Marcel Ichac, né le à Rueil-Malmaison (Seine-et-Oise) et mort le à ÉzanvilleÉtat civil sur le fichier des personnes décédées en France depuis 1970 (Val-d'Oise), est un cinéaste, photographe, explorateur et alpiniste français.
« Grand maître du documentaire » selon l'historien Jean TulardJean Tulard, Dictionnaire du Cinéma, 1992, Marcel Ichac est en particulier considéré comme « le plus grand cinéaste spécialiste de films de montagne en France et sans doute dans le monde » de sa génération par Georges SadoulGeorges Sadoul, Dictionnaire des cinéastes, Microcosme, Le Seuil, 1965, mis à jour en 1977, Georges Sadoul, Histoire du cinéma, page à retrouver. D'abord skieur et alpiniste, grand témoin de l'alpinisme français, Marcel Ichac est ensuite devenu, par la diversité des espaces explorés, le cinéaste de l'exploration française des années 1930-1950 (les deux premières expéditions françaises en Himalaya en 1936 et 1950, la plongée sous-marine avec Jacques-Yves Cousteau, le Groenland avec Paul-Émile Victor, les tout premiers documentaires de spéléologie au monde avec notamment Norbert Casteret, etc.).
Marcel Ichac a révolutionné le cinéma documentaire par sa volonté d'insérer le spectateur au sein de l'action avec une obsession de l'authenticité. Ce qui a exigé, au-delà de l'accompagnement du sportif dans son effort, des innovations techniques (l'utilisation généralisée des caméras légères alors que les caméras de l'époque étaient généralement lourdes et fixes), artistiques (la caméra subjective, montée sur des skis, portée à l'épaule, etc., la prise de vue avec le regard de l'alpiniste) et narratives. Marcel Ichac est considéré comme un précurseur du « cinéma vérité » et du docu-fiction (lire plus bas).
Au-delà, Marcel Ichac a joué un rôle pionnier, tant dans le domaine technique (avec notamment la réalisation du premier film français en cinémascope, etc.), des institutions (fondation du Groupe des trente pour défendre le court-métrage), que des hommes (lancement de Jacques Ertaud, Jean-Jacques Languepin, Gérard Oury, Jean-Louis Trintignant, Robert Enrico dans le cinéma). Marcel Ichac a reçu les plus hautes récompenses du cinéma mondial (Oscar à Hollywood, primé au Festival de Cannes et à la Mostra de Venise, sans compter les festivals spécialisés dans le cinéma de montagne et d'exploration).
Une vie consacrée à l'aventure et au cinéma Fils du journaliste financier Eugène Ichac, Marcel Ichac, étudie aux Arts déco, et commence sa carrière comme illustrateur, publicitaire et journaliste (notamment des reportages, des photos, des photomontages dans le célèbre magazine VUCité notamment par Ulrich Hägele, Instrument der politischen Satire: Die Fotomontage in Frankreich 1930 bis 1940 , Monat der Fotografie 2004, Gropius-Bau Berlin, 15 novembre 2004 , dont le photomontage de la Une Fin d'une civilisation, largement médiatiséExposition VU à la Maison européenne de la photographie à Paris en 2007 et , Une du Figaro début 2007, etc.). Après avoir joué en 1933 dans un film sur la montagne, il décide de passer de l'autre côté de la caméra. À partir de 1934, il se consacre au cinéma et à la photographie. Son œuvre se déploie dans plusieurs directions :
L'explorateur Marcel Ichac est le cinéaste quasi officiel des grandes explorations françaises des années 1930 aux années 1950, qu'il a accompagnées à travers le Globe.
Marcel Ichac est le seul alpiniste à faire partie des deux premières expéditions françaises en Himalaya, en 1936 et en 1950.
thumb|left|Karakoram et le glacier du Baltoro, l'autoroute des (photo prise en 2005).
