vignette|Diagramme qui illustre comment le flux de l'endomètre s'accumule et se rompt pendant le cycle menstruel. Les menstruations, couramment appelées règles, sont l'écoulement périodique et temporaire par le vagin d'un mélange composé de sang, de sécrétions vaginales, et de cellules de la paroi utérine concernant l'être humain et les primates supérieurs. Ce mélange est appelé le liquide menstruel. La menstruation est le résultat de l'absence de nidation.

Cet écoulement correspond à l'évacuation de la couche superficielle de la muqueuse de l'utérus, l'endomètre, qui s'épaissit au cours du cycle menstruel et qui est évacué en l'absence de nidation sous forme d'un saignement plus ou moins abondant, sur une période pouvant durer de trois à dix jours. Chez l'humain, les saignements sont communément absorbés par des protections hygiéniques. Le volume des pertes menstruelles est compris entre cinquante et soixante millilitres de sang, mais varie selon les personnes et les cycles..

La menstruation existe seulement chez les mammifères dont la transformation de l'endomètre apte à recevoir un embryon, la décidualisation, est indépendante de l’implantation de l'embryon. Chez les mammifères sans menstruation la décidualisation ne se produit que lors de l'attachement de l'embryon à l'épithélium de l'endomètre.

La menstruation est d'abord la persistance d' un phénomène inflammatoire provoquée par la transformation de certaines cellules de l'endomètre (fibroblaste) en cellules qui secrètent des produits provoquant une inflammation (cellule déciduale). En l'absence de nidation l'inflammation s'aggrave et aboutit à la menstruation. En cas de nidation , l'inflammation est réduite par un type particulier de globules blancs : les lymphocytes NK permettant la formation du placenta. La menstruation est sous la dépendance hormonale de la progestérone.

Étymologie Le terme menstruation vient du mot latin « mois » (proche du grec mene, la lune) qui évoque une parenté avec les cycles lunaires mensuels. Le mot règle, quant à lui, évoque la notion de phénomène régulier (cycle de 28 jours, en moyenne, mais qui n'est vraiment régulier que chez 13% des personnes). On parle de « dysménorrhée » pour les règles difficiles et/ou douloureuses (la partie « ménorrhée » dans le mot dysménorrhée venant du mot grec « μήν » (mén), qui signifie « mois » ; et « ῥοή » (rhoe), qui signifie « écoulement » ou « flux » ; ou « ῥέειν » qui peut se traduire par « couler », et désignant ainsi un écoulement mensuel).

Introduction thumb|400px|left|La menstruation chez les mammifères. (A)Arbre phylogénétique illustrant les principales innovations reproductives au cours de l’évolution de la grossesse chez les Mammifères, les Thériens, les Euthériens et les primates supérieurs, y compris l’être humain.

(B)Chez les marsupiaux, tels que l’opossum gris à queue courte (en bas), l’attachement des tissus extra-embryonnaires à l’épithélium endométrial luminal déclenche une inflammation utérine (flèche rouge) conduisant à la parturition. Chez les euthériens à placenta hémochorial, comme la souris, la reprogrammation inflammatoire des cellules stromales endométriales lors de l’attachement embryonnaire génère des cellules déciduales qui accommodent le trophectoderme invasif (précurseurs placentaires) tout au long de la gestation. Ainsi, chez les euthériens, la grossesse est marquée par deux événements utérins inflammatoires correspondant à l’implantation et à la parturition (deux flèches).

L’émergence d’un signal décidugène endogène (endométrial) a conduit à la décidualisation spontanée et explique la menstruation chez les primates supérieurs. La menstruation impose un événement inflammatoire supplémentaire à l’utérus, marquant le début de chaque cycle reproducteur (menstruel) (trois flèches). Chez l’être humain et les grands singes (en haut), l’invasion endométriale ne se limite pas aux cellules placentaires : l’embryon entier s’enfouit dans le stroma au moment de l’implantation (implantation interstitielle). L’endomètre humain se définit par sa capacité à assurer des fonctions opposées, souvent simultanément, et à passer de manière fluide entre différents états physiologiques. Par exemple, la desquamation menstruelle survient en parallèle de l’activation des mécanismes de réparation ; la formation d’un endomètre réceptif capable à la fois de sélectionner et de rejeter les embryons ; et la grossesse requiert la transformation d’une muqueuse cyclique en un tissu capable d’accueillir le placenta.

Cette remarquable aptitude de l’endomètre humain à alterner sans effort entre états et fonctions de façon cyclique n’est partagée que par un petit nombre d’autres espèces, majoritairement des primates. Ainsi, tous les Catarhiniens (singes de l'Ancien monde dont fait partie l'espèce humaine) ou presque, ainsi que certains Platyrhiniens (singes du Nouveau monde) sont concernés. Des chauves-souris et une espèce de musaraigne, le macroscélide de Peters présentent aussi cette caractéristique physiologique..

La décidualisation se produit chez toutes les espèces de mammifères dont l’implantation implique la rupture de l’épithélium endométrial luminal par l'oeuf, mais l’ampleur de la réaction déciduale varie considérablement et est corrélée à la profondeur de l’invasion trophoblastique propre à chaque espèce.

Chez la plupart des mammifères, la décidualisation et l’accumulation des lymphocytes NK dépendent de signaux émis par l’embryon en cours d’implantation. Toutefois, chez les espèces menstruantes, ces deux processus sont initiés à chaque cycle, indépendamment de la présence d’un embryon implanté.

Les règles forment une manifestation visible du cycle menstruel chez les femelles des espèces concernées en âge de procréer. Les mammifères menstruants partagent également plusieurs autres caractéristiques reproductives, telles qu’une ovulation spontanée, un placenta hémochorial caractérisé par une invasion profonde des artères maternelles par le trophoblaste placentaire, et la naissance d’un seul ou de deux descendants bien développés par grossesse.

