La guerre du Kippour (en hébreu : ) ou guerre du Ramadan, , , : . (en arabe ) ou guerre d'Octobre (en arabe ) ou guerre israélo-arabe de 1973 opposa, du au , Israël à une coalition militaire arabe menée par l'Égypte et la Syrie.
Le jour du jeûne de Yom Kippour, férié en Israël, qui coïncide en 1973 avec la période du ramadan, les Égyptiens et les Syriens attaquent par surprise simultanément dans la péninsule du Sinaï et sur le plateau du Golan, territoires respectivement égyptien et syrien occupés par Israël depuis la guerre des Six Jours.
Profitant de l'effet de surprise et d'une supériorité numérique initiale, les armées égyptiennes et syriennes avancent durant les premiers jours du conflit. Le temps pour Israël de mobiliser ses réservistes et d'acheminer des renforts, la situation se stabilise progressivement. Par la suite, le pont aérien américain permet de compenser les pertes israéliennes et contribue à la reprise de l'initiative par Israël. En une semaine, Israël retrouve son potentiel militaire et lance des contre-offensives qui lui permettent de pénétrer profondément en Syrie et de traverser le canal de Suez pour progresser au sud et à l'ouest en Égypte lorsque le Conseil de sécurité des Nations unies, en coopération avec les deux superpuissances soviétique et américaine, par l'intermédiaire du Royaume-Uni, demande un cessez-le-feu pour laisser place aux négociations. Alors que les armées israélienne et égyptienne se regroupent, les combats reprennent sur les fronts syriens et égyptiens après l'heure du cessez-le-feu, sur initiative israélienne. , les officiers de terrain israéliens se servent de cette rupture du cessez-le-feu pour encercler l'adversaire.
L'incapacité des services secrets israéliens à anticiper l'attaque imminente suscite un séisme politique majeur, et notamment la démission de la Première ministre Golda Meir. Un document déclassifié en 2012 après la Commission Agranat montre qu'un agent, Ashraf Marwan, avait prévenu le directeur du Mossad, Zvi Zamir, le , de l'imminence « d'un avertissement au sujet de la déclaration de guerre » mais que l'information n'était pas immédiatement remontée au vice-Premier ministre Yigal Allon.
La réussite militaire initiale égyptienne, la destruction de la ligne Bar-Lev et la profonde remise en question de la théorie de sécurité israélienne débouchent sur l'ouverture des négociations de paix qui aboutissent à la normalisation des relations entre Israël et l'Égypte. Cette normalisation est formalisée par les accords de Camp David en 1978. Contre un accord de paix, l'Égypte récupère la péninsule du Sinaï, occupée après la guerre des Six Jours de 1967. La frontière entre l'Égypte et Israël est rouverte et les populations des deux pays peuvent alors voyager chez leur ancien ennemi.
Dans le monde, la principale conséquence de cette guerre est le choc pétrolier de 1973, quand l'Opaep décide de l'augmentation de 70 % du prix du baril de pétrole ainsi que de la réduction de sa production.
Contexte Situation des belligérants avant la guerre Plusieurs guerres ont déjà eu lieu entre Israël et les pays arabes du Moyen-Orient depuis le plan de partage de la Palestine et la Déclaration d'Indépendance de l'État hébreu par David Ben Gourion en 1948. À l'issue de la guerre de 1967, Israël a conquis des territoires importants à ses voisins et construit des fortifications sur le Golan et dans le Sinaï afin de se protéger militairement des attaques ponctuelles qui survenaient sur les nouvelles frontières : les années 1967-1970 constituent en effet une période de guerre larvée entre l'État juif et ses voisins égyptien et syrien. 500 millions de dollars sont notamment dépensés en 1971 dans la construction de la ligne Bar-Lev le long de la rive orientale du canal de Suez.
