L'astroblème du Nördlinger Ries est une dépression située en Allemagne au nord du Danube, près de la ville de Nördlingen, dans le land de Bavière (district de Souabe, arrondissement de Danube-Ries).
Tenant compte des roches qu'on y trouve, en particulier les suévites, le Nördlinger Ries a d'abord été considéré comme un ancien volcan. En 1960, on a prouvé qu'il s'agissait d'un astroblème, c'est-à-dire la trace de l'impact d'un météoroïde, vieux d'environ d'années (Miocène moyen). Il compte parmi les cratères météoritiques les plus importants à la surface de la Terre.
Le Nördlinger Ries est presque circulaire et son relief plat le distingue du paysage accidenté qu'on trouve en Franconie et en Souabe.
vignette|350px|Carte topographique avec le Nördlinger Ries.vignette|350px|Vue du Nördlinger Ries depuis la montagne de Blasenberg. Les collines boisées à droite forment le bord méridional du cratère.
Toponymie Le mot Nördlinger, qui est aussi un patronyme allemand mais qui fait ici référence à la ville de Nördlingen (située dans le cratère), provient de Nordilinga, nom d'un domaine royal carolingien mentionné dans un document de 898.
Le mot Ries provient du nom de la province romaine de Rhétie (Rætia), car c'est par ici que l'on pénétrait dans cette province en venant de l'ouest..
Localisation La dépression de Ries se trouve au nord du Danube, à environ 20 km au nord-ouest de Donauworth et environ 30 km au nord de Dillingen. Nuremberg est au nord-est, à environ 80 km, et Stuttgart à l'ouest, à environ 100 km.
Elle sépare le Jura souabe (au sud-ouest) du Jura franconien (au nord-est).
Elle est traversée par un affluent du Danube, la Wörnitz, qui présente ici de nombreux méandres.
Le Nördlinger Ries est partagé entre plusieurs communes : Nördlingen, Harburg, Öttingen,
Description Le Nördlinger Ries est presque circulaire (environ 22 x 24 kilomètres). Le cratère n'apparaît pas clairement à cause de sa dimension et de l'érosion éolienne. Du sol, on voit le bord du cratère comme une sorte de chaîne de collines qui court autour de l'horizon et couverte de forêts.
Le sol du cratère actuel se trouve à environ 100 à au-dessous des points culminants du Jura souabe et du Jura franconien. À l'intérieur du cratère, on remarque une chaîne de collines circulaire (remblai interne, anneau interne ou anneau cristallin) qui différencie le Nördlinger Ries .
Dans l'anneau interne, on peut voir la Marienhöhe (« Colline de Marie ») près de Nördlingen, les rochers de Wallerstein ou « Wennenberg » près d'Alerheim.
Problème de l'origine de la dépression Théories anciennes Pendant plus d'un siècle, les géologues ont eu de grandes difficultés à expliquer l'origine du Ries et de ses roches inhabituelles, ce qui a fait que différentes interprétations se sont concurrencées au fil du temps. Étant donné que la suévite présente dans le Ries ressemble au tuf volcanique, on a d'abord supposé une origine purement volcanique. Dans ce contexte, Oliver Sachs a forgé les termes d'« époque pionnière » (jusqu'en 1870) et de « début de la recherche protomoderna sur le Ries » (à partir de 1870), c'est-à-dire la période à partir de laquelle les premières théories détaillées sur la formation du Ries de Nördlingen ont été connues.
En 1805, Mathias von Flurl, fondateur de la géologie en Bavière, définit ainsi le Ries comme un ancien volcan.
En 1870, Carl Wilhelm von Gümbel étudie la distribution de la suévite dans le cratère et en conclut à l'existence d'un « Ries-Vulkan » qui a toutefois complètement disparu au cours de l'histoire de la Terre, de sorte qu'il n'y a plus que les roches éjectées par lui qui sont observables.
En 1901, Wilhelm Branco et Eberhard Fraas essayent de démontrer qu'il ne s'agissait pas d'un volcan. Une chambre magmatique souterraine aurait d'abord soulevé le sous-sol avant d'être envahie par l'eau par des évaporations explosives.
