La victoire finale en Coupe du monde de football 1954 constitue le premier sacre mondial de l’équipe d'Allemagne de football et s'inscrit dans un contexte particulier, celui de la guerre froide et de la reconstruction du sport allemand dans sa globalité. L'Allemagne a en effet été privée d’équipe nationale après la Seconde Guerre mondiale pendant plusieurs années, ne retrouvant le terrain qu'en novembre 1950, soit après la Coupe du monde 1950 dont elle était de fait absente. En 1954, la crée la sensation en remportant la compétition face au Onze d'or hongrois, invaincu depuis et considéré comme la meilleure équipe du monde à ce moment-là.
Durant les éliminatoires de la Coupe du monde, les Allemands rencontrent l'équipe de Sarre (l'une des trois équipes allemandes d'après-guerre avec la RFA et celle de l'Allemagne de l'Est, et qui disparaîtra en 1956) et l'équipe de Norvège. La RFA remporte aisément son groupe et se qualifie pour la Coupe du monde.
En phase finale, l'Allemagne dispute le premier tour dans un groupe comprenant deux têtes de série, la Turquie et la Hongrie, ainsi que la Corée du Sud. Le règlement est particulier : deux journées sont d'abord disputées où les deux têtes de série ne s'affrontent pas et jouent contre les deux autres équipes. La RFA doit donc a priori affronter seulement les Turcs et les Hongrois. Si après ces deux journées, il y a une égalité de points entre deux équipes pour une place qualificative, un match d'appui est organisé. La gagne son premier match face aux Turcs sur le score de 4-1, mais s'incline très lourdement sur le score de 8-3 contre la Hongrie. Les Turcs s'imposant ensuite contre les faibles Coréens, il y a égalité de points entre la Turquie et l'Allemagne. Les deux équipes se rencontrent donc à nouveau en match d'appui. L'Allemagne s'impose encore sans surprise, sur un score conséquent (7-2), et se qualifie pour le second tour. En quart de finale, elle tombe sur la glorieuse équipe de Yougoslavie, finaliste des Jeux olympiques d'été de 1952 et l'emporte logiquement. L'Allemagne retrouve le dernier carré d'un mondial pour la deuxième fois de son histoire après 1934. En demi-finale, elle surclasse l’équipe autrichienne, 6 buts à 1.
Elle retrouve en finale la Hongrie, grande favorite pour le titre. Contre toute attente, l'Allemagne de l'Ouest remporte la Coupe du Monde 1954, à l'issue d'une rencontre très disputée (3-2). Pourtant, les Hongrois semblent avoir fait le plus dur en menant sur le score de 2-0 au bout de de jeu. Mais, grâce à Max Morlock et Helmut Rahn, les Allemands reviennent au score après seulement . En fin de match, Helmut Rahn profite d'un mauvais dégagement de la défense hongroise pour tirer à ras de terre et inscrire un dernier but, synonyme de victoire pour l'Allemagne de l'Ouest.
Cette victoire historique est très significative pour les Allemands de l'Ouest qui peuvent vivre pour la première fois une expérience de liesse collective après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Dans le contexte géopolitique de la guerre froide, cette victoire est aussi celle du bloc de l'ouest contre le bloc de l'Est. Ce succès inattendu marque particulièrement les esprits allemands et porte dès lors le surnom de « Miracle de Berne » (en allemand : ).
1942-1950 : huit ans sans jouer
Pendant la guerre, l'Allemagne dispute son dernier match international, contre la Slovaquie, en 1942. La DFB, fédération allemande de football, incorporée dans un système administratif plus vaste sous le régime nazi, est déjà dissoute. Elle ne servait plus que de lien pour tenir le siège d'affiliation à la FIFA. Ce siège est d'ailleurs supprimé par la FIFA à la fin de la guerre, en guise de sanction.
