Amathonte (Amathus) est un site archéologique situé à une dizaine de kilomètres à l'est de Limassol à Chypre.

La ville a été le siège d'un des royaumes de Chypre et a abrité un sanctuaire consacré à Aphrodite. Le site inclut une agora monumentale d’époque hellénistique et romaine

Histoire Époque néolithique Les archéologues ont trouvé d'importants vestiges datant de l'époque néolithique acéramique à proximité du site d'Amathonte (Shillourokambos et Agios Tychonas-Klimonas). Cependant la disparition encore inexpliquée de cette civilisation paraît marquer le début d'une période d'abandon qui s'étend sur plusieurs siècles, avant que la région soit à nouveau peuplée au néolithique céramique (4600 - 3800 av. J.-C.) mais de manière beaucoup moins importante pendant les périodes successives (Chalcolithique et âge du bronze).

Âges obscurs (1200-800 av. J.-C.) On peut fixer la fondation de la cité d'Amathonte vers 1050 av. J.-C.. De cette période date un petit dépôt de céramiques retrouvé dans un puits sur l’acropole, dans le voisinage immédiat du palais. La tombe, dite d'Ariane, qui a été découverte à proximité du temple d'Aphrodite est datée approximativement de la même période.

À ces premières traces correspond donc, au début du , l’installation probable dans les environs d’un nucleus de population que les sources littéraires postérieures identifient à la population originaire de l’île, les « étéochypriotes »Le terme « étéochypriote » est moderne et contesté. Ce peuple est désigné par d'autres termes par Théopompe, FGrHist 115 F 103 ; Pseudo-Scylax, Périple 103.

Cette période est marquée par les échanges avec d'autres grands pôles de la Méditerranée, comme la Grèce et le Proche Orient. Les principaux témoignages de cette époque viennent des nécropoles qui entourent Amathonte. Les archéologues ont fouillé des tombes datant de la période géométrique dans lesquelles ont été trouvés de nombreux vases venant du Levant et plusieurs imitations de formes phéniciennes. On a également découvert des broches et des couteaux en fer de type égéen. À partir de 950-900 av. J.-C., des importations égyptiennes viennent attester l’élargissement de l’horizon maritime et commercial de la ville.

Époque Archaïque (800 - 500 av. J.-C.) alt=Statue du dieu Bes|270px|vignette|Statue colossale de 4 mètres de haut et taillée dans du calcaire représentant le dieu Bès. Découverte à Amathonte (Chypre), elle date du VII-VIe siècle avant Jésus-Christ. Elle est conservée au musée archéologique d'Istanbul (Turquie). Cette période est marquée par la richesse et la puissance commerciale des royaumes chypriotes, parmi lesquels Amathonte. Chypre devient une plaque tournante du commerce dans toute la Méditerranée et le lieu de rencontre des civilisations environnantes.

On ne sait pas grand chose de l'histoire de la période archaïque. Après avoir été tributaires de l’empire néo-assyrien, les royaumes chypriotes ont peut-être connu une phase de contrôle égyptienHérodote II 182. ; l’île dans son ensemble intègre l’empire perse dans le dernier tiers du On ne connaît pas le rôle direct joué éventuellement par Amathonte dans ces événements. Cependant, la circulation d’hommes, d’idées et d’objets a considérablement influencé les artisans et les artistes à Amathonte comme dans le reste de l’île : les archéologues ont par exemple mis au jour des représentations de type égyptisant, des statues représentant un personnage coiffé et vêtu à l'égyptienne et un homme à tête de faucon, qui pourrait être une représentation d’Horus. Une statue colossale du dieu égyptien Bès datant des VII-VIe siècle a ainsi été découverte à Amathonte. Elle est aujourd'hui conservée au musée archéologique d'Istanbul.

Les grands vases en pierre situés sur l'acropole et dont l'un se trouve actuellement au musée du Louvre sont sculptés à cette époque. Les taureaux en bas reliefs sous les anses rappellent des œuvres phéniciennes et représentent un symbole de fécondité à mettre en relation avec le culte d'Aphrodite.

Époque classique (500 - 310 av. J.-C.) Les débuts de l’époque classique sont marqués par les conflits gréco-perses. En 499 et 498 av. J.-C., les Grecs d'Ionie se révoltent contre la tutelle perse. Onésilos de Salamine entraîne dans son combat aux côtés des Ioniens les rois de Chypre, tous sauf celui d’Amathonte, qui reste fidèle aux Perses. En assiégeant la ville, Onésilos est tué et les Amathousiens réclament son corps afin de suspendre sa tête au-dessus des portes de la ville. Une fois son corps décomposé et son crane vide, un essaim d'abeilles vient s'y installer. Surpris, les Amathousiens consultent un oracle qui leur répond d'enterrer le corps et de lui offrir un sacrifice annuel à l'instar des héros. Cet épisode, raconté par Hérodote (V 115), illustre la mise en place d’un culte héroïque lié au pouvoir royal de la ville.

Les textes épigraphiques de la période classique, peu nombreux et presque exclusivement en étéochypriote, mentionnent quelques notables de la ville, et souvent, ceux-ci portent des noms grecs. On peut dire de même des rois, dont certains noms nous sont connus grâce aux monnaies inscrites en grec et en etéochypriote syllabique.

