vignette|gauche|Bécon sur le Plan de Roussel, 1733: Paris, ses fauxbourgs et ses environs où se trouve le détail des villages, châteaux, grands chemins pavez et autres, des hauteurs, bois, vignes, terres et prez, levez géométriquement, par le Sr Roussel

Bécon-les-Bruyères est un lieu-dit du département des Hauts-de-Seine regroupant des quartiers de trois communes, en banlieue de Paris : le quartier de Bécon (commune de Courbevoie) et le quartier des Bruyères (communes d’Asnières-sur-Seine et de Bois-Colombes). Il est approximativement inscrit dans le quadrilatère avenue Faidherbe (Anciennement chemin royal puis chemin national en 1872), rue de Chanzy, la Seine au pont de Levallois, et rue du Cayla. Il est centré sur la gare de Bécon-les-Bruyères, située sur la ligne de Paris-Saint-Lazare à Versailles-Rive-Droite et sur la liaison omnibus de Paris-Saint-Lazare à Nanterre-Université.

Toponymie vignette|gauche|Plans du cadastre napoléonien, Courbevoie, 1810-1811. Archive et Patrimoine des Hauts-de-Seine, section D, , 1810-1811, 1/1250.

Historiquement, Bécon est un domaine boisé situé en hauteur en bord de Seine, autrefois bâti d'un château, et qui, dominant Paris, forme l'actuel Parc de Bécon. En face, se trouvait jadis une petite Île de Bécon ou Île de la Petite-Jatte, qui est maintenant la partie aval de l'Île de la Jatte, et sur laquelle repose le pont de LevalloisArchive et patrimoine des Hauts-de-Seine, plans du cadastre, Courbevoie 1811.

Le nom de Bécon pourrait venir du mot saxon beacon voulant dire phare terrestreDefinition of beacon A signaling or guiding device, such as a lighthouse, located on a coast. A signal fire, especially one used to warn of an enemy's approach. Old English beacen sign; related to Old Frisian bāken, Old Saxon bōcan, Old High German bouhhan.. Il serait donc éventuellement lié aux invasions des Vikings se rassemblant en cet endroit grâce à un phareBécon-les-Bruyères, évoque-t-il un lieu à quelqu'un ? Le nom viendrait d'un phare (disparu depuis très longtemps) placé le long de la Seine..

Une autre hypothèse est qu'un édifice ait été bâti par Charlemagne afin, d'empêcher ces invasions normandesCourbevoie: Éléments de patrimoine Profitant de la situation élevée du territoire, Charlemagne y fait dresser un phare à l'emplacement du parc de Bécon - lequel tire son nom du mot anglais beacon signifiant balise ou phare.Parc de Bécon. Cependant, en 845, Ragnar Lodbrok réussit à dépasser cet emplacement en remontant la Seine, et parvint à envahir Paris.

Enfin, similairement à l'origine de Roche-Saint-Secret-Béconne, il est possible qu'il s'agisse de l'ancien nom gaulois Becco (Bec du coqHistoire de la littérature française au moyen-âge, Jean Jacques Ampère, 1841Encyclopédie de l'Arbre Celtique), suivi du suffixe -onem, soit , ou encore de bec dans le sens d'une pointe de terre entre deux rivières, bien que cette configuration géographique ne se retrouve qu'à l’île de Bécon. Notons qu'il existe un Bécon-les-Granits en Maine-et-Loire.

Le nom « Bécon-les-Bruyères », créé pour la gare de Bécon-les-Bruyères, est dû à sa situation entre Bécon côté Courbevoie et, côté Asnières, le lieu-dit Les Bruyères (à rapprocher du chemin des Hautes-Bruyères, ancien nom de la rue de la Sablière). Ainsi, on lit en 1927 cette adresse postale: Vaucher (Charles-Alexandre), Ing.-Elect., 3, rue de l'Avenir. Bécon-les-Bruyères par Courbevoie.

L'appellation « Bécon » est utilisée dans le nom de la station de métro terminus de la ligne 3 : Pont de Levallois - Bécon. Au , il existait encore un chemin de Bécon qui venait d'Asnières, chemin renommé depuis rue d'Anjou et rue de la Station. D'après une carte postale d'époque (La Banlieue parisienne inondée, A. Noyer), la rue de Bécon fut inondée par la Crue de la Seine de 1910, le niveau de l'eau montant à dans le quartier du bas-BéconLa crue de 1910.

