire. On établit cependant qu'avant de devenir la Chapelle royale, les oratoires auprès des résidences royales étaient soutenus par les rois et reines mérovingiens, certains très pieux.

Si l'absence de notation musicale rend impossible la restitution de la musique jouée à l'époque, on sait néanmoins que les offices sont chantés par les ecclésiastiques à la cour des Francs. Par exemple, d'après saint Ouen, saint Éloi sait chanter les psaumes : Par ailleurs, le concile de Tours de 567 confirme l'usage des psaumes, dont les hymnes, par exemple les hymnes ambrosiens.

Clovis et sainte Clotilde thumb|upright=0.8|Statue de sainte Clotilde dans le jardin du Luxembourg (Jean-Baptiste-Jules Klagmann, 1847), première reine chrétienne des Francs, fondatrice de plusieurs établissements religieux, comme la basilique Saint-Germain d'Auxerre.

L'histoire de la Chapelle royale commence au baptême de Clovis, un jour de Noël, vraisemblablement entre 496 et 499, dans la quinzième année de son règne. Ce baptême est relaté dans lHistoire des Francs de saint Grégoire, citant certainement la biographie de saint Rémi alors en sa possession, biographie écrite peu de temps après la mort du saint mais perdue de nos jours.

La reine Clotilde étant déjà chrétienne (elle n'eut d'ailleurs de cesse de convaincre son mari de se convertir), ils deviennent le premier couple de souverains chrétiens. On ignore dans quel lieu ils assistent alors aux offices, mais on peut supposer qu'il existait un oratoire provisoire situé à proximité ou dans le palais de Constance Chlore, résidence parisienne présumée du couple royal. Voir aussi . Le couple fait ensuite bâtir un oratoire royal, la basilique des Saints-Apôtres, future Abbaye Sainte-Geneviève de Paris. Le roi y est inhumé en 511 . Devenue veuve, il est probable que la reine assure alors la régence et qu'elle conserve cette basilique comme oratoire Selon Grégoire de Tours (livre III, chap. 18), la reine résidait à Paris..

Clotilde fonde ensuite plusieurs abbayes et oratoires royaux comme la basilique d'Auxerre et, la plus importante à ses yeux, l'abbaye Saint-Martin de Tours. Dans la ville royale de Chelles, près de Paris, elle crée un oratoire modeste dédié à saint Georges et y affecte une petite congrégation de religieuses. Les Carolingiens en feront plus tard une des perles monastiques de la France.

Après la mort de son fils Clodomir en 524, elle se retire dans l'abbaye Saint-Martin de Tours. L'abbaye devient alors l'oratoire royal le plus important du royaume franc et les rois mérovingiens en seront les abbés laïcs, comme les rois carolingiens seront plus tard ceux de la Basilique Saint-Denis. La relique du manteau de Saint Martin de Tours joue un grand rôle dans l'histoire de la Chapelle royale.

À sa mort, vers 545La date traditionnelle de 545 n'est pas certaine ; , indique 544 (, tandis que , indique 548, de façon apparemment mieux étayée., Clotilde souhaite être inhumée aux côtés de son époux à Paris.

Thibert Selon saint Grégoire de Tours, son oncle, saint Gal Ier de Clermont, est l'un des officiers auprès de l'oratoire de Thibert . L'abbé Archon précisait sa référence : Vita Patrum (Vies des Pères), tome VI, souverain du royaume de Reims (future Austrasie), y compris l'Auvergne.

Le culte de sainte Radegonde La reine Radegonde ayant quitté son époux Clotaire , meurtrier du frère de celle-ci, l'abbaye Sainte-Croix de Poitiers, qu'elle avait fondée et qu'elle habitait, ne peut pas être considérée comme royale. Néanmoins, durant la guerre de Cent Ans, le culte de sainte Radegonde est établi à la cour des rois de France. Poitiers restant fidèle à la couronne, Charles VII y établit sa chapelle royale.

Gontran Saint Grégoire de Tours, ami de saint Gontran, souligne la bonne chrétienté de ce roi de Bourgogne. Il est probable que ce dernier assiste fréquemment à l'office des matines - 49 dans son oratoire de Chalon-sur-Saône, l'évêque de Tours précisant son goût pour le chant religieux.

À Saint-Marcel, près de Chalon, le roi fonde une abbaye royale dans laquelle il séjourne souvent. Le 4 juillet 585, jour de la fête de Saint Martin de Tours, le roi arrive à Orléans pour participer à un festin tenu le lendemain :

Childebert II Le roi d'Austrasie Childebert II, successeur de Gontran, possède un oratoire doté de nombreuses tombes mérovingiennes dans sa ville de Molsheim. Saint Grégoire de Tours le mentionne, dans l'''Histoire des Francs, en relatant la tentative d'assassinat du roi..

