Le Codex Sinaiticus est un des deux plus anciens manuscrits de la Bible qui rassemble à la fois l'Ancien et le Nouveau Testament. Classé par Gregory-Aland ou א, c'est un codex de la Bible, écrit en caractères de type oncial et datant du , entre 325 et 360. Il contient des parties du texte de la Septante de l'Ancien Testament, la totalité du Nouveau Testament, l'Épître de Barnabé et le Pasteur d'Hermas.

Le codex a été copié par trois scribes dans un scriptorium d'une cité du monde gréco-romain comme Alexandrie, Rome ou Césarée de Palestine. Il a été considéré comme faisant partie d'une commande de l'empereur romain , mais cette hypothèse est mise en doute au .

Constantin von Tischendorf découvre la plus grande partie des feuillets du codex au monastère Sainte-Catherine du Sinaï, lors de divers voyages effectués entre 1844 et 1859, d'abord pour le roi de Saxe Frédéric Auguste puis pour le tsar . Il rapporte ses découvertes à chacun de ses commanditaires : un tiers du codex à l'université de Leipzig et le reste à Saint-Pétersbourg. En 1933, les autorités soviétiques vendent la plupart des feuillets qu'elles détiennent à la Grande-Bretagne qui les confie au British Museum. Les conditions de la découverte du codex par Tischendorf donnent lieu à controverse, les moines reprochant à Tischendorf de s'être approprié les manuscrits qu'il ne devait qu'emprunter.

En 2005, les quatre institutions qui conservent ce manuscrit (la British Library , l'université de Leipzig, le monastère Sainte-Catherine du Sinaï, et la Bibliothèque nationale russe) s'entendent pour numériser la totalité des textes. La numérisation est mise en ligne en 2008.

L'étude du Codex Sinaiticus est de première importance pour la critique textuelle des textes bibliques et du Nouveau Testament.

Histoire du manuscrit Lieu de rédaction left|thumb|Esther 1,20 dans le Codex Sinaiticus, scriptio continua|alt=Manuscrit écrit en caractères grecs anciens Le lieu d'origine du Codex Sinaiticus reste inconnu, comme c'est le cas pour la plupart des manuscrits de l'Antiquité. Les spécialistes pensent qu'il fut rédigé dans une des grandes cités de l'Empire romain. Rome, Alexandrie et Césarée de Palestine ont été citées tour à tour.

Selon Fenton John Anthony Hort, il a été écrit en Occident, sans doute à Rome, comme le suggère la division des chapitres dans les Actes des Apôtres, division commune au Codex Sinaiticus et au Codex Vaticanus, mais qui n'est utilisée dans aucun autre manuscrit en grec, alors qu'elle apparaît dans plusieurs manuscrits de la Vulgate, notamment le Codex Amiatinus et le Codex Fuldensis. Armitage Robinson répond à cet argument en signalant que ce système de division en chapitres a été introduit dans la Vulgate par Jérôme de Stridon, à la suite de ses études à Césarée. Selon Frederic George Kenyon, la forme des lettres est celle de l'écriture du grec en usage en Égypte, ainsi qu'on la trouve dans les papyrus plus anciens. Le codex serait donc originaire d'Alexandrie. Cette idée est également soutenue par Victor Gardthausen.

James Rendel Harris estime que le manuscrit vient de la bibliothèque de Pamphile de Césarée. Ce point de vue est partagé par Burnett Hillman Streeter et Theodore Cressy Skeat. Skeat base son hypothèse sur deux variantes textuelles : Matthieu 13,54 ( : dans son propre Antipatris) et Actes 8,5 ( : dans la ville de Césarée). Ces deux variantes n'apparaissent dans aucun autre manuscrit.

Datation right|thumb|Le baptême de Constantin attribué au peintre Giovan Francesco Penni|alt=Tableau peint représentant un homme agenouillé les bras croisés sur la poitrine recevant le baptême d'un évêque Les paléographes sont unanimes pour dater le Codex Sinaiticus du . Il ne peut pas avoir été écrit avant 325, terminus a quo, parce qu'il contient les canons de concordances. Il ne peut pas non plus avoir été écrit après 360, terminus ad quem, en raison de références aux Pères de l'Église dans la marge.

