Matthew Calbraith Perry, né le à Newport (Rhode Island) et mort le à New York, est un officier de marine américain, aujourd'hui principalement connu pour avoir dirigé en 1853-1854 une expédition militaire au Japon afin de forcer ce pays à ouvrir des relations diplomatiques et commercer avec les États-Unis.
Fils d'un officier de marine, Matthew Perry se dirige à 15 ans vers la carrière navale, comme son frère aîné Oliver Hazard. Aspirant personnel du commodore John Rodgers dès l'année suivante, Perry progresse rapidement dans la hiérarchie navale, servant dans les eaux américaines, en Méditerranée, et en Afrique de l'Ouest. Il dirige des navires à partir de 1830 et atteint en 1837 le grade de capitaine, alors le plus élevé de la marine américaine, lorsqu'il est nommé à la tête du vapeur .
En , Perry reçoit le titre honorifique de « commodore » lorsqu'il est nommé à la tête du chantier naval de New York. Devenu un des plus importants officiers navals de son pays, il alterne alors missions aux États-Unis (fondation de l'Académie navale d’Annapolis, direction du chantier naval de bateaux à vapeur de la poste américaine, commandant du Home Squadron) et à l'étranger (lutte contre la traite négrière, guerre américano-mexicaine). En 1852, il reçoit du président Fillmore la mission de forcer l'ouverture des ports japonais au commerce américain.
Après plusieurs mois de voyage où il s'implique notamment dans la révolte des Taiping en Chine, Perry aborde dans la baie de Tokyo (alors Edo) en . Il fait étalage de la puissance de ses canons Paixhans afin que le pouvoir japonais accepte qu'il débarque pour remettre une lettre résumant les demandes américaines. En février suivant, Perry revient à la tête d'une flotte menaçante de dix navires ce qui conduit le pouvoir shogunal à se plier aux exigences américaines en signant la convention de Kanagawa. Ce traité est considéré comme le début de l'ouverture du Japon à l'Occident et de la restauration de Meiji, qui débouche en 1868 sur la mise en place d'un nouveau système étatique dans le pays. De retour en à New York, Perry occupe encore durant deux ans des fonctions administratives tout en rédigeant ses mémoires. Il meurt peu après avoir pris sa retraite.
Son rôle dans la guerre américano-mexicaine puis l'expédition au Japon qui porte son nom fait de Perry un des principaux symboles de l'impérialisme maritime américain au . Aux États-Unis, son rôle dans la réorganisation de la formation navale et dans le développement de la marine à vapeur est également reconnu — il est d'ailleurs surnommé le « père de la marine à vapeur ». Plusieurs monuments le commémorent, et son expédition fait l'objet de mentions récurrentes dans diverses œuvres américaines et japonaises.
Biographie Enfance Matthew Calbraith Perry est né à Newport, Rhodes Island le . Il est le fils de Sarah Wallace (1768-1830) et du capitaine de la marine américaine (1761-1818). Il a huit frères et sœurs dont Oliver Hazard Perry (1785-1819), lui aussi officier de marine, connu pour sa victoire navale décisive du lac Erié lors de la guerre anglo-américaine de 1812.
Sa mère, née en Irlande, est une descendante de William Wallace, chevalier écossais reconnu comme l’une des principales figures de la résistance contre l'Angleterre durant les guerres d’indépendance de l’Écosse.
Une progression exemplaire dans la marine À 15 ans, Matthew Perry devient aspirant sur le , commandé par son frère aîné Oliver Hazard Perry. Ce navire faisait partie d’une mission de protection des côtes américaines commandée par le commodore John Rodgers. À ses 16 ans, il devient aspirant sur le navire de Rodgers, le . Ses qualités lui valent d'être nommé aspirant personnel du commodore.
Après l’hiver 1812-1813, Matthew Perry revient à Newport et est promu lieutenant. Il est ensuite transféré sur le avant de retrouver en novembre le President. La veille de Noël 1814, il épouse à New York Jane Slidell, fille d'un riche commerçant. En , il devient officier de recrutement sur le avec lequel il part en mission en Méditerranée.
