Varroa destructor est une espèce d'acariens parasites de l'abeille adulte ainsi que des larves et des nymphes. Il est originaire de l'Asie du Sud-Est, où il vit aux dépens de l'abeille asiatique Apis cerana qui résiste à ses attaques, contrairement à l'abeille domestique européenne Apis mellifera. Ce parasite provoque des pertes économiques importantes en apiculture et il est une des causes du syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles. Ayant colonisé quasiment toutes les zones où Apis mellifera est présente, la varroose est désormais un problème d'ordre mondial.

Origine L’acarien vit en équilibre avec son hôte d'origine : l’abeille Apis cerana, qui se trouve surtout dans le sud-est de l'Asie. Pour produire plus de miel, des apiculteurs importèrent des colonies d’Apis mellifera dans la région d’origine d’Apis cerana. La cohabitation des deux espèces d’abeilles aurait permis au Varroa jacobsoni de parasiter l’Apis mellifera. La rencontre entre le varroa et l’abeille domestique aurait eu lieu vers 1877 au Japon.. Son adaptation à son nouvel hôte aurait donné naissance à une nouvelle espèce : le Varroa destructor. L’Apis mellifera est beaucoup plus vulnérable que ne l’est sa cousine asiatique car elle s’épouille assez mal tandis que son cycle de développement est plus long, ce qui permet à l’acarien de se reproduire en plus grand nombre.. À cause des transhumances et du commerce mondial d’essaims, sa propagation fut rapide. Sa première observation sur Apis mellifera a été relevée en Sibérie en 1964. Dans les années 1970 il est apparu en Europe et en France depuis 1982.. Aujourd’hui, les acariens se sont propagés quasiment sur l'ensemble de la planète. Seules l'Australie, certaines régions d'Afrique centrale, Terre Neuve Honey Bee Apis mellifera Parasites in the Absence of Nosema ceranae Fungi and Varroa destructor Mites Dave Shutler, Krista Head, Karen L. Burgher-MacLellan, Megan J. Colwell, Abby L. Levitt, Nancy Ostiguy, Geoffrey R. Williams et la Polynésie française étaient épargnées par la varroose ; toutefois, le , l'Australie annonçait sa détection et la mise en quarantaine de toutes les ruches. En France, l'île d'Ouessant, épargnée jusqu'alors, est infestée depuis 2022.

Morphologie thumb|left|Varroa sur l'abeille thumb|Varroa sur pupe d'abeille thumb|left|En microscopie électronique thumb|Varroa sur pupes thumb|left|En microscopie électronique thumb|right|Varroa destructor sur larve d'abeille

Le varroa ressemble à un petit crabe aplati.. C’est la femelle qu'on observe le plus régulièrement. De couleur rouge, elle mesure de 1 à de long sur 1,5 à de large. Les mâles ne sortent jamais des alvéoles. Ils sont blanc jaunâtre et mesurent de diamètre.. Les femelles sont très agiles et l’extrémité de leurs pattes est munie de ventouses pour s’agripper aux abeilles. Les pattes sont courtes, le corps est recouvert de nombreuses soies. Sa forme plate est bien adaptée pour se loger entre la nymphe et les parois de l’alvéole, ainsi que sur le corps de l’abeille adulte. Il y a quelques années, on ne connaissait pas de prédateurs à cet acarien, mais le pseudoscorpion Chelifer cancroides semble être un candidat sérieux.

Cycle de vie On a longtemps cru que la femelle varroa se nourrissait par piqûre de l’hémolymphe des abeilles. Une étude de 2019 a démontré qu'en fait c'est leur tissu adipeux qui constitue la source de nourriture privilégiée du varroa, et non l'hémolymphe. . La reine, les ouvrières et les mâles sont tous visés et cela à tous les stades de leur développement (larve, nymphe, abeilles adultes). La durée de vie du parasite est adaptée au cycle de vie de l’abeille. thumb|Alors que la population d’abeilles et de couvain décroissent à la fin de l’été, le nombre de varroa reste important. La pression parasitaire est des plus critiques lors des mois d’août à octobre. On a remarqué qu’une colonie qui hiverne avec plus de 50 varroas a peu de chances de survivre l’année suivante. En été, la femelle varroa vit entre un et deux mois. En hiver entre six et huit. Le mâle varroa meurt après l’accouplement..