Dès 1910, un officier, Walter Kranz, démontre par des expériences de dynamitage, que le Nördlinger Ries est le résultat d'une seule explosion centrale. Mais il considérait qu'elle était le résultat d'une éruption volcanique.
À côté des théories volcaniques, on envisage aussi l'effet d'un glacier (Deffner en 1870) ou encore la tectonique des plaques en rapport avec la naissance des Alpes.
En fait, personne à l'époque ne pouvait expliquer de manière définitive toutes les particularités du Nördlinger Ries.
Mais en 1904, déjà, Ernst Werner émet l'hypothèse d'un impact météoritique comme explication probable de la naissance du Nördlinger Ries, et en 1936, Otto Stutzer met en évidence des similitudes entre Meteor Crater en Arizona et le Nördlinger Ries.
Théorie de l'impact météoritique 200px|vignette|Schéma, première phase : Impact, début d'éjection. 200px|vignette|Deuxième phase : évaporation de la météorite et des roches environnantes. 200px|vignette|Troisième phase : éjection du cratère principal. 200px|vignette|Quatrième phase : Croissance du cratère, blocs de roche glissant vers l'intérieur. 200px|vignette|Phase finale.
En 1960, les géologues américains Eugene M. Shoemaker et Edward Chao ont pu enfin prouver, par l'analyse des roches, que le cratère du Nördlinger Ries provenait bien d'un astroblèmeD’après .. En effet, les deux modifications du quartz, dues à de très fortes pressions, ne peuvent pas provenir d'une activité volcanique. En étudiant plus particulièrement la stishovite et la coésite, ils en déduisent l'origine météoritique du Ries, il y a 15 millions d'années.
L'impacteur aurait eu un diamètre d'environ et provenait vraisemblablement de la ceinture d'astéroïdes entre Mars et Jupiter. Sa vitesse d'impact est évaluée à (). L'explosion qui en résulte équivaut à 1,8 million de fois la bombe d'Hiroshima. de roches ont été éjectées du sous-sol. Des pierres ont été projetées sur une distance de . On a retrouvé des tectites (Moldavites) à de l'impact. En quelques minutes, il s'est formé un cratère d'un diamètre de et d'une profondeur d'environ . À peu près toute forme de vie dans un rayon d'au moins a disparu soudainement. Avec le temps, le cratère s'est rempli d'eau sur une surface d'environ , ce qui en faisait un des plus grands lacs européens. Sans écoulement des sels, le lac avait la salinité des mers actuelles. Pendant les deux millions d'années suivantes, le lac s'est vidé. Ce n'est qu'à l'âge glaciaire qu'il s'érode et se recouvre de lœss, ce qui fait du Ries une zone agricole particulièrement fertile.
Le cratère proche de Steinheim
À environ au sud-ouest du Nördlinger Ries se trouve le cratère de Steinheim, de de diamètre. Il daterait également d'environ 15 millions d'années et serait donc contemporain du même événement que le Nördlinger Ries. Deux possibilités envisagées seraient que l'astéroïde ayant causé le cratère principal se soit partiellement désintégré, ou alors que ce soit l'impact d'un système astéroïdal, mais une étude en 2020 a montré que Steinheim est à peu près plus jeune que le Nördlinger Ries.
Géologie
Le Nördlinger Ries fait partie des grands impacts météoritiques les mieux conservés sur terre. Son importance au point de vue géologique est donc considérable, tant au sujet des roches enfouies qu'éjectées. Les astronautes des missions de la NASA Apollo 14 et Apollo 17 y ont séjourné du 10 au pour se familiariser avec le relief lunaire et la collecte d'échantillons de roches, sous la conduite de Wolf von Engelhardt, Dieter Stöffler et Günther Graup qui les ont initiés aux caractéristiques des roches d'un cratère météoritique.
Cristallographie vignette|Suévite. vignette|Bord du cratère.
