thumb|Étagère chargée de différents ouvrages négationnistes.

La négation de la Shoah est une forme de négationnisme remettant en cause le génocide commis à l'égard des Juifs par l'Allemagne nazie durant la Seconde Guerre mondiale. Elle est généralement défendue par des militants d'extrême droite, voire néonazis, et par certains groupuscules de l'ultragauche, . Voir aussi Négation de la Shoah en France. . Elle est aussi promue par des personnalités et organisations politiques dans certains pays musulmans. Selon Valérie Igounet, son ressort primordial est l'antisémitisme, Valérie Igounet, Robert Faurisson. Portrait d'un négationniste, Éd. Denoël, 2012, 19.

Cette idéologie, qui se présente elle-même comme une « méthode historique » alternative à l'« histoire officielle », est en réalité une et est en conséquence condamnée par la totalité des historiens.

Le négationnisme consiste ainsi à prétendre, notamment par la négation de l'existence des chambres à gaz ou de la volonté d'extermination des Juifs d'Europe par les nazis, que la réalité (ou le contexte) de ces crimes relèverait du mytheComme le remarque Pierre Bridonneau (Oui, il faut parler des négationnistes, Avant-propos) . L'idée d'un complot juif destiné à propager la croyance dans la Shoah, ou d'un complot juif à l'origine du conflit dont ils ont été victimes, est souvent (mais pas invariablement) l'un des moteurs de cette argumentation.

Thèses négationnistes Les différentes thèses négationnistes relatives aux évènements de la Seconde Guerre mondiale remettent en cause l'existence du génocide et de la volonté planifiée d'extermination des juifs d'Europe par les nazis. Cette remise en cause va de la contestation du nombre ou de la nature des victimes (victimes militaires, et non civiles) à l'existence même des chambres à gaz ou des camps d'extermination.

Par la manipulation et la falsification des documents (textes, photographies) produits par les acteurs et les témoins de la « solution finale » et le rejet des preuves matérielles, les négationnistes (qui se nomment eux-mêmes révisionnistes, en référence à la démarche des historiens) affirment notamment tout ou partie des assertions suivantesLe négationnisme : définition(s), PHDN.org. : aucun ordre ne fut donné en haut lieu pour l'extermination des Juifs ; il n'y a pas eu de plan pour mener à bien une telle extermination ; il n'y avait ni organisation ni budget pour mener à bien un tel ordre ; il n'y avait pas dans les camps d'extermination de matériels suffisamment efficaces (gaz, fours, combustible), et sûrs pour les bourreaux, qui permettent de tuer en masse, et donc pas de chambres à gaz ; la capacité des crématoires n'était pas suffisante pour faire disparaître les millions de corps ; le chiffre de six millions de morts est largement exagéré, les négationnistes parlent de à un million de morts, y compris les morts naturelles, précisent-ils encore. ; la mort de juifs est imputable aux seules causes d'hygiène (typhus) et d'épuisement des prisonniers en camps de concentration et aux bombardements des Alliés (bombardements des trains, des routes, des camps, des usines, etc.) ; les juifs, hors les problèmes d'hygiène et de nutrition liés à la guerre (et dont les nazis eux-mêmes auraient souffert) étaient relativement bien traités (pour certains, il ne s'agirait que de camps de travaux forcés) ; il n'y a pas eu de camp d'extermination ; l'Allemagne nazie ne porte pas la responsabilité de la Seconde Guerre mondiale, . et les assassinats de juifs ont été dans certains cas des représailles légitimesBernard Comte, Le Génocide nazi et les négationnistes, 1996. Disponible sur le site PHDN ; les crimes de guerre de l'URSS stalinienne sont plus graves que les crimes nazis (qui donc relativement étaient des crimes de guerre comme il y en a souvent), ; le génocide est une invention de la propagande alliée, principalement juive ou sioniste.

