Le jazz fusion (ou jazz-rock), aussi stylisé jazz-fusion et parfois simplement dénommé fusion, est un genre de jazz ayant émergé vers la fin des années 1960 aux États-Unis, mêlant des éléments extraits du jazz avec d'autres courants musicaux comme le rock et le funk.

Histoire Origines Le trompettiste et compositeur Miles Davis est un acteur majeur de la naissance et du développement du jazz fusion. Après avoir enregistré un grand nombre d'albums entre 1959 et 1963 et avoir popularisé plusieurs genres de jazz, en particulier le cool jazz et le jazz modal, Miles Davis entre dans une période particulièrement productive à partir de 1964, avec un quintette formé de Wayne Shorter, Ron Carter, Herbie Hancock et Tony Williams. Le quintet est source d'une formidable jubilation pour Davis, qui trouve une grande satisfaction dans le jeu de ses partenaires. L'album de 1966 incorpore déjà des mélanges de métrique qui deviendraient caractéristiques du jazz-rock.

En 1967, Miles Davis ressent la nécessité de changer l'orientation de sa musique, en s'intéressant aux instruments électriques, notamment la guitare.. Miles est particulièrement impressionné par Jimi Hendrix, tout comme John McLaughlin, avec qui il collabore pour l'album , et avec qui il partage une même vision du rôle de la guitare électrique. En 1968, l'album inclut pour la première fois des instruments électriques, avec l'utilisation de claviers par Hancock sur la piste et l'apparition du guitariste électrique George Benson sur . Davis poursuit ses explorations des sonorités électriques dans l'album Filles de Kilimanjaro de 1968, toutefois plus proche de la veine du jazz traditionnel ; il fait pour la première fois appel à Dave Holland et Chick Corea.

En 1969, Davis introduit une approche résolument électrique du jazz dans , qui peut être considéré comme son premier album de fusion. Le caractère innovateur de celui-ci sera quelque peu occulté par ses productions suivantes, dans lesquelles il se plonge résolument dans cette nouvelle approche musicale. Moins d'un an plus tard sort l'album , dans lequel il abandonne clairement le jazz traditionnel pour adopter un style d'improvisation plus proche du rock. L'album est également remarquable pour ses innovations au niveau du rythme et de l'utilisation du studio d'enregistrement. Davis poursuit son travail dans la lignée de la fusion jusqu'en 1975 en sortant les albums , , , et , puis il se retire temporairement jusqu'en 1981.

Années 1970 vignette|gauche|redresse|Le trompettiste Miles Davis sur scène à Rio de Janeiro en 1984.

Le groupe Steely Dan fut l'un des groupes les plus célèbre de jazz-fusion qui quant à eux, seront tournés plus vers le jazz-rock. Ils connaîtront leur plus grand succès avec le single Do It Again de l'album Can't Buy A Thrill, single qui est inspiré de jazz, rock et musique latino. Une grande partie de la fusion produite aux États-Unis est l'œuvre d'un noyau de musiciens qui avaient travaillé avec Miles Davis sur les albums fondateurs et . En plus de Davis, les figures importantes du jazz-rock des débuts sont John McLaughlin, Larry Coryell, Billy Cobham (avec son album ), Tony Williams, Herbie Hancock, Chick Corea (avec son groupe Return to Forever), Joe Zawinul et Wayne Shorter avec leur groupe emblématique Weather Report. Herbie Hancock est le premier à suivre la voie ouverte par Davis en produisant plusieurs albums de fusion expérimentale (comme , 1972), mais il change rapidement d'orientation et se tourne plutôt vers le jazz-funk, dont il devient un acteur majeur par la réalisation d'albums tels que (1973) ou Thrust (1974). Plus tard, dans les années 1970 et au début des années 1980, Hancock produit une musique plus accessible, tout en enregistrant certains disques de jazz acoustique. Il est l'un des premiers musiciens de jazz à utiliser des synthétiseurs (bien qu'il réservât au début leur utilisation aux musiciens qui l'accompagnaient). À la fin des années 1970, le bassiste John Wetton fonde le groupe UK qui sera également un groupe de jazz-fusion.

