vignette|Ligne rouge : Front à la fin du traité de paix. Vert clair : Zones devenues indépendantes. Vert légèrement plus clair : Zones passées sous contrôle allemand. Jaune (autour de Minsk) : Zones occupées par les Allemands et destinées à être cédées à l’Union soviétique. Le traité de Brest-Litovsk est signé le entre les gouvernements des empires centraux menés par l'Empire allemand et la jeune république russe bolchévique, issue de la révolution russe, dans la ville de Brest-Litovsk. Il met fin définitivement aux combats et à la guerre sur le front de l'Est de la Première Guerre mondiale, après que la signature de l'armistice du 15 décembre 1917 les a interrompus.
Il est dénoncé le suivant, après l'armistice du 11 novembre qui consacre la défaite de l'Allemagne face aux Alliés sur le front de l'Ouest, consécutive à la révolution allemande, ainsi qu'après les défaites de l'Autriche-Hongrie, de la Bulgarie et de l'Empire ottoman, sur les fronts italien, des Balkans et du Moyen-Orient.
Contexte général Dès le début de l'année 1917, la population russe dans son immense majorité souhaite la fin de la Première Guerre mondiale. Ce désir de paix est une des causes immédiates de la révolution russe, qui a commencé avec la révolution de Février puis, à terme, avec la révolution d'Octobre.
L'Armée russe en 1917 Dès la fin du mois de , les militaires russes renoncent à toute initiative sur le front, conscients de la dissolution de l'ancienne armée impériale russe, minée par les désertions. L'échec de l'offensive lancée en a achevé de désorganiser l'armée. Les soldats russes, las du conflit, aspirent à la paix et refusent de servir le nouveau pouvoir issu de la Révolution de Février ou souhaitent prendre le pouvoir pour leur propre compte.
A la suite de la tentative de putsch de Kornilov, un fossé se creuse encore plus entre la troupe et les officiers, suspectés d'avoir soutenu les putschistes ce qui aboutira finalement à la révolution d'Octobre.
Révolution d'Octobre
La situation politique embrouillée achève de remettre en cause le pouvoir du gouvernement provisoireÀ quelques semaines d'intervalle, deux tentatives de coup d'État, d'extrême-droite, puis d'extrême gauche, ont été brisées par le gouvernement provisoire., tandis qu'Alexandre Kerenski a tenté de reprendre en main la situation en convoquant un Pré-parlement (ou Soviet de la République) le , processus qui échoue et debouche sur la révolution d'Octobre qui consacre la victoire des bolcheviks.
L'arrivée au pouvoir des bolcheviks accélère l'adoption d'un décret de paix par le Congrès des Soviets le . Ainsi, Trotski, en tant que commissaire du Peuple aux Affaires étrangères, propose aux Alliés et aux empires d'Europe centrale une paix générale. Mais le lendemain, les puissances centrales sont les seuls belligérants à donner suite au télégramme envoyé la veille.
Armistice du
vignette|Signature de l'armistice germano-russe du , avec à gauche le commandant des opérations du front de l'Est (maréchal prince Léopold de Bavière) et à droite la délégation bolchévique russe (Lew Kamenev, Adolf Joffé, Anastassija Bizenko, Amiral Atfaler), selon les archives allemandes. Mettant en application le décret du , le nouveau commandant en chef de l'armée russe, Krilenko a fait parvenir aux puissances centrales une demande d'armistice immédiate, rapidement acceptée par l'Empire Allemand et la double monarchie. Krilenko annonce l'ouverture de négociations peu après, et donne l'ordre aux unités russes de ne plus mener d'actions offensives contre les troupes des puissances centrales.
Le , le nouveau gouvernement bolchevik fait savoir son souhait de préparer une paix sans annexion ni indemnité. Pour l'Empire allemand, une paix séparée permettrait de se concentrer sur un front unique à l'ouest, où l'apport de troupes supplémentaires pourrait être décisif.
