Jean de Berry ( à Vincennes - à Paris), troisième fils du roi de France , est un prince français qui a joué un rôle politique important dans le royaume de France au cours des règnes de son frère et de son neveu .
Il est à la tête d'un grand ensemble territorial qui comprend notamment le duché de Berry, le duché d'Auvergne et le comté de Poitou.
L'homme politique Il est apanagé comte-pair de Poitou en Jean de Berry, Comte de Poitou au sur le site de la mairie de Poitiers. puis duc-pair de Berry en par son père..
Après la défaite désastreuse de Poitiers, où son père le Bon est fait prisonnier, il est donné en otage aux Anglais lorsque le roi revient en France (1360) et il reste prisonnier en Angleterre jusqu'en 1367.
En 1369, il reçoit de son frère , les comtés d'Auvergne et de Boulogne, par spoliation de , son futur-beau-père, le , et du comté de Montpensier de 1404 à 1416.
Reconquête du Poitou Depuis le début de la reconquête, des frères du roi c'est en premier lieu Louis d'Anjou qui est en première ligne pour les opérations militaires, puis Jean de Berry et le cousin Louis de Bourbon. Philippe le Hardi a un rôle plus effacé. Cependant il prend part directement aux opérations de reconquête du Poitou. En effet cette région est liée par des intérêts économiques à l'Angleterre où elle exporte son sel. Les barons poitevins ont massivement choisi le parti anglais et il faut une campagne militaire lourde pour la faire revenir possession françaiseFrançoise Autrand, , Fayard 1994, .. alt=Portrait du duc Jean de Berry à Beauregard.|gauche|vignette|Vue d'artiste du duc Jean de Berry, Galerie des Illustres du château du Beauregard (). La campagne pour la reconquête du Poitou, de l'Aunis, de la Saintonge et de l'Angoumois commence aussitôt après la bataille de La Rochelle où la flotte castillane coule une bonne partie de la flotte anglaise, privant la Guyenne de soutien logistique. L'armée royale assiège la forteresse de Saint-Sévère, qui capitule le . Pendant ce temps, Montcontour est repris, puis Poitiers ouvre ses portes à Du Guesclin le .
Les forces françaises progressent le long de la côte, vers le sud. Le captal de Buch est capturé le alors qu'il allait secourir Soubise assiégée : son armée est interceptée par la flotte galloise et castillane qui remonte la Charente. Les îles de Ré et d'Oléron font leurs soumissions le , mais les barons poitevins restent fidèles aux Anglais et se retranchent dans Thouars. Philippe le Hardi et Jean de Berry arrivent alors avec des renforts rendant intenable la situation des Poitevins.
Du Guesclin continue à progresser le long du littoral jusqu'à la Rochelle, qui est prise le . Ainsi isolées, les villes se rendent tour à tour : Angoulême (la capitale du « prince Noir ») et Saint-Jean-d'Angély le , Saintes le 24Françoise Autrand, , Fayard 1994, ..
Les négociations de reddition sont menées par Philippe et Jean de Berry qui est le comte de Poitou et doit conquérir le cœur de ses sujets. Ils obtiennent que les seigneurs poitevins prêtent serment de fidélité au roi de France le en l'église de Loudun (traité de Loudun). Par ce traité, tous les anciens privilèges et libertés du pays du temps de Saint Louis (le souverain de référence à l'époque) et de son frère Alphonse de Poitiers sont solennellement confirmés.
Le , Jean de Berry, Philippe le Hardi, Louis de Bourbon et Bertrand du Guesclin font une entrée triomphale dans ParisFrançoise Autrand, , Fayard 1994, ..
Le 12, il prête hommage à son frère pour le comté de Poitou suivi des barons qui réitèrent en sa présence leur serment de fidélité au roi.
vignette|La reddition de Limoges à Jean de Berry. Miniature du , par le Maître de Giac. Besançon, BM, Ms. 864. Tant que son aîné le roi Charles le Sage vécut, Jean, comme ses deux frères Louis d'Anjou et Philippe de Bourgogne, demeura un soutien indéfectible de Charles et de sa politique audacieuse contre l'ennemi anglais. Il commanda l'armée Royale envoyée en Limousin, Poitou et Quercy. Il reprend aux Anglais les villes de Limoges, Poitiers et La Rochelle.
