400px|thumb|Ce lieu post-apo a été inspiré à un contributeur de Wikimedia Commons par diverses œuvres, notamment Mad Max.

La science-fiction post-apocalyptique (parfois abrégée en « post-apo » ou « post-nuke ») est un sous-genre de la science-fiction qui dépeint la vie après une catastrophe ayant détruit la civilisation : guerre nucléaire, collision avec une météorite, épidémie, crise économique ou de l'énergie, pandémie, invasion extraterrestre

Parfois utilisé simplement pour ses aspects ultra-violents, le post-apocalyptique repose sur un délicat équilibre entre une civilisation perdue et un chaos naissant. Il met en scène une confrontation de la réalité sociale (négociable, relative, corrompue, de servitude et dépassant l'échelle d'un seul homme) à la dure réalité physique (immédiate, intraitable, libre, individuelle). C'est à la fois la fin du monde et un nouveau départ. Une contradiction riche qui permet de développer un discours original sur le monde réel.

Le post-apocalyptique se distingue des fictions de catastrophe (film catastrophe), qui mettent en scène le cataclysme lui-même, et des récits uchroniques, qui empruntent un couloir temporel en disjonction par rapport au nôtre, tout en modifiant des éléments de l'Histoire humaine.

Genre

Les œuvres post-apocalyptiques se déclinent de façon assez vaste, mais on retrouve une forme commune (l'esthétique post-apocalyptique) et des thèmes très souvent abordés (le fond).

Esthétique Dans la multitude des œuvres post-apocalyptiques, trois critères essentiels se retrouvent :

le récit se déroule dans le futur ; la société humaine a été détruite ou s'est effrondrée ; les protagonistes vivent dans les vestiges de l'ancienne civilisation.

Ces trois critères autorisent également un large éventail de situations. La plupart des œuvres offrent une vision où la société est détruite, ses valeurs oubliées ou bafouées, et la majeure partie de l'humanité a disparu ; c'est le cas des films classiques tels que Mad Max 2, Apocalypse 2024 ou encore La Route (roman de Cormac McCarthy, adaptation cinématographique de John Hillcoat). Mais d'autres auteurs privilégient un monde plus ambigu et plus proche du nôtre, où des sociétés ont été reconstruites, avec des lois et des règles (le premier Mad Max, ou la bande dessinée Jeremiah) ou même des situations identiques aux nôtres, où seule l'autorité centrale de l’État a disparu (Jericho). Les « vestiges de l'ancienne civilisation » vont de la ville intacte de Jericho aux détails ensevelis de La Planète des singes. Les deux décors les plus représentés sont le désert et la ville en ruine ou abandonnée. Les survivants vivent parfois au milieu de vestiges technologiques sans les comprendre (Niourk), et souvent les utilisent de façon détournée.

Thèmes vignette|Une météorite s'écrasant sur la Terre pourrait provoquer la fin de la vie sous la forme actuelle.|gauche

Au-delà des thèmes classiques de la survie, de la violence, de l'environnement hostile à l'homme, la plupart des œuvres post-apocalyptiques se servent de ce décor pour amener une réflexion sur la place de l'Homme par rapport à ses semblables et à la société. Hors du carcan des lois, les Hommes révèlent leur vraie nature, et le panel de caractères et de comportements « vrais » (non biaisés par la société) créent une sorte de laboratoire social où l'auteur expérimente sur les rapports humains. On trouve régulièrement les thèmes du solitaire contre le groupe, de la coexistence des comportements altruistes, égoïstes et agressifs, ou le télescopage des nostalgiques de l'ancienne civilisation, des aficionados de l'anarchie nouvelle, et des visionnaires voulant créer une nouvelle manière de fonctionner.

Le choix du type d'apocalypse, finalement un détail secondaire, est également intéressant car il reflète les craintes de la société à l'époque où l'œuvre a été conçue, au même titre que les films-catastrophes. La crainte du nucléaire pendant la guerre froide, les catastrophes écologiques ou industrielles dans les années 1980, la pandémie dans les années 1990, tandis que les années 2000 semblent craindre les catastrophes naturelles ou les actes de terrorisme à grande échelle.