Histoire

Jusqu'au

thumb|Plan du terroir de St-Denis en France et des paroisses de La Chapelle d'Aubervilliers, de la Cour Neuve, de Stains, de Pierrefitte, de Villetaneuse, d'Epinay et St-Ouen, graveur Charles Inselin, début du

En 704, Childebert IV offre à l'Abbaye de Saint-Wandrille de Fontenelle la terre royale d'Aupec (Aujourd'hui Le Pecq) et ses dépendancesNotice de la ville et du château de St Germain en Laye, 1829, Abel Goujon, que la chronique de l'Abbaye spécifie vers l'an 1000: Hildebert est le roi du village qui fut accordé, Le Pecq, situé dans le Pincerais sur la Seine, avec ses adjacences: Novitianus, Courbevoie, Albachahan, Nido, TremlidoChildebert III donne aux moines le Territoire d'Aupec Selon d'autres sources, les orthographes varient: Curbania, Terrelido, Treenlido, NouitianusMonumenta Germaniae historica inde ab anno Christi quingentesimo usque ad annum millesimum et quigentesimum., 1829, Georg Heinrich Pertz Huic ammirabili praesuli largitus est praefatus Hildebertus rex villam quae vocatur Alpicum, quae sita est in pago Pinciacensi super alveum Sequanam, una cum adiacentiis suis, Novitianus, Curbavia, Albachaham, Bannida, Tremlido, cum illis forestariis quinque, et qui englobaient donc notre territoireEvidence of Pincerais, Regnum Francorum in Google Maps. D'après le Polyptyque d'Irminon, ces contrées dépendaient toutefois du diocèse de ParisPolyptyque de l'abbé Irminon ou Dénombrement des manses, des serfs et des revenus de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés sous le règne de Charlemagne, Volume 2, Benjamin Guérard, Imprimerie Royale, 1844.

Aucune trace de la paroisse de Courbevoie et Colombes n'a pu être retrouvée avant le , et ces terres furent acquises au par l'Abbaye de Saint-Denis2000 ans d’histoire. Elles en furent affranchies en 1248 par Guillaume de Marcouris, abbé de Saint-Denis, Seigneur d'Asnières et premier conseiller de Saint-Louis, faisant passer l'endroit dans la paroisse de Colombes, jusqu'en 1787Histoire de la commune de Courbevoie. Après avoir évoqué Courbevoie, l'abbé Jean Lebeuf décrivant le hameau comme un petit écart de Colombes, proche Courbevoye, relève dans le registre archiépiscopal du diocèse de Paris au , qu'un sieur Pierre Sallé, conseiller au Parlement de Paris, y aurait eu sa maison de campagneHistoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, volume 3, Jean Lebeuf, Adrien Augier, Fernand Auguste Marie Bournon, 1883 D'après lui, le comte de Caylus raconte dans son Recueil d'antiquités, Tome 1, page 257, qu'« un roi Dagobert de la première race a possédé une maison de campagne sur le territoire d'Asnières et plus haut ». Il pourrait s'agir de Bécon compte tenu de son altitude élevée. première race est une ancienne expression pour les MérovingiensHistoire de la presqu'île de Gennevilliers et du mont Valérien, Jean Théoxène Roque de Fillol, Paris 1889.

Le hameau de Bécon figure sur des cartes du , notamment le Plan de Roussel à un emplacement pouvant correspondre à l'actuel parc de Bécon. Richelieu y aurait demeuré - probablement dans la même bâtisse, dont il ne restait que peu de choses après la Révolution française, pendant laquelle quelques quartiers de terre sis au canton des Bruyères et à la côte de Bécon sont vendus comme biens nationauxÉtudes sur la ville et paroisse de Courbevoie. Pierre Hébert, de Courbevoie... et ses successeurs, 1908.