Cependant, après la mort du président égyptien Gamal Abdel Nasser en , son successeur Anouar el-Sadate, bien que plus modéré, décide de restaurer la souveraineté de l'Égypte sur l'ensemble de son territoire. À la suite de la proposition de l'intermédiaire onusien Gunnar Jarring, Sadate se déclare « prêt à négocier un traité de paix avec Israël » contre un engagement israélien à appliquer la résolution 242 (1967) des Nations unies. Mais les dirigeants israéliens, méfiants, font prévaloir la sécurité militaire que leur assurait le contrôle du Sinaï. Aussi, certains analystes expliquent qu'après 3 ans de pouvoir, la situation économique désastreuse de l'Égypte oblige Sadate à prendre des mesures impopulaires et qu'une opération militaire victorieuse contre Israël, même mineure, s'impose comme une bonne option pour lui rendre une certaine popularité auprès de son peuple miné par la défaite de 1967.
De son côté, Hafez el-Assad renforce prioritairement son armée en vue de rendre à la Syrie son rang de puissance militaire au sein des pays arabes. Il se prépare à reprendre le Golan par la force puis obtenir de plus grandes concessions israéliennes plus tard en appuyant les nouvelles revendications palestiniennes formulées par la jeune OLP de Yasser Arafat, le leader palestinien.
Par ailleurs, le roi Hussein de Jordanie craint d'entrer dans un éventuel nouveau conflit et surtout de nouvelles pertes pour son royaume (la Cisjordanie avait été perdue en 1967), d'autant que la crise du Septembre noir de 1970 a créé un froid entre Hussein et les positions syriennes et palestiniennes. L'Irak refuse de combattre au côté de la Syrie avec laquelle les relations sont tendues. Les armées libanaises quant à elles sont trop faibles pour prendre part aux combats.
Au cours des mois précédant le déclenchement de la guerre, Sadate tente une offensive diplomatique pour obtenir le soutien des pays de la Ligue arabe, du Mouvement des non-alignés et de l'Organisation de l'unité africaine.
Escalade vers la guerre À partir de 1972, Sadate annonce ouvertement que son pays est prêt à partir en guerre contre Israël, quitte à . Son armée est renforcée par l'apport soviétique de Mig-21, missiles sol-air SA-6, de tanks T-62, de roquettes antichars RPG-7 et de missiles guidés anti-tanks AT-3 Sagger. Sur le plan stratégique, les généraux vaincus lors de la déroute de 1967 sont remplacés.
Les leçons de la précédente guerre sur le plan de l'armement amènent Sadate à menacer l'URSS de se tourner vers les Américains si l'Égypte ne reçoit pas d'armes à la pointe de la technologie. Les Soviétiques sont donc contraints d'équiper l'Égypte pour la rendre capable de concurrencer Israël, elle-même équipée par l'industrie militaire américaine.
L'Union soviétique cherche pourtant à éviter une nouvelle confrontation israélo-arabe pour ne pas se trouver en conflit ouvert avec les États-Unis, alors que la Détente est enclenchée et qu'ils ont peu d'intérêt à voir une déstabilisation du Proche-Orient.
Les deux super-puissances se rencontrent à Oslo en Norvège pour trouver les moyens de maintenir le statu quo entre les deux États. En apprenant cette information, les Égyptiens, qui se préparent à passer le Canal de Suez, décident d'expulser les Russes. En , militaires soviétiques sont renvoyés d'Égypte et la politique extérieure égyptienne devient plus favorable aux Américains. Les Soviétiques estiment que les chances d'une victoire égyptienne sont faibles et qu'un assaut contre les fortifications de Suez pourrait être coûteux en pertes humaines. À plusieurs reprises, le président soviétique Brejnev tente d'éviter l'affrontement en recommandant à Israël de revenir aux frontières d'avant-1967.
