Les inégalités de revenu en France désignent l'inégalité de la répartition des ressources économiques perçues par la population vivant en France. Les différentes mesures qui permettent d'estimer les inégalités montrent qu'elles sont relativement stables en France depuis une trentaine d'années, et qu'elles sont moins prononcées que dans la plupart des pays occidentaux. Il existe cependant une grande disparité des revenus suivant les régions, l’Île-de-France étant de loin la région où les revenus sont les plus élevéshttp://www.oecd.org/dataoecd/58/9/35867751.pdf.
Définition Les inégalités de revenu se distinguent des inégalités salariales, car le salaire ne constitue que l'une des sources possibles de revenu. Elles se distinguent également des inégalités de patrimoine, c'est-à-dire de l'inégale répartition des ressources accumulées sous la forme d'actifs.
Les disparités de revenu sont mesurées à travers une série d'indicateurs, qui requièrent de définir le champ de la mesure. On peut mesurer les disparités soit des ménages, soit des individus. La mesure des inégalités par ménage consiste simplement à mesurer, pour chaque ménage, les revenus obtenus par tous les individus qui le composent (pour l'Insee une personne vivant seule constitue un ménage). Mesurer les inégalités pour les individus implique d'attribuer à chaque individu, pour le cas des ménages constitués de plusieurs individus, une part précise du revenu du ménage tout entier. L'Insee produit, à cette fin, un indicateur appelé de « niveau de vie » dont le principe est de diviser le revenu disponible du ménage par le et d'attribuer le même niveau de vie à tous les membres du ménage. Le revenu pris en compte ici est le revenu dit "disponible", c'est-à-dire le revenu déclaré aux impôts moins les impôts directs (impôt sur le revenu, taxe d'habitation, CSG et CRDS). auquel on ajoute les prestations sociales (allocations familiales, indemnités de chômages, pensions de retraite, etc). Le premier adulte vaut 1 unité, le second adulte vaut 0,5, les enfants de 0 à 14 ans en valent 0,3 et entre 14 et 18 ans, 0,5. Exemple : un ménage a un revenu de . Il est composé de 2 adultes et un enfant de 14 ans. Le niveau de vie de chaque individu sera de 10 000/(1+0,5+0,5) = .
D'autre part, les statisticiens utilisent généralement les déciles comme mesure de la distribution des revenus et autres grandeurs relatives à la richesse de la population. Dans le cas du niveau de vie, les déciles sont les valeurs qui séparent la population française en dix parties égales : en dessous du premier décile vivent les 10 % des ménages français les plus pauvres, en dessous du deuxième décile vivent les 20 % des ménages français les plus pauvres, etc. En 2007, le premier décile (D1) avait une valeur de : 10 % des Français vivaient avec un niveau de vie inférieur ou égal à . Ces Français avaient avec un niveau de vie moyen de . Le , soit la valeur en dessous de laquelle vivent 90 % des Français, ou encore au-dessus de laquelle vivent 10 % des Français les plus riches, était de . Ces Français avaient un niveau de vie moyen de .
Pour mesurer les inégalités dans la distribution des niveaux de vie, on utilise le plus souvent le rapport inter-décile qui est défini comme le rapport entre le et le (D9/D1). Le rapport inter-décile est donc obtenu en divisant le seuil de niveau de vie au-dessus duquel on appartient aux 10 % des Français les plus riches par le seuil en dessous duquel on appartient aux 10 % des Français les plus pauvres. En 2007, il est égal à 33 896/10 012 = 3,39. Le seuil minimal au-dessus duquel on appartient aux 10 % les plus riches est donc 3,39 fois plus élevé que le seuil maximum en dessous duquel on appartient aux 10 % des Français les plus pauvres. On peut également mesurer le rapport entre le niveau de vie moyen des 10 % les plus riches et celui des 10 % les plus pauvres. En 2007, il était égal à 50 778/7 698 = 6,6. Autrement dit, les 10 % des Français les plus riches avaient un niveau de vie, en moyenne, 6,6 fois plus élevé que les 10 % les plus pauvres. On voit, par cet exemple, que selon l'indicateur choisi les inégalités peuvent apparaître comme plus ou moins fortes. Cette différence s'explique par le fait que le niveau de vie des 10 % les plus riches est supérieur à sans fournir de borne haute comme pour les autres déciles. Cette borne haute, par nature fluctuante et difficilement mesurable, est par contre de façon certaine très élevée. C'est pourquoi le niveau de vie moyen des Français de cette tranche de population est de pour le décile correspondant à un niveau de vie supérieur à .