150px|right|vignette|En vert : la République fédérale d'Allemagne et ses Länder, ainsi que Berlin-Ouest, à la veille de la réunification. Après la Seconde Guerre mondiale, la société allemande mettra un temps à se reconstruire au niveau des institutions, notamment dans le domaine sportif. Ainsi, avec une volonté politique des forces d’occupation alliées de l’époque, l'Allemagne de l'Ouest, devait représenter le renouveau de la société allemande, post-Allemagne nazie. Dans le cadre de l’époque de la formation de deux « blocs » idéologiquement opposés : le bloc de l'Ouest et le bloc de l'Est. Il s'agissait d'une réelle impulsion pour les alliés pour faire de la RFA un pays modèle contrairement à son voisin de l’est, la RDA, (dirigé par l’Union soviétique) à partir de ce paramètre, le football était un réel facteur de propagande de l’époque entre l’Ouest et l’Est.
Lors de la première réunion du Comité exécutif après la fin de la Seconde Guerre mondiale, du 10 au 12 novembre 1945 à Zurich, la FIFA a décidé de rompre les relations sportives avec l'Allemagne (ainsi qu'avec le Japon) et certains pays ayant fait partie de l'Axe un certain temps, l'interdiction va même pour toutes les associations membres d'entretenir des relations sportives avec l'Allemagne. La participation des Allemands aux compétitions internationales n'était donc plus possible dans les années d'après-guerre. En outre la DFB, fédération allemande de football, dissoute pendant la guerre sous le régime nazi, n'existait plus. L'Autriche reconstruite, en revanche, a pu à nouveau jouer des matchs internationaux de manière indépendante à partir de 1945.
Cela n'a changé qu'en 1949 après la fondation de la République fédérale d'Allemagne, lorsque la Fédération anglaise de football (FA) a demandé à la FIFA de reconsidérer sa position et d'autoriser à nouveau les Allemands à jouer matches internationaux. La FIFA a certes levé l'interdiction des matchs contre toutes les équipes mais, le 7 mai 1949, elle a exigé que le gouvernement militaire concerné dans la zone d'occupation dans laquelle un match international devait être joué donne son consentement avant chaque match. D'autres questions supra-zonales, comme l'organisation du championnat allemand, étaient auparavant réglementées par un comité de football fondé à Essen en 1947 sous la direction de Peco Bauwens (futur premier président de la DFB), qui comprenait, outre Bauwens, Hans Huber, Walter Dinger, Heino Gerstenberg et d'autres examinateurs. Cette commission s'est notamment penchée sur le statut de joueur sous contrat, qui avait été introduit pour l'Oberliga Süd organisée sous la direction de l'Association des clubs de football d'Allemagne du Sud, mais qui a été rejeté par les clubs de la zone britannique, pour exemple. La légitimité du comité de football a parfois été remise en question, par exemple par la Fédération bavaroise de football en 1949.
La DFB est restaurée quelques semaines après la constitution de la RFA, en juillet 1949. La question de la participation de l'Allemagne à la Coupe du monde 1950 ne se pose pas car d'une part la date limite d'inscription est déjà dépassée, et d'autre part la FIFA doit encore valider le retour de la DFB en son sein, ce qui prendra du temps. Le rétablissement officiel et juridiquement contraignant de la DFB après la guerre fut validé le 21 janvier 1950 à Stuttgart, lors d'une réunion de travail de toutes les associations ouest-allemandes, à l'exception de la Sarre occupée par la France, qui ne faisait pas encore partie de la nouvelle République fédérale et avait fondé deux ans plus tôt la Fédération sarroise de football, puis reconnu par la FIFA en juin 1950. L'association allemande de football de RDA, fondée en juillet 1950 par ailleurs en Allemagne de l'Est occupée par les Soviétiques, n'a aucun rapport et ne doit pas être confondue avec la Fédération allemande de football (DFB). La réadmission définitive de la DFB dans la FIFA avait déjà été demandée par l'Association Suisse de Football (SFV) lors du Congrès de la FIFA du 22 juin de la même année, mais n'a été entérinée que le 22 septembre 1950 par le Comité Exécutif réuni à Bruxelles. À partir de ce moment, la DFB et ses associations étaient à nouveau pleinement autorisées pour disputer toute rencontre internationale. Certes bien trop tard pour participer à la Coupe du monde de football 1950, l'Allemagne fait enfin son retour. Huit ans, jour pour jour, après le précédent match international disputé par l'équipe d'Allemagne, c'est devant une forte affluence (plus de ) que se déroule en amical le au Neckarstadion de Stuttgart la rencontre de la renaissance face à la Suisse, le tout premier match de l'équipe de (l'actuelle) République fédérale d'Allemagne (victoire 1-0)..