En 1819, il embarque comme second sur le et participe à une mission en Afrique de l’Ouest ayant pour but l’installation de colons au Liberia. En 1821-1822, il est commandant du et navigue dans les Caraïbes et l’Afrique de l’Ouest.
En 1824, il est nommé commandant en second du dirigé par le commodore John Rodgers et part pour la Méditerranée. Le commodore n’est plus seulement son mentor mais ils ont maintenant une relation familiale de par le mariage de sa sœur avec le fils de Rodgers.
En , en tant que capitaine du , il est chargé d’envoyer des ambassadeurs américains en Russie. Le tsar Nicolas lui propose de rejoindre la marine russe mais Perry décline. À son retour aux États-Unis, il est nommé second du chantier naval de New York en .
Le commodore Perry En 1837, il est nommé Captain, alors le grade le plus élevé de la marine américaine, et obtient le commandement de la frégate à vapeur , tout juste lancée. Sa carrière atteint un stade encore plus élevé en quand il est nommé commandant du chantier naval de New-York avec le titre honorifique de commodore.
Deux ans après, on lui donne le commandement de l’escadre africaine composée notamment du dans le but de combattre l’esclavagisme et la traite illégale.
Avec le début de la guerre américano-mexicaine, il commande le , une frégate à vapeur et est vice-commandant du Home Squadron qui participe notamment à la en . En 1848, on le nomme commandant du Home Squadron.
Entre 1848 et 1852, il est intendant général du chantier naval de bateaux à vapeur de la poste américaine. Puis en 1852, il reçoit le commandement de l’expédition vers le Japon, qui dure jusqu’en 1854.
Dernières années vignette|Perry vers 1855-1856. Une fois de retour à New York, Perry reçoit les félicitations du président sortant Fillmore et le Congrès lui décerne (soit environ en 2020https://www.officialdata.org/us/inflation/1850?amount=20000), somme correspond à plus de quatre années de paie.. Le , la organise un évènement en son honneur au cours duquel il reçoit un service en argent d’une valeur de . Mais il reste peu connu du grand public, et n'est pas acclamé en héros à son retour, le Japon restant une terre lointaine et de seconde importance comparée à la Chine.
Perry documente ensuite sa mission diplomatique au Japon dans Narrative of the Expedition of an American Squadron to the China Seas and Japan. Le premier volume de ce récit chronologique écrit avec est publié en . Bien reçu à l'époque, il est considéré comme un classique de la littérature d’exploration américaine au . Les deux volumes suivants, publiés en 1857, reviennent de manière plus détaillée sur certains événements.
Alcoolique, souffrant d'arthrite et de cirrhose du foie, Perry meurt à New York le d'un rhumatisme articulaire aigu.. Son épouse Jane et leurs dix enfants lui survivent. D'abord enterré dans un caveau de l'église Saint-Marc de New York, le corps de Perry est transféré au cimetière de Newport, dans le Rhode Island..
Un symbole de l'impérialisme maritime américain La guerre mexico-américaine vignette|peinture représentant la bataille de San Juan Bautista (Villahermosa aujourd'hui) lors de la . La guerre américano-mexicaine est déclarée par le Congrès des États-Unis en 1846 à la suite du vote de l’annexion du Texas en 1845. Lors de cette guerre, dont l'un des enjeux est un meilleur accès au Pacifique, le rôle de la Marine reste secondaire. Les principaux affrontements sont terrestres et la marine n’est chargée que de pérenniser les voies d’approvisionnement de l’armée ainsi que de prendre les petits ports mexicains. Le rôle principal de la marine reste de mettre en place un immense blocus entre le río Grande et l’État mexicain de Campeche. La large supériorité numérique et technologique de l’US Navy sur la marine mexicaine lui permet d’agir comme bon lui semble.
