vignette|upright=0.5|Le mot hentai écrit en kanji est une abréviation du mot japonais , qui signifie « transformation », « métamorphose », « perversion », mais qui est utilisée en Occident pour désigner des mangas et des anime à caractère pornographique. En plus des anime et des mangas, le terme « hentai » est également utilisé pour des artworks ou des jeux vidéo — appelés eroge.
Familièrement, ce mot est utilisé pour dire « pervers » ou « bizarroïde ». Les termes comme , et avertissent du caractère pornographique du support.
Le développement du hentai est lié à la culture japonaise et à l'attitude historique des Japonais à l'égard de la sexualité. Les œuvres hentai, souvent auto-publiées, forment une part importante du marché du dōjin. De nombreux sous-genres existent, associés à différents actes sexuels et différentes formes de relation ou fétichismes.
Terminologie vignette|Une illustration réalisée en dessin numérique s'inscrivant dans le genre du hentai, représentant une relation sexuelle.
Hentai est un mot dont l'écriture en kanjis est composée de ( : « changement » ou « étrange ») et ( : « apparence » ou « condition »), et signifie « métamorphose » ou « transformation ». Dans un contexte sexuel, il s'y ajoute une connotation de « perversion » ou « anormalité », en particulier lorsqu'il est utilisé comme adjectif. Dans ces usages, il s'agit d'une abréviation de qui signifie « perversion sexuelle ». Le caractère est un fourre-tout pour l'« étrangeté » en tant que particularité. Il n'a aucun caractère sexuel. Bien que l'usage du terme se soit étendu à de nombreuses catégories d'œuvres dont celles à caractère homosexuel, il ne concerne à l'origine que l'hétérosexuel, et l'inclusion du sens homosexuel est entrée au Japon en tant que Wasei-eigo. Les œuvres pornographiques japonaises sont souvent simplement marquées comme , et . Le terme hentai ne définit pas un genre au Japon.
Étymologie L'histoire du mot hentai tient son origine dans les sciences et la psychologie. Au milieu de l'ère Meiji, le terme apparaît dans des publications pour décrire des traits inhabituels ou anormaux, incluant des capacités paranormales et des troubles psychologiques. Une traduction du texte Psychopathia sexualis du sexologue allemand Richard von Krafft-Ebing est à l'origine de la conception de hentai seiyoku comme un « désir sexuel pervers ou anormal », bien qu'il ait été popularisé hors de la psychologie, par exemple dans le roman de 1909 Vita Sexualis par Mori Ōgai. L'intérêt pour le hentai seiyoku mène à son emploi dans de nombreuses publications de conseils sexuels, qui popularisent le mot hentai comme « pervers ». Tout acte pervers ou anormal peut être qualifié de hentai, par exemple le shinjū (« suicide amoureux »). La démocratisation du terme au Japon commence avec le journal publié par Nakamura Kokyō Psychologie anormale, entraînant l'apparition d'autres journaux populaires, comme Sexualité et nature humaine, Recherche sexuelle ou encore Sexe. Après avoir écrit des articles pour Psychologie anormale, c'est avec son propre journal Sexualité moderne que Tanaka Kogai crée l'une des sources d'information sur l'érotisme et les expressions neurotiques les plus populaires. Sexualité moderne est créé pour promouvoir le fétichisme, le sadomasochisme, et la nécrophilie comme des facettes de la vie moderne. Le mouvement ero-guro et les représentations de nuances perverses, anormales et souvent érotiques sont des réponses à l'intérêt dans le hentai seiyoku.
À la suite de la Seconde Guerre mondiale, le Japon acquiert un intérêt nouveau pour la sexualisation et la sexualité publique. Le terme ecchi, transcription de la prononciation japonaise du « H » de hentai, apparaît pour désigner une pornographie tempérée au même titre que du contenu érotique. À partir des années 1950, les publications hentai seiyoku deviennent leur propre genre, qui inclut fétichismes et homosexualité. Dans les années 1960, le contenu homosexuel est délaissé, au profit de thèmes comme le sadomasochisme. La fin des années 1960 s'accompagne d'une libération sexuelle qui renforce la banalisation de l'identité du terme au Japon, qui existe encore aujourd'hui dans des publications telles que la série Hentai-san ga iku par Bessatsu Takarajima.
Histoire Les représentations à caractère sexuel existent depuis des temps immémoriaux, bien avant l'apparition du terme hentai. Des traces du terme japonais shunga, signifiant « art érotique », apparaissaient déjà à l'époque de Heian. Du au , les œuvres shunga étaient détruites par le shōgun.
vignette|Le Rêve de la femme du pêcheur (1814) par Hokusai (exemple de tentacule érotique).
Un exemple célèbre d'ouvrage du genre est Le Rêve de la femme du pêcheur, représentant une femme stimulée par deux poulpes. Les productions shunga disparaissent à la fin du avec l'introduction des photographies pornographiques.
Avec l'usage du terme hentai pour toute représentation érotique, l'histoire de ces représentations diffère selon les médias. Les mangas et artworks japonais sont les premiers médias à accueillir du contenu du genre, avec la publication par Hideo Azuma du dōjinshi en 1979. L'animation japonaise voit apparaître le hentai, dans les deux sens du terme, avec la sortie en 1984 de Lolita Anime par Wonderkid, dépassant les représentations érotiques du film d'animation Les Mille et Une Nuits sorti en 1969 et la poitrine dénudée de Cléopâtre dans Kureopatora en 1970. Le premier jeu vidéo érotique, contenant des représentations de l'acte sexuel, , paraît en 1985. Dans chacun des médias, la variété des définitions et usages du terme hentai en complexifie l'analyse historique.
