vignette|redresse=1.12| 1971.

LOrchestre philharmonique tchèque ( en tchèque) est un orchestre symphonique basé à Prague, situé dans le bâtiment du Rudolfinum. Il s'agit d'un établissement public relevant du ministère de la Culture de la République tchèque. Le premier concert officiel de l'orchestre a eu lieu le , sous la direction du compositeur Antonín Dvořák.

Depuis la saison 2018/2019, le chef d'orchestre américain d'origine russe Semyon Bychkov occupe les fonctions de directeur musical et chef principal.

Le chef invité principal est Jakub Hrůša, tandis que Sir Simon Rattle a été nommé chef invité d'honneur « en hommage à Rafael Kubelík » pour la saison 2024/2025. En , l'Orchestre philharmonique tchèque a annoncé la nomination de Jakub Hrůša au poste de chef d'orchestre principal et directeur musical à partir de la saison 2028/2029..

vignette|Concert de l'orchestre philharmonique tchèque au Rudolfinum

Historique Fondation et premières années L'initiative et les démarches ayant mené à la fondation de la Philharmonie tchèque remontent à Bedřich Smetana, ainsi qu’aux fondateurs de la « Société pour le maintien d’un grand orchestre de la ville de Prague » (1882).

En 1894, leurs démarches aboutissent à la création de l'association « Philharmonie tchèque, société pour la promotion de l’art musical à Prague, ainsi que caisse de retraite pour les membres de l’orchestre du Théâtre national de Prague, leurs veuves et orphelins ».

Le premier concert a lieu le 4 janvier 1896 au Rudolfinum de Prague, sous la direction du compositeur Antonín Dvořák. Le programme comprend ses propres œuvres : Rhapsodie slave n° 3, Chants bibliques (n° 1 à 5), ouverture Othello et Symphonie n° 9 « Du Nouveau Monde ».

À ses débuts, l’ensemble fonctionne comme une activité associative. Comme l’indique son nom, il est composé de membres de l’orchestre du Théâtre national. Tous les revenus sont reversés aux musiciens ou à leurs familles, sous forme de pension ou d’aide au revenu.

Un moment clé dans la formation de la Philharmonie tchèque en tant qu’orchestre indépendant fut le dénouement d’un conflit entre les membres de l’orchestre du Théâtre national et le directeur de l’opéra, Karel Kovařovic.

Le , les musiciens — qui étaient également membres de l’association Philharmonie tchèque — se mirent en grève et furent licenciés. Ces artistes fondèrent alors ensemble l’orchestre symphonique de la Philharmonie tchèque et élurent leur premier chef titulaire, Ludvík Vítězslav Čelanský (1870–1931).

Pour pouvoir se maintenir, le nouvel orchestre dut donner de nombreux concerts. Rienqu’en 1901, il en organisa quarante-neuf à travers la Bohême, la Moravie et la Silésie.

L’un des chefs d’orchestre clés de cette première période fut Oskar Nedbal, ancienaltiste du célèbre Quatuor tchèque. Grâce à son talent musical et ses qualitésd’organisateur, il guida l’ensemble à une époque marquée par des difficultés financières et une lutte pour la survie de l’ensemble. Nedbal devint rapidement l’un des piliers de la Philharmonie et contribua de manière significative à sa stabilisation.

Arrivée de Václav Talich et naissance de la Tchécoslovaquie L’arrivée du chef d’orchestre Václav Talich, âgé de trente-cinq ans à l’époque et encore peu connu à Prague, marque l’ouverture d’un nouveau chapitre dans l’histoire de l’orchestre. Il prit ses fonctions de chef principal en 1919.

