L'Impromptu de l'Alma est une pièce de théâtre d'Eugène Ionesco en un acte, écrite en 1955 et représentée pour la première fois le au Studio des Champs-Élysées à Paris, dans une mise en scène de Maurice Jacquemont.

Argument L'auteur dramatique Ionesco reçoit la visite de trois docteurs (Bartholomeus I, II et III). Leurs commentaires sur la pièce qu'Ionesco est en train d'écrire sont divergents, mais ils s'unissent pour éduquer l'auteur récalcitrant. L'exercice tourne au burlesque jusqu'à l'intervention de la femme de ménage qui y met fin. Cette farce satirique vise trois critiques bien connus et peut aussi être perçue comme une réflexion sur la critique et le théâtre lui-même.

Ionesco dort dans son bureau ; on sonne à la porte. C’est Bartholomeus I : il vient chercher la nouvelle pièce d’Ionesco, un théâtre veut la mettre en scène. L’auteur répond que la pièce n’est pas achevée ; ensuite il dira que la majeure partie serait finie.

Ionesco explique sa méthode de création : une image déclenche le processus, puis il se laisse emporter par les personnages. Chaque pièce est une aventure, une découverte pour lui.

Dans la pièce en cours de rédaction, Le Caméléon et le Berger, le titre décrit l’image qui est le départ de l’action. Ionesco ne sait pas encore comment la mettre en pratique, mais il est sûr de participer lui-même à la pièce, pour déclencher une discussion sur le théâtre et présenter ses idées. Pour y arriver, il établit un lien entre l’image et son opinion : « Si vous voulez, je suis tout de même le berger, le théâtre étant le caméléon, puisque j’ai embrassé la carrière théâtrale, et le théâtre change, bien sûr, car le théâtre c’est la vie. » Bartholomeus I veut qu’Ionesco lise sa pièce pour se faire une opinion.

Ionesco commence à lire le début de L'Impromptu de l’Alma : Ionesco dort sur son bureau, Bartholomeus I sonne, frappe et l’appelle, Ionesco se lève, s'arrange les cheveux. Bartholomeus I se renseigne sur la nouvelle pièce. Ionesco lui offre un fauteuil. Cette partie-ci ne laisse pas le moindre doute que la nouvelle pièce d’Ionesco et la réalité fictive de la pièce-cadre sont identiques. Le processus de création d’une pièce de l’auteur est décrit de la façon qu'il avait décrite auparavant.

L’image du caméléon n’est pas en rapport avec le développement de l’action : elle sert de prétexte (Ionesco ironise ici sur sa méthode de travail : créer une image du non-sens et de la symboliser en même temps : « En réalité, je pense, cela ne devra servir que de prétexte.» « Vous voyez, je vais cette fois me mettre en scène moi-même ! » « Je parlerai donc du théâtre, de la critique dramatique, du public… »).

Cette « scène » ressemble à une lecture distanciée de poèmes, à l’ébauche d’une vraie mise en scène. Ionesco se distancie d’Ionesco dans Le Caméléon et le Berger : il lit le texte et l’indication scénique sans la réaliser (sauf ses cheveux, qu’il arrange…). D’abord, le lecteur/spectateur peut croire que cette scène est une imitation mot à mot, jusqu’au moment où le deuxième Bartholomeus se fait remarquer en sonnant et frappant. Tout le début recommence à l'identique, preuve de l'absurdité. Cette scène réalise alors le contenu de la lecture de poèmes quelques instants auparavant. Quelques phrases deviennent réelles. Ionesco le fait entrer, lui offre un fauteuil. Peu après, Bartholomeus III s’annonce à la porte, comme les deux autres. Après avoir salué tout le monde, Bartholomeus III se renseigne également sur le progrès de la nouvelle pièce. Ionesco commence encore une fois à lire le début.

Ionesco se trouve immanent dans la pièce qu’il est en train d’écrire. Son effort d’éviter des répétitions est ironisé en faisant tout le contraire. En lisant le début, le spectateur/lecteur pourrait croire que tout commence de nouveau : quand Ionesco lit que quelqu’un frappe à la porte, il frappe vraiment. L’auteur répond de la même façon qu’avant. Bartholomeus I diagnostique qu’il s’agit ici d’un cercle vicieux. Mais Ionesco peut le franchir quand il n’ouvre pas la porte. Les trois Bartholomeus commencent à philosopher sur les cercles vicieux et ils créent une « théorie des contradictions identiques », ce qui franchit enfin le cercle.