« Pré-apo » et autres genres proches Certains films de science-fiction traitent de l'événement qui a causé l'apocalypse (ex. Les Fils de l'homme, L'Armée des douze singes), ils sont parfois appelés films «pré-apocalyptiques». Ils peuvent aussi avoir comme sujet la description de l'apocalypse elle-même (ex. Le Jour d'après de 2004). Dans les deux cas, on peut les rapprocher des films-catastrophes.

Avec la généralisation du terme, d'autres films sont parfois qualifiés de «post-apocalyptiques», parce qu'ils présentent une vision de la société tranchant fondamentalement avec la nôtre, ou parfois parce qu'ils contiennent une guerre nucléaire dans leur histoire ancienne, ou se déroulent dans une ville en ruine. Il y a pourtant une société tout à fait valable et globale, il s'agit alors simplement de science-fiction. Dans les cas précédents, si ces œuvres sont parfois appelées «post-apocalyptiques», il s'agit d'un abus de langage.

Quelques cas particuliers comme la série télévisée Dark Angel ou l'anime Evangelion utilisent une apocalypse comme point de départ mais ne traitent pas du tout du sujet. La qualification de « post-apocalyptique » dépendra donc de la considération du background ou du sujet.

Le post-apocalyptique peut également se mêler au genre de la robinsonnade en se focalisant essentiellement sur la reconstruction de la civilisation dans un univers hostile, comme dans le roman Malevil.

Enfin, les univers particulièrement sinistres décrits l'apparentent à la dystopie.

Histoire Prédécesseurs antiques De nombreuses sociétés, y compris babylonienne et judaïque, avaient produit de la littérature apocalyptique et mythologique traitant de la fin du monde et de la société humaine.. LÉpopée de Gilgamesh, écrite environ 2000-1500 , parle d'un mythe où les dieux en colère provoquent des inondations pour punir l'humanité, mais le héros antique Uta-Napishtim et sa famille sont sauvés grâce à l'intervention du dieu Enki. L’histoire scripturaire de Noé et de son arche décrit la fin d'une civilisation corrompue et son remplacement par un monde refait.

Les premiers siècles de notre ère ont vu l'apparition de diverses œuvres apocalyptiques, la plus connue étant Apocalypse (Livre de la révélation) (l’origine du mot « apocalypse » signifie « révélation ou dévoilement »), qui est remplie d'annonces de destruction ainsi que d’idées lumineuses. Dans le premier chapitre de Apocalypse, l'auteur, Jean de Patmos, explique sa mission prophétique rédigée par l'ordre d'un ange (Apocalyspe 1:19) :

Il la ressent comme une mission de transmission, de révélation du royaume de Dieu, sa promesse que la justice prévaudra et que la souffrance sera justifiée. L’apocalypticien fournit une plus belle vision du Jugement Dernier, révélant la promesse de Dieu en une rédemption de la souffrance et des conflits. Apocalypse évoque un nouveau ciel et une nouvelle terre, et le public visé (les chrétiens, soumis à la persécution de l'Empire romain, et pour qui Jean a écrit des lettres qui constituent le livre) a été enchanté et inspiré, plutôt que terrifié, par ses idées du Jugement Dernier. Ces chrétiens se croyaient choisis pour le salut de Dieu et donc, ces sensibilités apocalyptiques inspiraient l'optimisme et l'attente de la fin des tempsLois Parkinson Zamora, écrit l'Apocalypse: Historical Vision in Contemporary U.S. and Latin American Fiction, Cambridge: 1993..

