La culture d'Erlitou () est une culture du début de l’Âge du bronze en Chine. Elle a constitué un des premiers États sur l'actuel territoire chinoisSi l'on s'entend sur le sens du mot « État ». Voir ci-dessous., (v. 1900/1800 - 1500 avant l'ère commune qui donne 1800-1500, alors qu'anciennement les dates retenues étaient 1900-1500 : .). Elle tire son nom d’un de ses sites à Zhaizhen (), sur le territoire de la commune de Yanshi (), dans le Henan de l'Ouest, et dans la région de Luoyang. Peut être liée à ses débuts à la culture de Longshan, elle s’est développée au centre-ouest du bassin du Henan, non loin de la commune de Zhengzhou, sur le cours moyen du fleuve Jaune au Sud, jusqu'à la rivière Dan au Sud-ouest. Le bassin de Yiluo, le long du cours des rivières Yi (), Luo (), Ying (), Tu (), ainsi que du cours inférieur de la Fen (), au sud du Shanxi, semblent constituer le cœur de cette culture. Lors de sa phase tardive elle a connu une certaine expansion dans le Hubei et le Shaanxi. Elle est donc située au Henan et au Shanxi, sur le cours moyen du Fleuve jaune. Une centaine de sites importants lui sont rattachés, mais on trouve quelques sites avec des éléments de la culture d'Erlitou au Sud sur le cours du moyen Yangzi et au Sud-ouest sur la rivière Dan dans le Shaanxi.

Elle était considérée par un grand nombre d'archéologues chinois comme correspondant à la dynastie Xia, en suivant l'approche traditionaliste et historiographique. Mais la démarche la plus consensuelle en 2012 pense autrement et accorde moins d'importance à la tradition historiographique. Cependant l'identification d'Erlitou avec une capitale de l'hypothétique dynastie des Xia reste l'objet de discussions interminables, car non fondée sur des faits archéologiques. Or, les musées de Chine emploient encore systématiquement cette dynastie dans les cartels actuels, comme si elle n'était pas un mythe, et la culture d'Erlitou est ainsi confondue en Chine avec la dynastie Xia. Cette culture a été et elle reste encore l'objet de nombreux débats. Les fouilles archéologiques se sont réparties sur une cinquantaine d'années et ont concerné une centaine de sites (en 2013).

Après cette culture (1800-1500) du premier âge du bronze en Chine, la période d'Erligang (vers 1600/1500-1400/1300) a, semble-t-il, permis le développement d'un État, voire de la première « civilisation » en Chine.

Historique des découvertes et des débats Le premier site appartenant à cette culture a été découvert en 1952; à Yucun (), dans le district de Dengfeng () (Henan), le deuxième en 1956 au Temple de Luoda () à Zhengzhou. Le nom utilisé était alors « style de Luoda ». En 1959, le site d'Erlitou a été repéré : c’est avec la découverte sur ce site en 1960 par Xu Xusheng () d'un complexe palatial de l'Âge du bronze. Quant à Yanshi, à . du site d'Erlitou et une découverte majeure des années 1980, elle apparait au moment de la chute de la culture d'Erlitou, sur les contreforts du Mont Song et sa relation politique avec la culture d'Erlitou est encore une question. Le site d'Erlitou était le plus ancien jamais mis au jour à l’époque (occupé entre 1700 et 1500), et c'est ainsi qu’est apparu le concept de « culture d’Erlitou » à laquelle se rattachent désormais plus de 500 sitesXu Hong in répartis sur une vaste région dans le bassin du moyen Fleuve jaune.

En 1988, Erlitou a été déclaré « patrimoine culturel national de première importance »On peut se référer au site de l'Office National du Tourisme de Chine : , qui est significatif à bien des égards..

L'historiographie chinoise a constitué les premières sources sur lesquelles s'appuyer pour écrire l'histoire : avant l'apparition de l'archéologie en Chine le développement social était lié aux « origines » de la « civilisation »Le terme reste l'objet de discussions; voir l'article correspondant : Civilisation. chinoise et aux histoires plus ou moins légendaires des sages, des rois et des dynasties Xia, Shang et Zhou, textes qui ignoraient leurs voisins. Or les dates de la culture d'Erlitou (v. 1900-1500) recouvrent partiellement les dates que l'historiographie traditionnelle chinoise attribue à la dynastie Xia (v. 2070-1600). Et parce que l'aire évoquée dans les textes et les dates correspondent à la dernière partie de la dynastie Xia, la plupart des archéologues chinois sont encore persuadés qu'il y a un lien direct entre la fin de la dynastie Xia et celle d'Erlitou, et que les premiers temps de cette dynastie doivent être recherchés « avant » Erlitou. Cette recherche conduit à la phase Xinzhai, qui semble une période intermédiaire entre la culture de Longshan, Néolithique, et la culture d'Erlitou dans cette région. En conséquence Erlitou et Xinzhai ont polarisé les recherches sur l'hypothétique dynastie Xia.

Par ailleurs l'accord n'est encore pas entièrement unanime sur les termes essentiels. Actuellement une approche socio-archéologique sino-internationale repose les questions liées à la création de ce que les uns et les autres appellent des «États » : on peut se mettre d'accord sur le fait qu'un pouvoir centralisé concentre les prises de décisions d'une part sur les relations extérieures, les processus locaux à réguler, et d'autre part sur les relations intérieures qui organisent la société en un ensemble de travaux que l'on peut diviser et répartir sur des individus ou des groupes. L'apparition de l’État en Chine peut être datée de la période d'Erlitou : on envisage ainsi un État d'Erlitou, en 2013.