Le , jour de la proclamation de l’indépendance de la Tchécoslovaquie,une répétition générale en vue de la création mondiale de la symphonie Zrání (Maturation) de Josef Suk eut lieu sous la direction de Václav Talich, à la Maisonmunicipale de Prague. Lorsque le secrétaire de la Philharmonie tchèque entra précipitamment dans la salle Smetana pour annoncer la nouvelle de l’indépendance, Talich répondit : « C’est bien joli, mais on doit continuer à répéter. »

La création de Zrání (Maturation) de Josef Suk eut lieu le et constitua le premier concert de la Philharmonie tchèque dans la toute nouvelle république tchécoslovaque. Talich s’imposa comme une personnalité artistique énergique etconvaincante, devenant rapidement une figure centrale de l’orchestre. Il mettait l’accent sur la singularité et la vitalité de l’interprétation, tout en recherchant un équilibre précis entre les différentes voix. Il était également un excellent dramaturge musical. Au cours de ses premières années à la tête de l’orchestre, il entreprit une révision approfondie du répertoire et consacra la saison 1921–1922 aux symphonies tchèques. Il programma régulièrement des œuvres d’impressionnistes français, de Mahler, de Bartók ou encore de Chostakovitch.

Les tournées internationales entre 1918 et 1938 revêtirent une importance particulière. L’orchestre devint un ambassadeur culturel de la jeune république, et ses représentations en Italie, à Vienne ou au Royaume-Uni furent toujours associées à des événements culturels majeurs. Après l’occupation nazie en 1939, la Philharmonie tchèque fut contrainte de se produire lors de concerts organisés pour le régime en place. En , l’orchestre se produisit à Berlin et à Dresde sur ordre de Joseph Goebbels. Pendant cette période de guerre, l’altiste Zdeněk Němec fut assassiné par la Gestapo.Les concerts de Má vlast (Ma patrie) devinrent un symbole de la résistance nationale contre le régime nazi. L’interprétation du cycle fut rapidement interdite dans son intégralité, et les mouvements Tábor et Blaník furent même complètement censurés.

Rafael Kubelík : vision et espoir Rafael Kubelík, devenu chef titulaire de la Philharmonie tchèque à l’automne 1941, était déjà une figure clé de l’orchestre pendant la guerre. Il avait dirigé l’ensemble pour la première fois en , à l’âge de dix-neuf ans. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il concentra son attention sur des œuvres destinées à raviver l’espérance et la foi du peuple. Après la guerre, le , Kubelík dirigea un « concert d’action de grâce » au cours duquel Má vlast fut interprétée. En novembre de la même année, l’orchestre donna un concert en soutien aux villages de Lidice et Ležáky, victimes de la terreur nazie. Sous la direction de Kubelík, l’orchestre fut nationalisé le .

Sa programmation visait à combler les lacunes dans le répertoire russe, français et anglo-américain. Parmi ses œuvres de prédilection figuraient néanmoins la Méditation sur le choral Saint-Venceslas, op. 35a de Josef Suk et Taras Bulba de Leoš Janáček. En 1946, la Philharmonie tchèque fonda, sous sa direction, le festival international de musique du Printemps de Prague.

Sur les cinquante concerts de cette première édition, l’orchestre en donna quinze.

Ančerl et Neumann Après le départ en exil de Rafael Kubelík en , peu après l’établissement du régime communiste en Tchécoslovaquie, l’Orchestre philharmonique tchèque entra dans une période de transition. Durant cette phase, l’ensemble fut dirigé par Václav Neumann, également altiste, et Karel Šejna, contrebassiste au sein même de l’orchestre. Tous deux s’efforcèrent de maintenir le niveau artistique de l’ensemble malgré les pressions politiques du régime totalitaire.

Karel Ančerl, qui prit la direction de l’orchestre en 1950, fit face à une forte opposition de la part des musiciens, qui voyaient en lui une nomination imposée pour des raisons politiques. Il parvint néanmoins à transformer l’atmosphère interne et à positionner l’ensemble sur la scène internationale. Sous sa direction, l’Orchestre philharmonique tchèque effectua soixante tournées dans vingt-huit pays.

La période dirigée par Václav Neumann, de à l’automne 1990, fut marquée par une collaboration étroite avec les maisons de disques, permettant la réalisation d’enregistrements majeurs, notamment des symphonies de Dvořák. Au cours de cette période, l’orchestre accueillit pour la première fois des musiciennes : en 1970, la harpiste Renata Kodadová fut admise comme première harpe après le départ à la retraite de son professeur Karel Patras. En 1985, la violoniste Barbara Pazourová devint la deuxième femme à intégrer l’ensemble.

