Pierre Georges, dit Colonel Fabien ou « Frédo », est un militant communiste et résistant français, né le à Paris et mort en opération militaire le à Habsheim (Alsace). Il est déclaré mort pour la France..

Pierre Georges est connu pour avoir été, à l'époque de l'occupation de la France par les Allemands, l'auteur du premier attentat meurtrier contre un militaire allemand, l'aspirant de marine Alfons Moser, le , à la station du métro de Paris.

Biographie Origines Pierre Félix Georges est le troisième enfant d'une famille qui en compte quatre. Son père, Félix Georges, est ouvrier boulanger à Villeneuve-Saint-Georges dans la banlieue de Paris. Sa mère, Blanche Gaillourdet., meurt de la tuberculose en 1928 alors que Pierre Georges n'a que . Il est en partie élevé par sa sœur aînée Denise..

Après l'obtention de son certificat d'études, il travaille comme apprenti boulanger, puis il est poseur de rivets sur les chantiers de chemin de fer de Villeneuve-le-Roi et enfin ajusteur chez Breguet à Aubervilliers.

Guerre d'Espagne Il adhère au Parti communiste français à l'âge de et participe à la guerre d'Espagne en s'engageant dans les Brigades internationales à , en 1936 : il ment sur son âge pour être incorporé. Envoyé à l'école d'officiers de la base d'Albacete, il en sort en avec un grade équivalent à celui de sous-lieutenant, puis de lieutenant en , alors qu'il vient d'être grièvement blessé au ventre. Rétabli de ses blessures et d'une pneumonie, il quitte l'Espagne. Rentré en France en , moins de cinq mois après avoir commencé à combattre, il suit les cours d’une école pour métallurgiste et redevient ouvrier dans une usine Breguet de construction d’avions.

Il est élu au comité central du Mouvement jeunes communistes de France (JC).

Seconde Guerre mondiale En , Pierre Georges, sa femme Andrée, son frère Jacques, sa belle-sœur Raymonde Le Magueresse et six autres militants, sont arrêtés pour activités communistes. Après un non-lieu prononcé le , interné administratif, il s'évade lors d'un transfert en train en à destination de Bordeaux au moment de l'invasion allemande en France..

De son mariage avec Andrée Coudriet, naît une fille, Monique, en 1940.

Après son évasion, Georges se rend en zone libre et reprend contact avec le Parti communiste à Marseille où il se livre à une série d'activités clandestines sous le pseudonyme de « Frédo ». Il revient en zone occupée à Paris, chargé par le Parti d'organiser le premier groupe armé des jeunesses communistes.

À la suite de l'attaque surprise de l'Union soviétique par les Allemands le , le Parti communiste s'oriente vers la lutte armée contre l'occupant : à la fin , Pierre Georges devient commissaire militaire de l'Organisation spéciale (OS) du PC. Il est l'adjoint du commissaire politique Albert Ouzoulias, alias « Colonel André ». Tous deux ont pour mission de recruter, former et encadrer des combattants choisis au sein des JC. C'est pourquoi, après la guerre, Albert Ouzoulias parle des « Bataillons de la jeunesse ».

L'attentat du métro Barbès vignette|Plaque où Pierre Georges vécut avec son père, 100 boulevard de la Villette, . Pierre Georges, qui porte à cette époque le pseudonyme de « Frédo », réalise lui-même, à titre d'exemple, ce qui est considéré comme le premier attentat meurtrier contre les troupes d'occupation, en tuant le , à 8 heures du matin, un militaire de la Kriegsmarine, l'aspirant Alfons Moser, sur les quais du métro à la station . Gilbert Brustlein est présent auprès de Pierre Georges pour l'assister et assurer sa protection lors de son repli, tandis que deux autres militants sont aux extrémités du quai pour observer et rendre compte. La station () a été choisie par les militants communistes en raison de la courbure prononcée de son quai (ce qui se passe à l'autre extrémité de la rame ne se voit pas) et de multiples possibilités de fuite, notamment en empruntant l'autre ligne (, aérienne) qui la dessertPourvu que les horaires coïncident.. À un moment de leurs préparatifs, les jeunes communistes se rendent compte qu'ils pourraient tout aussi bien pousser l'Allemand sur la voie au moment où la rame entre, mais cette idée est écartée car ils ne souhaitent pas qu'on puisse penser que la mort de l'Allemand est due à un accident.

