vignette|redresse=1.3|Le château royal de Montceaux les Meaux à son époque de gloire. Gabrielle d'Estrées (\dɛstʁe\), née au château de Cœuvres en 1573Arlette Jouanna (dir.), Histoire et dictionnaire des guerres de religion, 1559-1598, Robert Laffont, 1998 (coll. « Bouquins »), ., et morte à Paris dans la nuit du 9 au , est la maîtresse et favorite d' de 1591 jusqu'à sa mort.
Biographie Gabrielle d’Estrées est la fille d'Antoine d'Estrées, baron de Boulonnois, vicomte de Soissons et Bersy, marquis de CœuvresChevalier des ordres du roi en 1578, et chargé du gouvernement de La Fère en Picardie, de Paris et de l'Île-de-France pour sa belle défense de Noyon contre le duc de Mayenne, en 1593., gouverneur de l'Île de France (grand-maître de l'artillerie sur une très courte période en 1596), et de Françoise Babou de La Bourdaisière, qui donne naissance à onze enfants dont sept filles, que la marquise de Sévigné immortalisera dans ses lettres comme étant les « sept péchés capitaux » Rebaptisés les « sept péchés capitaux » par le duc de Saint-Simon. .
En , au cours du siège de Paris, Roger de Bellegarde, grand écuyer de France et ancien mignon d', parle élogieusement de Gabrielle d'Estrées, sa maîtresse, au roi. Le couple part alors au château de Cœuvres où habite Gabrielle. conçoit pour elle une vive passion. Selon la légende., Gabrielle résiste plus de six mois à ce monarque sentant fort « de l'ail et du gousset », mais finit par lui céder.
Le , la marie par souci des conventions à Nicolas d'Amerval (1558-1600), sire de Liancourt, Cerfontaines, Mézières et d'Amerval, puis de Falvy-sur-Somme par acquisition avec l'aide du roi, baron de Benais, gentilhomme de la Chambre et gouverneur de Chauny, époux en premières noces en d'Anne (1565-1591), fille de François le Jeune Gouffier de Crèvecœur). Puis demande que le mariage soit déclaré nul afin que Gabrielle retrouve sa liberté (la nullité fut déclaré le , en invoquant l'impuissance de Nicolas d'Amerval, qui eut pourtant une postérité). Il l'appelle à la cour, crée pour elle le duché de Beaufort en 1597, et comble d'honneurs tous ses parents.
Elle reçoit d' en le château royal de Montceaux-lès-Meaux avec le titre de marquise de Montceaux, puis celui de duchesse de Beaufort en . La jeune femme restera profondément marquée par la haine que lui porte le petit peuple qui l'a déjà surnommée « la duchesse d'Ordures ». vient fréquemment la rejoindre en son château, et elle y poursuit les travaux d'embellissement engagés par Catherine de Médicis en construisant de nouveaux bâtiments, notamment les quatre pavillons d'angle.
Le projet de mariage qu'entretient Gabrielle d'Estrées avec est freiné par le pape et par son légat Alexandre de Médicis, ce dernier souhaitant que le roi épouse sa cousine Marie de Médicis.. Le pape tarde à annuler le mariage d' avec Marguerite de Valois, son épouse depuis 1572, qui vit séparée de lui de longue date. Le lors d'une fête au palais du Louvre, le roi annonce publiquement son intention d'épouser Gabrielle en lui offrant l'anneau de son sacre.. « La presque reine » est détestée aussi bien par le peuple parisien acquis aux Guise ultra-catholiques que par l'aristocratie à cause de ses nombreuses dépenses (robes, bijoux, hôtel de Schomberg en face du Louvre). Elle est l'objet de nombreux pamphlets.
La mort inattendue de la favorite du roi met un terme au problème. Enceinte de quatre mois du quatrième enfant d', elle est prise de convulsions douloureuses le 8 après avoir dîné le chez le financier Sébastien Zamet qui lui offrit comme rafraîchissement un citron givré, douleurs qui deviennent atroces les 9 et (jour de sa mort). Les témoins racontent que son visage révulsé noircit au point de la rendre totalement méconnaissable (son aspect est tel que l'entourage du roi l'arrête à Villejuif alors qu'il accourt pour la voir de Fontainebleau, où il séjourne, afin de lui éviter un spectacle si horrible) et qu'elle souffre de douleurs épigastriques (signe de Chaussier évoquant peut-être une hypertension artérielle), ce qui a fait naître le soupçon d'un empoisonnement par le citron dans lequel la substance nocive aurait été introduite.. Mais l'hypothèse la plus probable est qu'elle aurait été victime d'éclampsieEnfant mort-né — un garçon — qu'ils arrachent « à pièces et lopins ». Source : .La durée de l'affection, près de , . ., l'éclampsie toxique (intoxication par un taux élevé d'albumine dans les urines, pathologie de la femme enceinte se traduisant par une forte hypertension, allant jusqu'à des convulsions) ayant tous les symptômes de l'empoisonnementJean-Pierre Babelon, op. cit., p. 665.. On expulsa de son ventre l'enfant mort-né dont elle était enceinte. Ses obsèques sont célébrées dans l'église Saint-Germain-l'Auxerrois avec les honneurs liés à son rang. Elle est enterrée dans le chœur de l'église de l'abbaye de Maubuisson, dirigée par sa sœur Angélique d'Estrées.
