Bernard de Fontaine, abbé de Clairvaux, né en 1090 à Fontaine-lès-DijonAu château de Fontaine-lès-Dijon. et mort le à l'abbaye de Clairvaux, est un moine bourguignon, réformateur de la vie religieuse et saint catholique.

Directeur de conscience et important promoteur de l'ordre cistercien (ou ordre de Cîteaux), il recherche l'amour du Christ par la mortification la plus forte. Bernard de Fontaine fait preuve, toute sa vie, d'une activité inlassable pour instruire ses moines de Clairvaux, pour émouvoir et entraîner les foules, pour allier son ordre avec la papauté et pour « élaborer un dogme militant » que son ordre et toute l'Église catholique mettront en œuvreFerran Garcia-Oliver, El Císter, ideals i realitat d'un orde monàstic: actes del Simposi, , universitat valencia 2001, ..

C'est aussi un conservateur, qui fustige les mutations de son époque, la « Renaissance du », marquée par une profonde transformation de l'économie, de la société et du pouvoir politique.

Mort en 1153, il est canonisé dès 1174 et devient ainsi saint Bernard de Clairvaux. Il est proclamé Docteur de l'Église catholique (Doctor mellifluus) en 1830 par le pape .

Enfance et entrée au monastère vignette|gauche|Basilique et maison natale de Saint Bernard à Fontaine-lès-Dijon, face à l'église Saint-Bernard de Fontaine-lès-Dijon. vignette|gauche|L'église Saint-Bernard de Fontaine-lès-Dijon. Né en 1090 ou 1091La date traditionnelle est 1091. L'abbé Chomton (1891) et le chanoine Vacandard (1895) firent accepter la date de 1090, mais dans une étude que l'historien Pierre Aubé (P. Aubé, Saint Bernard de Clairvaux, Paris, 2003, ) considère comme décisive, Adriaan Hendrik Bredero (A.H. Bredero, « Saint Bernard est-il né en 1090 ou en 1091 ? », dans Papauté, monachisme et théories politiques. . Le pouvoir et l'institution ecclésiale, Lyon, 1994, ) conclut en faveur de la date traditionnelle de 1091. au château de Fontaine-lès-Dijon près de Dijon, dans une famille noble de Bourgogne Jacques Berlioz, Saint Bernard, le soldat de Dieu, tiré de Moines et religieux au Moyen Âge, Seuil 1994, ., Bernard est le troisième de sept enfants, six garçons (dont saint Gérard de Clairvaux), et une fille, Ombeline de Jully. Fils du seigneur Tescelin le Roux (Tescelin Saurel ou Sorrel écrit « Técelin le Saur ».) et de Alèthe de Montbard. Son père, Tescelin, est l'un des seigneurs de Châtillon-sur-Seine. Modeste chevalier, il est au service du duc de Bourgogne et a cherché à faire un riche mariage. Il possède des terres autour de Montbard, d'Alise-Sainte-Reine, dans la vallée de la Laignes ou au confluent de l'Aube et de l'Aujon en plus de sa seigneurie de Fontaine..

vignette|Vers 1100, Bernard de Clairvaux est envoyé à l'école de Saint-Vorles à Châtillon-sur-Seine.

La famille de sa mère, Alèthe ou Aleth, est de plus haute lignée. Le grand-père de Bernard règne sur la seigneurie de Montbard : ses terres s'étendent sur les plateaux situés entre l'Armançon et la Seine. Son oncle, André de Montbard, est l'un des neuf fondateurs de l'ordre du Temple et devient même Grand Maître.. La famille de Bernard appartient donc à la moyenne noblesseMarcel Pacaut, article « Bernard de Clairvaux », Encyclopædia Universalis, DVD, 2007..

Vers 1100, il est envoyé à l'école canoniale de Saint-Vorles à Châtillon-sur-Seine.. Après les rudiments, il suit le trivium, premier cycle d'enseignement consacré aux lettres (grammaire, rhétorique et dialectique). Montrant un goût particulier pour la littératureThéodore Ratisbonne, Histoire de saint Bernard, 1853, ., il acquiert une bonne connaissance de la Bible, des Pères de l'Église et de divers auteurs latins : Horace, Lucain, Sénèque (Lettres à Lucilius), Tacite, Juvénal, Perse, Stace, Térence et, surtout, Cicéron, Virgile et Ovide (y compris, de ce dernier, l'Art d'aimer), ce qui fait de lui un parfait représentant des lettrés de son temps.