Au milieu des thèses négationnistes, on trouve souvent l'argument consistant à accuser les Juifs d'être d'une façon ou d'une autre responsables du déclenchement de la Seconde Guerre mondialeLa responsabilité du « complot juif » dans le déclenchement de la guerre est l'une des idées centrales de Maurice Bardèche et Paul Rassinier notamment. En Allemagne, voir la théorie défendue par Ernst Nolte.. Cet argument ne peut cependant pas être qualifié de « négationniste », car le négationnisme porte « sur la réalité du crime », non sur la responsabilité ou les excuses des auteurs et/ou des complices. Il sert toutefois à justifier une prétendue légitime défense des nazis contre les Juifs.

Voici un exemple de rhétorique négationniste, traduite (et légèrement abrégée) par Pierre Vidal-Naquet :

Justifications données au « discours officiel » En général, les négationnistes présentent les thèses des historiens sur le génocide nazi comme de la propagande au profit d'un nouvel ordre mondial qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, ordre mondial qui aurait profité, selon eux, à l'État d'Israël. Il s'agit donc d'une théorie du complot de nature antisémite, comparable à la propagande diffusée par les Protocoles des Sages de Sion. Cette théorie du complot soutient également la thèse que les Juifs ont commencé à inventer la Shoah pendant la guerre, prévoyant la création d'un État qui pourrait tirer profit du sentiment de culpabilité qu'éprouverait le monde occidental devant l'ampleur des massacres. Le mobile des Juifs (de la « juiverie internationale ») serait donc l'argent, par le paiement des indemnités que l'Allemagne a versé après la guerre Un tract intitulé Le mythe de l'extermination des Juifs, signé Faurisson, et distribué dans des écoles à la fin des années 1980 prétend ainsi : et la création d'un État juif. L'idéologie antisémite se mêle ainsi, et notamment dans les pays musulmans et au sein de l'ultragauche, à l'antisionisme comme justification du négationnisme.

Procédés du négationnisme Dans le champ de la recherche historique, les arguments avancés par les négationnistes ont été unanimement disqualifiés et beaucoup d'historiens considèrent que la simple discussion de ces thèses est une perte d'énergie. En fait d'arguments, tous les travaux menés sur cette question mettent en lumière l'emploi de simples mensonges, d'une méthode hypercritique, tout comme la dissimulation d'information (ou mensonge par omission) et la falsification de documents ou de citations. Sont présentés ci-après les critiques faites par les historiens ayant déconstruit les travaux négationnistes.

Mensonges L'information donnée par les négationnistes est la plupart du temps simplement fausse, par exemple le nombre de victimes de la Shoah qui aurait été en permanence revu à la baisse par ceux que les négationnistes se plaisent à appeler les « historiens officiels ». Les négationnistes citent, par exemple, l'évaluation du nombre de victimes juives au camp d'Auschwitz-Birkenau, qui était selon eux de quatre millions (sur les six millions au total) jusqu'en 1995 et qui aurait été revu à la baisse à un million cinq cent milleVoir les citations fournies par Gilles Karmasyn, Les plaques des « 4 millions » d'Auschwitz, PHDN, 1997..

La réalité est cependant qu'aucun historien n'a jamais avancé le chiffre de quatre millions, qui était mentionné seulement sur une plaque apposée par les autorités communistes (soviétiques puis polonaises). Ce chiffre était issu d'un calcul effectué en 1945 et visait l'ensemble des victimes du camp (le mot « juif » n'apparaît que rarement dans l'évocation par les Soviétiques et les Polonais de quatre millions de victimes à Auschwitz)Voir les différentes citations fournies par Gilles Karmasyn dans Le nombre de victimes d'Auschwitz, L'estimation soviético-polonaise et l'histoire, PHDN, 2000..