Dans ce contexte intellectuel la communauté scientifique internationale considère aujourd'hui que l'interruption de la production de biens réservés à l'élite, au cours de la dernière phase de la « culture » d'Erlitou, sur le site d' Erlitou phase IV (v. 1560-1520), signifie la fin de cette culture.

Les phases archéologiques Les archéologues ont établi quatre phases de développement sur le site urbain d'Erlitou avec une carte détaillée de la région . en se basant sur les céramiques. La quatrième fusionne avec la période dite d'Erligang ancien, et pour l'ensemble de cette partie.. Au cours de l'ultime phase, Erligang récent, la production de produits de luxe dans les tombes disparait complètement. Rien ne peut, en l'état actuel des connaissances (2013), discerner la présence d'un État de type royal ou autre Erlitou phase I (v. 1900/1800-1750)Xu Hong in : le site s’étend sur . On y trouve des indices de présence d'une élite : poterie blanche, objets d'ivoire et de turquoise et des outils de bronze. Erlitou phase II: le site s’étend sur et possède un ensemble de monuments de terre battue de au Sud-est, un ensemble « palatial » est coupé par l'intersection de quatre routes de . de large. Ces constructions ressemblent à celles de la phase finale des Shang: larges et à la composition complexe. D'autres bâtiments sur fondations en terre damée et de taille modérée sont dispersés dans les parties Nord-ouest et Nord-est. Erlitou phase III: la densité augmente rapidement et le premier ensemble « palatial » est remplacé par un second. Les fonderies regroupées à proximité de ce nouvel ensemble palatial produisent des bronzes rituels. Erlitou phase IV (v. 1560-1520) et ancien Erligang (v. 1600-1415): le site s'étend toujours sur et l'ensemble palatial est toujours en usage. Les bronzes rituels sont plus nombreux et de meilleure qualité. Les flèches sont produites en bien plus grandes quantités. De toute évidence Erlitou maintient sa suprématie sur la région correspondant à la vallée de la Yiluo (Nord et Centre du Henan). Un nouveau complexe palatial apparait à Yanshi, ville très fortifiée sur , à . de là. Le style des objets est celui d'Erligang. Erligang récent (v. 1450-1300): la production de biens réservés à l'élite a complètement disparu, en particulier le bronze. L'espace dédié anciennement aux palais n'est plus occupé que par un petit village d'environ . Le déclin d'Erlitou ne correspond donc pas seulement à l'émergence d'un nouveau centre, à Yanshi, mais aussi à une très grande cité fortifiée sur le site de Zhengzhou, à . à l'Est d'Erlitou, qui relève, quant à elle, de la culture d'Erligang.

Le site éponyme vignette|Objet découvert sur le site d'Erlitou; plaque de bronze incrustée de turquoises évoquant (?) un masque / une tête de renard. L. Repr. site du musée : : Exposé au Sackler Museum, Harvard University, Cambridge, Massachusetts, États-Unis. Interprétation de Gabriele Fahr-Becker Les arts de l'Asie orientale, Könemann 1998, Tome 1, . Cet objet est similaire à une pièce conservée à l'Institut d'Archéologie de Pékin, repr.: Violette Fris-Larrouy, Arts de Chine, Adam-Biro 1999, : L.

Origines Le site éponyme, Erlitou, a d'abord été occupé par trois petites installations Yangshao (v. 3500-3000), puis par une autre au début de la période Longshan (v. 3000-2600). Ensuite le lieu a été abandonné pendant et un nouveau groupe a fondé les prémices de la culture d'Erlitou. Cette installation, au début non fortifiée, est devenue rapidement la plus vaste cité de la région. On y trouve, du point de vue archéologique, des différences sociales marquées qui étaient bien moins visibles auparavant.

Localisation Situé sur la rive nord des anciens cours de la LuoPlan : in et de la Yi, le site présente une orientation générale N-O / S-E (maximum E-O : ; N-S : ). L’ensemble aurait été à l’origine plus vaste que les qui ont été mis au jour, mais la rivière Luo en se déplaçant en a détruit la partie nord. Les vestiges essentiels (palais, ateliers, tombes) se trouvent sur un terrain légèrement surélevé du secteur sud-est ; le secteur ouest est plus bas. À l’est du site, on a repéré des tronçons de tranchées dont ont été explorés ; on pense que la terre ayant servi aux constructions ou à la fabrication des poteries en a été extraite.

Le bronze vignette|Bronze rituel de type jue, site de Xinzheng (banlieue sud de Zhengzhou). Musée Provincial du Henan Erlitou semble avoir eu le monopole de la fabrication des objets en bronze de grande complexité dans sa dernière phase, de 1700 à 1550. Il s’agit de modèles archaïques aux parois très minces, coulés la tête en bas entre une âme de terre compacte et des segments de terre cuite portant en creux les thèmes décoratifs encore parcimonieux. Mais les quinze pièces de vaisselle rituelle découvertes à ce jour doivent être comprises dans l'ensemble bien plus vaste des objets de bronze qu'il s'agisse des armes ou des outils qui caractérisent cette première grande période de l'âge du bronze en Chine.

La céramique Il y avait également des ateliers de poterie, dont le modèle le plus typique est blanc, en forme de chapeau chinois. Certaines céramiques portent des signes symboliques ou graphiques, mais il n'y a pas de trace d'un véritable système d'écriture.

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