Au début du mois de , les diplomates allemands et autrichiens espèrent la signature rapide d'un article, préalable à une paix de victoire sur le front oriental.
Négociations Les négociations débutent le , par des pourparlers auxquels il n'est pas prévu que les puissances alliées (France, Royaume-Uni et États-Unis) prennent part. Selon les clauses de l'armistice, les négociations de paix doivent en effet commencer aussitôt l'armistice entré en vigueur.
Les puissances centrales face au nouveau pouvoir russe
vignette|Délégation russe à Brest-Litovsk. Assis, depuis la gauche : Lev Kamenev, Adolf Joffé, Anastasia Bitsenko. Debout : Vladimir V. Lipskiy, Pēteris Stučka, Léon Trotski, Lev Karakhan. Dès le , les bolcheviks ont adressé aux puissances centrales une demande d'armistice, accueillie favorablement le lendemain. Cet armistice est rapidement négocié et entre en vigueur le 1917 pour une durée de deux mois.
Dès le , à Kreuznach, les principaux dirigeants allemands, l'empereur, le chancelier et les représentants de l'OHL définissent les instructions que doivent suivre leurs négociateurs mais au terme de cette journée, celles-ci ne sont pas intégralement fixées, et le chef de la délégation allemande se rend à Brest-Litovsk privé de certaines instructions claires.
Projets allemands, austro-hongrois et aspirations bolcheviques L'Allemagne poursuit à l'encontre du gouvernement bolchevique les mêmes objectifs que ceux poursuivis à l'époque du tsar puis à celle du gouvernement provisoire. Sous couvert de défendre le droit des provinces baltes, de la Finlande, de l'Ukraine et du Caucase à disposer d'eux-mêmes, le gouvernement allemand cherche à agrandir sa zone d'influence à l'Est de sa zone d'intervention .
Les armées des empires centraux souhaitent toutes pouvoir disposer de sources d'approvisionnement en matières premières et minières (notamment en métaux rares) pour l'industrie de guerre, ainsi qu'en productions agricoles pour les populations des empires centraux. Ainsi, au mois de , les représentants de l'industrie métallurgique allemande expriment, dans un courrier adressé à Hindenburg, leurs objectifs en Russie : tous souhaitent la prise de contrôle d'un certain nombre de bassins miniers, notamment en UkraineCes demandes confèrent à la conquête de l'Ukraine en une dimension non seulement politique mais surtout économique. et dans le Caucase : Thyssen, par exemple, souhaite non seulement contrôler totalement les mines de manganèse de Tchiatoura, dans le Caucase russe, et de Krivoi Rog, mais aussi faciliter le transport de ces minerais vers l'Allemagne. Dans le même temps, le , une conférence réunit à Bad Kreuznach, Guillaume II, son chancelier, son ministre des Affaires étrangères et le Haut État-Major pour fixer le niveau des demandes à adresser au nouveau pouvoir russe. Mais, rapidement, lors de la première quinzaine de , les divergences entre dirigeants allemands et austro-hongrois créent les conditions d'une grave crise politique entre eux.
À ces projets des empires allemand et austro-hongrois visant à donner des bases solides à leurs puissance futures répondent les projets des bolcheviques russes, présentés le marqués par la volonté émancipatrice et internationaliste de la recherche d'une paix sans annexion ni indemnité. Les projets austro-hongrois et allemands, préparés par Czernin sont ainsi de fait caducs avant même leur négociation en raison des conditions préalables posées par les Russes. La rédaction des propositions des empires centraux leurre une partie de la délégation russe, mais suscitent une forte opposition de la presse allemande comme du haut-commandement, ce qui oblige finalement les représentants allemands et austro-hongrois à lever les dernières illusions russes, les , par une formulation abrupte de leurs objectifs réels.