Au début, Ionesco peut s’exprimer librement. Pendant le déroulement, les trois Bartholomeus l’intimident de plus en plus en lui montrant leur savoir (scientifique). Ils revendiquent la scène et leur supériorité. Bartholomeus I le dit : . En même temps, il est de plus en plus manifeste que les trois Bartholomeus ne savent rien : par exemple, que Shakespeare est polonais. Ils disent : (Il sera peu après question de Molière).

Leur façon de voir est toujours contraire à celle d’Ionesco. Même s’ils sont en désaccord entre eux (pour adorer Adamov, Sartre et Brecht), ils forment un front uni devant l’adversaire/ l’ennemi. Les Bartholomeus insistent sur un théâtre épique, qui aurait pour fonction d’instruire, et non de plaire ou divertir. Puis les docteurs ébauchent un théâtre organisé comme une institution d’enseignement.

Plus tard, ils veulent guérir Ionesco de son « ignorance dangereuse » en l'instruisant de la théâtrologie, la costumologie, historicisation et décorologie et la spectato-psychologie. Mais il faut du public pour le théâtre : Ionesco veut faire entrer Marie, sa femme de ménage, qui attend depuis assez longtemps devant la porte. L’auteur donne l’impression que la conversation avec les trois docteurs équivaut à une pièce de théâtre pour un public (illusion). Avant de faire entrer Marie, les Bartholomeus préparent le bureau d’après l’idée de Brecht (. Bertholus)- B.I lit l’opuscule brechtien, B.II et B.III fixent des écriteaux, qui indiquent l’action (« éducation d’un auteur ») ou que les objets ne sont pas réels (« fausse table »). Même Ionesco n’est pas épargné : ils veulent changer ses vêtements (pas moderne pour un auteur de ce temps… la costumologie !). Finalement, l’auteur porte les mêmes vêtements qu’avant, ce qui signifie que leur action est absurde ! Il reçoit un masque d’âne et un écriteau indiquant « savant » : il doit se distancier de lui-même et se critiquer. B.II : « Ne vous identifiez pas à vous-même. Vous avez toujours eu le tort d’être vous-même. » B.I : « Observez-vous, tout en jouant. Soyez Ionesco en n’étant plus Ionesco. » (Un pas en avant, deux en arrière… Il arrive de l’autre côté de la chambre.)

Marie incarne le bon sens ; son intervention « sauve » l’auteur. Les trois B. annulent l’étiquetage sous protestation. Marie gifle Ionesco pour le ramener à la raison et met les docteurs dehors. Ionesco, seul, annonce au public que la pièce est terminée, annonçant une apologie de son théâtre, jusqu’au moment où les docteurs et Marie reviennent. Les trois le critiquent de nouveau (reproche : il essaie lui-même d’instruire) et Marie défend son action car elle était unique et pas la règle.

Mises en scène notables 1956 - : création Studio des Champs-Élysées, Paris mise en scène de Maurice Jacquemont Distribution : Ionesco, Maurice Jacquemont ; Ionesco Claude Piéplu ; Bartholomeus I Alain Mottet : Bartholomeus II Pierre Vassas : Bartholomeus III Tsilla Chelton : Marie..

1996 - : Théâtre en miettes, montage de 7 pièces courtes de Ionesco dont L'Impromptu de l'Alma, mise en scène de Marcel Cuvelier, Théâtre de la Huchette, Paris..

2003 : mise en scène d'Élizabeth Albahaca, Théâtre Prospero, Montréal...

2014 : Théâtre national du Luxembourg, mise en scène de Jacqueline Posing-Van Dyc..

- : Théâtre de la flûte enchantée, Ixelles, mise en scène de Victor Lefevre..

Analyse

Selon Ionesco lui-même : Eugène Ionesco, Notes et contre-notes, Paris, Gallimard, 1962, p. 187..