À ses débuts, Weather Report est un groupe de fusion tournée vers l'avant-garde expérimentale, dans la lignée de . Le groupe est particulièrement remarqué à la sortie de ses premiers albums studio et live, comprenant des chansons dont la durée excède parfois les trente minutes. Plus tard le groupe adopte un son plus commercial et remporte un grand succès avec la chanson . On peut également remarquer dans les albums du groupe des influences de différents styles musicaux latins ou africains, qui créent un nouveau courant de fusion lié à la world music. Jaco Pastorius, un bassiste électrique à l'approche innovante et techniquement spectaculaire, rejoint le groupe en 1976 sur l'album et est particulièrement mis en avant dans l'album live de 1979 8:30.

Heavy Weather est un des disques de jazz-rock ayant remporté le plus grand succès populaire. Au Royaume-Uni, le mouvement de jazz fusion est mené par le groupe Nucleus de Ian Carr et dont les deux membres clef Karl Jenkins et John Marshall rejoignent plus tard le groupe emblématique Soft Machine; ses leaders seront plus tard connus sous le nom d'école de Canterbury. Leur album le plus vendu, (1970), est un album double comprenant une piste par face, dans le style des enregistrements de Miles Davis mentionnés plus haut. Un autre groupe britannique notable dans la lignée du jazz-rock de Blood, Sweat and Tears et Chicago est If, qui produit un total de sept albums dans les années 1970.

vignette|Weather Report se lance comme groupe expérimental. vignette|Return to Forever en 1976. vignette|Le violoniste français Jean-Luc Ponty.

Chick Corea forme en 1972 le groupe Return to Forever. Le style des débuts du groupe est influencé par la musique latine (avec les brésiliens Flora Purim au chant et Airto Moreira aux percussions) mais un tournant est pris vers un son résolument jazz-rock, avec l'incorporation d'influences issues de la musique psychédélique et du rock progressif. Le nouveau batteur, Lenny White, est un ancien collaborateur de Miles Davis. Les chansons de Return to Forever sont particulièrement mélodieuses grâce au style du compositeur Corea et au jeu de basse de Stanley Clarke, qui est souvent considéré avec Pastorius comme le bassiste électrique le plus influent des années 1970. Le guitariste Al Di Meola, qui commence sa carrière avec Return to Forever en 1974, devient rapidement l'un des plus importants guitaristes de jazz fusion. Dans ses albums solo il est l'un des premiers guitaristes à utiliser la technique du Shred, dont l'usage sera plus tard largement répandu dans le heavy metal.

John McLaughlin forme un célèbre groupe de jazz fusion, le Mahavishnu Orchestra, avec le batteur Billy Cobham, le violoniste Jerry Goodman, le bassiste Rick Laird et le claviériste Jan Hammer. Le premier album sort en 1971. Les morceaux du groupe comprennent souvent des longs passages de solos dans lesquels violon et guitare électrique se répondent mutuellement. Hammer innove en utilisant un synthétiseur minimoog avec des effets de distorsion qui lui donnent une sonorité proche de la guitare électrique. Le son de Mahavishnu Orchestra est influencé aussi bien par le rock psychédélique que par la musique indienne traditionnelle, que McLaughlin a découvert à la radio à l'âge de 13 ans. Il parfait sa connaissance de la musique orientale grâce à son gourou spirituel, Sri Chinmoy, qui lui confère le titre de « Mahavishnu ».

La première déclinaison du groupe se sépare après deux albums studio et un live, mais McLaughlin forme ensuite un autre groupe sous le même nom, avec Jean-Luc Ponty, un violoniste de jazz, qui a également participé à de nombreux albums de fusion, sous son propre nom aussi bien qu'avec Frank Zappa, le batteur Narada Michael Walden, la claviériste Gayle Moran et le bassiste Ralph Armstrong. Le premier album de cette nouvelle version du groupe, , est réalisé en collaboration avec l'orchestre symphonique de Londres. À noter que McLaughlin est également un membre fondateur du groupe de l'ancien batteur de Miles Davis Tony Williams, The Tony Williams Lifetime, groupe de fusion avec l'organiste Larry Young, qui connaît plusieurs variations entre 1969 et 1976 et inclut plus tard le bassiste de Cream, Jack Bruce, et le guitariste Allan Holdsworth.