À l'origine, selon Constantin von Tischendorf, d'après Eusèbe lui-même, le Codex Sinaiticus était un des cinquante exemplaires de la Bible grecque commandés par l'empereur à Eusèbe de Césarée, peu après le Concile de Nicée de 325. Les autres exemplaires ont disparu ou n'ont jamais été réalisés. Le Codex Vaticanus en est peut-être un autre exemplaire selon Theodore Cressy Skeat. Cette hypothèse est contredite au par certains spécialistes, notamment Bruce Metzger et Bart D. Ehrman qui pensent qu'aucun des deux codex n'a été commandé par .

Le Codex Sinaiticus reproduit la compilation de la Bible faite à Césarée vers 300 par Pamphile et signalée par Jérôme de Stridon. Cette hypothèse est soutenue par Pierre Batiffol. et Theodore Cressy Skeat qui pensent que le codex était déjà commencé lors de la commande de Constantin mais que le travail a été suspendu pour harmoniser les différents formats de page.

Découverte Vitaliano Donati Lors de sa visite en 1761 du monastère Sainte-Catherine du Sinaï, le voyageur italien Vitaliano Donati écrit dans son journal publié en 1879 : Cette Bible est peut-être le Codex Sinaiticus.

Expéditions de Tischendorf pour le roi de Saxe thumb|Tischendorf vers 1845, à l'époque de sa découverte du Codex Sinaiticus|alt=Daguerréotype d'un homme jeune et mince mettant sa main gauche à l'intérieur de son costume.

En 1844, Constantin von Tischendorf, un érudit allemand de vingt-neuf ans parrainé par le roi de Saxe Frédéric Auguste, visite le monastère orthodoxe de Sainte-Catherine sur le mont Sinaï. En parcourant les lieux, son attention est attirée par une corbeille contenant de vieux parchemins destinés à servir de combustible pour le feu. Il s'agit de 129 grandes pages de parchemin contenant des parties de la traduction grecque de l'Ancien Testament : la Septante. Il est autorisé à en emporter le tiers, soit . Celles-ci contiennent le Premier Livre des Chroniques, le Livre de Jérémie, le Livre de Néhémie et le Livre d'Esther. Elles sont maintenant conservées par la bibliothèque universitaire de Leipzig. Le texte de cette partie du codex est publié par Tischendorf en 1862 sous le titre puis réimprimé en 1869 en quatre volumes.

En 1845, l'archimandrite Porphyrius Uspensky, alors chef de la mission ecclésiastique russe à Jérusalem et futur évêque de Tchyhyryne, visite le monastère et voit le codex avec des feuilles que Tischendorf n'avait pas vues. En 1846, le capitaine visite le Mont Sinaï, voit le codex et achète au monastère deux codex Minuscule 495 et Minuscule 496. En 1853, Tischendorf retourne au monastère Sainte-Catherine pour obtenir les 86 autres feuillets, mais le père supérieur, qui se méfie de l'exaltation du jeune Allemand, ne l'aide plus dans ses recherches.

Expédition de Tischendorf pour le tsar thumb| commandite le troisième voyage de Tischendorf|alt=Portrait peint figurant la tête d'un homme moustachu en uniforme d'apparat Constantin von Tischendorf retourne au monastère Sainte-Catherine en 1859, cette fois comme envoyé du tsar , à qui il a montré le Codex Sinaiticus. Il affirme qu'il a trouvé ces feuilles dans une poubelle, mais cette histoire est peut-être une affabulation, à moins que les manuscrits en question n'aient pas eu de rapport avec le Codex Sinaiticus. En 1863, John Silvester Davies indique : . En fait, les feuillets sont dans un pour des objets prétendument trouvés parmi les rebuts.

Tischendorf a pour mission de récupérer des manuscrits pour le tsar , qu'il a convaincu qu'il y en avait encore à trouver dans le monastère. Tischendorf arrive au monastère le , mais ses recherches sont infructueuses. Le , il se résout à rentrer chez lui les mains vides :

thumb|left|Chapelle du Buisson Ardent du monastère Sainte Catherine, lithographie tirée de l'album d'Uspensky|alt=Vue intérieure d'une chapelle contenant en son centre un autel Tischendorf persuade le père supérieur d'en faire cadeau au tsar , qui finance les recherches sur le site. James Bentley rend compte de la façon dont cela s'est passé : Il apporte le codex à Alexandre II, qui reconnaît son importance et le publie aussi vite que possible en fac-similé de façon à montrer fidèlement l'écriture manuscrite ancienne.

