Le Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN) est un mouvement politique nationaliste québécois créé le et voué à la promotion de l'indépendance du Québec. En , le RIN devient un parti politique et participe aux élections générales québécoises de 1966.
Tiraillé au cours de son existence entre différentes tendances idéologiques, le RIN représente essentiellement l'aile gauche du mouvement souverainiste québécois des années 1960.
Le RIN participe au cours de l'année 1968 à des négociations en vue d'unifier différents partis indépendantistes, mais est finalement exclu des dernières négociations menant à la formation du Parti québécois. Le , le Congrès du parti décide, sur proposition du président Pierre Bourgault, de se dissoudre et d'appeler ses membres à se joindre individuellement au Parti québécois.
Historique
Fondation alt=Le RIN souhaite que le Québec, actuellement une province du Canada, devienne un pays indépendant.|vignette|Le RIN souhaitait que la province de Québec devienne un pays indépendant. Le RIN est fondé le Les fondateurs du RIN souhaitaient lancer leur mouvement le 13 septembre, jour d'anniversaire de la Bataille des Plaines d'Abraham, mais ils ont dû se résoudre à plutôt choisir un jour de fin de semaine. par une vingtaine de personnes, dont 14 viennent de Montréal, alors que les autres résident à Hull ou Ottawa. La moyenne d'âge est d'approximativement et la moitié au moins a fait des études universitaires. La plupart des fondateurs n'ont jamais milité dans des groupes nationalistes ou des partis politiques, mis à part quelques-uns qui sont d'anciens membres de l'Alliance laurentienne.. Marcel Chaput et André d'Allemagne sont désignés à titre de président et vice-président provisoires. En octobre de 1960, la première assemblée générale de l'organisation publie son manifeste.
Au moment de sa fondation, le Rassemblement pour l'indépendance nationale est un groupe de pression et a pour seul but l'indépendance du Québec, ce qui le distingue de groupes antérieurs qui étaient beaucoup plus orientés politiquement, tels que l'Alliance laurentienne de Raymond Barbeau ou l'Action socialiste pour l'Indépendance du Québec de Raoul Roy. Le manifeste du RIN reconnaît explicitement que ses membres ..
Le groupe de pression
Les premières années Le , le RIN organise un rallye automobile à Montréal auquel participent 37 véhicules. En mars, Pierre Bourgault, le président de la section RIN de Montréal, participe à une série de répliques dans Le Devoir avec son rédacteur en chef André Laurendeau où le jeune homme accuse la génération de son interlocuteur d'avoir failli..
Le , Marcel Chaput fait paraître son essai Pourquoi je suis séparatiste. La première édition bénéficie d'un tirage de , ce qui en fait un succès de librairie. Fort de son succès, Marcel Chaput succède à André d'Allemagne à titre de président du RIN, d'Allemagne devenant premier vice-président.
Les activités de Chaput mécontente son employeur, le ministère de la Défense du Canada, qui le met en demeure de choisir entre son poste de fonctionnaire ou ses activités politiques. Après avoir été suspendu deux semaines, il décide finalement de démissionner le pour se consacrer entièrement à la propagation de ses idées. Sa décision en fait un héros au sein du Rassemblement pour l'indépendance nationale. Le Conseil central adopte une résolution faisant de Chaput le président et directeur général avec traitement du mouvement.
Le , Marcel Chaput annonce qu'il se présente lors des élections générales du 14 novembre comme candidat dans Bourget, qui est alors la circonscription la plus populeuse du Québec. Il renonce entre-temps à son poste de président du RIN. Le jour du scrutin, il recueille votes et réalise son meilleur score dans le secteur de Saint-Léonard (10,5 %)..
Entre-temps, Marcel Chaput se porte de nouveau candidat à la présidence du RIN, poste qui est convoité également par son rival, Pierre Bourgault. Le Congrès des 20 et préférera plutôt une candidature de compromis, Guy PouliotGuy Pouliot était autrefois consul de Belgique à Québec. Il a démissionné de son poste pour militer au RIN., alors président de la région de Québec, aux côtés d'André d'Allemagne et de Marc Girard comme vice-présidents.
