L'enseignement de la langue arabe est ancien sur le territoire français. Il remonte à l'époque du roi . Entre la fin du (fondation de l'école de langues orientales en ) et le début du (création de l'agrégation d'arabe en ) se développe un réseau d'institutions assurant la formation des arabisants dont la France a besoin pour ses ambitions coloniales en Méditerranée. Avec la décolonisation, l'arabe semble appelé à connaître un déclin inéluctable.
Mais la place importante qu'occupe le Proche-Orient dans les relations diplomatiques de la France et l'émergence d'une jeune génération éduquée issue de l'immigration de travail maghrébine des Trente Glorieuses relancent l'intérêt pour cette langue, qui connaît un succès certain dans l'enseignement supérieur, mais souffre dans l'enseignement secondaire de la concurrence d'autres formes d'enseignement, du désintérêt relatif de l'État et de préjugés racistes.
Origines
L'enseignement de l'arabe en France est ancien. L'étude de cette langue, introduite en Europe après que Romele Vatican a commencé à former les prêtres maronites originaires du Liban, gagne rapidement la France qui, dès , noue des relations diplomatiques amicales avec l'Empire ottoman.
C'est au , sous le règne de , que Colbert décide de créer une école d'interprètes qui permettrait de se passer des intermédiaires locaux, les drogmans (de l'arabe qui a donné en français « truchement »). L'École des jeunes de langues est créée en .
La République crée en une seconde école, l'école spéciale des langues orientales, dont la mission est d'enseigner les langues orientales vivantes : les trois premières langues enseignées sont le turc, l'arabe et le persan. Cette école existe toujours sous le nom d'Institut national des langues et civilisations orientales. Dès les origines, la République s'est donc attachée à former des arabisants.
Une offre croissante
Au départ formation complémentaire réservée aux diplomates, missionnaires et militaires, l'arabe gagne peu à peu sa reconnaissance comme discipline à part entière : en est créée l'agrégation d'arabe. Le Certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement du second degré (CAPES) suivra en .
Dans le courant des années , sous l'action conjuguée d'une actualité internationale où le Proche-Orient se taille la part du lion et de la visibilité accrue de la jeune génération de Français issus de l'immigration maghrébine,
Néanmoins, le nombre d'étudiants en arabe connaît de la fin des années au début des années une très forte hausse, notamment dans les établissements universitaires. Ainsi, le département d'arabe de l'INALCO a pu enregistrer certaines années près de inscrits.
Absence de politique globale Une demande plus grande que l'offre
Mais cet engouement ne connaît pas de répercussion dans l'enseignement secondaire, malgré l'initiative de Claude Allègre qui décide d'augmenter significativement le nombre de postes proposés au CAPES et à l'agrégation. En effet, les créations de postes sur le terrain ne suivent pas, les chefs d'établissements étant extrêmement réticents à ouvrir des classes d'arabe aussi bien dans les établissements défavorisés où l'on craint que cette langue ne contribue à la ghettoïsation de l'établissement que dans les lycées de centre-ville où l'on craint que l'ouverture de cette option attire dans ce lycée des populations « à problèmes », comme le suggère Brigitte Perruca dans son article La langue arabe chassée des classes : .
Pourtant, la demande est forte, mais une part importante des jeunes et des adultes qui apprennent l'arabe le font des structures privées ou associatives, souvent communautaires, situation paradoxale, puisque le ministère de l'Éducation nationale excipe du sous-emploi d'une partie des enseignants d'arabe pour justifier la fermeture du CAPES en Réponse à la question de Daniel Goldberg, député de Seine-Saint-Denis : ., ce qui montre a contrario qu'il dispose des moyens humains pour proposer une offre alternative.
Il existe une forte demande pour un enseignement de l'arabe, une offre consistante puisque la politique menée par Claude Allègre et son successeur ont permis une augmentation et un rajeunissement substantiels du corps enseignant. Mais cette offre et cette demande ne se rencontrent pas.
Réponse politique depuis
Peu sensibles à cette question, les ministères qui se sont succédé depuis ont décidé, plutôt que de sensibiliser les chefs d'établissement à cet enjeu, de réduire voire de fermer les concours de recrutement des enseignants d'arabe. En , alors que le ministre de l'Éducation nationale, Luc Ferry, proclame la nécessité de diversifier l'enseignement des langues, ses services décident, fait sans précédent depuis la création de l'agrégation et du CAPES, la fermeture des deux concours.
Le , F. Lagrange, président du jury du CAPES d'arabe, et Luc-Willy Deheuvels, son prédécesseur, signent dans Libération une tribune intitulée « La langue arabe, un enjeu social » où ils attirent l'attention sur l'importance d'un enseignement de l'arabe dans des conditions scolaires conventionnelles et mettent en garde contre l'abandon de cette langue aux associations communautaires.
