Vincent-Marie Viénot de Vaublanc, dit le comte de Vaublanc, baron de l'Empire, né le à Fort-Dauphin à Saint-Domingue, aujourd’hui Fort-Liberté, à Haïti, et mort le à Paris, est un homme politique, homme d'État, écrivain français, de religion catholique et de tendance royaliste.
Sa carrière politique l’amène à côtoyer successivement Louis XVI, Barras, Napoléon, le comte d’Artois, futur Charles X, et enfin Louis XVIII. Proscrit et recherché par quatre fois par les différents régimes politiques, jamais arrêté, il parvient à chaque fois à rentrer en grâce. Dans une carrière longue et mouvementée, il est successivement député monarchiste sous la Révolution et pendant le Directoire, proscrit sous la Terreur, préfet de Napoléon, ministre de l’Intérieur de Louis XVIII et pour finir sa vie politique, député ultra-royaliste. Il est notamment connu pour l’éloquence fougueuse de ses discours et sa réorganisation controversée de l’Académie française en 1816 en tant que ministre de l’Intérieur. Et enfin pour ses Mémoires.
Il fait partie de ces personnages qui traversent et marquent cette période de l’histoire de France. Homme d’ordre au caractère affirmé, partisan modéré des de 1789, il finit sa vie politique sous la Restauration dans une position de radical contre-révolutionnaire.
Vincent-Marie est le grand frère du militaire et révolutionnaire Jean-Baptiste Bernard Viénot de Vaublanc et l'oncle du chambellan de Bavière Vincent-Victor Henri Viénot de Vaublanc fils de Jean-Baptiste Bernard.
Formation militaire sous l'Ancien Régime Vaublanc est issu d'une famille de Bourgogne anoblie par une charge de secrétaire du roi en 1697Catalogue de la noblesse française, Régis Valette, 2007, il est le fils aîné du major Vivant-François Viénot de Vaublanc, commandant du Fort Saint-Louis à Fort-Dauphin. Il naît et grandit à Saint-Domingue où son père est cantonné. Il vient en France métropolitaine pour la première fois à l'âge de sept ansLouis-Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne, supplément VAN-VIL 1862, ..
Après des études militaires à l'École de cadets de La Flèche durant cinq années et à l'École militaire de Paris de 1770 à 1774, il est décoré de l’ordre de Saint-Lazare avant même sa sortie d'école par le comte de Provence, le futur Louis XVIII, grand maître de l'ordre.
Sur les années d'études de Vincent-Marie de Vaublanc, François Bluche dans son ouvrage sur la noblesse française au , écrit : "(…). Créole de Saint-Domingue, où son père exerce un commandement, Vaublanc a perdu deux ans dans une "méchante pension" de Paris. Il est donc en retard sur ses camarades. Après un bref examen, les pères lui donnent l'étiquette d'ignorant, le relèguent avec les autres cancres sur "les bas bancs" à la périphérie de la classe : il y passe tout le temps de sa classe de sixième, "occupé à prendre des mouches et considéré comme un pauvre diable dont on ne ferait jamais rien". Heureusement pour lui, les notes et appréciations sur les élèves sont transmises au duc de Choiseul, ministre de la Guerre, qui apostille chaque bulletin et recommande parfois au principal le fils de tel officier de son ancienne connaissance : ainsi Vaublanc obtient-il la protection du duc, en dépit d'une note très défavorable de ses maîtres. Intelligent et indépendant d'esprit, Vaublanc ne supporte ni le dogmatisme, ni la sottise, ni la contrainte. (…). Après le récit de son noviciat de La Flèche, le comte de Vaublanc a narré ses quatre années d'étude à l'école militaire de Paris, à la veille des réformes de M. de Saint-Germain. Dans la chaise de poste qui les mène en direction de la capitale, soixante cadets enthousiastes rêvent au prestigieux établissement qui va les accueillir, les introduire véritablement dans la carrière des armes. Combien seront déçus, à l'exemple du conteur lui-même, Vaublanc ne le dit pas, mais le laisse supposer. (…). Vaublanc, médiocre mathématicien et piètre grammairien, (…)"François Bluche, La noblesse française au , 1995, pages 113 à 120.