Le château et la gare ferroviaire au

Après la Révolution, il ne reste du domaine bâti que des vestiges de caves, les cuisines, les écuries et les souterrainsParc de Bécon, Courbevoie. Le château est reconstruit par l'architecte Jean-Jacques Huvé à la fin du . Vers 1825 ou 1830, alors que la population de ce qui était un hameau du canton de NanterreHistoire physique, civile et morale des environs de Paris depuis les premiers temps historiques jusqu'à nos jours, Jacques-Antoine Dulaure, 1828, ne dépassait pas quelques centaines d'âmesDictionnaire de géographie sacrée et ecclésiastique, M. Benoist, 1849 La population de Courbevoie est d'environ 1 600 habitants, y compris les hameaux dits le Bas Courbevoie, les Trois Maisons et Bécon. Le terroir est en terres labourables et en vignes., cette villa de plaisance appartenait à de Choiseul. Sous l'Empire, elle appartint au comte Orsini qui y construit une demeure ornée de colonnes et au toit en terrasseEntrée des caves, Courbevoie, puis en 1818 le château est acheté par le comte du Cayla, pair de France et légué à sa fille Catherine Élisabeth Philippine, fort pieuse et morte célibataire en 1877; le docteur GuilléeCourbevoie et ses environs: de leur origine à nos jours, Henri Vuagneux, Lejay fils et Lemoro, Poissy, 1906 le rachète en 1837.

thumb|Vue extérieure des ruines du Château de Bécon en 1870, Les ruines de Paris et de ses environs, 1870-1871, photographies d'Alphonse J. Liebert, texte d'Alfred d'Aunay, Gallica BNF

Adolphe Thiers y demeura quelques mois en 1855 et y travailla notamment à sa monumentale Histoire du Consulat et de l'EmpireHistoire authentique de la Commune de Paris en 1871, Édouard Ferdinand de la Bonninière Beaumont-Vassy, Garnier-Frères, 1871, qui précise: Il y avait entre Courbevoie et Asnières une assez vaste construction moderne, jadis appelée villa Orsini, du nom de son propriétaire, célèbre maintenant sous le nom de château de Bécon. M. Thiers devait la connaître d'autant mieux qu'en 1855 il l'avait habitée durant une saison, et s'y était retiré pour y travailler à son Histoire du Consulat et de l'Empire. Ce château de Bécon servait d'avant-poste et d'observatoire aux bataillons fédérés qui occupaient Asnières ; ils en avaient crénelé les murs, et de plus ils avaient élevé une barricade sur la route, entre cette habitation et Courbevoie.. La villa Orsini aurait dont abusivement repris le nom de château de Bécon à cette époque..

Il semblerait qu'en 1861, la demeure ait hébergé une communauté religieuse frappée d'interdit par l'archevêché de ParisA collection of pastoral letters and other official publications relating to , François Nicolas M. Morlot (card, abp. of Paris.), lettre du au curé de Courbevoie il s'est écoulé trois semaines depuis que j'ai notifié les décisions venues de Rome, aux personnes réunies dans la maison dite de la Trinité, rue de Douai, et à celles qui occupent le château de Bécon, sans que, à l'heure qu'il est, aucune satisfaction ait encore été donnée... La messe, sans aucun doute, d'autres offices aussi, selon toute apparence, ont continué d'y être célébrés au moins jusqu'aux fêtes de la Toussaint inclusivement. Il est vrai que dimanche dernier, 10 novembre, plusieurs des personnes de la maison de la Trinité ont assisté à la messe paroissiale avec les jeunes pensionnaires de l'établissement; mais il paraît plus probable que les autres membres de la Communauté, en bien plus grand nombre, ont entendu la messe dans la chapelle depuis longtemps frappée d'interdit, ou dans un autre lieu de la maison ; que cette messe a été dite et qu'elle continue de l'être par un prêtre qui, malgré les prohibitions expresses du décret apostolique, renouvelées et confirmées en dernier lieu, a son domicile dans l'établissement., ce qui alla jusqu'à faire l'objet d'un décret apostolique du cardinal Morlot le .

Par la suite, pendant la Commune de Paris, après une infructueuse attaque de nuit tentée par Louis Ernest de Maud'huy au cours de la bataille de Courbevoie, l'armée, commandée par le colonel Davout, le prit d'assaut le , alors qu'il servait d'avant-poste à 250 fédérés. L'indemnisation des destructions donna lieu en 1873 à la jurisprudence de l'affaire du Château de BéconEtude sur la responsabilité des communes dans le droit ancien et moderne, et en particulier sur la loi du 10 vendémiaire an IV, Léon Choppard, 1874 Tribunal de la Seine, 10 décembre 1873, Affaire du château de Becon, Gazette des Tribunaux, 11 décembre 1873.