Il n'y a donc jamais eu de chiffre de victimes juives revu à la baisse dans la proportion que prétendent les négationnistes. Les chiffres donnés par les historiens pour les victimes juives pour Birkenau ont toujours varié entre 1 et 2 millions, et se basaient sur les documents et témoignages disponibles (dès 1946, Rudolf Höss, commandant d'Auschwitz, donnait un chiffre de 1,13 million)Voir le détail de la falsification négationniste dans Gilles Karmasyn, Les plaques des « 4 millions » d'Auschwitz, PHDN, 1997 et du même, Le nombre de victimes d'Auschwitz, L'estimation soviético-polonaise et l'histoire, PHDN, 2000..

Les négationnistes prétendent qu'aucun ordre ne fut donné en haut lieu pour l'extermination des Juifs. Les preuves du contraire sont cependant jugées abondantes par nombre d'historiens : Exemple d'un rapport : Hitler a reçu en un rapport d'Heinrich Himmler établissant que juifs avaient été assassinés d'août à Voir le document en ligne sur PHDN. Rudolf Höss, commandant d'Auschwitz : ..

Les négationnistes dissertent sur l'antisémitisme d'Hitler et font également fi des déclarations de ce dernier, qui montrent qu'il nourrissait dès le début de sa carrière politique un fantasme d'assassinat des JuifsVoir les premières déclarations de Hitler entre 1919 et 1921 parmi les déclarations d'Hitler rassemblées par Gilles Karmasyn, L'antisémitisme mortifère d'Hitler - Paroles et documents, PHDN, 2002, qui s'est transformé en projetVoir les déclarations d'Hitler rassemblées par Gilles Karmasyn, L'antisémitisme mortifère d'Hitler - Paroles et documents, PHDN, 2002. De la même façon, contrairement à ce que prétendent les négationnistes, de nombreux documents contemporains illustrent la politique d'extermination menée à bien par les nazis contre les JuifsVoir Documents et dossiers sur PHDN, et l'on dispose de toute une litanie de déclarations et témoignages contemporains sur la volonté d'extermination des nazis et sur le déroulement du génocideVoir ces déclarations relevées par Gilles Karmasyn dans L'extermination au jour le jour dans les documents contemporains sur PHDN.

Dernier exemple tiré des obsessions technicistes des négationnistes : ils prétendent que la capacité des crématoires n'était pas suffisante pour faire disparaître les millions de corps. Les preuves du contraire sont les suivantes : les négationnistes se fondent sur la capacité de crématoires commerciaux destinés à un usage individuel. Outre les fosses crématoires* Robert Merle, La Mort est mon métier, Éditions Gallimard, coll. Folio. , les fours nazis sont des crématoires militaro-industriels. En 1939, la firme Topf und Söhne a gagné un contrat pour construire un fourneau à Dachau, qui avait une capacité estimée d'un corps par heure et par moufle (fois deux moufles). En augmentant la pression de l'air, en , ils avaient fabriqué un fourneau capable de brûler un peu moins de deux corps par heure et par moufle (fois deux moufles, de nouveau). Il nécessitait trois heures d'entretien par jour. Un calcul théorique montre qu'à Auschwitz, les crématoires – plus nombreux – construits sur ces principes, auraient suffi dans une hypothèse de rendement maximal (c'est-à-dire sans arrêt pour entretien) pour brûler 1,7 million de corps entre et Voir complément et sources dans la réfutation à la question-réponse négationniste tirée de Daniel Keren et Ken McVay, 66 Questions et réponses négationnistes réfutées par Nizkor, traduction Gilles Karmasyn, PHDN, 1997, ainsi que dans la , ibib et à la , ibib.

Méthode hypercritique

La méthode hypercritique consiste à « monter en épingle » des faits exacts, mais insignifiants ou isolés, pour en tirer des conclusions qui vont à l'encontre de ce que l'examen de l'ensemble des faits connus implique.

S'il est prouvé qu'une personne s'est trompée ou a été peu précise lorsqu'elle témoignait sur les chambres à gaz, certains négationnistes présenteront ce fait comme une preuve que tout le témoignage est mensonger, puis par extension que tous les témoins mentent ou se trompent. C'est la « théorie des dominos ».