Le manga hentai vignette|Le lolicon met en scène des personnages aux allures d'enfant et au physique immature. Les manga contenant des thèmes adultes existent depuis les années 1940, avec des représentations parfois plus réalistes que celles épurées et mignonnes habituelles au média popularisé par Osamu Tezuka, auteur dAstro, le petit robot. Des précurseurs de lero-gekiga magazine notables sont Ero Mangatropa (1973), Erogenica (1975), et Alice (1977). La transition de style des mangas hentai est accréditée à Hideo Azuma, « le père du lolicon ». En 1979, il dessine Cybele, qui propose les première représentations d'actes sexuels qui ne soient plus réalistes, mais dans un style entre le mignon et celui introduit par Tezuka. C'est le début d'un mouvement du manga pornographique. L'explosion du lolicon dans les années 1980 s'accompagne de l'apparition de magazines tels que et . Alors que le lolicon perd de sa popularité au milieu des années 1980, la représentation des personnages féminins dominante devient celle de femmes au visage enfantin et à grosse poitrine..
L'anime hentai Parce qu'il y a moins de productions d'animation érotiques que des autres genres, la plupart des œuvres est classée rétrospectivement comme hentai. Un anime hentai se caractérise par une nudité excessive et des rapports sexuels visibles, qu'il y ait ou non un caractère pervers. Le terme ecchi désigne une forme de fanservice ne présentant pas de relation sexuelle.
La série d'animation Lolita Anime, réalisée en 1984 par Wonder Kids, est considérée comme le premier anime hentai. Constituée de six épisodes, la série présente des rapports sexuels et des viols entre mineurs. L'un des épisodes contient même du bondage. De nombreuses sous-séries sont réalisées par la suite, dont une seconde série Lolita Anime produite par Nikkatsu. En dehors de sa diffusion originale, l'œuvre n'a pas été officiellement licencée ni distribuée.
De nombreux anime de la franchise Cream Lemon paraissent entre 1984 et 2005, dont une grande proportion franchit les frontières du Japon. Il s'agit du premier anime hentai doté d'une véritable histoire. La série Les Frères Grimm produite par Excalibur Films contient des œuvres Cream Lemon dès 1986. Toutefois, elle n'est pas présentée comme anime et est introduite à la même période où les distributions souterraines d'œuvres érotiques apparaissent.
Diffusé à l'international en 1993, Urotsukidoji est le premier film véritablement hentai à s'exporter hors du Japon. Souvent cité comme créateur du sous-genre du Tentacule érotique en anime, il contient des représentations extrêmes de violence et de sexe avec des monstres.
Les jeux vidéo érotiques
Le terme eroge ( « jeu érotique ») peut désigner tout jeu érotique, mais est principalement associé à des jeux vidéo au style graphique proche de celui des anime et manga. Le nom eroge apparait au début des années 1980s, alors que l'industrie informatique au Japon peine à voir s'imposer un standard d'ordinateur, avec des fabricants comme NEC, Sharp, et Fujitsu s'affrontant les uns avec les autres.. En dépit d'un manque de puissance de calcul et de graphismes limités, la série des PC-98, s'impose sur le marché, la popularité des jeux eroge contribuant à son succès.
À cause de l'imprécision de la définition de ce qui constitue un « jeu érotique », il existe différents candidats au titre de premier eroge. Si la définition s'applique aux thèmes adultes, le premier jeu est Softporn Adventure. Publié aux États-Unis en 1981 pour l'Apple II, il s'agit d'un jeu humoristique textuel par On-Line Systems. Si eroge correspond aux premières représentations graphiques de thèmes adultes japonaises, alors le jeu Night Life produit par Koei en 1982, est le premier du genre... Les relations sexuelles sont représentées graphiquement par de simples contours. En particulier, Night Life ne prétend pas être spécifiquement érotique, se présentant en tant que guide « pour supporter la vie marié ». Plusieurs jeux de « déshabillage » apparaissent en 1983, comme « Strip Mahjong ». Le premier jeu érotique dans un style d'anime est , produit en 1985 par JAST. En 1988, ASCII réalise le premier jeu de rôle érotique, Chaos Angel. En 1989, AliceSoft réalise le jeu de rôle tour par tour Rance et ELF sort Dragon Knight.
À la fin des années 1980, leroge commence à stagner, avec des prix élevés pour des jeux présentant principalement des scénarios inintéressants et du sexe stupide. La parution en 1992 de Dōkyūsei par ELF, alors que la frustration des clients avec leroge continue de s'amplifier, fait naître un nouveau genre de jeu appelé « jeu de drague ». Dōkyūsei est unique car le jeu n'a pas de scénario défini et nécessite que le joueur construise des relations avec différentes filles pour avancer dans l'histoire. Chaque fille a sa propre histoire, mais, pour qu'une relation soit consommée, il est nécessaire que le personnage féminin développe des sentiments amoureux pour le joueur. Il n'y a pas de sexe facile.
Le terme « visual novel » est vague, avec des définitions classifiant le genre comme un type de fiction interactive porté par la narration et limitant les interactions avec le joueur. Bien que le terme soit appliqué rétrospectivement à de nombreux jeux, c'est le studio Leaf qui invente le terme avec sa Leaf Visual Novel Series, composée de la parution en 1996 de Shizuku et Kizuato. Le succès de ces deux jeux eroge est suivi par le troisième et dernier jeu de la série, le romantique eroge To Heart paru en 1997. Kanon, sorti en 1999 et produit par Key, est un succès majeur et est adapté pour de nombreuses consoles, en deux séries de manga ainsi qu'en deux séries d'anime.
En France, les jeux hentai sont souvent associés avec les visual novel.
Censure vignette|Une large variété de produits hentai est vendue dans des magasins spécialisés au Japon.