Le site archéologique de Troie, communément appelé Hisarlık, Hissarlik ou Hisarlik (en turc , « lieu de la forteresse »), du nom turc d'une colline située dans l'actuelle province de Çanakkale en Turquie, est un site de fouilles archéologiques identifié par la majorité des archéologues et historiens à la cité de Troie mentionnée dans l’Iliade de Homère et d'autres textes de la tradition grecque antique, aussi dénommée Ilios (Ἴλιος, Ílios). C'est aussi aux époques historiques de l'Antiquité grecque et romaine le site de la cité d'Ilion (Ἴλιον, Ílion).
Le site a fait l'objet de nombreuses campagnes de fouilles, à la suite de celles entreprises par Heinrich Schliemann en 1870, ponctuées par des découvertes fortement médiatisées, qui ont popularisé son identification avec la Troie homérique, qui reste un sujet de débat en l'absence de preuve décisive, même si le site est généralement appelé Troie. Des campagnes de fouilles conduites par la suite, notamment celles menées de façon continue depuis 1988, ont permis de mieux connaître l'histoire du site même si de nombreuses questions restent en suspens.
En effet, depuis 1988, Manfred Korfmann, archéologue et professeur à l’université de Tübingen, fit apparaître que les découvertes réalisées jusqu’à présent ne concernaient qu’une acropole et que cette dernière dominait en réalité un site beaucoup plus vaste. Cette découverte amena la superficie totale de Troie à carrés. Dès lors, l’hypothèse selon laquelle le site d’Hisarlik correspondait à Troie fit l’unanimité parmi les chercheurs.
Occupé du jusqu'au début de l'époque byzantine (), le site se donne à voir comme une ville basse, couronnée d'une acropole lourdement enceinte et défendue, abritant les restes de palais, temples, édifices publics, au sein d'une colline artificielle fortement stratifiée, divisée en neuf niveaux principaux, numérotés du plus ancien au plus récent (Troie à ). L'acropole, qui est la zone la plus fouillée du site, a livré des constructions importantes pour la connaissance des civilisations de l'âge du Bronze ancien de l'Anatolie occidentale ( ), notamment de Troie qui comprend d'imposantes murailles et des bâtiments communautaires, ainsi que des trésors contenant des nombreux objets précieux (« trésor de Priam »). Le site reste prospère durant les phases suivantes de l'âge du Bronze, jusqu'à la dernière période de celui-ci (Troie et a), durant laquelle la ville s'accroit dans sa partie basse. C'est peut-être la capitale d'un royaume d'importance régionale mentionné dans les sources hittites, Wilusa. Cette période s'achève par des destructions qui pourraient correspondre à la phase de la guerre de Troie. Après une période de déclin de plusieurs siècles, le site gagne en importance au sortir de l'âge du fer, vers 800 , quand des Grecs étoliens y fondent la cité d'Ilion, qui gagne en importance durant les phases suivantes de l'histoire grecque (Troie ) puis sous la domination romaine (Troie ).
Situation régionale
Le site archéologique de Troie, Hisarlık dans la toponymie turque actuelle, correspond selon l'opinion générale à la Troie homérique, Ilios, et assurément à la cité d'Ilion des époques grecque et romaine, située dans la région dénommée Troade dans l'Antiquité, d'après son site principal. Le site s'organise autour d'un promontoire, situé de nos jours à de la côte des Dardanelles (Hellespont dans l'Antiquité). La plaine environnante est parcourue par deux cours d'eau, le Scamandre (nom actuel Karamenderes) et le Simoeis (Dümrek Deresi). Au moment de la fondation du site durant l'âge du Bronze, il était situé au bord de la mer, puis l'accumulation des sédiments charriés par les deux cours d'eau a repoussé la côte plus loin. La position géographique du site, comme tous ceux qui devaient lui succéder dans cette région de carrefour, est très avantageuse et explique manifestement son développement : il est situé à la jonction de l'Anatolie et des Balkans, donc sur un axe de communication terrestre majeur, et en même temps le long de la portion de mer qui joint la mer Égée et la mer Noire, donc un axe de communication maritime majeur.
