Giulio Cesare in Egitto (ou souvent : Giulio Cesare) est un opéra en trois actes composé en 1723 par Georg Friedrich Haendel pour sa propre compagnie, la Royal Academy of Music, créé en 1724 à Londres. Le livret est une adaptation par Nicola Francesco Haym, du Giulio Cesare in Egitto représenté à Venise en 1675 (texte de Giacomo Francesco Bussani, musique d'Antonio Sartorio).
Historique Création et succès L'opéra est créé au King's théâtre Haymarket de la Royal Academy of Music de Londres le . Il s'agit du cinquième ouvrage que le compositeur écrit pour l'institution.. C'est, dès l'origine, un succès et Haendel le reprend en 1725, 1730 et 1732, pour un total de trente-huit représentations dans les saisons qui suivent. Il est également monté à l'étranger, comme à Hambourg en 1725, à Brunswick et à Paris en 1737. Avant le , la dernière représentation a lieu à Hambourg en 1737.
Ravi du succès de son ouvrage, le compositeur continua d'exploiter le sujet politico-moral dans ses opéras suivants, ce qui, néanmoins, finit par lasser le public.
Postérité Certains airs sont devenus des pièces de concert, comme V'adoro, pupille, Se pietà ou Piangerò la sorte mia(Cleopatra), Va tacito ou Dall' ondoso periglio (Cesare), Svegliatevi nel core de Sesto ou encore le poignant duo de Cornelia et Sesto qui termine le premier acte.
Description L'ouvrage est pensé comme un chant à la grandeur de Rome et de la vertu des Romains face à l'amoralité des Egyptiens. L'évolution du personnage de Cléopâtre se situe dans le développement d'une morale royale en fréquentant César.
Personnages
Romains Giulio Cesare (Jules César), mezzo-soprano ou contre ténor Cornelia (Cornélie), veuve de Pompée, contralto Sesto (Sextus), son fils, mezzo-soprano ou contre ténor Curio, tribun, aide de camp de César, basse
Égyptiens Cleopatra (Cléopâtre), reine d'Égypte, soprano Tolomeo (Ptolémée), roi d'Égypte, son frère, contre-ténor Achilla (Achille), général, conseiller de Ptolémée, basse Nireno (Nirenus), eunuque et confident de Cléopâtre, contre-ténor
Créateurs Les principaux interprètes de la création, en 1724, étaient : Le castrat Senesino (contralto) qui jouait le rôle-titre La prima donna soprano Francesca Cuzzoni en Cléopâtre La fidèle soprano vénitienne Margherita Durastanti dans le rôle travesti de Sextus L'alto anglaise Anastasia Robinson en Cornélie Le castrat contralto d'origine allemande en Ptolémée.
Argument
L'action se déroule autour d'Alexandrie en 48 et décrit la course au pouvoir entre Cléopâtre et Ptolémée, la rivalité de ce dernier avec Achilla, le deuil de Cornélie et le désir de vengeance de Sextus.
Jules César a poursuivi jusqu'en Égypte son ennemi Pompée ; or Ptolémée, le roi des Égyptiens, croyant bien faire, tue son rival dont il offre la tête à César. Celui-ci, qui allait conclure la paix avec son adversaire, en est profondément choqué et jure au nom de la femme et du fils de Pompée de le venger. D'un autre côté, Ptolémée tente d'éloigner du trône sa sœur Cléopâtre, qui se rend incognito chercher de l'aide auprès de César, qu'elle séduit d'abord par intérêt mais dont elle finit par tomber amoureuse et dont le sentiment est bientôt réciproque.
L'opéra se termine par le triomphe de César et de Cléopâtre à Alexandrie, Achilla étant mort au combat et Ptolémée tué par Sextus.
