Madeleine Riffaud, née le à Arvillers (Somme) et morte le à ParisRelevé des fichiers de l'Insee., est une résistante, poétesse et journaliste française. Elle est également, avec Andrée Viollis, l'une des premières correspondantes de guerre françaises et l'une des premières militantes anticolonialistes.

Engagée dès l’âge de 18 ans dans un groupe de Francs-tireurs et partisans, elle est arrêtée après avoir abattu un soldat allemand et est torturée pendant plusieurs semaines sans parler. Elle échappe à la déportation et combat pour la Libération de Paris à la tête d'un détachement d'hommes. Ses recueils de poèmes sont publiés par Paul Éluard dès 1945. En reportage chez l'habitant pendant les grèves des mineurs de 1947 et 1948, elle y trouve les carnets du mineur Charles Debarge, résistant martyr de la grève des mineurs de mai 1941.

Tout en animant la frange la plus ouvriériste du Parti communiste français, en écrivant dans La Nouvelle Vie ouvrière, l'hebdomadaire de la Confédération générale du travail (CGT), elle part trois mois en reportage dès 1952 en Algérie française, avant de vivre un an en Indochine et de couvrir les guerres d'Algérie et du Viêt Nam. Elle échappe en 1962 à un attentat de l'OAS la visant mais en gardera des séquelles jusqu’à la fin de sa vie. Son livre-témoignage, Les linges de la nuit, écrit après avoir travaillé plusieurs mois incognito comme agent hospitalier dans plusieurs hôpitaux parisiens, se vend à plus d'un million d'exemplaires en 1974.

Biographie Origine et enfance Née en 1924., fille d'instituteurs., Marie Madeleine Armande Riffaud grandit en Picardie, dans le Santerre, où elle est née. Son père a fait la guerre de 14-18 comme engagé volontaire, y a été gravement blessé à la jambe puis a participé à une mutinerie. Ses parents passent leurs vacances dans la région d'origine de la famille, dans la Haute-Vienne, juste à côté du village d'Oradour-sur-Glane, dans une autre famille d'instituteurs, dont les deux parents seront massacrés en 1944, parmi les du massacre d'Oradour-sur-GlaneMadeleine, résistante, bande dessinée de Dominique Bertail et Jean-David Morvan, 2021, Éditions Dupuis..

Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale Quand la Résistance intérieure française commence, elle écoute avec attention parler de la grève patriotique de mineurs du Nord-Pas-de-Calais. Souffrant d'une primo-infection tuberculeuse., elle est d'abord envoyée au sanatorium des étudiants à Saint-Hilaire-du-Touvet en 1941 en Isère. Sur la route, l'homme qui devait en principe la guider à destination, le fils de sa logeuse, profite de son isolement pour la violer quatre fois de suite pendant la nuit dans une chambre d'hôtel à Grenoble. À Saint-Hilaire-du-Touvet, elle découvre les surréalistes et les Élégies de Duino, du poète autrichien Rainer Maria Rilke, ce qui « marque la première étape de son action ».

Elle sympathise alors avec l'écrivain Claude Roy venu donner une conférence, qui publie quelques mois plus tard deux de ses poèmesLes clochers brûlés et Pour chanter la joie. dans la revue L'Écho des Étudiants et au total huit de ses poèmes en 1942 et 1943. Elle y découvre l'action de résistants. Le sanatorium héberge en effet une imprimerie clandestine, dont la seule clé est discrètement détenue par le directeur Daniel Douady, qui rédige de faux certificats médicaux pour que des Juifs puissent s’y cacher en tant que malades. Ses parents l'avaient orientée vers les frères Gagliardi, Roger et Marcel, qui séjournent dans ce sanatorium. Roger Gagliardi décède rapidement d'une tuberculose miliaire. Elle se lie d'amitié avec Marcel, étudiant en médecine, et lui demande de l'enrôler dans la Résistance. Ils décident qu'elle suivra à partir de la rentrée 1942 une formation de sage-femme à la faculté de médecine de Paris. Elle se choisit pour la clandestinité le pseudonyme de « Rainer », ., en hommage au poète Rainer Maria Rilke :

Elle est chargée de transmettre à un cheminot une clé de tire-fond servant à faire dérailler les trains. Après plusieurs missions, elle est acceptée dans le réseau et intègre le triangle de direction du Front national de lutte pour la libération et l'indépendance de la France des étudiants en médecine du Quartier latin, avec Jean Roujeau, interne à l'hôpital Laennec, à qui elle sauve la vie en se jetant sans armes sur un soldat allemand risquant de faire abattre ledit Jean lors d'une distribution de tracts devant la librairie Gibert du Quartier Latin. Son réseau lui demande, lors d'un rendez-vous aux arènes de Lutèce, de rompre avec Marcel Gagliardi, pour diminuer les risques d'aveux sous la torture.

Entrée dans les FTP en , elle obéit au mot d'ordre d'intensifier les actions armées en vue du soulèvement parisien d'août 1944 : le , elle abat en plein jour de deux balles dans la tête un officier de l'armée d'occupation sur le pont de Solférino... Prenant la fuite à vélo, elle est rattrapée et renversée par la voiture du chef de la milice de Versailles. Ce dernier l'emmène au siège de la Gestapo, rue des Saussaies.. Elle est torturée pendant trois semainesDominique Missika, Résistantes 1940-1944, Paris, Gallimard & Ministère des Armées, 2021. par les Allemands, puis par les Français de la Brigade spéciale de la préfecture de Police. Mais elle garde le silence et est condamnée à mort. Le , quelques minutes avant d'être fusillée, elle est extraite du groupe car le propriétaire du pistolet qu'elle a utilisé, un policier qui s'était fait dérober son arme quelques semaines auparavant, l'a reconnue.

