Par histoire de la Wallonie, on entend ici l'histoire des territoires relevant de la Région Wallonne telle que définie par la Constitution belge.

Le mot n'a commencé à vivre dans notre langue qu'en 1844, mais le mot "wallon" est bien plus ancien - et en latin plus encore. On trouve Wallonie en 1932, Région de langue française en 1963, Région wallonne en 1970 et 1980. Dans la première Histoire de Wallonie, Léopold Genicot écrivait d'entrée de jeu: Léopold Genicot (directeur), Histoire de la Wallonie, Privat, Toulouse, p.5. Les Wallons sont plus anciens que le mot Wallonie et le terme wallon pour désigner un peuple s'est imposé au comme pour les Wallons de Suède. Les cartes du sont légendées en latin et parlent de Wallonia.

Genèse en cartes de l'espace wallon

Conquête et Legs de Rome

right|thumb|Détail de la table de Peutinger. Tournai (Turnaco) sur la droite. Haute Antiquité de cette ville, la plus ancienne de Wallonie qui date de l'époque romaine

En 57 avant Jésus-Christ, Jules César conquiert la Gaule et en particulier les régions du Nord-Est de celle-ci correspondant à l'actuelle Wallonie (ou Région wallonne). Ces régions sont à certains égards en avance, technologiquement (comme le reste de la Gaule), sur le monde romain. Les terres agricoles sont plus riches en Wallonie. Avant la conquête romaine, il existait déjà des manières rigoureuses de mesurer la terre, notamment en Hesbaye. À titre d'exemple, le musée archéologique d'Arlon a gardé une image de la moissonneuse particulièrement perfectionnée dite des Trévires (trait généralisé à la Gaule plus avancée techniquement que le monde romain en certains domaines). Sur ces terres riches correspondant au territoire wallon vivait une population assez nombreuse. Par contre, le territoire adjacent, correspondant à la Flandre actuelle, était moins fertile, et la population y fut relativement moins nombreuse.

Comme d'autres cités et régions des provinces gallo-romaines, la civitas Tungrorum servira de base à la constitution du diocèse de l’Église catholique qui prendra vers le le nom de sa nouvelle capitale Liège. On parlera dès lors dans les textes du Moyen Âge de Civitas Leodium ce qui se traduit par évêché ou diocèse de Liège dont les frontières persisteront jusqu’en 1559, date de la réforme des diocèses voulue par Philippe II d'Espagne, qui verra naître un diocèse très réduit par rapport à l’antique Civitas Tungrorum. Les villes importantes de ce diocèse sont : Louvain, Looz, Aix-la-Chapelle, Limbourg, Namur, Bouillon.

L'excroissance latine au N-E de la Gaule

thumb|left|Langues régionales en France et Wallonie : on voit se dessiner au nord de la Gaule et de la France actuelle, la Wallonie d'aujourd'hui comme une avancée latine au cœur d'un domaine où dominent flamand, francique, alsacien... thumb|Aire du wallon en Wallonie: les blancs correspondent au picard, au lorrain et aux franges germaniques à l'est: l'ensemble est l'assise de la longue durée latine et industrielle de l'espace wallon

Quand les invasions germaniques de l'Empire romain vont commencer, les tribus à l'est du Rhin rencontreront une population moins nombreuse en Flandre qu'en Wallonie et ils l'assimileront. En Wallonie, c'est le contraire qui se produit: les envahisseurs germaniques seront assimilés. Fernand Braudel donne d'ailleurs cet exemple pour illustrer sa conception de l'événement de longue durée. À ce facteur démographique s'en ajoute un autre : l'Église s'implante d'abord en Wallonie et cette implantation signifie toujours alors une romanisation. En outre, l'Église, Intéressée par les populations plus nombreuses à évangéliser, renforce la romanisation de la Wallonie et l'étend. Vers la fin du premier millénaire, la frontière entre les parlers germaniques et les territoires romans se stabilise. Elle continuera à évoluer au bénéfice du roman (langue) (des langues régionales wallonnes, du français) jusqu'à aujourd'hui.

L'excroissance latine est donc formée. Si la frontière des parlers germaniques et latins de Dunkerque à Bâle forme un arc de cercle presque parfait, la Wallonie crève la ligne de cet arc de cercle et devient une avancée latine au cœur des pays des langues germaniques. Les Germains parlaient des walhaz pour désigner les gens au-delà de la frontière. L'excroissance "wallonne" (et picarde), au N-E de la gaule (ou de la France actuelle), est parfaitement lisible sur la carte qui iillustre ce paragraphe: le wallon (langue régionale en vert foncé), forme l'enclave de concert avec une part du picard (à l'ouest de son aire) et une parcelle du lorrain (au sud) en vert plus clair.

Les Wallons sont peu à peu nommés aussi en roman après l'avoir été en latin et dans les langues germaniques: le terme désigne une population linguistique, un peuple, un territoire (Pays wallon). Il a vécu longtemps ailleurs qu'en roman toujours pour désigner, dans le monde germanique, les autres, les étrangers, soit latins, soit celtes (dans l'île de Grande-Bretagne - Wales- ou en Roumanie - la Valachie). Étranger (aux yeux d'un Germain), est une signification possible du mot wallonAlbert Henry, Histoire des mots Wallon et Wallonie, Institut Destrée, Charleroi, 1991. Mais à partir du le mot s'impose en roman et français et tend à désigner le même peuple que les Wallons d'aujourd'hui, d'où la facilité avec laquelle par exemple les Wallons de Suède se sont désignés sous ce vocable auprès des populations d'une Suède relativement lointaine au où ils émigraient pour exporter leur savoir-faire industriel, la deuxième continuité de l'histoire de la Wallonie. Savoir-faire lié à leur connaissance des sciences et des techniques.