L'attentat du métro Barbès est aussi un acte de représailles contre les Allemands faisant suite à l'arrestation — lors d'une manifestation à la station de métro — et à l'exécution l'avant-veille dans le bois de Verrières de deux jeunes militants communistes : Samuel Tyszelman et Henri Gautherot.

La date du 21 est choisie en référence à l'invasion de l'Union soviétique déclenchée deux mois plus tôt à un jour près. Avec des moyens dérisoires — deux balles de — Pierre Georges modifie d'un coup l'atmosphère parisienne. L'attentat marque le passage du PCF de la collaboration à la résistance armée. Cet attentat des communistes et ceux qui suivent sont réalisés conformément aux ordres de Moscou, en date de , qui ordonne aux partis communistes d’Europe occupée, de rentrer dans la lutte armée en organisant des détachements de partisans afin d'organiser une guerre de partisans derrière les lignes ennemies et de terroriser l'ennemi dans le but d'aider l'URSS : 1 en obligeant le Reich à maintenir des troupes à l'Ouest ; 2 en éloignant les populations occupées des occupants à la suite d’éventuelles représailles. Pour la politique de représailles contre des populations civiles que cela induit, le PCF est désapprouvé par des personnalités aussi diverses que Marcel Cachin ou des résistants comme Henri Frenay, Emmanuel d'Astier de La Vigerie ou Jean-Pierre Lévy.

Maurice Schumann, déclare le à Radio Londres :

Cet attentat est suivi de la mise en place par Vichy de tribunaux d'exception, les « sections spéciales », chargées de la répression, qui prononcent trois condamnations à mort de communistes exécutés le , et une condamnation aux travaux forcés à perpétuité, celle du journaliste communiste Lucien Sampaix, qui est néanmoins fusillé par les Allemands le . Après cet attentat, et ceux qui suivent, Hitler ordonne l'exécution de cent otages.

Mais Otto von Stülpnagel répugne à des représailles massives parce qu'il comprend et veut déjouer l'intention politique du parti communiste. Il mise de préférence sur la traque policière des auteurs d'attentats, qui est très efficace, et sur des exécutions ponctuelles d'otages choisis parmi les personnalités communistes de premier plan, comme Gabriel Péri, et de quelques résistants gaullistes. Parmi ceux-ci figurent Honoré d'Estienne d'Orves, Jan Doornik et Maurice Barlier — condamnés à mort trois mois plus tôt — dont le courage à leur procès avait suscité l'admiration des juges du tribunal allemand.. Par ailleurs, dans l'intention de tourner la population contre les « terroristes », Stülpnagel présente la résistance communiste comme étrangère, et plus précisément comme « judéo-bolchévique ». Sa répression prend donc la forme des premières rafles de Juifs, dont beaucoup sont d'origine étrangère, dans le de Paris. Les premières fusillades massives d'otages communistes, sur l'insistance expresse d'Hitler, font suite à l'attentat de Nantes, le , où un jeune communiste de l'Organisation spéciale, Gilbert Brustlein, l'adjoint de Pierre Georges à Barbès, exécute l’Oberstleutnant Karl Hotz, chef de la Kommandantur. La plus célèbre de ces exécutions de masse, du , est celle de Châteaubriant, dans laquelle meurt Guy Môquet.

Le , le général de Gaulle parle depuis Londres pour exprimer à la fois son désaccord tactique concernant ces attentats (contrairement aux communistes, il ne veut pas de guérilla urbaine en France métropolitaine) et son soutien moral : . Et après les représailles allemandes, il confie à son entourage : .