Structure de l'opéra
Ouverture Ouverture
Premier acte Chœur – Viva il nostro Alcide Scène I Aria (Cesare) – Presti omai l’egizia terra Scène I Aria (Cesare) – Empio, dirò, tu sei, togliti Scène III Aria (Cornelia) – Priva son d’ogni conforto, e pur speme Scène IV Aria (Sesto) – Svegliatevi nel core, furie d’un alma offesa Scène IV Aria (Cleopatra) – Non disperar; chi sa? se al regno Scène V Aria (Tolomeo) – L’empio, sleale, indegno Scène VI Recitativo accompagnato (Cesare) – Alma del gran Pompeo Scène VII Aria (Cesare) – Non è sì vago e bello il fior nel prato Scène VII Aria (Cleopatra) – Tutto può donna vezzosa Scène VII Arioso (Cornelia) – Nel tuo seno, amico sasso Scène VIII Aria (Sesto) – Cara speme, questo core tu cominci a lusingar Scène VIII Aria (Cleopatra) – Tu la mia stella sei Scène VIII Aria (Cesare) – Va tacito e nascosto Scène IX Aria (Achilla) – Tu sei il cor di questo core Scène XI Duo (Cornelia, Sesto) – Son nata a lagrimar Scène XI
Deuxième acte thumb|upright=2|Fin de la sinfonia et début de l'aria de Cleopatra, acte 2, scène 2. Partition autographe de Haendel, 1723 (British Library). Sinfonia Scène II Aria (Cleopatra) – V’adoro pupille Scène II Aria (Cesare) – Se in fiorito ameno prato Scène II Arioso (Cornelia) – Deh piangete, oh mesti lumi Scène III Aria (Achilla) – Se a me non sei crudele Scène IV Aria (Tolomeo) – Sì spietata, il tuo rigore sveglia Scène IV Aria (Cornelia) – Cessa omai di sospirare! Scène VI Aria (Sesto) – L’angue offeso mai riposa Scène VI Aria (Cleopatra) – Venere bella, per un istante Scène VII Aria (Cesare) – Al lampo dell’armi Scène VIII Chœur Morrà, Cesare, morrà Scène VIII Recitativo accompagnato (Cleopatra) – Che sento? Oh Dio! Scène VIII Aria (Cleopatra) – Se pietà di me non senti Scène VIII Arioso (Tolomeo) – Belle dee di questo core Scène IX Aria (Sesto) – L’aure che spira tiranno e fiero Scène XI
Troisième acte thumb|upright=2|Extrait du chœur final de l'acte 3. Manuscrit autographe. Aria (Achilla) – Dal fulgor di questa spada Scène I Sinfonia Scène II Aria (Tolomeo) – Domerò la tua fierezza Scène II Aria (Cleopatra) – Piangerò la sorte mia Scène III Recitativo accompagnato (Cesare) – Dall’ondoso periglio Scène IV Aria (Cesare) – Aure, deh, per pietà spirate Scène IV Aria (Cesare) – Quel torrente, che cade dal monte Scène V Aria (Sesto) – La giustizia ha già sull’arco Scène VI Recitativo accompagnato (Cleopatra) – Voi, che mie fide ancelle Scène VII Aria (Cleopatra) – Da tempeste il legno infranto Scène VII Aria (Cornelia) – Non ha più che temere quest’alma Scène IX Sinfonia/La Marche Scène Ultima Duo (Cleopatra, Cesare) – Caro! – Bella! Scène Ultima Chœur – Ritorni omai nel nostro core Scène Ultima
Les versions modernes de Giulio Cesare
La redécouverte Giulio Cesare est l'opéra italien de Haendel le plus représenté sur les scènes modernes. Oublié pendant près de deux siècles, l'œuvre reparaît pour la première fois à Göttingen en Allemagne en 1922. On prend dès lors, et pour longtemps, l'habitude de tronquer la partition, traduire le livret, couper les da capo (reprise de la première partie d'un air, forme universelle de l'aria dans l'opéra italien durant la majeure partie du ), transposer la plupart des rôles masculins pour mieux satisfaire le goût contemporain (baryton pour César et Ptolémée, à l'origine castrats altos...). Une version française voit brièvement le jour en 1935 avec Louise Mancini.
Ce n'est qu'avec le renouveau de la musique baroque vers 1970 que des versions fidèles à la partition de Haendel apparaissent. Parmi celles-ci, le concert donné au festival de Beaune et l'album enregistré en 1991 par René Jacobs avec la mezzo-soprano américaine Jennifer Larmore dans le rôle titre, fait encore autorité. Au sein d'une discographie plus abondante que pour tout autre opera seria, elle fut la première à proposer un texte intégral, non arrangé, non transposé, un orchestre virtuose d'instruments originaux et un climat théâtral fidèle aux intentions supposées des auteurs.
Premières grandes productions Les principales productions du chef-d'œuvre ont eu lieu à Vienne en 1954 (partition mutilée sous la baguette de Karl Böhm), à Londres en 1963 (première tentative d'un César contralto, et avec la jeune Joan Sutherland en Cléopâtre), à la radio bavaroise en 1965 (version publiée par la suite), à l'ENO de Londres en 1979 avec le César un peu arrangé mais marquant de Janet Baker, aux États-Unis en 1985 puis en Europe (Bruxelles 1988, Nanterre 1990) dans une production moderne et décapante de Peter Sellars qui transportait l'action dans un Moyen-Orient très actuel visité par un Président américain.
