Le flamenco est un genre musical et une danse datant du , créé par le peuple andalou sur la base de traditions et de folklore populaires issus des diverses cultures qui se sont épanouies au long des siècles en Andalousie. Plus précisément, le Dictionnaire de l'Académie royale espagnole définit le cante flamenco comme ..

Le même Dictionnaire de la langue espagnole indique que lorsqu'il est adjectif, le mot « flamenco » renvoie d'abord à ce qui est originaire des Flandres (ou flamand), mais qu'il sert aussi à qualifier (sans que le lien entre ces deux acceptions de « flamand » et de « flamenco » soit précisément établi). Utilisé comme substantif, le mot renvoie au genre artistique qui regroupe toutes ces manifestations culturelles, aux artistes qui le portent, ainsi qu'aux traditions sociales communes et aux styles dont elles relèvent ou se réclament. Le dictionnaire en donne pour exemple La citation originale est : : ..

À l'origine, le flamenco consistait en un simple cante (chant) a cappella, établi dans le triangle formé par Triana à Séville, Jerez et Cadix. Le mot cante s'applique essentiellement au chant flamenco, car le mot habituel en espagnol pour dire « chant » est canto. L’appellation traditionnelle du flamenco est d'ailleurs le cante jondo (ou « chant profond », variante andalouse de l'espagnol hondo). Le Dictionnaire de la langue espagnole définit encore le cante jondo comme le La citation originale est : : .. Les chanteurs et chanteuses de flamenco sont appelés cantaor ou cantaora (variante andalouse de l'espagnol cantador / -ra : « chanteur / -teuse », qui connaît aussi le mot cantante pour « chanteur lyrique »).

Les claquements des mains pour accompagner ce chant s'appellent palmas, et la danse se nomme el baile (bailaor : « danseur » ; bailaora : « danseuse », termes réservés aux danseurs de flamenco, car le terme générique en espagnol pour « danseur » est bailarín au théâtre ou danzante dans une procession). La percussion, en plus des palmas polyrythmiques, se fait souvent avec les pieds : le zapateado, une sorte de claquettes inspirée de la danse de groupe de type traditionnel dite chacarera, toujours pratiquée dans certains pays d'Amérique latine. Comme percussion, les castagnettes, héritage de l'antiquité romaine, sont encore parfois utilisées, suivies du mouvement des poignets. Les mains et les doigts proposent aussi des figures très travaillées et expressives appelées floreos.. La danse représente une fusion stylistique entre la chacarera, le mouvement artistique du toreo de salon, et la danse du ventre ; elle relève aussi probablement, comme source lointaine, de certaines danses indiennes et arabes, peut-être apportées en Andalousie par le peuple gitan, lequel se trouve au cœur de la construction culturelle que représente le flamenco, lui-même partie prenante intime de l'âme espagnole.

La guitare classique, dite aussi « guitare espagnole », s'apparente[ressemblance entre guitare classique et guitare flamenca] : tout au moins du point de vue de l'art de la lutherie sinon tout à fait du jeu , voir notamment la section « Musique classique » de l'article consacré à Paco de Lucía, la section « Jeu (toque) » de l'article sur la guitare flamenca, ainsi que les articles consacrés aux guitaristes solistes Ramón Montoya, Carlos Montoya et Sabicas. à la guitare flamenca, même si cette dernière est plus fine, plus légère et rend un son plus clair, métallique, brillant et moins velouté. La musique qui accompagne le chant ou la danse, ou qui joue seule, est nommée el toque (jeu de guitare essentiellement, même si aujourd'hui, dans le nouveau flamenco, on trouve aussi du piano et d'autres instrumentsNotamment, même si la guitare reste l'instrument-roi et souvent exclusif du flamenco, on voit souvent aujourd'hui dans le nouveau flamenco, outre les claviers, intervenir la flûte traversière (ou même parfois la kena), tenue par exemple par Jorge Pardo dans l'un des sextettes que Paco de Lucía a formés un peu sur le modèle des ensembles de musique classique ou jazz (voir la section « De nouveaux instruments » dans l'article consacré à Paco).). Le musicien de flamenco est appelé tocaor, par déformation dialectale andalouse de l'espagnol tocador (joueur de guitare, musicien). À l'époque contemporaine, la percussion se fait souvent aussi avec le cajón, instrument des musiques traditionnelles péruviennes depuis le ; celui-ci fut rapporté du Pérou par Paco de Lucía.