Le Parti républicain du Québec (PRQ)
Devant la lenteur du RIN à se transformer en parti, Marcel Chaput annonce le la création de sa propre formation politique, le Parti républicain du Québec. Bon nombre d'organisateurs du RIN issus de l'extérieur de Montréal le suivent. André d'Allemagne décrit ce schisme comme étant . Le Conseil central du RIN réplique un mois plus tard le en expulsant Marcel Chaput du mouvement ainsi que tout militant riniste qui, après le , deviendrait membre du PRQ..
Marcel Chaput veut faire de sa formation politique un parti qui doit . Les dépenses fastueuses du PRQ ne sont toutefois pas accompagnés de financement. Chaput réalise deux grèves de la faim afin de récolter des fonds, mais parvient tout juste à rembourser les dettes du parti.
Incapable de trouver un financement viable à son parti, Marcel Chaput se résout en à démissionner de son poste de président du parti.. Le Parti républicain est officiellement dissous en .
Le parti politique
Le début de la présidence Bourgault Craignant d'être marginalisé face au Parti Républicain du Québec (PRQ) créé le par son ancien président Marcel Chaput, le RIN décide finalement le d'intervenir sur la scène électorale en se transformant en parti politique. Une partie des rinistes craignaient par ailleurs, qu'en demeurant un groupe de pression, leur mouvement ne soit instrumentalisé par des fédéralistes réformistes, ce qui pourrait ralentir ou compromettre l'avènement de l'indépendance. En outre, ils devaient se rendre à l'évidence que leurs actions n'avaient pas eu pour effet jusqu'alors de rallier les partis politiques établis au mouvement indépendantiste..
Lors du congrès du 30 et , Pierre Bourgault, qui appartient à l'aile gauche montréalaise du parti, est élu président avec 60% des voix contre le président sortant, Guy Pouliot. Ce dernier, qui souhaite maintenir l'unité du parti, propose alors aux délégués d'accorder leur confiance unanimement au nouveau chef âgé de ; il est lui-même élu vice-président du RIN..
Toujours en 1964, l'organisation est au centre de l'émeute du Samedi de la matraque lors de la visite de la Reine à Québec.
Le conflit avec l'Est-du-Québec
alt=Jean Garon fait partie des dissidents qui quittent le RIN en 1964 pour former le RN.|vignette|223x223px|Jean Garon fait partie des dissidents qui quittent le RIN en 1964 pour former le RN. Élu chef du parti en mai, Pierre Bourgault est en conflit avec les cadres locaux de l'Est-du-Québec. Ces derniers, très actifs en région, souhaitent que les fonds qu'ils ont récoltés soient dépensés prioritairement dans les associations locales, alors que Bourgault et les cadres montréalais souhaitent que l'essentiel revienne au National. Le conflit est aussi d'ordre idéologique. À partir de , le RIN fait un virage net à gauche et s'inspire du mouvement international de décolonisation, alors que les dissidents adhèrent plutôt à des idées traditionalistes. Par ailleurs, la personnalité même du chef du RIN pose un problème : selon Jean Garon, on lui reproche alors son agnosticisme et son homosexualité ostentatoires, ainsi que les énormités qu'il pouvait prononcer comme tribun, ce qui nuisait à la réputation du parti.
Ultimement, le , Jean Miville-Dechêne et Jean Garon, respectivement vice-président et président du RIN dans la région de Québec, sont expulsés du parti. Le , cinq cadres traditionalistes de l'Est-du-Québec - René Jutras, Jean-Marc Béliveau, Jean Garon, Paul Sabourin et François Lafrenière - remettent en même temps leur démission ; ils sont suivis les jours suivants par Jean Miville-Dechêne, Raymond Tremblay, Marc-André Bédard, Lucien Lessard et Pierre Roy.
