vignette|Santiago de Masarnau, destinataire de 41 lettres (souvent intimes) d‘Alkan.

Charles-Valentin Morhange dit Alkan, né rue de Braque dans l'ancien septième arrondissement de Paris (partie rattachée au troisième arrondissement en 1859 lors de la réorganisation administrative de la ville et de la création des vingt nouveaux arrondissements). le Fiche de naissance n° 39/50. Archives en ligne de la Ville de Paris, état-civil reconstitué du 7e arrondissement (ancien), fichier des naissances de 1813. et mort à Paris le Acte de décès n° 587 (vue 16/31). Archives en ligne de la Ville de Paris, état-civil du 8e arrondissement, registre des décès de 1888. L'acte précise qu'il était célibataire., est un pianiste et compositeur français.

Se rattachant à la tradition de la grande virtuosité de l'époque romantique, initiée par Paganini au violon, puis au piano par Frédéric Chopin et Franz Liszt, il est considéré comme un représentant français majeur de l'école de piano romantiqueNotice de François Luguenot, 1992, CD - 724, Music & Arts..

Biographie

Issu d'une famille de religion juive originaire de Metz, il est le fils d'Alkan Morhange, qui tient une école élémentaire réputée pour son enseignement musical, située rue des Blancs-ManteauxAntoine-François Marmontel, Les Pianistes célèbres, Paris, Heugel et fils, 1878, , la décrit comme et Alkan Morhange comme un ()., et de Julie Abraham ; comme lui, ses quatre frères et sa sœur ont par la suite adopté le prénom paternel comme nom de scène.

Charles-Valentin est un enfant prodige qui entre au Conservatoire de Paris à 6 ans. Il étudie l'harmonie, l'orgue et le piano avec des professeurs tels que Pierre Zimmermann., qui fut aussi le professeur de Georges Bizet, César Franck, Charles Gounod et Ambroise Thomas. Il obtient le premier prix de piano en 1824, d'harmonie en 1827 (classe de Victor Dourlen), d'orgue en 1834 (classe de François Benoist). À 17 ans, il est un virtuose réputé, rivalisant avec Franz Liszt ou Sigismund Thalberg, surnommé « le Berlioz du piano » par Hans von Bülow.

Il a cependant été peu présent en concert : dès l'âge de vingt ans, il se retire de la vie publique, manifestant une forte misanthropie, et se consacre à la composition. Pour gagner sa vie, il donne des leçons : il devient un pédagogue réputé vers lequel les élèves de Chopin se tourneront à la mort de celui-ci. Tous les ans, il donne Six petits concerts, salle Érard, où il présente en intermède quelques-unes de ses œuvres, au milieu d'un répertoire très classique. À l'exception d'une tournée en Angleterre en 1833 à la demande de ses amis, notamment Pierre Zimmermann, il reste attaché à Paris et ne voyage pas.

En 1834, Alkan a commencé à se lier avec le musicien espagnol Santiago de Masarnau, ce qui a donné lieu à une correspondance étendue et souvent intime, qui a duré plus de 40 ans. Ces 41 lettres n‘ont été révélées qu'en 2009..

Il reprend les concerts en 1844. Il espère un moment succéder à Pierre Zimmermann au Conservatoire de Paris, mais c'est Marmontel qui obtient le poste. En 1848, après cet amer échec, Alkan mène une vie de plus en plus solitaire, même s'il revient parfois à la vie publique, comme en 1855 avec la publication de ses Douze Études dans tous les tons mineurs, .

Il ne s’est jamais marié, et malgré l'absence de document officiel, il semble que Eraïm Miriam Delaborde soit son fils naturel.La première mention est faite par Hans von Büllow dans une lettre au pianiste Karl Klinworth en 1885, « Natürliche Sohn ». Hans von Büllow, Neue Briefe, Munich, Drei Masken Verlag, 1927, .. Delaborde, comme lui, ira au Conservatoire.

Il meurt le , à 74 ans, écrasé par sa bibliothèque. Contrairement à la légende, il n'y a pas d'indice qu'il cherchait à en saisir le Talmud..

Alkan meurt dans un oubli presque total. Ses œuvres vont être également négligées, mais des musiciens comme Ferrucio Busoni, Pierre Réach, Egon Petri, Hüseyin Sermet essaieront de promouvoir sa musique.