Il est sous-lieutenant au régiment de la Sarre, appartenant au duc de La Rochefoucauld et dont son oncle Charles de Vaublanc est lieutenant-colonel, de 1776 à 1782. Il tient successivement garnison à Metz, à Rouen et à Lille puis il obtient des lettres de service pour Saint-Domingue où l'appellent quelques affaires de famille.
Il se marie là-bas avec Charlotte Saillenfest de Fontenelle dont il a une fille et revient en France en 1782. Il achète l'office de lieutenant des maréchaux de France pour Dammarie-les-Lys près de Melun. Il achète dans le même temps une maison dans la région. La profession indiquée lors de sa prise de fonction est propriétaire-cultivateur.
Cette charge qui consiste à concilier les gentilshommes en cas de litige lui permet de se faire connaître d'un certain nombre d'aristocrates de sa région. Elle lui donne aussi le temps de s'intéresser à l'agriculture, aux lettres et aux arts.
Entrée en politique sous la Révolution Premières fonctions locales en vue de la convocation des États généraux
Séduit dans un premier temps par les idées nouvelles de la Révolution française, il se lance dans la carrière politique : il devient membre de l'assemblée de la noblesse du bailliage de Melun en 1789. Il se fait élire secrétaire de cette assemblée, sous la présidence de Louis-Marthe de Gouy d'Arsy, grand bailli de Melun, et dont fait aussi partie le célèbre marin et explorateur Bougainville. Cette assemblée est chargée de rédiger un cahier de doléances au Roi et de nommer un député aux États généraux. Il appuie la candidature de Fréteau de Saint Just, élu député de la noblesse pour la bailliage de Melun et qui devient ensuite membre de l'Assemblée constituanteVaublanc, 1, ..
En 1790, Vaublanc est appelé aux fonctions de membre puis de président du conseil départemental, aussi appelé conseil général, de Seine-et-Marne. Il est élu président du directoire administratif de ce départementVaublanc, 1, .Son élection est rendue dans le premier registre de délibérations du Conseil général de Seine-et-Marne (23 juin au 4 juillet 1790)..
Bras de fer perdu contre les Jacobins sous l'Assemblée législative Lors de la dissolution de l'Assemblée constituante, des collèges électoraux sont formés pour élire de nouveaux députés. Vaublanc se fait élire président de celui de Seine et Marne. Le , il est élu huitième député (sur une liste de onze) de Seine-et-Marne à l'Assemblée législative par 273 voix sur 345 votantsRobert, Bourloton, Cougny.. Il est l'un des rares ayant déjà une expérience politique, notamment sur la question des colonies antillaises, dans une assemblée composée essentiellement de novices en politique puisque, fidèles à leur serment, aucun membre de l'Assemblée constituante ne s'est représenté.
Figure du Club des Feuillants
200px|gauche|vignette|Brissot, l'un des chefs des Girondins, l'un des adversaires de Vaublanc à l'Assemblée législative. L'historien de la Révolution française, Alphonse Aulard le décrit ainsi : L'éloquence Parlementaire Pendant La Révolution Française. Les orateurs de la Législative, F.A. Aulard, 1885.
Dès le premier jour de séance, il se fait remarquer en prononçant un discours dénonçant les mauvaises conditionsSuivant l'usage, un fauteuil en forme de trône, couvert d'or et de fleur de lys était réservé au roi, Couthon propose de lui donner un fauteuil semblable à celui du président, Grangeneuve demande que les titres de et de , . Une motion est alors votée et décide que le fauteuil du Roi serait descendu d'un degré. En représailles, Louis XVI menace de ne pas se rendre à l'Assemblée, un compromis est alors trouvé et le siège du roi est abaissé d'un degré (page 17) Feuillant et Girondins aout 1791 - 20 avril 1792 de Dom H Leclerc, Paris, 1940, librairie Letouzet et Ane 87 boulevard Raspail. dans lesquelles Louis XVI serait reçu par l'Assemblée le lendemainVaublanc, 1, .. En raison de ces déclarations, il est élu vice-président du 3 au , par 104 voix (contre 92 pour Brissot l'un des chefs des Girondins) par une assemblée alors majoritairement royaliste. Il en devient ensuite président du 15 au ..