Deux indicateurs majeurs permettent d'évaluer les différences de revenu dans un pays. La première est la courbe de Lorenz, et la deuxième est le coefficient de Gini.
Mesure des inégalités de revenu Distribution en déciles
Ce tableau présente le niveau de vie par an des individus en France métropolitaine, en 2007 (2017), réparti en déciles.
En 2007, le revenu moyen des ménages était de par an.
Les 10 % des français les plus pauvres ont obtenu par an en moyenne, soit par mois. Les 10 % les plus riches ont perçu par an en moyenne, soit par mois. Autrement dit, les 10 % des Français ayant le plus fort revenu avaient un niveau de vie moyen 6,6 fois plus élevé que les 10 % des Français avec le revenu le plus faible. Le rapport inter-décile, qui mesure le rapport entre le seuil à partir duquel on appartient aux 10 % les plus riches et celui en dessous duquel on fait partie des 10 % les plus pauvres, était de 3,39.
D'autre part, le revenu médian, c'est-à-dire le niveau de revenu au-dessus et en dessous duquel vit la moitié des Français (qui correspond au ), était de par an, soit par mois.
Déciles (10 % des français) Limites des tranches (déciles) en euros par anSource : Insee, Distribution des niveaux de vie Revenu moyen dans la tranche en euros par anSource : Insee, Niveau de vie moyenRevenu moyen dans la tranche en euros par an (2017)D1 (premier décile)< (A)8 400 (A)D2 et 12 710D3 et 15 280D4 et 17 530D5 et 19 700D6 et 22 000D7 et 24 650D8 et 28 060D9 et 33 720D10> (B)57 160 (B)Rapport D9/D1 et Rapport B/A3,39 6,66.8
Comment lire ce tableau : D'après l'Insee en 2007, 10 % des Français avaient un niveau de vie inférieur à durant l'année. Ces 10 % de Français avaient, en moyenne, un niveau de vie de . 10 % des Français avaient un revenu compris entre et . Ces Français avaient un niveau de vie moyen de . 10 % des Français avaient un revenu supérieur à (supérieur au ). Ces Français avaient, en moyenne, un niveau de vie de . D'après l'Insee en 2007, les 10 % des Français les plus riches avaient, en moyenne, un niveau de vie 6,6 fois supérieur aux 10 % les Français les plus pauvres. Le plancher au-dessus duquel on appartenait aux 10 % les Français les plus riches (le neuvième décile, D9) était 3,39 fois supérieur à celui en dessous duquel on appartenait aux 10 % les Français les plus pauvres (le premier décile, D1).
Courbe de Lorenz Une autre mesure possible de ces inégalités de revenu consiste à se demander quelle part du revenu total obtiennent les 10 % les plus pauvres, les 20 % les plus pauvres, etc. Cela revient à tracer une courbe de Lorenz.
Celle-ci fait apparaître que, en 2007, les 10 % des Français les moins riches obtenaient 3,7 % des revenus totaux en France. Les 50 % des Français les moins riches en obtenaient 30,7 % – autrement dit, les 50 % des Français les plus riches en percevaient 69,3 %. Enfin, les 10 % les plus riches obtenaient 24,1 % des revenus totaux, soit 7 fois plus que les 10 % les plus pauvres.