Ses compositions ont été longtemps méconnues et restent encore peu enregistrées. Elles sont pourtant particulièrement originales et personnelles et d'une extrême difficulté d'exécution.. La musique d'Alkan est à l'image de son caractère étrange : elle est toute de contraste. Capable de tous les extrêmes, passant de l'un à l'autre sans transition, il aime les antithèses jusque dans ses titres, et l'on comprendra son goût des contrastes en écoutant le calme Zorcico après la véhémente Sonatine, et la Barcarolle entre la puissante Marche et la Saltarelle comme le souligne le critique Georges Beck..

Il est inhumé au carré israélite du cimetière Montmartre ()., avec sa sœur Céleste (1812-1897), artiste musicienne, épouse de Mayer Marix, facteur d’orgues, co-inventeur de l'harmoniflûte.

Œuvre Présentation Comme Frédéric Chopin, Alkan a écrit presque exclusivement pour le piano. Ses œuvres les plus importantes sont la Grande Sonate pour piano « Les Quatre Âges de la vie », op. 33, et ses Études, comparables en difficulté et en complexité aux Études d'exécution transcendante de Liszt. Si les Études dans tous les tons majeurs, op. 35, ressemblent encore aux publications de son temps, les Études dans tous les tons mineurs, op. 39, constituent une somme pianistique de 300 pages, sans équivalent à l'époque. Le recueil est dominé par une Symphonie et un Concerto : le concerto pour piano solo, œuvre cataclysmique écrite d'après ses Études dans les tons mineurs, cette œuvre pour piano seul dure près de 50 minutes. Le fait de donner de tels titres à des œuvres pour piano solo traduit bien l'ambition d'Alkan qui est de conférer une dimension orchestrale au piano.

Multipliant les difficultés techniques, Alkan y affectionne, en particulier, les groupes d'octaves et d'accords obligeant l'interprète à des extensions et des déplacements très rapides, les gammes et les arpèges qui fusent, les notes répétées et les batteries donnant parfois l'impression d'un mouvement perpétuel, comme dans Le Chemin de fer, op. 27, évocation virtuose de la fuite en avant d'un train ; enfin, une riche texture polyphonique et polyrythmique. En dehors des grandes pièces de concert, longues et éprouvantes, Alkan sait faire preuve d'un talent de miniaturiste, comme dans ses 48 Esquisses op. 63 de 1861 ou l'abrupt Scherzo diabolico (de l'op. 39) qui fait résonner le rire de MéphistophélèsNotice de Frédéric Catello, 1995, CD Naxos 8.553434..

Les énormes difficultés techniques ont considérablement réduit la diffusion des œuvres d'Alkan. Néanmoins, plusieurs pianistes ont interprété ses œuvres. D'abord dans la fin des années 1960 avec Raymond Lewenthal et John Ogdon, et plus récemment avec des pianistes comme Ronald Smith, Jack Gibbons, Marc-André Hamelin, et Stéphanie Elbaz. César Franck a effectué une transcription pour l'orgue de plusieurs de ses pièces.

Il a également eu une affection particulière pour le piano-pédalier, instrument qui lui fut prêté par la maison Érard, et qu'il conserva jusqu'à sa mort.. Il compose quelques œuvres pour cet instrument comme le Benedictus et les douze études pour piano à pédalier..

Liste de ses compositions Alkan laisse environ une centaine d'œuvres.