Internée à la prison de Fresnes, pour dix jours supplémentaires de torture, elle ne parle toujours pas. Elle voit défiler devant elle des femmes et des hommes auxquels les SS font subir les pires sévices : une jeune femme à laquelle les tortionnaires coupent les seins devant son mari qu’ils vont ensuite émasculer, un jeune homme tabassé à mort à coups de barre de fer. Promise à la déportation dans le « convoi des 57000 », elle y échappe, le , sauvée par une femme qui la fait sauter du train. Elle est ensuite à nouveau arrêtée, puis bénéficie finalement d'un échange de prisonniers pour être libérée le , sur intervention du consul de Suède Raoul NordlingFrançois Marcot et Didier Musiedlak, Les Résistances, miroirs des régimes d'oppression, Allemagne, France, Italie, université de Francfort, 2006, ).. Elle reprend alors immédiatement son combat dans la Résistance où elle est affectée à la compagnie Saint-Just, sous les ordres du capitaine Fénestrelle, et prend le commandement d'un détachement, puis reçoit le grade d'aspirant lieutenant.

Sa nouvelle mission a lieu lors des combats de la Libération de Paris, le , Madeleine Riffaud fête alors ses . Elle a ce jour-là seulement trois résistants sous ses ordres, alors qu'elle en commande trente habituellement. La mission du groupe est d'intercepter un train allemand arrivant aux Buttes-Chaumont via la gare de Ménilmontant, où les nazis ont fait des morts. À l'arrivée du train, les membres du groupe jettent depuis une passerelle des caisses d'explosifs et de feux d'artifice trouvés dans la mairie du . Installés de part et d'autre de la voie, ils envoient l'ensemble d'un coup et lancent des fumigènes et des feux d'artifice dans le tunnel où le train se retranche. La garnison se rend. Madeleine Riffaud contribue ainsi à la capture de quatre-vingts soldats de la Wehrmacht et récupère les fusils et munitions destinés aux Allemands, puis participe aux combats de la place de la République. Pour cette action, elle reçoit de l'état-major des FFI son brevet de lieutenant.

Libération, maternité et rencontre d'Andrée Viollis Démobilisée le à la caserne de Reuilly à la fin des combats pour la Libération de Paris, elle échoue à intégrer l'armée car mineure et tuberculeuse. Sans formation ni emploi ni relations, elle souffre de pertes de mémoire causée par le mois de tortures qui n'a pris fin que quelques jours plus tôt. Apitoyé, l'hôtelier de sa planque la fait prendre en photo par un soldat américain de son âge, qu'elle guide dans Paris, le futur chanteur Sammy Davis, Jr.. La jeune femme est déprimée par le « syndrome du survivant », qui s'ajoute au souvenir des tortures physiques et morales, même si, « dans les pires cauchemars que l'on fait, on ne peut pas s'accuser soi-même d'avoir fait du mal », et s'aggravera avec les décès au passage du Rhin en de ses camarades de la compagnie Saint-Just qui ont poursuivi dans l'armée la lutte contre les nazis : seulement trois ont survécu. En , elle reçoit la croix de guerre 1939-1945 avec palme et une citation à l'ordre de l'armée signée du général de Gaulle pour ses combats de la place de la République, « à la tête de ses hommes » avec « pendant toute la lutte l'exemple d'un courage physique et d'une résistance morale remarquables ». Elle soignera ce stress plusieurs décennies plus tard lors de sessions de travail avec les psychanalystes Serge Lebovici et Jean Kestemberg, l'ex-médecin des Brigades internationales, qui la met en garde contre la thérapie qu'elle a suivie.

L'écrivain Claude Roy, rencontré à Saint-Hilaire-du-Touvet en 1941, écrit un portrait d'elle dans le numéro de de l'hebdomadaire Action, « hebdomadaire de l’indépendance française », titre populaire spécialisé dans le dessin de presse. Elle le retrouve en défilant sur un tank lors du et il l'emmène dans un bar-tabac à l'angle de l'avenue de Wagram et de la rue Troyon, rendez-vous des écrivains qui ont participé à la Résistance par leurs textes. Parmi eux, Paul Éluard, s'intéresse à elle, .. Ex-ambassadeur du surréalisme et exclu du PCF fin 1933 avant d'y adhérer en 1942, il venait de publier dans le premier numéro de la revue Choix le poème Liberté, parachuté par les avions anglais. à des milliers d'exemplaires au-dessus de la France.

, lui demande Paul Éluard, touché par sa détresse physique et morale, en lui donnant sa carte de visite et l'ordre de venir le lendemain chez lui où, avec sa femme, ils décident une quasi-adoption et écrivent une lettre de recommandation pour travailler à Ce soir, le quotidien populaire communiste fondé par Louis Aragon en 1937, fleuron du groupe de presse communiste de l'Union française de l'information en 1946 avec un demi-million d'exemplaires vendus par jour. La lettre ne donne rien mais Éluard publie dès 1944 un de ses poèmes dans sa revue L’Éternelle Revue, fondée dans la Résistance.