Le , Vaublanc est chargé de rédiger un message demandant au roi de retirer le veto qu'il a émis contre le décret du de l'Assemblée, qui a pour but de faire cesser l'émigration massive (encouragée notamment par les prêtres et les nobles) en menaçant les princes allemands de représailles s'ils continuent de servir de refuge à l’armée des princes (le comte d'Artois et le prince de Condé). L'Assemblée est tellement satisfaite de son travail que par une dérogation formelle à ses usages, elle lui demande, à la tête d'une députation de 24 membres, d'aller lire lui-même son message au roi en personneAdolphe Thiers, Histoire de la révolution 1823 à 1827, tome2.. Louis XVI répond qu’il prendrait en très grande considération le message de l’Assemblée et, quelques jours plus tard, lui annonce en personne ses résolutions à cet égard.
À cette occasion, Vaublanc se fait un nom en indiquant à l'Assemblée . L'anecdote est révélatrice du basculement du rapport de force constitutionnel : le pouvoir législatif, incarné par l'Assemblée législative, a clairement pris l'ascendant sur le pouvoir exécutif incarné par Louis XVI qui n'est plus que le .
Vaublanc se range du côté du parti des monarchistes constitutionnels et s'inscrit au Club des Feuillants comme 263 autres de ses collègues (sur 745 députés). Il en devient l'un des chefs à l'Assemblée avec Jacques Claude Beugnot, Mathieu Dumas ou encore François de Jaucourt car leurs principaux dirigeants, comme Barnave ou Lameth, n'y siègent plus. Il s'oppose vivement aux gouvernements révolutionnaires en se faisant remarquer par son loyalisme au roi, son opposition aux mesures répressives concernant les prêtres réfractaires, aux lois votées confisquant les biens des émigrés et enfin en dénonçant les massacres d'Avignon.. Les discussions se radicalisent. La foule qui assiste aux débats lui crie souvent ainsi qu'à certains de ses collègues comme Charles de Lacretelle Charles de Lacretelle, Dix années d'épreuve pendant la Révolution (1842).. Nicolas de Condorcet, son collègue de l'Assemblée législative en 1791 qui ne l'apprécie guère, dit de lui : Pierre Larousse, Grand dictionnaire universel du .. Brissot le surnomme quant à lui : le Vaublanc, 1, ..
Inévitable la chute de la monarchie En 1792, il est l'un de ceux qui défendent le comte de Rochambeau devant l’Assemblée et qui obtiennent son acquittement..
Le , il est élu membre du comité diplomatique de l'Assemblée en remplacement de Treil-Pardailhan. Suivant la majorité de l'Assemblée qui cherche à abolir l'esclavage dans les Antilles, il met toutefois en garde dans un discours du les abolitionnistes purs et durs tels que Brissot qui connaissent mal la vie dans les colonies des risques de guerre civile possible, étant donné la diversité des catégories ethniques et sociales de la population de Saint-Domingue. Il soutient par ailleurs la loi du donnant la citoyenneté à tous . Lors de la séance du , il se prononce en faveur de l'abolition progressive de la traite des Noirs dans les colonies, à l'exemple du Danemark et de la Grande-Bretagne..
Le , il appuie la proposition de Beugnot qui provoque un décret d'accusation de Marat et de l'abbé Royou et le , à l'Assemblée, il s'adresse aux Jacobins en ces termes : . Dictionnaire des parlementaires français depuis le jusqu'au publié sous la direction de MM. Adolphe Robert, Edgar Bourloton et Gaston Cougny, Paris, Bourloton Éditeur, 1889-1891, 5 vol. ; in-8..
Le , il est élu membre de la Commission extraordinaire des Douze, créée sur proposition de Marat, chargée d'examiner l'état de la France et de proposer les moyens de sauver la Constitution, la liberté et l'Empire. Il donne sa démission le .
Défense de La Fayette left|thumb|upright=0.8|La Fayette.