Gouvernement des oncles À la mort de son frère (1380), il est nommé un des tuteurs du jeune roi conjointement avec le duc (1339-1384) et le duc de Bourgogne ; mais il ne se signale que par son avarice et sa rapacité. Lorsque est atteint de folie, à partir de 1392, il partage l'autorité avec son frère, le duc de Bourgogne (1342-1404), et le duc d'Orléans (1372-1407), frère cadet du roi .. Toutefois le duc de Berry prend peu de part au pouvoir ; en 1381, le duc de Berry est nommé lieutenant général du roi en remplacement de son frère Louis en Languedoc, où sévit le Tuchinat. Cette nomination aggrave les choses : le tuchinat devient porteur de la contestation de l'impôt, du pouvoir royal et de ses méthodes. Les troupes commandées par le duc de Berry affrontent les tuchins en bataille rangée, entre autres à Uchaud, près de Lunel. Il exerce dans la région toutes sortes de vexations et d'exactions.
Révoltes antifiscales
La situation n'est pas aisée pour les oncles du roi : à sa mort pris de remords a décidé d'abolir les fouages en pays de langue d'oïl, ce que le peuple comprend: les impôts. En effet, ceux-ci sont au départ justifiés par l'état de guerre en vertu d'une négociation avec les états généraux. Or les Anglais, repoussés du royaume de France par et en proie à de graves troubles internes, ne sont pas en état de continuer le conflit. L'impôt n'a plus lieu d'être et le roi et ses oncles doivent réunir les Etats généraux le . La teneur exacte des débats n'est pas connue, mais, le , le conseil du roi dirigé par Louis d'Anjou doit publier une ordonnance abolissant tous les impôts créés depuis Philippe le BelFrançoise Autrand, , Fayard février 1986, .. Les exactions sur les fermiers et les juifs se multiplient, malgré une ordonnance royale et l'action de la prévôté de ParisFrançoise Autrand, , Fayard février 1986, .. Cependant aucune paix n'a été signée avec l'Anglais et le conseil argumente que pour prévenir une éventuelle chevauchée anglaise, il faut que le pays verse une aide. Le pays rechigne à l'accepter et les Etats sont de nouveau réunis en . Ils consentent à une aide pour la guerre pendant un an à dater du , moyennant quoi de nombreuses chartes et privilèges de villes sont confirmésFrançoise Autrand, , Fayard février 1986, ..
Ceci ne met pas fin à la contestation. Le Languedoc appartient au Domaine royal, l'impôt y est géré par des officiers royaux qui se comportent en pays conquis et s'attirent l'hostilité de la population. Jean de Berry a été nommé Lieutenant général du Languedoc, mais le pays veut comme chef Gaston Fébus le puissant et indépendant comte de Foix qui a su faire prospérer ses terres en restant neutre dans le conflit anglais. Ce dernier s'adresse aux Languedociens en Gascon et promet de purger les trois Sénéchaussées de tous les pillards issus de la démobilisation à la fin des conflits castillans et franco-anglais qui y pullulentFrançoise Autrand, , Fayard février 1986, .. Jean de Berry doit intervenir à la tête d'une puissante armée pour restaurer l'autorité royale. Le Languedoc se soulève, Gaston Fébus met à mal des routiers issus des rangs de l'armée du duc de Berry. a , il ne rêve que de combats épiques: il va chercher l'oriflamme à Saint Denis. Voyant venir une sévère répression menée par l'armée royale, les Etats de Languedoc préfèrent céder et font savoir qu'ils se soumettraient au duc de Berry contre l'amnistie pour les actes de rébellion et restitution des biens confisqués. Gaston Fébus exige le versement de immédiatement puis une pension de Françoise Autrand, , Fayard février 1986, .. Il faut l'intervention énergique du cardinal Jean de la Grange pour obtenir la paix en . Ce dernier obtient une réunion des Etats de Languedoc à Béziers pour discuter des conditions de l'impôt et ne quitte la ville qu'une fois que tous les habitants de plus de 14 ans ont juré fidélité au roi!