En revanche, il ne suit pas le quadrivium (second cycle, portant sur l'arithmétique, la géométrie, la cosmologie et la musique). À l'âge de seize ou dix-sept ans, il perd sa mère et en est très vivement affecté. Il mène ensuite l'existence mondaine des jeunes nobles de son âge mais semble très vite vouloir entrer dans les ordres. Dans un premier temps, pour ne pas inquiéter sa famille par ses préparatifs à la vie monacale, il leur laisse entendre qu'il prépare un pèlerinage à Jérusalem.

En 1112, il entre à l'abbaye de Cîteaux en compagnie de quatre de ses frères (le cadet Nivard les rejoindra plus tard) et d'une vingtaine de connaissances. L'abbaye de Cîteaux a été fondée en 1098 par Robert de Molesme, et Étienne Harding en est l'abbé depuis . Les fondateurs se sont détachés de l'ordre de Cluny, alors en pleine gloire, pour vivre intégralement la règle de saint Benoît.

Ils souhaitent répondre à un idéal plus rigoureux : retour à la simplicité dans la vie quotidienne, dans le culte et dans l'art ; rupture avec le monde, pauvreté, silence, travail manuel, tels seront les éléments principaux de la création cistercienne. Cela correspond aux souhaits de Bernard qui veut parvenir à l'ascèse monastique la plus rudeJaques Berlioz, Saint Bernard, le soldat de Dieu, tiré de Moines et religieux au Moyen Âge, Seuil 1994, .. Cette ascèse est comparable selon lui à la route de Jérusalem :

Fondation de Clairvaux vignette|Portait de Bernard de Clairvaux dans une lettrine ornant un manuscrit de La Légende dorée, vers 1267-1276. En 1115, Étienne Harding envoie le jeune homme à la tête d'un groupe de moines pour fonder une nouvelle maison cistercienne dans une clairière isolée à une quinzaine de kilomètres de Bar-sur-Aube : le val d'AbsintheSelon le site de l'Abbaye de Clairvaux, le Val d’Absinthe est une légende poétique : Pierre Aubé, lui, pense que Guillaume de Saint-Thierry a exagéré la désolation des lieux où Bernard et ses compagnons s'installèrent, mais que le nom de Val d'Absinthe est vraisemblable, l'absinthe proliférant sur les terrains pierreux ().Voir aussi Jean Waquet, Jean-Marc Roger, Laurent Veyssière, Recueil des chartes de l'abbaye de Clairvaux au , 2003, ., sur une terre donnée par le comte Hugues de Champagne. La fondation est appelée « claire vallée » (clara vallis), qui devient ensuite « Clairvaux ». Bernard est élu abbé de cette nouvelle abbaye, et confirmé à Châlons par Guillaume de Champeaux, évêque de Châlons et célèbre théologien. Il demeure abbé de Clairvaux jusqu'à sa mort en 1153. Les débuts de Clairvaux sont difficiles : la discipline imposée par Bernard est très sévère. Bernard poursuit ses études sur les Saintes Écritures et sur les Pères de l'Église.

Les gens affluent dans la nouvelle abbaye, et Bernard convertit même toute sa famille : son père, Tescelin, et ses cinq frères entrent à Clairvaux en tant que moinesAu sujet de la conversion du père du futur saint Bernard, Étienne de Bourbon, inquisiteur, a écrit : . Sa sœur, Ombeline, prend également l'habit au prieuré de Jully-les-Nonnains. L'attrait qu'exerce Bernard est parfaitement illustré par cette anecdote : vers 1129, l'évêque de Lincoln s'étonne de ne pas avoir de nouvelles d'un chevalier qui devait faire étape à Clairvaux sur la route des croisades. Bernard l'informe qu'il a économisé la route de Jérusalem en entrant au monastère.

Dès 1118, de nouvelles maisons doivent être fondées pour éviter l'engorgement de Clairvaux. Les trois premières fondations sont La Ferté, Pontigny, et Morimond. Ces premières fondations sont implantées dans les domaines des seigneuries alliées ou amies.