McLaughlin travaille aussi au début des années 1970 avec le guitariste latin-rock Carlos Santana. Le groupe de ce dernier mêle des influences de la Salsa, du rock, du blues et du jazz, en associant des lignes de guitares limpides et des instruments latins tels que des timbales ou des congas. Santana avait lui aussi été l'élève de Sri Chinmoy, qui l'avait gratifié du titre de « Devadip ». Jan Hammer et Narada Michael Walden vont s'associer ensuite au guitariste britannique Jeff Beck pour l'enregistrement en 1976 de , qui se place dans la lignée de Blow By Blow (enregistré en 1975), les albums étant tous deux largement inspirés de ce mouvement. On y trouve des reprises telles que Goodbye Pork Pie Hat, composée par Charles Mingus, qui lui enverra une lettre de félicitations. Ces deux albums sont parmi les plus innovants que Jeff Beck ait jamais sortis. Suivra la sortie d'un disque Live enregistré avec le Jan Hammer Group.

Parmi les autres musiciens qui émergent du mouvement jazz fusion des années 1970 on peut également citer les guitaristes Larry Coryell, avec son groupe The Eleventh House, et Pat Metheny. Le groupe de ce dernier, fondé en 1977, remporte un succès notable dans les charts avec son second album, (1980). Bien que certains jazzmen ou critiques de jazz aient sévèrement critiqué l'utilisation des styles du rock et des instruments électriques ou électroniques, on peut remarquer que même de vieux vétérans du jazz comme Buddy Rich, Maynard Ferguson et Dexter Gordon ont finalement révisé leur approche musicale pour y inclure des éléments de fusion. Un autre exemple marquant du jazz fusion ayant mis les cuivres en avant, dans une forme novatrice et pleine d'énergie en cette fin des années 1970, fut le groupe des frères Brecker (Randy et Michael). Dans une autre approche le compositeur et clarinettiste Jean-Christian Michel initie en Europe un cross-over Jazz-classique fusionnant jazz et musique sacrée. Il s'entoure de musiciens jazz américains, tels le batteur Kenny Clarke qui l'accompagnera durant une dizaine d'années.

Années 1980 vignette|gauche|David Sanborn.

Vers la fin des années 1970 et le début des années 1980, une grande partie du mouvement jazz-fusion original se trouve dilué dans d'autres branches de jazz et de rock, tout spécialement le smooth jazz.. Le mélange de jazz et de musique pop/rock prend un tournant moins avant-gardiste et plus commercial, sous la forme de compositions aux sonorités plus douces, plus proches du soft rock et susceptibles de connaître une plus large diffusion, radiophonique notamment. Selon l'article de AllMusic sur la fusion, en devenant plus commercial, la musique désignée sous le nom de « fusion » finit par n'être plus qu'une combinaison de jazz, d'easy listening, de pop music et de R&B. Portés par l'énorme succès d'un Al Jarreau, George Benson, ou du groupe Manhattan Transfer (comptant à eux 3 de nombreux Grammy Awards en récompense) d'autres artistes se popularisent tels Kenny G, Bob James et David Sanborn, ou les guitaristes Lee Ritenour et Larry Carlton, figures de cette fusion teintée de pop (aussi connue sous le nom de « west coast » ou « AOR fusion » dont 2 des producteurs majeurs furent Jay Graydon -également immense guitariste solo- et David Foster -immense pianiste mélodiste). Ce courant, fréquemment désigné sous le nom de , est sujet de controverses aussi bien chez les amateurs de jazz populaire que de jazz fusion, qui considèrent qu'il est trop commercial et manque des qualités qui avaient caractérisé le jazz depuis plusieurs décennies, en particulier sur le plan de l'improvisation.