Le Pays mosan : sciences, techniques, industrie, arts et lettres

thumb|La collégiale Sainte-Gertrude de Nivelles (-) légèrement au sud de Namur, et hors du bassin versant de la Meuse, mais partie prenante du pays de l'art mosan

Le Pays mosan, soit la Meuse moyenne de Givet à Liège et le bassin versant de la Meuse en cet endroit, plus quelques régions limitrophes, connaît une activité scientifique et technique exceptionnelle du Moyen Âge au avant d'entrer avec le reste de la Wallonie dans la Révolution industrielle contemporaine. Quant à l'art mosan, c'est l'art du même pays, de la partie romane du Diocèse de Liège dont les limites déterminent aussi celles du wallon langue régionale principale de la Wallonie. Si on l'élargit à la dimension d'une petite civilisation (au sens de Braudel), comme le faisait Léopold Genicot, il recouvre aussi, avec l'activité scientifique et technique dont nous venons de parler: un rayonnement intellectuel au sens le plus large du début du Moyen Âge aux ). l'architecture... la Rome ancienne passée au filtre de Byzance et de la culture ottonienne, la littérature romane de Wallonie (de la Cantilène de sainte Eulalie en 880 – premier texte littéraire français - à Jean d'Outremeuse en passant par le Roman de Renart en sa version wallonne), la musique (d'Étienne de Liège à Dufay), la langue wallonne. thumb|upright|Fonts baptismaux de Renier de Huy, 1107 - 1108. Détail : Le baptême des Catéchumènes le travail du bois, de l'ivoire: ce sont les statues du Christ de Rausa, la Vierge d'Évegnée, les Vierges en Majesté telles qu'on peut les admirer au musée d'art mosan de Liège, ou en l'Église Saint-Jean le travail de la pierre ce sont notamment les Fonts Baptismaux du petit village de Furnaux la dinanderie qui désigne le travail du cuivre qui doit son nom dans l'univers français à la ville de Dinant qui y excella, même si le chef-d'œuvre de la dinanderie ce sont les Fonts baptismaux St-Barthélemy Collégiale Saint-Barthélemy. Comme on peut le voir sur l'image ci-contre, il y a également dans l'art mosan, outre ce qui révèle le berceau humain de la Wallonie ancienne, l'expression de sa vocation industrielle, car au-delà de l'esthétique, le cuivre de Saint-Barthélémy implique une maîtrise supérieure dans la technique de la transformation de ce métal comme d'autres métaux. Durant toute la période de l'art mosan, parallèlement à la cohésion sociale et culturelle d'une grande partie des contrées wallonnes autour de l'Église de Liège, se poursuit le développement industriel (houille, métallurgie...), de cette Wallonie ancienne (qui ne porte pas encore ce nom en français).

La longue durée du pays de l'industrie

thumb|left|upright|Statue du wallon Louis de Geer (1587-1652) érigée à Norrköping en 1945 : le texte au pied de la statue le décrit comme le père de l'industrie suédoise

La Wallonie se lit aussi sur la carte d'Europe à partir de l'Ardenne, un de ces plissements hercyniens aux flancs desquels gisent toujours en sous-sol fer, zinc, cuivre, d'autres métaux et du charbon. C'est d'abord l'Ardenne qui fournira son charbon de bois pour les transformer, devenant ainsi une sorte de région industrielle. Mais au pied de ce socle antécarbonifère qu'est l'Ardenne, il y a de la houille enfouie profondément là où la Sambre forme avec la Meuse (Charleroi-Namur-Liège) (voir la carte du bassin de la Meuse) un trait sinueux et continu d’ouest en est, se prolongeant vers l'ouest avec la Haine (Mons-Borinage) et vers l'est avec la Vesdre (Verviers). (Prolongements également en Allemagne et en France). C'est donc d'abord le charbon de bois qui va être utilisé pour transformer le fer dans des centaines de forges le long des petites rivières de l'Ardenne et du bassin versant de la Meuse. Ce sera aussi le charbon de terre, mais moins amplement, plus au nord.

Quand ce dernier est utilisé plus massivement à partir du , les forges de la Wallonie glissent en quelque sorte le long des pentes ardennaises, pour s'installer le long des plus grandes rivières de la Sambre et de la Meuse et y côtoyer bien d'autres industries. Le sillon industriel wallon est né. Quant aux terres riches de part et d’autre de ce sillon Sambre-et-Meuse, elles avaient fixé une population romanisée et christianisée (Tournai est ville dès cette époque), qui, au lieu d'être assimilée par les envahisseurs germaniques, les assimila à partir du .

Comme l'indiquent l'émigration spectaculaire au de milliers de métallurgistes Wallons de Suède et le rôle, en sa naissance, des Wallons, dans l'industrie allemande au , une formidable activité économique (à Liège, à Charleroi ...) se développa qui en fit la deuxième puissance industrielle du monde au , capable de construire entreprises et chemins de fer partout (Russie, Chine, Amérique latine, Afrique, USA pour le verre).

Ces deux traits, l'un culturel ou linguistique (la romanisation sur laquelle insistait Félix Rousseau), la longue durée de l'industrialisation sont probablement les deux grands faits qui font qu'il y a une Wallonie aujourd'hui. Par le travail du fer (et des autres métaux) qu'il implique, par sa sensibilité romane entre France et Empire, l'art Mosan éclaire cette perspective historique à travers ses mille réalisations, éclosion d'une sorte de civilisation qu'Henri Pirenne a ignorée.

La Révolution industrielle moderne : une grande puissance économique dépendante

thumb|left|upright|Zénobe Gramme, inventeur wallon de la dynamo

thumb|Locomotive « Le Belge », première locomotive d'Europe continentale, issue des ateliers John Cockerill