Ces trois abbayes, plus Cîteaux et Clairvaux, sont les cinq têtes de pont de l'ordre nouveau, chacune essaimant pour son compte.. De 1115 à 1133, Bernard et ses moines vivent à Clairvaux dans les conditions les plus frustes. Le prieur du couvent (Geoffroy de La Roche-Vanneau) et le maître des novices (Achard) convainquent Bernard d'agrandir le monastère en 1133. En 1145, l'église est enfin consacrée et, en 1153, la partie occidentale réservée aux frères convers est achevéeCarol Heitz, Article « Architecture monastique », Encyclopædia Universalis, DVD, 2007..

Pendant ses d'abbatiat, Bernard contribue à la création de filles de Clairvaux (57 par fondation et 11 par agrégation) dont 35 pour la France, qui à leur tour vont essaimer, si bien qu'au milieu du , Cîteaux compte pas moins de soit plus que Cluny (environ 300)..

En 1119, Bernard fait partie du chapitre général des cisterciens convoqué par Étienne Harding, qui donne sa forme définitive à l'ordre. La « Charte de charité » qui y est rédigée est confirmée peu après par . En 1132, il fait accepter par le pape l'indépendance de Clairvaux vis-à-vis de Cluny.

Religieux vignette|gauche|redresse=0.8|Bernard de Clairvaux (vers 1450). Vitrail, Paris, musée de Cluny. vignette|La Lactation de saint Bernard (vers 1670). Tableau de Josefa de Óbidos. Dès le début de son abbatiat, Bernard rédige des traités, des homélies, et surtout une Apologie, écrite sur la demande de Guillaume de Saint-Thierry, qui défend les bénédictins blancs (cisterciens) contre les bénédictins noirs (clunisiens). À l'austérité cistercienne, élaborée à partir de la fuite du monde, de la pauvreté et du travail manuel, Bernard ajoute la mise en valeur de la pureté et le désintérêt de la culture et de tout ce qui peut sembler un divertissement pour l'esprit.

Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, lui répond amicalement, et malgré leurs différends idéologiques, les deux hommes se lient d'amitié. Il envoie également de nombreuses lettres pour inciter à la réforme le reste du clergé, en particulier les évêques. Sa lettre à l'archevêque de Sens, Henri de Boisrogues dit Sanglier, intitulée par la suite De Officiis Episcoporum (Sur la conduite des évêques), est révélatrice du rôle important joué par les moines au , et des tensions entre clergé régulier et séculier. Bernard a une prédilection presque exclusive pour le Cantique de Salomon et pour saint Augustin.

Il est le dernier père de l'Église par sa façon de raisonner. Il considère que l'homme n'a pas à tenter d'élucider les contradictions apparentes du dogme ou de trouver une explication rationnelle aux textes saints : la foi que l'on reçoit doit être transmise inchangée. Il reste étranger aux changements de l'époque où, avec la naissance des universités, de plus en plus d'esprits s'attaquent à la compréhension des textes par la raison. Il défend avec la même fougue la société féodale, la division du monde en trois ordres et l'autorité pontificale. Pour lui, l'ordre établi est voulu par Dieu. Il suffit de corriger les vices des hommes pour résoudre les problèmes de la société.

La spiritualité de Bernard est fortement marquée par la pénitence. Il fait subir à son corps les plus cruels traitements, mettant ainsi sa santé en danger. Son goût pour l'austérité s'accorde à merveille avec le dépouillement des églises cisterciennes. À ce sujet, il évoque les états de conscience modifiés auxquels il parvient : Marie-Madeleine Davy, Placide Deseille, article « Cisterciens », Encyclopædia Universalis, DVD, 2007..

Il fulmine d'ailleurs contre les cloîtres sculptés à chapiteaux historiés dans son Apologie à Guillaume de Saint-Thierry (vers 1123-1125). Il considère que les décorations richement ornées de figures monstrueuses et que les narrations souvent profanes et coûteuses sont de nature à détourner l'esprit du moine de la méditationLéon Pressouyre, article « Cloîtres », Encyclopædia Universalis, DVD, 2007. Voir Bernard de Clairvaux, Apologie à Guillaume de Saint-Thierry, (lire sur Wikisource)..