Tour préliminaire
La RFA est placée dans le groupe 1 des éliminatoires, avec la Norvège et la sélection de Sarre (territoire d'Allemagne sous protectorat français disposant d'un statut autonome). Durant la période de séparation de l'Allemagne, cette double confrontation contre la Sarre fait figure d'exception, avec le match RFA-RDA de 1974, en mettant aux prises deux équipes nationales composées de joueurs allemands. La RFA remporte aisément son groupe et se qualifie pour la phase finale de la Coupe du monde.
Tirage au sort
Pour ce championnat du monde 1954, la FIFA décide à l’unanimité d'appliquer pour les matchs de poule une formule unique basée sur les « têtes de série » : des groupes de où sont têtes de séries et ne se rencontrent pas, a priori, le classement étant arrêté après deux journées (au lieu des trois habituelles). Les nations têtes de série ont été choisies en amont des tours préliminaires, donc bien avant le tirage au sort de la phase finale de la Coupe du monde qui a eu lieu le 30 novembre 1953. Dans le groupe de l'Allemagne, il s’agit de l’équipe nationale de Hongrie finaliste du mondial 1938, équipe favorite de l’époque avec sa star Ferenc Puskás, et de la sélection de Turquie. La présence de la Turquie en phase finale est une grande surprise. Elle a en effet éliminé l'Espagne qui était tête de série désignée avant les tours préliminaires, en raison de sa quatrième place en 1950Après une victoire et une défaite contre la Turquie (partage des points sur les deux matchs), l'Espagne a en effet dû jouer un match d’appui contre la Turquie sur terrain neutre qui s'est soldé sur un score de parité après prolongation et n’a pas permis de départager les deux équipes. Un tirage au sort a alors été effectué envoyant la Turquie à la Coupe du monde « à la place » de l’Espagne.. La tête de série préalablement désignée étant éliminée, c'est la Turquie, bien que n'étant pas une forte équipe, qui récupère ce statut de « tête de série » en phase finale du mondial.
Les 2 têtes de série (qui ne s'affrontent pas entre elles) jouent contre les deux autres équipes (qui ne s'affrontent pas non plus entre elles). Ce n'est qu'en cas d'égalité de points pour une place qualificative à l'issue des deux journées que les équipes peuvent être amenées à s'affronter au cours d'un match d'appui. Lors de ce premier tour, il y aura deux matchs d'appui, et ils opposeront à chaque fois des équipes qui se sont déjà rencontrées.
ÉquipeTête de sérieQualificationDateParticipationDernière participationMeilleure performance passée Hongrie Vainqueur du Groupe 7 (Europe) ?1938 (Finaliste) Finaliste en 1938 Turquie Vainqueur du Groupe 6 (Europe) - - Allemagne de l'OuestVainqueur du Groupe 1 (Europe) 1938 (huitième de finale) Troisième en 1934 Corée du SudVainqueur du Groupe 13 (Asie) - -
Match de préparation
La liste des 22 Allemands pour le premier sacre 180px|right|vignette|Sepp Herberger entraîneur de l’équipe