En France, l'ouvrage entreprend une carrière plus tardive. Il ne fait son entrée à l'Opéra de Paris qu'en 1987 dans un spectacle facétieux et soigné de Nicholas Hytner sous la direction de Jean-Claude Malgoire (repris par Ivor Bolton en 1997 puis, usant pour la première fois d'instruments originaux, Marc Minkowski en 2002). La première version intégrale de l'opéra entendue est celle de Peter Sellars en 1990, avec Jeffrey Gall dans le rôle-tire et Lorraine Hunt-Lieberson dans celui de Sextus. On le voit aussi, la même année 1999, à Bordeaux (avec Nathalie Stutzmann et Mireille Delunsch) et à Montpellier (avec Sara Mingardo et Laura Claycomb dans une production allemande de Willy Decker reprise par Christophe Rousset) ; puis en 2007 l'opéra est joué à Nancy (changé en cabaret colonial par Yannis Kokkos, avec Marie-Nicole Lemieux et Ingrid Perruche) et à Lille (accueil du spectacle échevelé de David McVicar créé à Glyndebourne, sous la direction d'Emmanuelle Haïm).
Au
De Chicago à Cologne, de Sydney à New York et de Gènes à Vienne, Giulio Cesare reste, au début du , l'opéra seria le plus joué dans le monde.
En 2005, la diva Cecilia Bartoli chante pour la première fois Cléopâtre à Zurich, aux côtés de Franco Fagioli (Giulio Cesare), sous la direction de Marc Minkowski. En 2012, nommée directrice artistique du festival de Pentecôte de Salzbourg, elle tient de nouveau le rôle de Cléopâtre aux côtés d'Andreas Scholl (Jules César), d'Anne Sofie von Otter (Cornelia) et de Philippe Jaroussky (Sextus), ainsi que de Christophe Dumaux (Ptolémée),sous la direction musicale de Giovanni Antonini et dans une mise en scène de Moshe Leiser et Patrice Caurier qui, une fois de plus, transpose l'action dans les conflits contemporains du Moyen-Orient. La même année, Giulio Cesare fait son entrée au festival de Glyndebourne dans un spectacle de David McVicar dirigé par William Christie (avec Sarah Connolly, Daniele de Niese et Angelika Kirchschlager).
En juin 2013, l'œuvre est reprise à l'opéra de Paris sous la direction d'Emmanuelle Haïm avec Lawrence Zazzo dans le rôle titre et Sandrine Piau dans celui de Cléopâtre. . Avec Giulio Cesare de Haendel, le contre-ténor vedette Philippe Jaroussky s’apprête à diriger son premier opéra au Théâtre des Champs-Élysées, avec l'ensemble Artaserse à ParisEnsemble Artaserse.. Sous son costume de Sextus, le contreténor Franco Fagioli jubile. À la baguette, son homologue Philippe Jaroussky, lui, transpire… « Avec Franco, il y a toujours quelque chose qui se fait sur le moment, explique-t-il », avec Sabine Devieilhe (Cléopâtre), Gaëlle Arquez (Jules César) et Paul-Antoine Bénos-Djian (Nireno)Paul-Antoine Bénos-Djian, haute-contre.Philippe Jaroussky, une nouvelle voie..
Discographie Parmi une vingtaine de références, la plupart enregistrées sur le vif sans motif de publication, trois albums à écouter en priorité : Jennifer Larmore, B. Schlick, B. Fink, M. Rörholm, D. Ragin, F. Zanasi, Concerto Köln, dir. René Jacobs (Harmonia Mundi, 1991) Marijana Mijanović, Magdalena Kožená, Charlotte Hellekant, Anne Sofie von Otter, Bejun Mehta, Alan Ewing, Les Musiciens du Louvre, dir. Marc Minkowski (enregistrement live au Vienna Konzerthaus, Grosser Saal, 11/2002) (Archiv-Deutsche Grammophon, 2003)www.discogs.com > Handel - Marijana Mijanović, Magdalena Kožená, Anne Sofie von Otter, Charlotte Hellekant, Bejun Mehta, Alan Ewing, Les Musiciens Du Louvre, Marc Minkowski – Giulio Cesare Emanuela Galli, soprano ; Kristina Hammarström, Mary-Ellen Nesi, Irini Karaianni et Romina Basso, mezzo-sopranos ; Nikos Spanatis, haute-contre ; Tassis Christoyannis, baryton ; Petros Magoulas, basse ; Orchestre de Patras, dir. George Petrou (24-30 juillet 2006, MDG)
Trois autres albums à écouter : James Bowman, L. Dawson, E. James, G. Laurens ; La Grande Écurie & La Chambre du Roy, dir. Jean-Claude Malgoire (Astrée, 1995)