Morphologie du site vignette|577x577px|Vue en coupe simplifiée du tell d'Hisarlık, l'acropole de Troie.|centré vignette|370x370px|Plan de l'acropole.
Forme générale Le site archéologique d'Hisarlık est divisé entre une partie haute, un tell (colline artificielle), désigné comme une « acropole », et une « ville basse » qui s'étend en contrebas, sur un plateau, surtout au sud et à l'est. L'acropole est érigée sur un éperon rocheux, mesure environ 300 × . Elle a été occupée de manière continue d'environ 3000 av. J.-C. à 600 ap. J.-C., et les accumulations successives de constructions, avec les décombres et de vestiges enterrés sous les constructions érigées par la suite, ont résulté en environ de strates archéologiques. L'acropole a concentré la majorité des fouilles, mais la ville basse, qui a une histoire d'occupation moins ancienne, a également fait l'objet de fouilles par endroits..
Les différentes strates Les premiers fouilleurs du site, Schliemann et Dörpfeld, ont distingué neuf périodes archéologiques sur l'acropole d'Hisarlık, qu'ils ont nommé « villes », numérotées de I à IX, de la plus ancienne à la plus récente. Cette périodisation générale a été préservée par les recherches suivantes et reste valide, tout en ayant été raffinée (avec la distinction de sous-périodes) et datée grâce au carbone 14.
Cette séquence, numérotée de Troie I à Troie IX, avec quelques subdivisions importantes, se décompose comme suit (les datations sont approximatives) : Troie I : 3000 – 2550 av. J.-C. ; Troie II : 2550 – 2300 av. J.-C. ; Troie III : 2300 – 2200 av. J.-C. ; Troie IV : 2200 – 2000 av. J.-C. ; Troie V : 2000 – 1750 av. J.-C. ; Troie VI : 1750 – 1300 av. J.-C. ; Troie VIIa : 1300 – 1180 av. J.-C. ; Troie VIIb : 1180 – 950 av. J.-C. ; Troie VIII : 950 – 85 av. J.-C. ; Troie IX : 85 av. J.-C. – 500/600 ap. J.-C.
Fouilles et identification Le site d'Hisarlık est repéré par Franz Kauffer en 1701, puis identifié comme l'Illion classique par le britannique Daniel Clarke en 1801. En 1822, Charles McLaren est le premier à déclarer que ce site correspond à la Troie homérique, en raison d'une tradition antique qui fait d'Ilion la continuatrice de cette ville légendaire, mais il y a des objections à cela dès l'Antiquité, notamment par le géographe Strabon. Durant les décennies qui suivent, d'autres sites sont présentés comme des candidats possibles pour être Troie. Afin d'en savoir plus, le britannique Frank Calvert, qui résidait dans la région, entame des fouilles à Hisarlık en 1863 et en 1865. C'est sur ses indications que l'allemand Heinrich Schliemann, venu dans la région afin de trouver l'antique Troie, porte son choix sur les ruines de ce site.
Heinrich Schliemann (1822-1890) est un commerçant et un banquier qui a fait fortune dans les affaires. Cette situation lui permet de financer sa quête des traces de l’Iliade, née de sa passion pour cet ouvrage et de son goût pour l'exploration. Il rachète Hissarlık à Calvert, qui n'a pas reçu de financement du British Museum et n'a plus les moyens de poursuivre ses fouilles, puis entame ses fouilles en 1870. Son but étant de trouver une preuve qu'il était sur le site de Troie, il engage de nombreux ouvriers et entreprend de dégager rapidement le monticule, jusqu'à atteindre les niveaux inférieurs. Ceux de Troie II, aux larges murailles et détruits par des incendies deviennent à ses yeux le candidat idéal pour être la Troie de Priam détruite par les Achéens. Il y met au jour un ensemble de trésors, et nomme le plus important d'entre eux « trésor de Priam ». Mais ses méthodes de fouilles sont contestées dès son époque, et notamment par Calvert, car elles conduisent à la destruction de niveaux antérieurs aux phases qui intéressaient le plus Schliemann. En fait, elles s'inscrivent dans une période d'expérimentation de l'archéologie, qui s'inspire en partie des méthodes minières. Par rapport aux autres fouilles archéologiques de l'époque, elle ne sont pas forcément moins bien réalisées, d'autant plus que Schliemann s'avère novateur par d'autres côtés (dans l'importance accordée à la stratigraphie, l'utilisation systématique de la photographie). Ses erreurs d'interprétations (il apparaît assez vite que Troie II est plus ancienne que la période supposée de la guerre de Troie), ses tendances à exagérer et à mentir sur les conditions de la découverte des trésors, et le fait qu'il fasse sortir ceux-ci illégalement de l'Empire ottoman, en infraction aux règles de partage des découvertes archéologiques en vigueur, créent une légende noire autour de sa personne. Devenu persona non grata pour la Sublime Porte, il se lance alors dans la découverte de Mycènes..