En , ces dissidents se rassemblent pour former le Regroupement national, une formation politique à la fois indépendantiste et traditionaliste, qui se veut l'incarnation de la poursuite de la culture canadienne-française. Des discussions à l'automne 1965 entre le Regroupement national et des dirigeants du Ralliement créditiste mènent à la formation du Ralliement national, un parti indépendantiste qui allie le traditionalisme canadien-français aux thèses économiques inspirées du crédit social.
Les élections de 1966
La revendication du français comme unique langue officielle est au cœur de la préparation de la campagne électorale du RIN. Le , Pierre Bourgault dénonce le surfinancement des universités de langue anglaise par le gouvernement du Québec, qui excède le poids démographique des anglophones. Le , Guy Pouliot demande la nationalisation et la francisation de l'Université McGill.
À l'élection de 1966, le RIN présente 73 candidats dont deux femmes: Andrée Maillet dans Westmount et Andrée Ferretti dans Laurier. Le slogan électoral du parti est Le président Pierre Bourgault est candidat dans Duplessis, circonscription de la Côte-Nord. André d'Allemagne, candidat dans Outremont, fait paraître le Le colonialisme au Québec..
Pendant la campagne, Pierre Bourgault défend le français comme langue de travail normale au Québec et critique les commissions scolaires qui veulent introduire l'anglais langue seconde précocement dans le cursus scolaire. Le , le président du RIN réclame une politique nationale de dépollution, à une époque où la protection de l'environnement relevait entièrement des municipalités. Bourgault propose aussi de nationaliser les compagnies de téléphonie.
Les candidats du RIN recueillent votes, ce qui représente 7,8% des votes exprimés dans les circonscriptions où le parti présentait des candidats. Bourgault remporte la majorité des voix (53 %) dans la ville de Sept-Îles ; avec 38% des suffrages exprimés en sa faveur dans l'ensemble de la circonscription, sa défaite est tout de même honorable.
Bourgault-Ferretti Au cours du congrès des 7 et , Andrée Ferretti, leader de l'aile révolutionnaire du parti, accède à la vice-présidence aux côtés de son rival Pierre Bourgault, qui est réélu à titre de président. Ferretti croit que le RIN doit être de la nation. et oppose son projet de créer un authentique parti des travailleurs à l'urgence de rassembler tous les partis indépendantistes..
Le , les travaux du Conseil central sont paralysés par la rivalité entre les partisans de Bourgault et ceux de Ferretti. Les votes se terminent presque tous par une égalité à 10 contre 10, le président Bruno ColpronAu cours de la séance du Conseil central du 16 mars 1968, Pierre Bourgault a volontairement refusé d'assumer la présidence du conseil afin de pouvoir librement exercer son droit de vote. devant chaque fois départager la majorité. Ultimement, le clan Ferretti bloque l'admission de la région Côte-Nord au Conseil central, une majorité des deux tiers étant nécessaire, afin de ne pas briser l'égalité des voix au profit du clan Bourgault. Se sachant toujours en minorité, Ferretti et ses partisans quittent ensuite les lieux ; leur absence prive le Conseil central du quorum nécessaire pour tenir réunion. Bourgault réagit en tenant une réunion d'urgence du Comité exécutif où est destitué l'exécutif de la région de Québec et sont renversés des décisions des Conseils régionaux de Québec et de Montréal, tous acquis aux partisans ferrettistes. Andrée Ferretti abandonne son poste de vice-présidente et quitte définitivement le RIN le . Elle fonde quelques semaines plus tard son propre mouvement, le Front de libération populaire (FLP)..
Le FLP est connu pour son vandalisme lors du défilé de la Saint-Jean-Baptiste de 1969, durant lequel l'effigie géante de Saint-Jean-Baptiste a été poussée en bas de son char allégorique et des morceaux de l'effigie ont été volés.
Le rassemblement des partis souverainistes