Karakoram. La première expédition française dans l'Himalaya a eu lieu en 1936, dirigée par Henry de Ségogne, avec Pierre Allain, Jean Leininger, Jean Carle, Jean Deudon, Marcel Ichac, Jean Charignon, Louis Neltner, Jacques Azémar et le docteur Jean Arlaud. Après une longue marche d'approche à travers des régions quasi désertiques, puis sur l'immense glacier du Baltoro, la caravane de 700 porteurs arrive au pied du Hidden Peak, l'un des sommets de du globe. L'arrivée précoce de la mousson va priver les Français, montés à , de leur victoireLire à ce sujet Collectif (Jean Escarra, Henri de Ségogne, Louis Neltner, Jean Charignon), Karakoram, expédition française à l'Himalaya, Flammarion, 1938 et réédité 1951.. Marcel Ichac a ramené de cette épopée un grand classique du cinéma d'exploration, le film Karakoram (1936, re-monté en 1986)..
thumb|right|L'Annapurna (photo prise en 1982).
Annapurna. En 1950, la France lance une seconde expédition en Himalaya, avec Maurice Herzog, Louis Lachenal, Lionel Terray, Gaston Rébuffat, Jean Couzy, Marcel Ichac (seul « rescapé » de l'expédition de 1936), Marcel Schatz, Jacques Oudot, Francis de Noyelle. Ils sont les premiers Européens à pénétrer dans cette région du Népal central, jusqu’à présent fermée aux étrangers. Il faudra donc d'abord explorer la région et corriger les cartes existantes. Marcel Ichac, qui ne fait pas partie des cordées d'assaut, joue un rôle essentiel pour la correction des cartes. Ses observations géographiques et géologiques lui vaudront le prix de l'Académie des sciences en 1951. Après la victoire de Maurice Herzog et Louis Lachenal, c'est la retraite des blessés sous la mousson. L'expédition de l'Annapurna aura un rententissement énormeMaurice Herzog, Annapurna, premier 8000 et autres. C'est non seulement le premier sommet de conquis par l'Homme, mais ce fut aussi, pour les Français, une victoire de portée mondiale, seulement cinq ans après la fin de la guerre. Livres (le journal de bord de Marcel Ichac servira à Maurice Herzog pour la rédaction de Annapurna Premier 8000), film (Victoire sur l'Annapurna de Marcel Ichac (1950)), photos, conférences, font des vainqueurs de l'Annapurna des héros nationauxÉcouter France culture : Une étude critique sur la place de l'Annapurna dans lé mémoire française Annales du GHM en 2000, dossier sur l'expédition de l'Annapurna .
thumb|left|Le Groenland.
Groenland. Marcel Ichac a croisé Paul-Émile Victor à la fin des années 1930, au Club alpin français et à la Société des explorateurs français. En 1949, Marcel Ichac est membre de la campagne des Expéditions polaires françaises (EPF). Un an après la première campagne préparatoire des EPF, il s’agit cette fois de rallier le cœur de l’inlandsis et d'y bâtir une station scientifique souterraine permettant à une petite équipe d’hiverner. Une expérience déjà tentée en 1930-1931 par des Allemands, mais qui s’était terminée tragiquementSur cette expédition, lire notamment Michel Bouché, Groenland, Station Centrale, Grasset, 1952 et autres. Marcel Ichac et son assistant Jean-Jacques Languepin réalisent le film Groenland : vingt mille lieues sur les glaces, qui relate l’expédition et l’installation de la station (Voir des extraits du film montés pour les Actualités françaises du : ).
thumb|right|Exploration sous-marine
Exploration sous-marine : Marcel Ichac et Jacques-Yves Cousteau, qui se sont connus à Megève dès 1942, avaient des objectifs identiques : faire découvrir au grand public, par leurs films, des lieux inaccessibles : la haute montagne et les entrailles de la terre pour Ichac, le fond des mers pour Cousteau. Marcel Ichac et Jacques-Yves Cousteau seront deux des trois lauréats du Congrès de films documentaires de 1943. Dès lors s'établira une coopération épisodique mais régulière sur plus d'un quart de siècleLire notamment Une histoire de la plongée, revue Subaqua hors-série , page 856, introduction à la Filmographie . En 1948, lors de la croisière en Méditerranée de l' Élie Monnier, navire d'exploration confiée à Cousteau par la Marine nationale, Marcel Ichac coréalise avec Jacques-Yves Cousteau et son équipe le film Carnet de plongée. En 1950, Marcel Ichac aide Cousteau à retaper la quasi épave qui deviendra La Calypso. En 1952, Marcel Ichac fait partie de l'équipe de La Calypso lors de la découverte de la galère du Grand-Congloué. Marcel Ichac va ensuite aider à la réalisation du film-vedette de Jacques-Yves Cousteau, Monde du silence, d'abord en participant à la croisière préparatoire en mer Rouge en 1954Jacques-Yves Cousteau et Frédéric Dumas, Le Monde du silence, 1953, édition ?? , puis, lors du tournage en 1955, en réceptionnant à Paris les bobines du film pour alerter au fur et à mesure l'équipe sur les erreurs à recadrer. Marcel Ichac fera pendant le tournage du film la première plongée sous-marine sous la glace. Au tournant des années 1950-1960, Ichac et Cousteau s'entraident financièrement pour produire leurs films respectifs. En 1968, Marcel Ichac participe à l'expédition Cousteau dans les Andes. Il s'agit de chercher le trésor des Incas au fond du lac Titicaca. Marcel Ichac réalise le film La légende du lac Titicaca, épisode de L'Odyssée sous-marine du commandant CousteauSur cette expédition, lire aussi Philippe Diolé et Jacques-Yves Cousteau, Trois aventures de La Calypso, Flammarion, 1973.