En 1869, le tsar envoie au monastère et à celui du Mont Thabor en compensation. Le document authentifiant le transfert de propriété est publié en 2007 par les autorités russes..

Le rôle de Tischendorf dans le transfert à Saint-Pétersbourg est estimé diversement. Des parties de la Genèse et du Livre des Nombres sont retrouvées dans les couvertures d'autres livres et les moines les envoient gracieusement à Tischendorf. Cependant, le monastère considère que le codex a été volé. Cette position est vivement contestée par plusieurs chercheurs en Europe. Kirsopp Lake écrit : . Cependant, Tischendorf donne aux autorités du monastère un reçu qui promet un retour du manuscrit de Saint-Pétersbourg à la première requête de la confrérie du Sinaï.

Affaire Simonides Le , Konstantinos Simonides, expert en calligraphie et ayant un passé controversé dans le commerce des manuscrits, prétend dans le journal The Guardian qu'il est l'auteur du Codex Sinaiticus et qu'il l'aurait rédigé en 1839 au monastère Saint-Pantéleimon du mont Athos. De son côté, Constantin von Tischendorf, qui a travaillé sur de nombreux manuscrits bibliques, est connu pour sa recherche permanente, auprès des familles royales, de financement pour ses voyages. Simonides affirme que son oncle, un moine, l'avait invité au mont Athos à la suite du décès de son père . Alors que les soupçons de faux circulent parmi les spécialistes lors de la découverte du Codex Sinaiticus par Tischendorf, certains estiment qu'il serait peut-être plus juste de parler d'une collation des manuscrits et d'une restauration « ajustée » à la façon de Simonides, un expert en hiéroglyphes, comme on en trouve dans tout le Codex Sinaiticus. Simonides affirme aussi que le document est un faux lors d'échanges de lettres avec des érudits.

Tischendorf répond, dans le Allgemeine Zeitung en , que la version du Codex Sinaiticus du Nouveau Testament présente de nombreuses différences avec les autres manuscrits connus. L'érudit Henry Bradshaw, bibliothécaire de l'Université de Cambridge et qui connaît les deux hommes, démonte les affirmations de Konstantinos Simonides en montrant l'absurdité de ses propos dans une lettre au Guardian du . Il démontre que le Codex Sinaiticus rapporté par Tischendorf du mont Sinaï ne peut pas être un faux fabriqué par Simonides. La controverse semble venir du mauvais usage des mots « faux » ou « fabrication », car il s'agit peut-être d'un texte restauré d'après une copie de la Septante fondée sur les Hexaples d'Origène, un texte qui a été rejeté pendant des siècles car il a pour origine Eusèbe, qui a introduit l'arianisme à la cour des empereurs et .

Certains savants et hommes d'Église ne sont pas ravis de voir arriver ce codex. Burgon, un partisan du Textus Receptus, pense que le Codex Sinaiticus, ainsi que le Codex Vaticanus et le Codex Bezae, sont des textes corrompus. Chacun de ces trois documents constitue, pour lui, .

Controverse sur la propriété du manuscrit thumb|La British Library, principal lieu de conservation du Codex Sinaiticus|alt=Photographie d'un bâtiment devant une place sur laquelle il y a une statue de bronze qui représente un homme assis qui se baisse devant lui pour toucher le sol.

Les moines de Sainte-Catherine réclament toujours officiellement le retour du Codex Sinaiticus au monastère. En 2014 le codex est partagé entre quatre sites : 347 feuillets à la British Library à Londres (199 pour l'Ancien Testament, 148 pour le Nouveau Testament), 12 feuillets et 14 fragments au Monastère Sainte-Catherine du Sinaï, 43 feuillets à la bibliothèque de l'Université de Leipzig et des fragments de trois feuillets à la Bibliothèque nationale russe à Saint-Pétersbourg.