Le flamenco est inscrit par l'UNESCO au patrimoine culturel immatériel de l'humanité le , à l'initiative des communautés autonomes d'Andalousie, d'Estrémadure et de Murcie.

Étymologie vignette|gauche|Exhibition de chant et de musique flamenca dans un tablao.

Il existe de nombreuses théories concernant la genèse exacte du terme « flamenco ». Blas Infante, dans son livre Orígenes de lo Flamenco y Secreto del Cante Jondo (1929-1933)., défendait l'hypothèse que le mot « flamenco » dérivait des termes arabes felah-menkoub, qui, associés, signifient . Il reprenait une terminologie déjà proposée à partir du mot fallah, et déclinée aussi en felahikum ou felagmenku. Cependant, les flamencologues ont rejeté cette thèse, remarquant que le mot « flamenco » n'est apparu qu'au à une époque où l'influence arabe sur la langue espagnole avait disparuB. Leblon, Flamenco, 7..

Une autre théorie affirme que le flamenco était le nom d’un couteau ou d’un poignard. Dans la saynète El Soldado Fanfarrón, écrite par González del Castillo au , on peut lire : El melitar, que sacó para mi esposo, un flamenco (). Dans une autre copla (chanson) reprise par Francisco Rodríguez Marín, il dit : Si me s’ajuma er pescao (« Si le poisson brûle) / y desenvaino er flamenco (« et si je dégaine mon flamenco) / con cuarenta puñalás () / se iba a rematar el cuento (). Cependant, cette hypothèse du flamencologue Luis Suarez Avila, qui semble à l'arabisant Serafín Fanjul « la plus cohérente et la plus raisonnable »Serafín Fanjul, Les Maures ont-ils apportés le flamenco ?, chapitre 6 de son ouvrage Al-Andalus, l’invention d’un mythe, L’Artilleur, Paris, 2017, page 354 : métonymie due au couteau (nommé flamenco) porté par les gens des bas-fonds, lieux où s'interprétait initialement le flamenco. Ces personnes auraient alors été nommées flamencos par extension. Luis Suarez Avila, cité par Serafín Fanjul, documente des exemples et des cas semblables pour d'autres dénominations., ne s’est jamais fait une place.

vignette|redresse|Blas Infante.

L’hypothèse selon laquelle le nom avait été donné au genre pour l’oiseau appelé flamenco (flamant rose) est due à Rodríguez Marín. Il justifia sa position en argumentant que les chanteurs interprétaient le chant avec une veste courte, qu’ils étaient grands et brisés à la taille. C’était la raison majeure pour laquelle ils ressemblaient à l’échassier du même nom.

De même que les précédentes, l'hypothèse émise par des experts tels que Hipólito Rossy ou Carlos Almendro dans laquelle on affirme que nous devons le mot flamenco à la musique polyphonique de l’Espagne au qui se serait développée sous l'influence des Pays-Bas, c’est-à-dire, avec les anciennes Flandres (« Flamenco » étant la traduction espagnole de « Flamand »), n’a toujours pas été vérifiée. Cette théorie fut également défendue, bien que nuancée, par le voyageur romantique George Borrow et par Hugo Schuchard, entre autres. Selon ces écrivains, on croyait dans le passé que les Gitans étaient d’origine germanique. Cela explique la raison pour laquelle ils auraient pu être appelés Flamencos. Ce surnom de Flamencos pourrait venir aussi de ce que nombre de Gitans ont servi dans l'armée des Flandres..