La vision la plus proche de ce que nous appelons la science-fiction est celle de la Jérusalem céleste (prise au sens littéral) : une sorte d'immense cité (ou vaisseau spatial ?), «descendue du ciel d'auprès de Dieu», qui a de côté (soit environ ) ; « sa longueur, sa largeur et sa hauteur sont égales » (21:16), ce qui en fait une sorte de cube ou de pyramide (l'auteur n'en précise pas la forme). Elle a l'apparence d'un cristal, ses parois sont comme de l'or translucide (21:18) ; elle a douze portes, rondes comme des perles (21:21) ; ses ressources, le fleuve d'eau de la vie et les fruits de l'arbre de vie, se trouvent à l'intérieur (22:1-2) ; il n'y aura plus ni jour ni nuit, ses habitants n'auront plus besoin de flambeaux pour s'éclairer, car la lumière de Dieu les illumine (22:5). Elle est venue sauver les élus, tandis que les damnés sont plongés dans un "étang de feu".

Récits avant 1900 Les écrits de Louis-Sébastien Mercier préfigurent en quelque sorte l'avenir lointain de la Terre : anticipation utopique pour L'An 2440, rêve s'il en fut jamais (1771), décadence irréversible et ruines de Paris pour « Que deviendra Paris », un chapitre du Tableau de Paris (1781).

Le méconnu Le Dernier Homme (1805) de Jean-Baptiste Cousin de Grainville, influencé par Le Paradis Perdu de Milton, associé au romantisme naissant et aux désillusions de la Révolution française, y préfigure de loin la fiction d'anticipation apocalyptique moderne.

Le roman de Mary Shelley The Last Man (1826) est généralement considéré, à tort, comme la première œuvre de fiction apocalyptique moderne.. L'histoire suit un groupe de personnes qui luttent pour survivre dans un monde infesté par la peste. Il est centré sur un personnage masculin qui se bat pour garder sa famille en sécurité, mais il est inévitablement laissé comme le dernier homme vivant.

La nouvelle d'Edgar Allan Poe Conversation d'Eiros avec Charmion (1839) suit la conversation entre deux âmes dans l'au-delà alors qu’ils discutent de la destruction du monde. La destruction a été provoquée par une comète qui a éliminé l'azote de l'atmosphère terrestre, ce qui n'a laissé que de l'oxygène et a abouti à un enfer dans le monde entier.

Jules Verne avec Hector Servadac (1877) imagine qu'une comète frôle la Terre et arrache un fragment de notre planète en emportant ses habitants.

Le roman After London (1885), écrit par Richard Jefferies, constitue une véritable fiction post-apocalyptique. Après une catastrophe soudaine et non précisée qui a anéanti la population d'Angleterre, la nature reprend ses droits et les quelques survivants retournent à un mode de vie quasi-médiéval. Les premiers chapitres sont essentiellement une description de la nature reprenant ses droits : les champs sont envahis par la forêt, les animaux domestiques sont devenus sauvages, les routes et les villes sont envahis par la végétation, Londres redevient des lacs et marais toxiques. Le reste de l'histoire est une simple aventure / quête se passant plusieurs années après dans un paysage et une société sauvage.

H.G. Wells écrivit plusieurs romans sur le thème post-apocalyptique. Publiée en 1895, La Machine à explorer le temps suit un protagoniste sans nom qui voyage vers l'année 802 701 après que la civilisation s'est effondrée et que l’humanité a été divisée en deux espèces distinctes, les lutins Eloi et les brutaux Morlocks. Plus tard dans l'histoire, le protagoniste voyage dans le futur vers une Terre mourante sous un soleil rouge.

Dans le roman de Wells de 1898, La Guerre des mondes, est décrite une invasion de la Terre par des habitants de la planète Mars. Ils détruisent l'Angleterre victorienne avec un armement d’une technologie avancée, monté sur des véhicules presque indestructibles. En raison de la célèbre adaptation radiophonique du roman d'Orson Welles dans son spectacle, , ce roman est devenu l'une des œuvres apocalyptiques les plus connues. Il a ensuite été reproduit et adapté à plusieurs reprises dans des films, des émissions de télévision, des émissions de radio, des musiques et des jeux vidéo.

1900-1945

Après Jules Verne, le grand auteur français de science-fiction est J.-H. Rosny aîné, qui propose une vision de l'avenir beaucoup moins positiviste, avec des œuvres clairement post-apocalyptiques qui feront date comme La Mort de la Terre (1910)..