Une deuxième ligne circulaire de collines se trouve à l'intérieur du cratère. La base de ces collines se compose de granit et d'autres roches magmatiques désagrégées sous forme de sable. On trouve occasionnellement des cônes de percussion qui se sont formés juste après l'impact de la météorite. L'anneau central provient du dépôt des roches après le rebond. Le sous-sol cristallin se trouve à 300 ou dessous. La même configuration se retrouve également au cratère de Steinheim.
Agglomérats multicolores
Ces roches multicolores forment la masse d'éjection (« éjecta ») principale du Ries. Elles ont été projetées par l'évaporation explosive de la météorite, souvent à plusieurs kilomètres d'altitude (éjection balistique). Il s'agit essentiellement de roches sédimentaires du mésozoïque. Ces agglomérats, qui peuvent mesurer , se retrouvent jusqu'à une distance de autour du Ries.
Suévites vignette|Suévite surmontant les agglomérats multicolores.
Les suévites sont caractéristiques des roches issues de l'impact du Ries. Elles contiennent des verres diaplectiques et quelques minéraux qui n'apparaissent que dans des conditions de pression et de température extrêmement élevées : stishovite et coésite. Günther Graup et Johannes Baier ont pu enfin prouver que les suévites du Ries ont été formées de roches sédimentaire pendant l´impact (cf. Graup 1999, Baier 2007, 2008). Des sondages dans le Ries ont montré que le cratère contient des suévites sur de profondeur. À l'extérieur du cratère, des dépôts isolés de suévites sont visibles toujours surmontant les agglomérats multicolores. On peut donc conclure qu'ils étaient déposés après l'éjection des agglomérats multicolores et que leur lieu d'origine était probablement la nuée ardente de l'impact.
Blocs de Reuter Les blocs de Reuter sont des blocs de calcaire datant du Jurassique qui ont été expulsés très rapidement du cratère et qui se sont envolés jusqu'à à la ronde, bien que certains pèsent environ . On les trouve encore actuellement près d'Augsbourg et d'Ulm. Ils sont nommés ainsi d'après le géologue munichois Lothar Reuter qui les a étudiés et référencés.
Moldavite
On trouve des tectites comme la moldavite à 250 - du Ries, en Bohême et en Moravie. Ce sont des silicates fondus d'aspect vitreux, produits par une température élevée. Le lien avec le Ries a été prouvé par des expériences sur l'âge de ces tectites et sur des projectiles soumis à une forte accélération. Aujourd'hui, on croit que ces tectites se sont formées quelques millisecondes avant l'impact, quand la couche supérieure de la surface terrestre, fondue, a été projetée vers l'est à une vitesse très élevée.
vignette|Moldavite.
Sédiments lacustres
De nos jours, l'intérieur du cratère est presque complètement rempli avec les sédiments de l'ancien lac de Ries. Les dépôts de pierre d'argile atteignent une profondeur de et recouvrent les suévites retombées après l'impact. Des fossiles témoignent toutefois d'une vie aquatique au cours du Miocène. On a trouvé fréquemment des coquilles de petites limaces d'eau et d'huîtres. Différents sites recèlent de fossiles d'oiseaux, de reptiles, de poissons et de mammifères. La flore est représentée par des fossiles d'algues, de roseaux et de feuilles d'arbres.
Profil géologique
center|600px|vignette|Profil géologique : le profil simplifié et schématique basé sur les références énumérées ci-dessous.
Auswurfdecke : couche extérieure (ejecta) Megablock-Zone : zone de gros rochers Innerer Ring : anneau interne Kraterrand : bord du cratère Bunte Brekzie : agglomérats multicolores Kristallines Grundgebirge : socle cristallin Suevite : suévites Trias : Trias Seesediment : sédiments lacustres Jura : Jurassique
Histoire D'après les fouilles archéologiques qui y ont été menées, le peuplement du Nördlinger Ries remonte à ans, donc au Paléolithique. Sur deux sites sur le bord du cratère, près de Nördlingen, on a découvert trente-trois crânes humains datés d'environ ans.
Après la conquête romaine, ce lieu fait partie de la province de Rhétie (chef-lieu : Augsbourg), dont la frontière septentrionale, qui constitue ici le limes (ligne de défense de l'empire face aux territoires non soumis) se trouve à 20 km plus au nord.