Enfin, il existe deux hypothèses moins engagées. Antonio Machado Álvarez, surnommé Demófilo, écrit que .

Manuel García Matos, quant à lui, affirme : Pour ce même auteur, ce serait un mot germanique qui signifierait « flamboyant », « ardent. ».

Distinction entre flamenco et folklore andalou vignette|Danseuses de sévillanes. Le style flamenco s'est développé pendant le XIXe siècle, sur le substrat de la musique et la danse traditionnelles de l'Andalousie, dont les origines sont anciennes et diverses. Pourtant, le flamenco n'est pas le folklore de l'Andalousie (composé des seguiriyas, sévillanes, fandangos, verdiales, trovos, le chacarrá, le vito...), mais un genre artistique fondamentalement scénique.

Le flamenco et le folklore andalou sont deux expressions musicales diverses, bien qu’ils partagent certaines racines culturelles. Le flamenco est un genre musical et artistique originaire d’Andalousie qui se démarque par sa profonde expression émotionnelle et sa connexion avec la vie quotidienne et les expériences personnelles. Il inclut différentes formes, aussi bien le cante (chant), que le toque (guitare) et la danse.

D'autre part, le folklore andalou comprend une variété plus ample d'expressions culturelles, ne se limitant pas seulement à la musique. Il comprend des traditions, des danses, des coutumes et des manifestations artistiques propres à la région de l'Andalousie. Il reflète la riche histoire et le mélange d'influences culturelles dans la région.

À aucun moment de son histoire le flamenco a cessé d'être une musique interprétée par des minorités, avec une majeur ou moindre diffusion. Le surgissement des cantaores professionnels et la transformation des chants populaires par des gitans, ont considérablement éloigné le style des tonadas traditionnelles.

Malgré tout, le flamenco est considéré comme un attrait touristique de premier ordre pour l'Andalousie, autant comme spectacle que comme art, étudié en doctorat ou en licence universitaire. Des prix sont même décernés à la recherche en flamenco.

Histoire Origines vignette|gauche|Danseuse de kathak, une des danses indiennes possiblement aux origines du flamenco.

Le flamenco, selon certains auteurs, trouverait son origine dans trois cultures : arabo-musulmane, juive et andalouse chrétienne. En dépit de la préconisation par les conquérants berbères almohades de l'orthodoxie religieuse musulmane, ils ont importé avec eux l'art du flamenco. L'origine de cette musique doit aussi être recherchée dans l'ethnologie du peuple qui l'a conservée et transmise, c'est-à-dire le peuple gitan. Les Gitans ont conservé de larges franges de leur culture d'origine, à savoir la langue (le caló) et la musique. Une étude comparative de la danse indienne (bharata natyam, mudrā et surtout kathak) et de la danse flamenca (par exemple celle de Carmen Amaya) permet de dégager des similitudes exactes. 57 (3): 396–427. ..

L'influence africaine sur la genèse du flamenco, par le biais des personnes d'Afrique subsaharienne esclavagées et de leurs descendants, présents en Andalousie dès le , est également attestée..

Exégètes, musicologues et chercheurs s'accordent à penser aujourd'hui que Triana, un quartier de Séville, est le berceau du flamenco. C'est en effet dans cette ville que des poètes et des musiciens trouvèrent refuge vers le . D'autres sources, telle la bibliothèque de Séville, font remonter la venue de troubadours « réfugiés » en raison de persécutions au .

Il est souvent dit que le flamenco est né des Gitans.. Ce qui, comme le souligne Michel Dieuzaide n'est pas tout à fait exact, et de nuancer : Certains historiens considèrent que les Gitans, par nomadisme, ont fortement contribué à la diffusion du flamenco en arrivant en Espagne, au début du . Ils ne furent pas seulement les diffuseurs de cet art, mais les importateurs de la sémantique flamenca, dont la source est indienne, aussi bien pour la danse que pour la musique..