La Révolution de velours et le retour de Rafael Kubelík En 1969, la Philharmonie tchèque s’associa aux protestations contre l’occupation de la Tchécoslovaquie. Des concerts furent organisés en hommage à l’étudiant Jan Palach, qui s’était immolé par le feu en signe de protestation.

En novembre 1989, l’orchestre participa activement aux événements de la Révolution de velours. Des œuvres symbolisant l’aspiration à la liberté et à la justice furent alors interprétées. Un moment inoubliable fut l’interprétation de la 9e Symphonie de Beethoven lors du concert donné pour le Forum civique, le .

Après des années d’exil, Rafael Kubelík revint à Prague en . Ses premiers mots furent chargés d’émotion : « J’ai attendu ce moment avec passion et j’ai toujours cru qu’il arriverait un jour. » Il dirigea le concert d’ouverture du festival du Printemps de Prague, au cours duquel Má vlast de Smetana fut de nouveau jouée. Kubelík resta à la tête de l’orchestre jusqu’en , lorsqu’il donna son dernier concert lors d’une tournée au Japon.

Dernière décennie : Bělohlávek et Bychkov Dans les années qui ont suivi le départ de Rafael Kubelík, l’orchestre a connu une succession fréquente de chefs titulaires.

Jiří Bělohlávek a été nommé chef titulaire en 2012, apportant à la fois stabilité et une nouvelle vision artistique. Sous sa direction, la Philharmonie tchèque a retrouvé tout son éclat sur la scène internationale, notamment grâce à l’enregistrement des symphonies de Dvořák.

Après son décès, la direction de l’orchestre a été confiée à Semyon Bychkov, qui continue de renforcer le prestige de l’ensemble, d’élargir son répertoire avec de nouvelles œuvres et de collaborer avec des artistes de renommée mondiale.

Activité de concert La Philharmonie tchèque donne chaque saison environ 50 concerts en République tchèque et 30 à l’étranger. Le programme national est réparti en cinq séries d’abonnement. Des concerts exceptionnels sont également organisés au cours de la saison, tels que le Concert pour la liberté et la démocratie, les concerts de la Saint-Sylvestre et du Nouvel An, ou encore le concert en plein air marquant la fin de la saison.

Sur le plan de la programmation, l’orchestre se concentre sur la musique des XIXe et XXe siècles, en particulier celle des compositeurs tchèques : Dvořák, Smetana et Janáček. Sous l’impulsion de Semyon Bychkov, des œuvres de Mahler et Chostakovitch figurent également régulièrement au programme.

Les artistes en résidence jouent aussi un rôle central dans la programmation — pour la saison 2024/2025, il s’agissait du pianiste Daniil Trifonov. L’orchestre collabore régulièrement avec les plus grands chefs d’orchestre et solistes internationaux, tels que Sir Simon Rattle, Janine Jansen, Augustin Hadelich, entre autres.

Activité internationale Un moment décisif fut le concert donné à Londres en 1902. Dans une lettre adressée à sa famille, le chef d’orchestre Oskar Nedbal écrivait : « C’est la première fois qu’un orchestre du continent s’installe à Londres pour une période prolongée. Il paraît que cela rend furieuse la Philharmonie de Londres… »

Aujourd’hui, la Philharmonie tchèque est régulièrement en résidence dans plusieurs grandes villes européennes telles que Vienne, Salzbourg, Budapest, Amsterdam, Hambourg et Madrid. Elle se produit chaque année dans des festivals d’été prestigieux, comme les BBC Proms, le Kissingen Sommer ou l’Elbphilharmonie Sommer.

La première tournée outre-mer de la Philharmonie tchèque — à l’époque la plus vaste jamais entreprise par un orchestre — eut lieu en 1959. Elle mena l’ensemble en Australie, au Japon, en Nouvelle-Zélande, en Chine, en Inde et en Union soviétique.

Alors que l’orchestre ne retourna en Chine qu’en 2001, soit quarante-deux ans plus tard, il s’est peu à peu enraciné au Japon, où ses prestations régulières — notamment à la Suntory Hall de Tokyo — sont devenues une composante essentielle de la saison musicale locale.