Négociations
vignette|250px|Carte illustrant en gris les prétentions territoriales des indépendantistes ukrainiens soutenus par les Allemands (publiée dans The New York Times, le 17 février 1918, lors des négociations pour le traité de paix entre Moscou et Berlin). Les pourparlers débutent à Brest-Litovsk le entre la délégation bolchevique russe conduite par Joffé (rapidement remplacé par Trotski ) et une délégation de représentants allemands et austro-hongrois, dans laquelle Ottokar Czernin, alors ministre austro-hongrois des Affaires étrangères, joue un rôle important.
Parallèlement aux négociations avec la Russie se déroulent des négociations avec l'Ukraine qui souhaite voir reconnaître son indépendance par les puissances centrales, mais est en pleine guerre civile entre le gouvernement de Karkhov, d'inspiration bolchévique et le gouvernement issu de la Rada. Le gouvernement allemand propose la cession par l'Autriche-Hongrie de la Galicie orientale à la nouvelle république ou au moins son autonomie au sein de l'empire d'Autriche. Les négociations devant aboutir au traité sont menées sous la pression de la double monarchie austro-hongroise et du gouvernement de la Rada centrale. L'Autriche-Hongrie, au bord de la famine et de l'effondrement selon Czernin, est pressée de conclure la paix, comme le montre l'ampleur des concessions proposées par Czernin. De cette paix, les responsables austro-hongrois espèrent l'assurance de livraisons de denrées alimentaires, quelles qu'en soient les conséquences à moyen ou à long terme, selon le mot même de Czernin, pour son pays : conscients de cette situation, les négociateurs ukrainiens, ne se considérant pas comme une puissance défaite, font ainsi monter les enchères, négociant la cession de vastes territoires en Galicie, plaçant Czernin devant une grave crise politique en Autriche : l'érection de la Galicie orientale en autonome, prélude de la cession définitive du gouvernement de Chełm à l'Ukraine nouvellement indépendante. Cependant, la Rada et son gouvernement ne sont pas en mesure de remplir les termes du traité et voient surtout dans cet accord un moyen de reprendre le dessus dans la guerre civile qui les oppose aux bolcheviks, qui viennent de prendre Kyïv .
Les négociations avec le pouvoir qui s'est mis en place en Russie après la révolution d'Octobre se poursuivent après celles du début du mois de . Le , les Allemands exposent les revendications territoriales des puissances centrales à l'égard de la Russie, sous la forme d'une carte marquée d'un trait matérialisant la nouvelle frontière. Ces revendications entraînent un arrêt des négociations, la délégation russe demandant à retourner à Petrograd pour consulter son gouvernement et la prise en charge par l'Allemagne de la défense des intérêts des puissances centrales créant des frictions au sein de l'alliance austro-allemande. Berlin souhaite en effet faire durer les négociations le plus longtemps possible, afin de pouvoir négocier la cession ou la mise sous tutelle du plus grand nombre de territoires russes, tandis que Vienne souhaite la conclusion la plus rapide possible d'une paix qui garantirait son approvisionnement alimentaire.
À la surprise générale, alors que les Allemands et leurs alliés ne s'attendent pas à un retour de la délégation russe, celle-ci revient à la négociation, avec Trotski à sa tête. Ce dernier tente de donner un nouveau souffle aux négociations, utilisant la paix comme outil de propagande. Dans le même temps, il se montre coriace sur les cessions de territoires et sur les modalités d'organisation des plébiscites qui doivent avoir lieu. Il tente aussi de mettre en place une propagande à destination des soldats allemands cantonnés sur le front de l'Est. Selon Thierry Wolton, les bolcheviks tentent alors de gagner du temps dans l'espoir d'une hypothétique révolution en Allemagne qui aurait pris l'ennemi à reversThierry Wolton, Une Histoire mondiale du Communisme, Tome I, Éditions Grasset et Fasquelle, 2015 .
vignette|Lev Kamenev arrive à Brest-Litovsk en janvier 1918.