Roberto Rossellini Prononciation en italien standard retranscrite selon la norme API., né le à Rome et mort dans la même ville le , est un réalisateur italien de cinéma et de télévision.

Il est l'un des réalisateurs les plus importants de l'histoire du cinéma italien, qu'il a contribué à faire connaître au monde entier avec des films tels que Rome, ville ouverte (1945), Païsa (1946) et Allemagne année zéro (1948), faisant de lui l'un des pères du néoréalisme. Très vite remarqué par l'équipe de critiques des Cahiers du cinéma, il a également une influence déterminante sur la Nouvelle Vague française, et il co-scénarise notamment Les Carabiniers (1963) de Jean-Luc Godard. Mais il se fait surtout connaître du grand public par ses films mettant en vedette son épouse Ingrid Bergman tels que Stromboli (1950), Europe 51 (1952), Voyage en Italie (1954), La Peur (1954) et Jeanne au bûcher (1954). Durant les années 1960 et 1970, il se distingue par ses nombreux documentaires à la télévision, notamment en réalisant la reconstitution historique La Prise de pouvoir par Louis XIV (1966) pour l'ORTF ou la série Les Philosophes et ses portraits de Socrate (1971), Pascal (1972), Augustin (1972) et Descartes (1974). Son dernier téléfilm après son épopée biblique Le Messie (1976) s'intitule Le Centre Georges-Pompidou, un documentaire sur la fondation du célèbre musée parisien en 1977.

Au cours de sa carrière, il a remporté certains des prix cinématographiques les plus importants, notamment la Palme d'or au Festival de Cannes, le Lion d'or à la Mostra de Venise et cinq Rubans d'argent ; il a également été nommé aux Oscars. Des réalisateurs comme François Truffaut ou Martin Scorsese ont affirmé à plusieurs reprises avoir été influencés par le cinéma de Rossellini et le considérer comme un maestro. Otto Preminger s'est laissé dire que « l'histoire du cinéma se divise en deux époques : l'une avant et l'autre après Rome, ville ouverte » et Jacques Rivette déclare quant à lui qu' « avec la sortie de Voyage en Italie, tous les [autres] films ont subitement vieilli de dix ans...».

Biographie vignette|gauche|Une scène du Navire blanc (1941), premier long métrage de Rossellini et premier volet de la Trilogie fasciste. Issu d’une famille bourgeoise habitant Rome, Roberto Gastone Zeffiro Rossellini a vécu dans la demeure paternelle dans une atmosphère artistique, musicale et culturelle. Le père de Roberto, Angiolo Giuseppe Rossellini, dit Peppino Rossellini, était un entrepreneur en bâtiment bien connu de la capitale, bénéficiant de la fortune et de l'appui d'un oncle entrepreneur, Roberto Zeffiro Rossellini. La mère de Roberto est la femme au foyer Elettra Bellan, originaire de Porto Viro dans la province de Rovigo et d'origine partiellement française, issue d'immigrants arrivés en Italie pendant les guerres napoléoniennes.. Fils aîné, il passe son adolescence avec son frère Renzo et ses sœurs Marcella et Micaela dans des cercles libéraux et cultivés. Il habitait sur la Via Ludovisi, où Benito Mussolini avait son premier hôtel romain en 1922, lorsque le fascisme a pris le pouvoir en Italie. Il fréquente le lycée Tasso puis Nazareno. vignette|Mario Monicelli et Roberto Rossellini à la Mostra de Venise 1955. Le père de Rossellini construit la première salle de cinéma de Rome, le Barberini (en pratique, une salle où l'on pouvait projeter des films), autorisant Roberto à assister librement à de nombreuses séances ; Rossellini commence donc à fréquenter le cinéma dès son plus jeune âge. Au décès de son père, il se met à travailler comme monteur et, pendant un certain temps, il exerce accessoirement tous les métiers liés à la création d'un film, gagnant de la compétence dans chaque domaine.

En 1936, il épouse Marcella De Marchis, décoratrice et costumière, avec laquelle il collaborera longtemps, même après la rupture du mariage. De cette union naît Romano (mort d'une appendicite en 1946 alors qu'il n'a que 9 ans., son père lui a dédié Allemagne année zéro) puis en 1941 Renzo, qui devint assistant réalisateur, puis réalisateur et travailla souvent avec son père.