Des clercs permanents auprès de l'oratoire de Clotaire II Depuis le temps du roi David, le rôle de confesseur est la première fonction du prêtre à la cour. Sous les Mérovingiens, son rôle évolue. L'abbé, chef du clergé, obtient de plus en plus de fonctions, y compris celles de responsable des offices et de l'oratoire palatial. Ainsi, le roi Clotaire II nomme-t-il l'évêque de Cahors, saint Rustique, Abbatiam Palatini Oratorii regalis. Ce dernier est donc le premier chapelain du roi de l'histoire. Mais les évêques de Chartres (saint Béthaire) et de Bourges, (saint Sulpice) se gratifient eux-mêmes de cette fonction, en tant que prédécesseur et successeur de saint Rustique.

Afin d'établir l'autorité de l'oratoire royal et de normaliser l'élection des évêques, l'édit de Clotaire II établit en 614 que le roi est non seulement le chef du royaume (), mais aussi celui de l'Église.

Dagobert et Saint-Denis

thumb|left|upright=0.8|Le songe de Dagobert selon le songe de Jacob (), dans les Grandes Chroniques de France, de Jean Fouquet .

Dagobert est le premier roi des Francs à transformer l'église de Saint-Denis en oratoire royal.

La fondation de l'église est connue et attribuée à sainte Geneviève par une biographie rédigée vers 520. Malgré un contexte troublé. Faute de protection, l'église aurait subi les vols par l'armée de Sigebert Ier en 574 selon un manuscrit latin relatant l'Histoire des Francs, publié en 1885 par Krusch, . Cependant, ce passage ne se trouve pas dans les deux livres publiés en France au .. Selon l'Histoire des Francs de saint Grégoire de Tours, son autel dut être privé de la célébration liturgique, en 579, à cause d'une querelle sanglante entre deux familles (), la première communauté s'y établit vers 600. Elle suit la règle de saint Colomban et est placée sous l'autorité de l'évêque de Paris, Dodon.

Au , le domaine de Clippiacum, aujourd'hui situé sur le territoire de la commune de Saint-Ouen, proche des reliques de saint Denis, patron des rois francs de l'époque : , est le principal palais de ceux-ci. Clotaire II, Dagobert et Clovis II y siègèrent. On sait de manière certaine que le domaine possède son propre oratoire car, à la mort de Saint Ouen, en 639, il est suffisamment grand pour y accueillir les nombreux évêques venus assister aux obsèques.

Dagobert décide cependant que la communauté de Saint-Denis doit devenir le véritable centre de prières pour les rois mérovingiens. Dans ce but, il donne des villages aux marguilliers de l'abbaye (Écouen en 632, Ursines en 633, Saclas, Toury, Tivernon, Rouvray, Monnerville, Garsanval en 635) afin de l'enrichir matériellement. Celle-ci et la ville qui l'entoure s'accroissent alors fortement. La communauté devient tellement nombreuse que les offices pour la dévotion du roi sont assurés jour et nuit, plus précisément selon le rite de la laus perennis ou louange perpétuelle adopté par ce souverain, c'est-à-dire une prière permanente afin que la dynastie mérovingienne soit toujours protégée par Dieu.

Il fait ensuite construire un nouvel oratoire sur l'ancienne tombe de saint Denis. Le fait est relaté dans la Vie de Dagobert (Gesta Dagoberti). Cette œuvre, écrite vers 835, sans doute par Hilduin de Saint-Denis ou Hincmar de Reims, pour , est un témoignage important citant plusieurs actes perdus, bien que ces derniers restent parfois douteux. Cependant, la Chronique de Frédégaire du , tout en manquant de détails, attribue assez sûrement la construction de l'abbaye à Dagobert .

Les travaux et fouilles archéologiques dans la nécropole royale fixent l'origine du lieu à la période du Bas-Empire, avec des modifications à l'époque de sainte Geneviève. La Vie de saint Éloi, remaniée au , permet au d'établir avec certitude que Dagobert réaménage à son tour le lieu. La recherche archéologique réussit à identifier le demandeur des travaux comme étant Dagobert : afin d'y être inhumé ainsi que ses épouses. Il devient ainsi le premier roi Franc à reposer à Saint-Denis.

La bibliothèque de Karlsruhe conserve une description détaillée de la basilique, rédigée en 799 et envoyée vers 830 à l'abbaye de Reichenau : .

Clovis II et sainte Bathilde thumb|upright=0.8|Statue de sainte Bathilde dans le jardin du Luxembourg (Victor Thérasse, 1848), fondatrice de l'abbaye royale de Chelles.