La fin des royaumes chypriotes () Androclès, le dernier roi d'Amathonte, est connu par deux dédicaces retrouvées sur le site, les deux bilangues et digraphes, en grec alphabétique et en étéochypriote syllabique. Il engage le royaume, avec les autres rois chypriotes, dans les opérations du roi macédonien Alexandre contre l'empire perse. À ce titre, il participe personnellement, au même titre que Pnytagoras de Salamine et Pasicratès de Soloi au siège de Tyr en 332 av. J.-CArrien, Anabase II 22.. L'intégration des royaumes chypriotes dans le nouvel empire d’Alexandre se traduit par des changements notables dans l’organisation politique interne, puisque les monnaies sont désormais frappées au nom d'Alexandre et non plus, comme c’était le cas avant, des rois locaux. Lors des conflits qu'entraîne la mort d’Alexandre en 323, Androclès est parmi les rois chypriotes qui prennent le parti de Ptolémée, fondateur de la dynastie des Lagides, installée en Égypte, contre le macédonien PerdiccasArrien, FGrHist 156 F 10,6.. Ptolémée envoie son frère Ménélaos attaquer à Chypre les cités restées fidèles à Antigone, le successeur de Perdiccas. C'est Ménélaos qui règne sur l'île au nom de son frère quand Démetrios, le fils d'Antigone, débarque pour reprendre la lutte contre les Lagides. Démétrios l'emporte lors de la bataille de Salamine de Chypre en 306 av. J.-C. et règne sur l'île avec son père jusqu'à la mort de ce dernier en 301, puis seul jusqu'en 294 av. J.-C., date à laquelle il quitte Chypre pour la Grèce. Ptolémée reprend alors l'île et y demeure jusqu'à l'arrivée des Romains.

Sous les Lagides (294 - 58 av. J.-C.) La monarchie des Lagides ne semble pas poursuivre la politique de fortification entreprise par les Antigonides (Démetrios et son père) à Amathonte : c'est à cette époque en effet que le port de guerre, dont la construction était encore en cours, est abandonné et s'ensable.

L’intérêt des Lagides pour Amathonte n'est pas très vif, du moins dans la première partie de l’époque hellénistique : ils n'y frappent pas de monnaie, et le sanctuaire d'Aphrodite ne bénéficie que d'aménagements modestes. De plus, Amathonte n'est pas le siège du représentant de Ptolémée dans l’île, et la disparition de son port, ainsi que la concentration des constructions navales à Nea Paphos entraînent un certain dépérissement économique.

Les affaires internes de la ville étaient gérées par un conseil municipal dont on ne sait pas s'il réunissait l'ensemble des citoyens ou seulement les notables. Cependant c'est à ces derniers que revenait la charge de l’entretien du gymnase et certaines dépenses exceptionnelles liées au fonctionnement de cette institution. Parmi les constructions de cette période, il faut mentionner l'établissement de bains en bordure du bassin interne du port, ce qui pourrait signaler la présence à proximité du gymnase connu par des inscriptions.

Époque impériale (58 av. J.-C. - ) L'île était autosuffisante en blé, en huile et en vin et se trouvait convoitée par Rome pour ses ressources et sa position stratégique. En 58 av. J.-C., elle est annexée par Rome, et en 22 av. J.-C. elle devient une province sénatoriale dont le centre administratif est à Nea Paphos. Même si Amathonte est toujours sur le déclin, les institutions continuent de fonctionner et on construit sur l’acropole un temple monumental, rarissime dans l’île. Dans l’agora on crée des installations hydrauliques importantes, le quartier nord est occupé et continue d’être aménagé, on construit l’aqueduc, on réoccupe pas mal de tombes… Les inscriptions existent, surtout funéraires (plus qu’ailleurs dans l’île), et quelques importantes inscriptions publiques.

À partir de la seconde moitié du , les documents épigraphiques disparaissent, l'artisanat, hormis celui des céramistes, s'éteint et le mobilier funéraire devient d'une très grande pauvreté. À cette époque, l'escalier d'accès au temple d'Aphrodite s'effondre et n'est jamais réparé.

Époque paléochrétienne ) Le marque pour Amathonte le début de l’époque paléochrétienne, à laquelle mettront fin les raids arabes du . Cette transition s’opère en correspondance de deux catastrophes naturelles majeures : les tremblements de terre de 342 et 365, le dernier entraînant l'effondrement de la muraille. Plusieurs basiliques sont construites à Amathonte, dont une consacrée à saint Tychon, premier évêque de la ville, une autre, monumentale, en bord de mer, et une autre au sommet de l’acropole, en remployant des nombreux blocs architecturaux du temple d’Aphrodite.

En 649, un raid de Muawiyah surprend la ville, qui est prise et incendiée. Une fois les pirates partis, la muraille est renforcée et les portes latérales sont bouchées. Un habitat sporadique se met en place sur l'acropole, recouvrant les ruines du palais ou réutilisant les murs encore debout.

Un nouveau raid commandé par Abul'Awar en 653 – 654 a encore une fois raison des défenses d'Amathonte. Des enfouissements massifs d'ossements parfois calcinés témoignent du sort tragique des habitants de la ville. Ces invasions ont été dévastatrices pour l'ensemble de l'île.

Par la suite, les ruines ne sont jamais relevées et la ville est abandonnée.

Religion On sait peu de choses sur les croyances des premiers Amathousiens : il est certain toutefois qu'ils vénéraient, comme dans le reste de l’île à l'âge du bronze, une déesse de la fécondité. À la fin de la période géométrique on trouve les premières attestations du dieu égyptien Bès qui a joui à Amathonte d'un culte important jusqu'à la période romaine. Le culte de la Grande Déesse sur l’acropole est établi au début de la période archaïque.

Pendant cette période on voit apparaître une multiplication de représentations d'Astarté nue offrant ses seins, ainsi que des figurines de femmes tenant leur enfant dans un bras (kourotrophes) et d’autres avec une main posée sur la bouche en signe d'adoration, toutes liées au culte de la Grande Déesse.