La poursuite des attentats et l'engrenage répressif qui en résulte conduisent Otto von Stülpnagel à la démission, le . Il est remplacé comme commandant militaire par son cousin Carl-Heinrich von Stülpnagel, mais l'essentiel est que les prérogatives de l'armée sont « rognées » après l'installation à compter de d'une délégation SS en France dirigée par Carl Oberg, allant de pair avec un renforcement de la Gestapo, organe de police SS placée de fait sous l'autorité d’Oberg. L'action des résistants communistes est surtout politique. Il s'agit d'empêcher la France de tomber dans la « collaboration loyale » voulue par Vichy. Militairement, son impact est plus limité.

Poursuites et maquis Après , et l'élimination quasi complète des premiers combattants, pris par la police française et fusillés par les Allemands, l'Organisation spéciale devient les Francs-tireurs et partisans (FTP), de recrutement plus large. Le , Pierre Georges part en Franche-Comté. Presque tous ses compagnons des JC ont été pris et exécutés, alors que lui-même est identifié et condamné à court terme s'il reste en région parisienne. Dans le Doubs, terre de forte implantation communiste et résistante dès avant sa venue, il contribue à mettre sur pied un des premiers maquis FTP, la compagnie Valmy de Clerval, sous le nom de guerre de « capitaine Henri ».

Le , il fait exploser, à l'aide d'une bombe à ailette, le transformateur électrique des usines Lip réquisitionnées par les Allemands. Dénoncé par un agriculteur tenté par la prime élevée promise pour sa capture, il est surpris par les gendarmes au Creux-de-l'Alouette avec quatre compagnons, le . Trois de ses compagnons sont prisL'un d'eux, Métrinko, s'enfuit, est repris et dénonce des membres de la compagnie (sans doute sous la torture)., le quatrième s'échappe mais mourra 2 jours plus tard. Lui-même, grièvement blessé à la tête, parvient à s'enfuir.

De retour à Paris en , il se cache. Il est pris lors d'un contrôle de routine au métro République le . Après avoir été sévèrement battu dans les locaux de la Préfecture de police, il est livré à la Gestapo. Il est à nouveau interrogé sous la torture, puis passe trois mois à Fresnes. Il est transféré ensuite à Dijon, où il est jugé avec les autres maquisards du Doubs qui ont été arrêtés. Il est condamné à mort. Au lieu d'être exécuté, il est transféré au fort de Romainville en attente de déportation.

À partir de 1943, en effet, avec les revers sur le front de l'Est, les Allemands ont un tel besoin de main d’œuvre qu'ils remplacent les exécutions par des déportations. Pierre Georges parvient à s'évader avant de subir ce sort. La date de son évasion n'est pas bien établie (probablement vers la fin ). Il est alors amené à beaucoup circuler pour l'organisation des maquis FTP qui grossissent avec l'afflux des réfractaires du Service du travail obligatoire.

Il retourne dans l’Est, et participe à l'organisation de maquis dans les Vosges, dans la Haute-Saône et dans le Centre-Nord ; il est alors sunommé commandant Camille.. Durant cette période, il est longtemps hébergé par l’abbé Bouveresse, curé de Montureux-lès-Baulay près de Port d’Atelier. Quand Pierre Georges devait aller dans la région parisienne où il était particulièrement recherché depuis le début de 1942, l’abbé Bouveresse lui prêtait une soutane et son bréviaire ; Pierre Georges s'était procuré une fausse carte d'identité au nom de Paul Louis Grandjeanhttps://www.fondationresistance.org/wp-content/uploads/2025/05/Doc00432.pdf, mentionnant la condition de prêtre et indiquant qu'il était né le à Pont-à-Mousson et habitait VesoulCarte d'identité conservée au musée de la Résistance nationale, à Champigny-sur-Marne..

Libération thumb|Plaque commémorative au de la rue Gandon, , marquant l'emplacement du poste de commandement de Colonel Fabien lors de la Libération de Paris vignette|Plaque rue de l'Abbé-de-L'Épée, , signalant un autre emplacement de siège des opérations de Colonel Fabien durant la Libération de Paris.