1828, Variations sur un thème de Steibelt, (le concerto Orage) 1829, Les Omnibus, variations pour le piano forte, , dédié aux Dames Blanches, Schlessinger, Paris 1830, Il était un p'tit homme, rondoletto, 1832, Premier concerto da [di] camera en la mineur, . Nouvelle édition revue par E. M. Delaborde et I. Philipp, Gérard Billaudot, Paris (fonds Costallat) 1832, Deuxième concerto da camera en ut-dièse mineur, . Nouvelle édition revue par E. M. Delaborde et I. Philipp, Gérard Billaudot, Paris (fonds Costallat) 1833, Rondo brillant pour piano et quatuor de cordes, 1833, Rondeau chromatique pour le piano forte, ; composé et dédié à la Société des Enfants d'Apollon et exécuté à leur concert annuel, par Ch. V. Alkan, professeur honoraire de l'École Royale de Paris et membre de la société des enfants d'Apollon. R. Cocks & C°, Londres 1834, Variations sur La tremenda ultrice spada de « I Capuleti èi Montecchi de Bellini », 1834, Variations pour le piano sur Ah ! segnata é la mia morte de Anna Bolena de Donizetti, , dédié à Madame H. G. Le Loder, par C. V. Alkan. R. Rock & C°, Londres (introduction tirée de la ritournelle, thème, trois variations et final) 1834, Variations quasi fantaisie composés sur une barcarolle napolitaine, dédiées à Miss Mary Windsor, . R. Rock & C° ; London 1837, Trois études de bravoure, (Scherzi) également connus sous le nom de Caprices. (1 - mouvement de valse (trio ; stretto) 2- moderato quasi menuetto 3 - prestissimo). Nouvelle édition revue par E. M. Delaborde et I. Philipp, Gérard Billaudot, Paris (fonds Costallat) 1837, Souvenirs : Trois morceaux dans le genre pathétique, (1 - Aime moi ; 2 - Le Vent ; 3 - Morte). Imprimerie Mergault, Paris 1837, Trois Andantes romantiques, 1837, Trois improvisations (dans le style brillant), 1838, Les Mois, 1838, Six morceaux caractéristiques, (publiés plus tard sous le numéro d'opus 8) 1838 / 1840, Trois grandes études, . - Fantaisie en la-bémol majeur, Largamente, Gravemente, Vivamente ; - Introduction, variations et Finale, pour la main droite seulement, Colla mano diritta solamente ; - Étude pour les deux mains (I Philipp, 12 études de virtuosité ). 1840, Jean qui pleure et Jean qui rit, deux fugues sans numéro d'opus. Imprimerie Mergault, Paris. 1840, Grand Duo concertant en fa-dièse mineur pour violon et piano, 1841, Trio en sol mineur pour violon, violoncelle et piano, 1844, Nocturne, 1844, Saltarelle, 1844, Gigue et Air de ballet dans le style ancien, . Nouvelle édition revue par E. M. Delaborde et I. Philipp, Gérard Billaudot, Paris (fonds Costallat) 1844, Alleluia, . Musica Obscura Éditions 1844 / 1846, Marche funèbre pour le piano, , dédiée à Madame la Maréchale, Duchesse de Montebello. Milan, F. Lucca 1844, Marche triomphale pour piano, , dédiée à la duchesse de Montebello. Berlin, Schlessinger 1844, Le Chemin de fer, étude . Nouvelle édition revue par E. M. Delaborde et I. Philipp, Éditions M. R. Braun, Paris (fonds Costallat-Billaudot) 1844, Le Preux, étude de concert, , dédicacé à Madame Adèle Janvier. Milan, F. Lucca 1834, Désir, Fantaisie sur Don Juan en La bémol majeur, sans numéro d'opus. Gérard Billaudot, Paris. 1846, 25 Préludes, piano ou orgue, 1846, Bourrée d'Auvergne, étude, 1847, Douze études dans tous les tons majeurs, opus 35 1847, Grande sonate ou Les Quatre âges de la vie, 1847, Scherzo focoso, 1847, Etz chajjim hi pour chœur mixte a cappella (pour 2 sopranos, ténor et basse), sans numéro d'opus 1849, Deuxième recueil d'impromptus - Trois airs à cinq temps et un à sept temps, opus 32/2 1849, 4 Impromptus, opus 32/1 1850, 12 études pour les pieds seulement, sans numéro d'opus 1856, Salut, cendre du pauvre ! 1856, Minuetto alla Tedesca, 1857, Sonate de concert en Mi majeur pour violoncelle et piano, 1857, Trois marches (quasi da cavalleria), 1857, Trois petites fantaisies, 1857, Réconciliation, petit caprice, 1857, Douze études dans tous les tons mineurs, 1857, Halelouyoh pour chœur mixte et piano ou orgue en Sol mineur (pour soprano, contralto, ténor, basse et piano ou orgue), sans numéro d'opus 1857, Trois marches pour piano en duo, 1857, Deuxième recueil de chants, 1857, Bombardo-Carillon en Si-bémol, sans numéro d'opus 1859, Capriccio alla soltadesca 1859, Le tambour bat aux champs, esquisse, opus 50 bis 1859, Super flumina Babylonis, paraphrase du psaume 137, 1859, Quasi-caccia, caprice, 1859, Benedictus — pour pédalier ou piano trois mains, 1859, Une fusée, introduction et impromptu, 1859, Deuxième nocturne, 1859, Troisième nocturne, 1859, Trois menuets, 1859, Petits préludes sur les huit gammes du plain-chant pour orgue, sans numéro d'opus 1860, Le Grillon, quatrième nocturne, bis, Costallat, Paris