Au début de la guerre, Perry, qui commande la frégate , obéit aux ordres du commodore . Perry joue un rôle mineur mais est à l'initiative de l'expédition victorieuse contre l'État de Tabasco, en . Perry se voit attribuer le commandement d'une petite escadre composée du Mississippi, de deux autres vapeurs, le Vixen et le McLane, de quatre goélettes, et d'une troupe de débarquement de 253 hommes menés par . Cette expédition n'aboutit pas à des conquêtes territoriales bien que Perry parvienne à s'imposer à chaque affrontement. Il revient d'ailleurs avec neuf vaisseaux ennemis capturés le premier novembre, pour deux hommes morts, deux noyés et deux blessés. Toutefois, le commerce du Tabasco vers le reste du Mexique est altéré et le port de Frontera est sécurisé.
Cette expédition permet aussi à la marine de participer réellement aux combats et de remonter un moral quelque peu atteint par une inactivité trop importante au début de la guerre. Cela marque également le premier succès de la Marine, les différentes opérations de Conner ayant échoué. Cela est porté au crédit de Perry, qui est envoyé le au Yucatán afin de prolonger le blocus et de prendre Ciudad del Carmen. Il accomplit aisément cette mission, faisant face à très peu de résistance .
vignette|La prise de Tuspan par la flotte de Perry en 1847. Après un retour à Norfolk début 1846 pour ravitailler et faire réparer son navire il se voit accorder le commandement du Home Squadron, l'escadre chargée de la protection des eaux territoriales des États-Unis. Huit navires sont ajoutées à l'escadre ce qui en fait la plus grande de l'histoire des États-Unis jusque-là. Perry retourne participer à la guerre au Mexique lors du siège de Veracruz dont Conner a établi le plan. Ce siège qui se déroule en représente la plus grosse opération amphibie jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Les navires commandés par Perry bombardent sans relâche la ville dès le pendant deux jours. Le 27 la ville se rend et la bataille prend fin. Puis il prend les villes portuaires de Tuxpan, Coatzacoalcos, et Tabasco .
La paix est signée le . Du fait de soucis de santé qui apparaissent dès l'année 1847, Perry demande à être relevé de son commandement le . Demande qui est refusée par le gouvernement, qui lui dit de rester jusqu'à la ratification du traité de paix, qui se déroule le . En attendant, Perry maintient le blocus et occupe toujours Carmen tout en essayant de ne pas s'impliquer dans les désordres politico-militaires qui secouent le Yucatán .
Commandant de l'escadre des Indes orientales vignette|Une scène de la révolte des Taiping. Dans les années 1840 les États-Unis se tournent vers le Pacifique et donc bien vite vers le Japon qui est alors fermé aux relations économiques avec les pays européens (hormis les Néerlandais à Nagasaki) depuis plus de deux cents ans, selon l'idéologie du sakoku. Cet intérêt pour le Japon est lié à la fois aux ressources agricoles du pays et au développement de la marine à vapeur qui exige un ravitaillement en charbon. Or le Japon dispose du combustible en larges quantités et présente en plus l’avantage d’être sur la route vers la Chine, pays avec lequel les États-Unis développent leurs relations.
Matthew Perry est nommé commandant en chef de l'escadre des Indes Orientales et ambassadeur extraordinaire au Japon en 1852 par le président Millard Fillmore. Il quitte Norfolk sur le Mississippi en avec pour mission de forcer les Japonais à ouvrir leurs ports aux navires américains, en utilisant la diplomatie de la canonnière si nécessaire. Le voyage dure plus de six mois. La flotte de Perry rejoint d’abord Madère où elle fait escale et embarque du vin afin d’en acheminer aux États-Unis mais aussi en Asie. Puis elle s’arrête de nouveau à Sainte-Hélène, au cap de Bonne-Espérance, à l’île Maurice, à Ceylan et enfin à Singapour pour se ravitailler avant d’atteindre Hong Kong le . Le Mississipi est alors progressivement rejoint par le reste de l’escadre .