Après sa mort, rachète le domaine à ses héritiers et l'offre à Marie de Médicis à l'occasion de la naissance du futur .
Descendance vignette|La Dame au bainRéplique du tableau de François Clouet., portrait présumé de Gabrielle, son enfant César et son nourrisson Alexandre, du , musée Condé.. et Gabrielle d'Estrées ont eu : César ( à Coucy – 1665), duc de Vendôme, marié en 1609 à Françoise de Lorraine-Mercœur ; Catherine-Henriette ( à Rouen – 1663), dite « Mademoiselle de Vendôme », mariée à , duc d'Elbeuf et comte d'Harcourt ; Alexandre ( à Nantes – ), dit le « Chevalier de Vendôme. »
Portrait thumb|Portrait présumé Gabrielle d'Estrées et une de ses sœurs, peint autour de 1600 par un auteur inconnu. Gabrielle d’Estrées, la « presque reine », « blonde, dorée, d’une taille admirable, d'un teint d’une blancheur éclatante » (Mademoiselle de Guise), « blonde aux yeux bleus, aux sourcils admirablement dessinés, avenante et potelée » (François Bluche), « belle mignonne un peu fade et sans trop d’esprit » (Jean-Pierre Babelon), a, du fait même de son destin tragique dans lequel certains ont voulu voir un empoisonnement, fasciné tant ses contemporains que la postérité. Ainsi Agrippa d'Aubigné, pourtant généralement avare de compliments, salue en elle celle qui pousse le roi à rédiger et signer l’édit de Nantes : « C’est une merveille, comment cette femme de laquelle l’extrême beauté ne sentait rien de lascif, a pu vivre en reine plutôt qu’en concubine tant d’années et avec si peu d’ennemis. Les nécessités de l’État furent ses seules ennemies. »
Jules Michelet, qui a examiné son portrait au crayon par Daniel Dumonstier au cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale de France, la décrit ainsi : « Elle est étonnamment blanche et délicate, imperceptiblement rosée. L’œil a une indécision, une vaghezza qui dut ravir et qui pourtant ne rassure pasJean-Pierre Babelon, , Fayard, 1982, p. 628-629.. »
Regards des contemporains Au lendemain de sa mort, écrit : « Mon affliction est aussi incomparable que l'était le sujet qui me la donne. Les regrets et les plaintes m'accompagneront jusqu'au tombeau. La racine de mon cœur est morte et ne rejettera plus... »
La belle Gabrielle a droit à des funérailles royales. Le roi porte le deuil en s'habillant tout de noir, ce qui n'était pas permis aux rois de France, qui portaient le deuil en violet.
Dans la culture Littérature
Wolfram Fleischhauer, Die Purpurlinie, Stuttgart, 1996. (traduction française: La ligne pourpre, Paris, JC Lattès, 2005). Ouvrage semi-académique en forme de roman sur la vie de Gabrielle d'Estrées. Auguste Maquet, La belle Gabrielle, 1854-1855. Isaure de Saint Pierre, Gabrielle d'Estrées ou les belles amours, 2017, Albin Michel.
Représentations au cinéma et à la télévision 2010 : Dans le film Henri 4 de Jo Baier, elle est interprétée par l'actrice française Chloé Stefani. 2019 : Dans la saison 3 de La Guerre des trônes, la véritable histoire de l'Europe, elle est interprétée par l'actrice française Valentine Caille.
Ascendance
Voir aussi Bibliographie
Maximilien de Béthune-Sully, Mémoires du duc de Sully, Chez Étienne Ledoux, Paris, 1828.
Michel de Decker, Gabrielle d'Estrées – Le grand amour de , éditions Pygmalion, 2003 . . Eudes de Mézeray, Abrégé chronologique de l'Histoire de France, 3 volumes, Chez Claude Robustel, Paris, 1717.
Articles connexes Gabrielle d'Estrées et une de ses sœurs Famille Babou de La Bourdaisière Liste des maîtresses des souverains de France Avenue de la Belle-Gabrielle Allée Gabrielle-d'Estrées Prix littéraires Gabrielle-d'Estrées et Jackie-Bouquin Pour Antoine d'Estrées, père de Gabrielle et pour son château : Cœuvres Le maréchal François-Annibal d'Estrées, son frère Liste des comtesses et duchesses d’Étampes Château de Tilly Maison-Rouge (Saint-Fargeau-Ponthierry)
Liens externes
Sur Gabrielle d’Estrées par Louis-Pierre Anquetil La mort de Gabrielle d'Estrées par Jules Loiseleur, dans la Revue historique de , tome 11, sur le site de Gallica (La mort de Gabrielle d'Estrées fut-elle le résultat d'un crime ?) À propos des différents portraits peints de Gabrielle d'Estrées, sur la Boîte à Images Critique du tableau La rose Gabrielle d'Estrées (duchesse de Verneuil)
Notes et références Notes
Références
Catégorie:Maîtresse d'un roi de France au XVIe siècle Catégorie:Naissance en 1573 Catégorie:Décès en avril 1599 Catégorie:Décès à Paris Catégorie:Décès à 26 ans Catégorie:Baronne française du XVIe siècle Catégorie:Marquise française du XVIe siècle Catégorie:Duchesse française du XVIe siècle Catégorie:Henri IV (roi de France) Catégorie:Duchesse d'Étampes Catégorie:Cour d'Henri IV Catégorie:Personnalité liée à Cœuvres-et-Valsery