Reproduction

Diagnostiquer la varroose La maladie provoquée par la prolifération de varroa est appelée varroose, et parfois de façon incorrecte varroase ou varroatose. Le terme correct est varroose car cette maladie est une parasitose, et doit donc être nommée du nom du parasite suivi du suffixe -ose Kassai T., 2006, Nomenclature for parasitic diseases: cohabitation with inconsistency for how long and why?, Veterinary Parasitology, 138, 169–178, http://www.waavp.org/files/Nomenclature%20for%20parasitic%20diseases.pdf comme le prévoit la nomenclature standardisée de la World Association for the Advancement of Veterinary Parasitology.. Ainsi l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE), qui avait utilisé le terme varroase dans son manuel terrestre de 2005http://web.oie.int/fr/normes/mmanual/pdf_fr/Chapitre%20final05%202.9.5_Varroosis.pdf, a corrigé et employé le terme varroose en 2008http://www.oie.int/fileadmin/Home/fr/Health_standards/tahm/Chap%202.2.7._Varroose_2008.pdf.

Quand les abeilles hivernent, on glisse sur le plateau de la ruche une plaque graissée qui recueille tout ce qui tombe des rayons, en particulier les varroas morts naturellement. Quand les abeilles sont actives, il faut protéger ce lange d’une grille fine pour que les abeilles ne le nettoient pas. Si on utilise un plateau grillagé, il suffit de mettre la plaque sous le grillage en faisant attention que les fourmis n’y aient pas accès car elles peuvent emmener les cadavres de varroa et fausser le comptage. Pour effectuer un comptage, les apiculteurs laissent le lange au moins une semaine car les variations quotidiennes peuvent être importantes. En divisant le nombre de varroas trouvés par le nombre de jours et en le multipliant par 50, on obtient une estimation du nombre de varroas présents dans la colonie.. + Symptômes de la varroose Symptôme Diagnostic sujet à erreur Autres maladies ayant le même symptôme abeilles aux ailes atrophiées

abeilles tortillant de l’abdomen X intoxication abeilles traînantes acariose, nosémose, intoxication larves et nymphes sorties devant la colonie mycoses paquets d’abeilles ressemblant à de petits essaims

vol difficile, voire impossible X acariose, nosémose cannibalisme X nymphes atrophiées et mortes dans l’alvéole

Les effets du varroa sur l’abeille Se nourrissant de l’hémolymphe et des acides gras, le varroa prive l’abeille de nombreuses cellules sanguines et de protéines. Entre autres, la gelée royale produite par les nourrices est alors de moins bonne qualité, ce qui nuit au bon développement du couvain. L’effet le plus dévastateur est la transmission des maladies lors des piqûres ou ultérieurement car la plaie reste ouverte et devient un foyer infectieux. Ainsi, la varroose est souvent associée au développement de malformations ou d’autres maladies telles que le couvain sacciforme, les loques, la paralysie aiguë, etc.

Moyens de lutte Au début de la propagation, on a cru pouvoir l’éradiquer en détruisant systématiquement les colonies touchées. Mais la contagion semble souvent inexorable à cause de facteurs importants de disséminations naturelles (pillage, dérive, essaimage) ou anthropiques (transhumance, commerce des colonies). En particulier, cette espèce est capable de mimétisme biochimique : elle change la composition moléculaire de sa cuticule pour mimer son hôte et se rendre indétectable dans la colonie.

Traitements chimiques À l'exception de l'acide formique, toutes les molécules utilisées dans les médicaments destinés à la lutte contre la varroose n'ont pas d'effet sur les varroas présents dans le couvain. Les médicaments agissent seulement sur les varroas phorétiques (ceux présents sur les abeillesRCP des produits avec AMM.).