Mais l'Égypte continue à menacer Israël et Sadate se dit prêt, le , à entrer en guerre même sans le soutien de l'URSS. Des exercices militaires à grande échelle y compris chez ses voisins arabes maintiennent le niveau d'alerte maximum en Israël. Les commandements des armées arabes ont secrètement coordonné leur plan d'attaque. Le nom de code de l'opération conjointe entre la Syrie et l'Égypte est baptisée Opération Badr, qui signifie « Pleine Lune » en arabe (en référence à la bataille de Badr, l'une des premières victoires militaires de Mahomet contre les habitants de La Mecque pourtant supérieurs en nombre).
Attaque surprise Les services secrets israéliens, dans leur évaluation des risques d'une attaque, s'appuyaient sur plusieurs hypothèses de départ, dites la « Conception » : la Syrie n'aurait pas pu entrer en guerre sans l'Égypte ; un informateur égyptien, connu sous le nom de « L'Ange » ou « La Source », qui se trouve être le propre gendre de Nasser, Ashraf Marwan, précisa que l'Égypte souhaitait reconquérir l'ensemble du Sinaï mais que l'armée égyptienne attendait l'apport soviétique de chasseurs-bombardiers pour neutraliser les forces aériennes israéliennes et de missiles Scud dirigés vers les villes israéliennes pour dissuader d'éventuelles attaques contre les infrastructures égyptiennes ; les chasseurs-bombardiers devaient arriver à la fin du mois d'août et nécessiter 4 mois de formation des militaires égyptiens. De plus, les observateurs signalaient que l'expulsion des conseillers soviétiques par les Égyptiens devait affaiblir l'armée égyptienne.
Ce sont ces hypothèses qui ont prévalu contre toutes les alertes signalées aux services israéliens. En et , les exercices militaires effectués par les troupes égyptiennes à la frontière avaient mobilisé l'armée israélienne pour un coût de 10 millions de dollars par deux fois, jetant le discrédit sur la thèse d'une attaque imminente, et donnant plus de poids à la « Conception » du major-général Elie Zeira notamment, chef du renseignement militaire (Aman), au point qu'en septembre, le ministère de la défense étudie l'opportunité de réduire le temps de conscriptionMartin van Creveld, The sword and the olive: a critical history of the Israeli defense force, PublicAffairs, 2002, .
Tout au long de la semaine précédant la fête religieuse de Yom Kippour, les exercices égyptiens se multiplient près du canal de Suez et des mouvements ont été observés à la frontière syrienne mais le renseignement israélien ne juge pas plausible une attaque sans l'armement soviétique.
Le roi Hussein de Jordanie refuse de joindre ses troupes aux troupes syriennes et égyptiennes. Il a pourtant très probablement (d'après l'historien et journaliste Abraham Rabinovich (en)) été informé de l'attaque à venir en des termes imprécis lors de la préparation entre les dirigeants arabes. Dans la nuit du , le roi Hussein prend secrètement l'avion pour prévenir le Premier ministre israélien Golda Meir à Tel Aviv en Israël de l'imminence d'une attaque syrienne.
De façon assez surprenante, l'avertissement n'est pas pris en compte. D'après les rapports israéliens, malgré des dizaines de signes d'alerte, le Mossad continue à estimer improbable l'option d'une guerre déclenchée par les pays arabes. C'est la rencontre du chef du Mossad, Zvi Zamir, avec « Babel » en Europe qui finit par faire réagir le haut commandement des Forces de défense d'Israël à quelques heures de l'attaque. Des réservistes sont partiellement mobilisés. La mobilisation est par le fait que les soldats étaient généralement à la synagogue ou chez eux pour le jour du Yom Kippour.
Contrairement aux guerres précédentes, le facteur surprise est cette fois-ci utilisé contre les Israéliens.
De plus, les Israéliens ne comprennent pas à quel point l'armée égyptienne a changé : elle est mieux équipée et mieux entraînée. En effet, pour parer aux atouts israéliens que sont l'arme blindée et l'aviation, l'armée égyptienne s'est massivement équipée de missiles antichar et de missiles sol-air ; les généraux incompétents ont été limogés, et les conflits internes ont été réglés, procurant un commandement uni et cohérent ;