thumb|left|Expédition spéléologique.
Spéléologie : Marcel Ichac se lance dans la spéléologie en 1935, avec des amis du Groupe de Bleau, avant d'être, début 1936, membre fondateur du spéléo-club de ParisJacques Chabert, Histoire du Spéléo-club de Paris, in Grottes&Gouffres, , juin 1996 et sur et Philippe Morverand, Le Spéléo-club de Paris aura 60 ans... in Grottes&Gouffres , juin 1995 . Marcel Ichac apporte à la spéléologie son savoir-faire technique et ses principes de cinéma déjà appliqués avec succès au monde de la montagne. Il réalise ainsi les premiers films documentaires de spéléologie au mondeJacques Chabert, Le spéléo-club de Paris, 60 ans au service de la spéléologie in Grottes&Gouffres, , juin 1996 passage sur "Les images souterraines" et sur . Son film Sondeurs d'abîmes (tourné en 1943 dans le Vercors), est considéré comme le premier film de spéléologie au mondeLire notamment Pierre Leprohon. Le documentaire tourné en 1947 à La Henne Morte avec notamment Norbert Casteret (intégré dans le film La Clef des champs 1941-1948) et Padirac, rivière de la nuit (tourné en 1948 au gouffre de Padirac) sont considérés comme les premiers reportages d'exploration spéléologique filmés en direct.
thumb|right|Arabie saoudite.
Proche-Orient et La Mecque. En 1939, Marcel Ichac part au Levant. Son film Missions de la France (1939), présente l'œuvre de la France outre-mer, notamment en Syrie et au Liban. En 1939-1940, Marcel Ichac part réaliser un reportage sur le pèlerinage de La Mecque. Il s’agit cette fois de contrer la propagande nazie, qui tente de monter l’Empire français contre la métropole, en montrant la liberté des musulmans d’Afrique du Nord d’aller à La Mecque, et ceci malgré l’état de guerre. Le film, réalisé avec l’assentiment d’Ibn Séoud, est tout de même tourné dans des conditions rocambolesques et difficiles. Pèlerins de la Mecque (1940), est ainsi le premier reportage complet sur le pèlerinage de La Mecque.
Le tour du monde en 84 jours : le film Tour du monde express (1954).
L'alpiniste thumb|left|Les rochers de Fontainebleau.
Passionné de montagne dès le milieu des années 1920, Marcel Ichac va alors faire partie du petit cercle des alpinistes parisiens qui se retrouvent le week-end dans la forêt de Fontainebleau (le Groupe de Bleau) et pendant leurs vacances dans les Alpes. Il réalise de nombreuses courses, quelques premières, et participe à la rédaction des Guides Vallot. Marcel Ichac est donc à la fois un acteur et témoin de moments clés de l'alpinisme français, à qui il consacre de nombreux articles, photos et films : le Groupe de Bleau et l'éclosion du mouvement des sans guides des années 1930, dominée par la personnalité de Pierre Allain. Puis la génération de l'après-guerre (Lionel Terray, Louis Lachenal, Gaston Rébuffat, etc.) qui marque la consécration internationale de l'alpinisme français. La naissance de l'himalayisme français en 1936 et 1950 (lire plus haut).
thumb|right|Les Aiguilles du Diable (France).