Le couvain ouvert, puis operculé, constitue le substrat idéal pour le bon développement de la varroose. D’abord par sa capacité d’attraction, ensuite en sa qualité d’hôte idéal, offrant le gîte et le couvert. Cette particularité explique les résultats médiocres de tous les médicaments placés dans une colonie d'abeilles active, c'est-à-dire hors phase d'hivernage profond.

En 1982, le seul traitement disponible était le Folbex VA. Sous forme de bandes papier, il fallait les consumer afin de libérer la substance active : le bromopropylate. Ce traitement se montra vite inopérant.

Des générateurs d’aérosol apparurent (Edar, Phagogène). Ces appareils volumineux nécessitent pour fonctionner de l’électricité ou du gaz. Ils permettent d’introduire dans les colonies différentes substances actives. La plus utilisée est l’amitraze. La même substance peut aussi être imbibée dans des langes enduits de vaseline. Cette molécule administrée en aérosols ou en évaporation donne des résultats, mais elle ne s’attaque pas aux varroas logés dans les alvéoles operculées et nécessite donc de fréquentes applications. Il est donc surtout efficace en période hivernale où le couvain est réduit. Dans les climats chauds tels que la zone méditerranéenne, le couvain est présent en toutes saisons de sorte que l’apiculteur doit redoubler de vigilance..

Certains apiculteurs ont utilisé le Klartan à base de fluvalinate. L’efficacité est certaine, mais son usage est illégal en France.

Pour utiliser cette molécule, il a fallu attendre une autorisation de mise sur le marché de l’Apistan, lanières diffusant du fluvalinate. Elle permettait de traiter de manière efficace et simple (une seule application par an) les colonies jusqu’à ce que le varroa développe une résistance à ce médicament sans doute favorisé par le manque d’alternatives dans les traitements.

Traitements alternatifs Ces traitements «biologiques» ont une efficacité plus irrégulière et plus faible.. Cependant, leurs résidus présentant moins de nocivité pour la santé, ils permettent d’élargir la palette des traitements et réduire l’apparition de résistances du varroa.

Acide formique L’acide formique est présent naturellement dans le miel. Les meilleurs résultats sont obtenus ponctuellement en imbibant 30 ml d’acide à 65 % pour une ruche Dadant sur une éponge en viscose. Sa manipulation nécessite des lunettes et des gants. Son évaporation varie beaucoup en fonction de la température extérieure et de la position du diffuseur dans la ruche.

Thymol Le thymol n’est pas vénéneux. On peut le dissoudre dans de l’alcool ménager, en imbiber des bouts de carton et les laisser s’évaporer au-dessus des cadres. La température extérieure doit être supérieure à . Tout le rucher doit être traité en même temps car les vapeurs incommodent les abeilles qui peuvent changer de ruches. Son efficacité avoisine les 80 %. Plusieurs médicaments utilisent le thymol dont Apiguard, Thymovar et Apilife-Var. Les trois ont une autorisation de mise sur le marché en France. Ce dernier est associé à du camphre, du menthol et de l’huile essentielle d’eucalyptol.. On conseille un premier traitement au thymol dès la récolte de juillet, puis de traitement avec des lanières et enfin une application d'acide oxalique hors couvain en décembre ou début janvier. thumb|left|230px|Abeilles noires sortant massivement de la ruche après traitement avec de l'Apiguard.

Acide oxalique Des plantes comestibles comme l’oseille contiennent de l’acide oxalique. Il n’est cependant pas sans danger et est considéré comme vénéneux dans la pharmacologie européenne. Il figure dans l’annexe 2 des limites maximales de résidus des substances vétérinaires. Les vétérinaires en France peuvent donc en prescrire aux apiculteurs bio. Son efficacité a été démontrée et, en respectant le protocole d’utilisation, on ne détecte pas de traces dans le miel.