En outre, trois caractéristiques distinctes distinguent l’endomètre non gravide des espèces menstruantes de celui des autres mammifères : une prolifération et une croissance tissulaire rapides, l’accumulation de cellules tueuses naturelles utérines et la décidualisation spontanée des cellules stromales.

Origine génétique de la menstruation Un mécanisme majeur à l’origine de la diversité reproductive chez les mammifères implique l’incorporation d’éléments transposables dans les séquences d’ADN régulatrices, conduisant à un remaniement des voies de transduction du signal et des facteurs de transcription) afin d’induire l’expression de nouveaux gènes. Contrairement aux gènes, les éléments transposables sont très variables et souvent spécifiques d’une espèce. La colonisation des génomes des mammifères par MER20, un transposon d’ADN de type « couper-coller », a coïncidé avec l’émergence de la décidualisation et des placentas invasifs. Les éléments MER20 codent 13 % des amplificateurs des gènes ayant acquis une expression dans les cellules déciduales des mammifères euthériens (placentaires), y compris chez les primates supérieurs et l’être humain. L’apparition de la menstruation dans la lignée des primates s’est produite parallèlement à l’intégration génomique de rétrotransposons Alu renfermant un motif triple de liaison aux facteurs de transcription, indiquant que les éléments transposables ont également gouverné l’évolution de la décidualisation spontanée. Sur la base de la transcriptomique comparative, des centaines de gènes ont désormais été identifiés dans l’endomètre gravide comme ayant été gagnés ou perdus au cours des lignées des primates et de l’humainKatelyn Mika, Mirna Marinić, Manvendra Singh, Joanne Muter, Jan Joris Brosens, Vincent J Lynch (2021) Evolutionary transcriptomics implicates new genes and pathways in human pregnancy and adverse pregnancy outcomes   https://doi.org/10.7554/eLife.69584

   . Des données récentes suggèrent que les gènes déciduales recrutés récemment dans la lignée humaine jouent un rôle disproportionné dans des troubles fréquents de la grossesse, notamment les pertes précoces de grossesse et la naissance prématurée.

Caractéristiques Les menstruations sont l'écoulement d'un fluide biologique complexe composé de sang, de sécrétions vaginales, et de cellules endométriales de la paroi utérine. Elles surviennent après un cycle menstruel complet durant lequel l'ovocyte n'a pas été fécondé. Les menstrues marquent ainsi le premier jour du cycle menstruel suivant.

Chez l'humain, les premières menstruations appelées « ménarche » apparaissent à un âge variable selon les individus, estimé entre 12 et 13 ans. Elles peuvent toutefois survenir beaucoup plus tôt ou beaucoup plus tard, sans que cela ne soit révélateur d'une affection. Des études menées par l'Institut national d’études démographiques et l’association Règles élémentaires montrent un abaissement de l’âge moyen des premières règles en France, passé de 16 ans au XVIIIᵉ siècle à 12,6 ans en 1994 et 12,2 ans en 2023. Cette évolution s'explique par une nourriture plus abondante et plus variée qui stimule la croissance. Par ailleurs, une étude de 2018 de l'université de Shanghai montre qu’un régime riche en produits gras et sucrés favorise une puberté précoce tandis qu'une étude américaine publié en 2025 dans la revue Human Reproduction révèle un lien entre le fait de manger sainement et le recul de l'âge des premières règles. Les règles peuvent mettre plusieurs cycles à devenir régulières.. La survenue des règles s'interrompt définitivement lors de la ménopause. Les menstruations sont également généralement interrompues durant la grossesse.

Tous les saignements qui peuvent apparaître durant le cycle menstruel ne sont pas des règles.

L'hypothétique effet McClintock indiquerait que lorsque plusieurs femmes vivent ensemble, il y a synchronisation des règles. Cependant, cet effet est largement controversé et les preuves scientifiques actuelles tendent à indiquer l'absence de phénomène de synchronisation, la synchronisation constatée serait due au hasard. Ce phénomène a été observé chez d'autres animaux comme la souris sous la forme d'une synchronisation des œstrus au sein d'un même groupe, phénomène appelé ..

Nombre de menstruations au cours d'une vie Le nombre de menstruations au cours de la vie varie. Le fait que les femmes aient des règles tous les mois est relativement récent puisque nos ancêtres alternaient fréquemment grossesse et allaitement maternel, ce qui empêchait l'apparition des règles (aménorrhée de lactation).

Ce nombre de menstruations dépend aussi fortement du contexte social. Il est estimé qu'une femme américaine a environ 450 menstruations durant sa vie, alors qu'une femme aborigène d'Australie en a environ 180, en raison du nombre plus élevé d'enfants conçus et de l'allaitement consécutif à la grossesse. Il est également estimé que les femmes du Paléolithique étaient peu réglées, en raison de leur courte espérance de vie, du nombre de grossesses vécues et de l'allaitement consécutif, mais aussi en raison de leur activité physique ou de leur mauvais état de santé, périodes pouvant provoquer une absence de règles..

Ces différences de comportement (grossesses plus espacées, périodes d'allaitement absentes ou raccourcies) ainsi qu'une puberté plus précoce impliquent pour la femme occidentale actuelle un risque plus élevé de carence en fer.

Durée

Les règles ont une durée majoritairement comprise entre 3 et 6 jours, tandis que le flux le plus important survient le deuxième jour. Avec l'âge, la durée des règles diminue tandis que leur volume augmente légèrement. Plusieurs facteurs sont susceptibles d'influencer la durée des menstruations, comme le groupe ethnique, mais aussi la masse corporelle et le régime alimentaire.

Régularité