Composition des revenus
La composition des revenus des ménages permet d'éclairer en partie l'origine de leurs inégalités. Le revenu disponible des ménages est égal aux revenus d'activité et/ou de reversion (retraite) plus les revenus du patrimoine plus les transferts sociaux moins les impôts directs (compris sur le graphique ci-contre de manière large, CSG et taxe d'habitation incluses). Ce tableau ne comprend cependant pas les impôts à la consommation tels que la TVA, qui pèsent en proportion davantage sur les ménages les moins aisés. Les revenus d'activité se composent eux-mêmes des salaires, des allocations chômages (inclus dans ce graphique avec les salaires) et des revenus d'indépendant (artisans, professions libérales, etc.).
Salaires, revenus du patrimoine et revenus d'indépendant Les 10 % des ménages les plus pauvres (D1) sont également ceux pour qui les salaires occupent la place la plus faible dans leur revenu. Un grand nombre d'entre eux sont, en effet, chômeurs ou durablement inactifs. Au contraire, plus les ménages sont riches, plus les revenus salariaux occupent une place importante dans leur revenu. Le salaire a ainsi une place centrale comme source de revenu en France.
Toutefois, pour les 10 % des ménages les plus riches (D10), les salaires occupent une place plus faible. Cela tient à deux causes : premièrement, les revenus du patrimoine deviennent plus importants. D'autre part, les revenus liés à un statut d'indépendant (chef d'entreprise, professions libérales) occupent une part croissante. Autrement dit, parmi les ménages les plus riches, on trouve plus d'indépendants que chez les autres. D'autre part, leur patrimoine, en raison de son importance, génère une part importante (près de 10 %) de leurs revenus.
Ainsi, les ménages les plus pauvres sont souvent composés de chômeurs ou d'individus qui ont de très faibles revenus salariaux. C'est donc l'inactivité qui est la cause première de la pauvreté. Au contraire, les ménages les plus riches sont constitués d'individus percevant des salaires élevés, ou des revenus d'indépendant importants, auxquels s'ajoutent les revenus de leur patrimoine : ce sont soit des salariés à haute rémunération, soit des indépendants à haut revenu (professions libérales ou chef d'entreprise), qui possèdent un important patrimoine. Toutefois, même pour les 10 % les plus riches, les salaires demeurent la source la plus importante de revenu : en France aujourd'hui, la richesse reste avant tout le produit d'une activité productive, le plus souvent salariée. Ce n'est que parmi les très riches (1 % des ménages les plus fortunés) que les revenus du patrimoine et ceux d'indépendant dominentCamille Landais, « Les hauts revenus en France (1998-2006) : Une explosion des inégalités » ?, document de travail de l'École d'Économie de Paris, juin 2007, ..
Évolution des inégalités de revenu Depuis 50 ans Les inégalités de revenu ont sensiblement diminué depuis la deuxième moitié des Trente Glorieuses. Ainsi, si l'on se réfère aux données de l'Insee, le rapport inter-décile, c'est-à-dire le rapport entre le plancher au-dessus duquel on appartient aux 10 % des Français les plus riches et le plancher en dessous duquel on appartient aux 10 % des Français les plus pauvres est passé de 4,6 en 1970 à 3,41 en 2006.
Les travaux de Thomas Piketty ont permis de montrer que, dans une perspective de longue période, la rupture la plus importante dans l'évolution des inégalités de revenu est intervenue pendant et après la Seconde Guerre mondiale. La part du revenu des 10 % des Français les plus riches dans le revenu total s'effondre à ce moment-là, passant de près de la moitié de l'ensemble des revenus à un tiers. Le début des Trente Glorieuses est marqué par une reconstitution partielle des inégalités, mais elles ne rejoignent pas leur niveau d'avant guerre, et redescendent ensuite pour stagner depuis. De la même façon, le rapport entre le seuil de revenu au-dessus duquel vivent les 10 % les plus riches et celui sous lequel vivent les 10 % les moins riches est passé de 9 après-guerre à un peu plus de 3 aujourd'hui. Les inégalités de revenu, mesurées par le rapport inter-décile, ont donc diminué par 3 depuis la seconde guerre mondiale.