Les premières réalisations de Rossellini furent des courts-métrages : en 1936, Daphne, puis, en 1938, Prélude à l'Après-midi d'un faune, qui fut interdit par la censure pour impudicité, et en 1939, Fantaisie sous-marine (Fantasia Sottomarina). En 1938, il assiste Goffredo Alessandrini pour le scénario de Luciano Serra, pilote qui obtint la Coupe Mussolini pour le meilleur film italienLa Coupe Mussolini, d'inspiration fasciste, attribuée de 1934 à 1942, fut remplacée par le Lion d'or de Saint-Marc à partir de 1947. à la Mostra de Venise et fut l’un des films italiens les plus populaires de la première moitié du . Puis, en 1940, il est appelé à assister Francesco De Robertis pour la réalisation de SOS 103. Son amitié étroite avec Vittorio Mussolini, fils du Duce et responsable du cinéma en Italie, a été interprétée comme une possible raison pour laquelle il a été préféré à d'autres apprentis. Il convient de mentionner Fantaisie sous-marine, le court métrage expérimental tourné en 1939 pour Genepesca en utilisant uniquement deux aquariums dans sa maison de Ladispoli.

Les années de guerre vignette|gauche|Massimo Girotti et Michela Belmonte dans Un pilote revient (1942). Certains auteurs décrivent le début de sa carrière comme une suite de trilogies. Son premier film en tant que réalisateur, Le Navire blanc (1941), a été sponsorisé par le centre de propagande audiovisuelle du ministère fasciste de la Marine royale, et constitue la première œuvre de la Trilogie fasciste de Rossellini, avec Un pilote revient (1942) et L'Homme à la croix (1943).. Son amitié et sa collaboration avec Federico Fellini, qui fut son assistant, et Aldo Fabrizi remontent à cette période. Il fréquente la trattoria Osteria Fratelli Menghi, lieu de rencontre d'artistes peintres, des poètes, mais surtout des jeunes réalisateurs et scénaristes comme Ugo Pirro, Franco Solinas ou Giuseppe De Santis.

Lorsque le régime fasciste prend fin en 1943, juste deux mois après la libération de Rome, Rossellini travaillait déjà sur Rome, ville ouverte d'après un récit de Sergio Amidei (avec Fellini qui participa au scénario et Fabrizi qui interprétait le rôle du prêtre). Il produisit lui-même le film (la majeure partie de l'argent est venue de crédits et de prêts). Ce film dramatique n'a pas été un succès immédiat en Italie, mais plutôt un succès de retour des États-Unis et de la France, surtout après l'obtention du Grand Prix (ancêtre de la Palme d'or) lors du Festival de Cannes 1946 conjointement avec dix autres films. Rossellini entame ainsi sa Trilogie de la guerre, dont le deuxième titre est Païsa, tourné en six épisodes avec des acteurs non professionnels (Giulietta Masina y figure) entre Naples, Maiori sur la côte amalfitaine, un couvent dans les Apennins et le delta du Pô. Le troisième film de la Trilogie de la guerre est Allemagne année zéro, parrainé par un producteur français et filmé dans le secteur français de Berlin. À Berlin aussi, Rossellini aurait préféré faire jouer des acteurs non professionnels, mais n’a pu trouver de visage qui pouvait l’« intéresser ». Il plaça son appareil-photo au milieu d'une place dans le centre-ville, comme il l'avait fait pour Paisà, mais fut surpris de ne voir aucun curieux venir l'observer.

Une des raisons du succès serait, selon Rossellini, le fait qu’il a réécrit les scénarios suivant les sentiments et les histoires d’acteurs non professionnels. Les accents régionaux, les dialectes et les costumes apparaissaient dans les films comme ils étaient dans la réalité.

Après la Trilogie de la guerre, Rossellini a réalisé deux films aujourd'hui considérés comme « transitoires » : L'amore (avec Anna Magnani) et La Machine à tuer les méchants, tous deux tournés à Maiori, sur la côte amalfitaine, sur la capacité du cinéma à représenter la réalité et la vérité (rappelant la commedia dell'arte).