Parallèlement, une pétition intitulée Yakfi (« Ça suffit » en arabe) est lancée par les étudiants d'arabe. Le texte reprend la même thématique et mentionne également la longue liste de brimades administratives dont la discipline a été victime au cours des années précédentes (fermetures de classes dans des lycées prestigieux au nom de raisons idéologiques, combats permanents pour obtenir le maintien de bourses d'études à l'étranger, etc.). La pétition obtient un succès inespéré qui dépasse largement les limites du milieu des arabisants, récoltant plus de en deux semaines. Les Inrockuptibles (, ) et L'Humanité s'en font l'écho.
Face à cette vigoureuse réaction, le ministère de l'Éducation nationale publie un communiqué qualifiant la fermeture des concours de .
Pourtant, début , le même ministère annonce la fermeture du CAPES. Dans le journal Libération daté du , G. Ayoub, Luc-Willy Deheuvels et F. Lagrange, anciens et actuel président du jury du CAPES, réfutent l'argumentation de la direction des personnels enseignants qui prétend que 40 % des enseignants d'arabe seraient en surnombre et payés à rester chez eux. Pourtant, rien n'y fera et seule l'agrégation sera ouverte en . L'arrivée à Matignon de Dominique de Villepin, plus sensible à la question, permet la réouverture des deux concours en et .
Mais l'enseignement de l'arabe n'en reste pas moins durement touché par quatre années de réductions constantes qui ont divisé le nombre de postes proposés au concours par quatre ( en , 5 en ) et conforté l'idée que les études arabes sont des études à risques, aux débouchés instables.
Colloque du centenaire de l'agrégation de l'arabe Le centenaire de l'agrégation d'arabe donne lieu les et à un colloque à l'Institut du monde arabe et à La Sorbonne, au cours duquel plusieurs interventions s'efforcent de dresser un tableau fidèle de l'enseignement de l'arabe en France d'hier à aujourd'hui. Dans une intervention intitulée « La “masse manquante” : l'offre du service public et les enjeux de l'enseignement de l'arabe en France aujourd'hui », Luc-Willy Deheuvels, professeur à l'INALCO, et Joseph Dichy relèvent les éléments suivants, dans . :
L'enseignement de l'arabe dans l'enseignement public secondaire rassemble moins de , dont à Mayotte et à La Réunion ; Il faut y ajouter plus de contraints d'étudier l'arabe par correspondance faute d'un maillage suffisant de l'offre dans les établissements publics ;
Alors que, dans le même temps, les enseignements de langue et culture d'origine (ELCO), financés par les États du Maghreb à destination des enfants de leurs ressortissants installés en France, rassemblent , alors qu'ils sont majoritairement implantés dans le secondaire. l'enseignement dans un cadre associatif, souvent religieux, et dont les pratiques pédagogiques ne sont pas contrôlées, rassemble , d'après les évaluations du ministère de l'Intérieur.
Au total, l'enseignement public de l'arabe « en présentiel » en France métropolitaine rassemble donc , contre pour les ELCO et les associations.
Enseignement de l'arabe depuis le début du mandat de Sarkozy Discours de Constantine Le président de la République, Nicolas Sarkozy, maintient les concours d'arabe et, le , à l'occasion d'une visite d'État en Algérie, il prononce un discours dans lequel il déclare. :
Assises de l'enseignement de la langue et de la culture arabe
Ces assises sont organisées le à l'Assemblée nationale. Empêché de se joindre à ces assises, Nicolas Sarkozy fait lire par Malika Ben Larbi, sous-préfet, un message., dans lequel il vante son action en faveur de l'islam et son action afin de fournir aux pays arabes un accès au nucléaire civil, deux éléments absents de la note d'intention. préparée par les organisateurs.
À l'issue de cette journée, le ministre de l'Éducation nationale, Xavier Darcos, annonce cinq grands axes de développement pour l'enseignement de la langue arabe :
généralisation des sixièmes bilangues dès la rentrée suivante ; identification et création d'établissements pilotes pour l'arabe afin d'éviter la dispersion des moyens ; généralisation des regroupements inter-établissements en centre-ville dans les grandes agglomérations ; développement des sections internationales et de langues orientales (avec une ouverture prévue pour l'année suivante). C'est à cette occasion, que le ministre a évoqué les succès que sont les deux seules sections internationales d'arabe : celle du lycée Honoré-de-Balzac à Paris et celle du lycée international Europole à Grenoble ; développement de l'arabe dans l'enseignement professionnel (notamment hôtellerie, tourisme, restauration).
Des mesures qui tardent à se concrétiser Un an après, les mesures annoncées tardent à se concrétiser. Cependant, l'intérêt pour la question est relancé par un article publié par Brigitte Perucca dans l'édition du Monde du , intitulé La langue arabe chassée des classes, qui reprend une partie des analyses exposées lors du colloque du centenaire de l'agrégation d'arabe. Cet article à un certain retentissement, puisqu'il donne lieu à deux questions au gouvernement de sénateurs, Yannick Bodin (PS). et Jacques Legendre (UMP)., au ministre de l'Éducation nationale.
Références
Voir aussi
Bibliographie
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Article connexe Institut Avicenne de sciences humaines (IASH)
Liens externes
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