Le litige entre Schliemann et les Ottomans est réglé par le versement d'une compensation financière. Celle-ci lui permet de garder le trésor, qu'il présente à Londres, avant de l'offrir à l'Allemagne en 1881. Il retourne sur le site en 1878-1879, puis en 1882 et en 1889, juste avant sa mort en 1890. Afin de donner davantage de légitimité scientifique à ses recherches, il se fait assister par l'architecte Wilhelm Dörpfeld (1853-1940), déjà expérimenté sur des sites antiques. Celui-ci trace des plans rigoureux des zones fouillées et précise la stratigraphie du site. Il confirme les doutes sur le fait que Troie II puisse correspondre à l'époque de la guerre de Troie, vu qu'elle est trop ancienne d'un bon millénaire. C'est alors Troie VI qui devient la meilleure candidate. Schliemann semble se ranger progressivement à son avis dans ses dernières années. Dörpfeld continue les fouilles du site en 1893 et en 1894, avec le financement de Sophia, la veuve de Schliemann, et publie en 1901 les résultats des premières campagnes de fouilles.
Les fouilles suivantes ont lieu de 1932 à 1938, sous la direction de Carl Blegen et de son équipe de l'Université de Cincinnati. Les méthodes archéologiques sont plus abouties que celles de son prédécesseur, avec la même conviction qu'il s'agit de la Troie homérique.
Les fouilles ne reprennent qu'en 1988, lorsque les équipes conduites par Manfred Korfmann, de l'Université de Tübingen, s'installent à Hissarlık. Cette équipe internationale mobilise de nombreux chercheurs sur le long terme, notamment Charles Brian Rose pour la direction des fouilles des niveaux récents. Les résultats de ses fouilles permettent de préciser considérablement l'histoire du site, d'explorer sa ville basse. Mais les interprétations du directeur des fouilles suscitent par moments de violentes controverses. Après la mort de Korfmann, en 2005, les fouilles se poursuivent sous la direction d'Ernst Pernicka, assisté d'autres archéologues dont Peter Jablonka.
Depuis 2013, Rüstem Aslam, de l'Université turque de Çanakkale Onsekiz Mart, a repris la direction des recherches..
Les objets mis au jour à Troie se trouvent dans les musées d'Istanbul, de Troie, de Berlin, mais aussi de Moscou et de Saint-Pétersbourg, où le trésor de Priam a été emporté depuis l'Allemagne à l'issue de la seconde Guerre mondiale.
Le site, ses vestiges et son environnement immédiat sont classés par l'UNESCO, qui l'a inscrit sur la liste du patrimoine mondial en 1998.
En septembre 2012, les États-Unis ont restitué à la Turquie vingt-quatre bijoux en or dérobés sur le site à la fin du et exposés par la suite au musée de l'Université de PennsylvanieDes bijoux de Troie restitués à Ankara, Le Figaro, 5 septembre 2012..
Selon Mario Benzi, professeur et archéologue de l’Université de Pise, ..
Niveaux archéologiques Troie I thumb|Section des murailles de Troie I.
Troie I est le plus ancien niveau archéologique du site, daté approximativement de 3000 à 2550/2500 av. J.-C., ce qui correspond à la première partie de l'âge du bronze ancien. Ce niveau est lui-même subdivisé en quatorze sous-niveaux.