Ingrid Bergman et la Nouvelle Vague En 1948, Rossellini reçoit une lettre d'une actrice étrangère, Ingrid Bergman, se proposant de travailler avec lui :

Ce à quoi le réalisateur italien répond :

vignette|gauche|Roberto Rossellini et Ingrid Bergman en 1953. vignette|Ingrid Bergman et Sandro Franchina dans Europe 51. Cette lettre marque le début d'une des histoires d'amour les plus populaires du monde du cinéma, entre Ingrid Bergman et Roberto Rossellini, tous deux au sommet de leur popularité. Cette liaison a provoqué un grand scandale dans les milieux du cinéma (Rossellini et Bergman étaient tous deux mariés à d'autres personnes) ; en particulier, Hollywood n'a pas pardonné au réalisateur italien d'avoir enlevé sa plus grande diva à l'industrie cinématographique américaine. Le scandale s'amplifie avec la naissance de leur premier enfant, Robertino, puis de leurs jumelles, Isabella et Isotta.

La collaboration entre Rossellini et Bergman débute en 1949 avec Stromboli (tourné sur l'île de Stromboli, dont le volcan est entré en éruption pendant le tournage), et se poursuit en 1950 avec Europe 51. En 1954, le film Voyage en Italie, âprement décrié par la critique italienne, permet à Rossellini d'entrer en contact avec les jeunes cinéphiles français qui donneront naissance à la Nouvelle Vague. C'est François Truffaut lui-même qui contacte Rossellini pour l'informer que le film est distribué en France dans une version complètement remaniée ; dès ce premier contact, Rossellini noue des relations profondes avec François Truffaut, Jean-Luc Godard, Jacques Rivette, Claude Chabrol et Éric Rohmer, alors tous critiques de la revue Cahiers du cinéma, et son influence est fondamentale dans leur passage derrière la caméra. Au cours de leur entretien, Rossellini souligne que le néoréalisme est pour lui « une position morale de laquelle on regarde le monde. Elle devient ensuite une position esthétique, mais le départ est moral ». André Bazin, fondateur de la revue, a décrit le style de Rossellini comme une esquisse, une ébauche. Ce qui caractérise le réalisateur italien, c'est en effet le manque apparent de préparation, l'absence fréquente de scénario complet ou de construction minutieuse des scènes. Le cinéma de Rossellini apparaît ainsi plus proche de la réalité où l'absence de marque stylistique est un signe de modernité. C'est pourquoi il a été une source d'inspiration pour les cinéastes de la Nouvelle Vague.

En 1957, Roberto Rossellini avait été désigné par le studio Fox comme réalisateur du film d'aventures maritimes L'Épouse de la mer. Les acteurs Richard Burton et Joan Collins rejoignent le projet, enthousiasmés à l'idée de travailler avec le cinéaste italien. Cependant, avant le début du tournage en Jamaïque, Rossellini, dont le scénario aurait posé des problèmes de censure, s'est retiré de la production et a été remplacé par Bob McNaught Brunette, Peter. Roberto Rossellini. Berkeley, CA: University of California Press, 1996. p. 195. Voir aussi Bragg, Melvyn. Rich: The Life of Richard Burton. London: Hodder & Stoughton, Ltd., 1988.

Le passage du cinéma à la télévision La première œuvre de Roberto Rossellini pour la télévision est Psychodrame en 1956, où il signe un portrait de Jacob Levy Moreno, père de la psychothérapie de groupe, et de son assistante Anne Ancelin Schützenberger. L'expérience (produite et jamais diffusée par la Radiodiffusion-télévision française) du maître du néoréalisme constitue le prototype du « Psycho-cinéma » théorisé en Amérique par Moreno qui sera réalisé et diffusé en Italie par la RAI cinquante ans plus tard avec le programme (1991) d'Ottavio Rosati et la réalisation télévisuelle de Claudio Bondì, élève de Rossellini. vignette|La série Les Philosophes consiste en des portraits de Socrate, Augustin d'Hippone, Descartes et Pascal.