vignette|Le trésorier et les chanoines de la Sainte-Chapelle de Paris promettent de célébrer une messe annuelle du Saint-Esprit pour le duc Jean de Berry chaque de son vivant, et après sa mort, une messe anniversaire pour son âme. Paris, . Archives nationales de France. , dès qu'il put gouverner, lui retira son gouvernement et fit périr sur le bûcher Jean Béthisac, le principal agent de sa tyrannie (1389). D'abord médiateur dans l'opposition entre Bourgogne et Orléans, favorisa, à partir de 1410, les Armagnacs dans la guerre civile les opposant aux Bourguignons, puis traita avec les Anglais et fut nommé capitaine de Paris et lieutenant du roi en Languedoc (1413).
Le constructeur et mécène Les châteaux du duc Jean de Berry commence par faire réparer ou agrandir les palais de ses principaux fiefs. Le duc rénove le palais comtal de Poitiers à partir de 1380. Un incendie aurait touché ledit palais en 1346, mais cet événement n'est narré que dans le troisième quart du , dans les Grandes Chroniques de France.. Les travaux ducaux consistent en la modification du pignon sud du palais, lequel est doté de trois cheminées monumentales et en l'amélioration de la tour Maubergeon. Dans la même ville il fait construire un château de forme triangulaire. À Bourges, il fait reconstruire le palais ducal, dont il subsiste très peu de traces. Sur le modèle de la Sainte-Chapelle du Palais de la cité, il y fait édifier la Sainte-Chapelle de Bourges (1405), aujourd'hui détruite, pour montrer sa filiation avec le roi saint Louis. Il fait aménager le palais de Riom entre 1382 et 1389, notamment une grande salle ainsi qu'une Sainte-Chapelle, toujours subsistante.
Il se fait construire ou réaménager par ailleurs d'autres châteaux. Celui de Mehun-sur-Yèvre est sans doute le plus important programme architectural du duc et devient résidence habituelle de sa famille. À la fin du , il fait des travaux dans le château de Lusignan, et notamment à la tour d'Étampes. L'architecte de la plupart de ces constructions est Guy de Dammartin. D'autres travaux sont effectués dans ses résidences de Mehun-sur-Yèvre, Concressault, Genouilly, Nonette, Usson, Graçay, Gien et Aubigny-sur-Nère. Enfin, le duc est aussi propriétaire de plusieurs résidences à Paris. L'hôtel de Nesles est le principal, situé à l'emplacement actuel, donné par en 1380 et dans lequel il fait des travaux en 1386. Il est détruit en partie par la foule de Paris en 1411 et c'est là qu'il meurt en 1416. Juste à côté, il possède aussi l'hôtel des Tournelles, qu'il cède à son neveu en 1404. Il possède enfin un manoir à Saint-Marcel en périphérie de la ville, ainsi que le château de Bicêtre, lui aussi détruit en 1411.
L'amateur d'œuvres d'art
Mécénat Mécène fastueux, il possède un très grand nombre d'œuvres d'art connues grâce à plusieurs inventaires toujours conservés, datant de 1401-1403, 1411 et à sa mort en 1416. Il s'agit principalement de bijoux, de pierres précieuses, de médailles et de pièces d'orfèvrerie. Il les obtient par les nombreux cadeaux de ses proches, mais il en fait aussi don à son entourage. Souvent refondues, la plupart de ces œuvres ont disparu. Parmi les rares œuvres encore connues, se trouvent le reliquaire de la Sainte Épine, conservé au British Museum, la coupe de sainte Agnès, toujours au British Museum, qu'il donne à son neveu en 1391, la offerte à son frère Philippe, maintenant conservé dans le trésor impérial de Vienne, au château de HofburgFrancis Salet, La « Croix du serment » de l'ordre de la Toison d'or, Journal des savants, 1974, , . ou encore une des plus anciennes porcelaines chinoises connues en Europe, actuellement au Victoria and Albert MuseumNotice du vase Gaignères-Fonthill sur le site du V&A..