La Société typographique de Neuchâtel (ou STN) est une maison d'édition active de 1769 à 1789.
La Bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel (BPUN) possède un fonds d’archives d’entreprise qui permet d’étudier l’histoire de cette société. Elle attire de nombreux chercheurs, comme l'historien américain Robert Darnton pour ses études sur le livre clandestin.
Historique La STN est fondée en 1769 par Frédéric Samuel Ostervald (1713-1795) Darnton, Robert, 2013 (1979), L'Aventure de l'Encyclopédie, 1775-1800: un best-seller au siècle des Lumières, Éditions du Seuil, collection Points/Histoire, H159, Paris, p.66., banneret de Neuchâtel, son gendre Jean-Elie Bertrand, professeur, Jonas-Pierre Berthoud (qui se retirera après un an), maître d’écriture et Samuel Fauche, libraire et éditeur. Jean-Frédéric Perregaux joua le rôle de correspondant à Paris pour la sociétéDarnton, Robert, 2013 (1979), L'Aventure de l'Encyclopédie, 1775-1800: un best-seller au siècle des Lumières, Éditions du Seuil, , H159, Paris, ..
La situation est très favorable puisque la consommation des livres (et surtout les livres en français) explose en Europe. De plus, la censure qui s’exerce en France incite les auteurs à rechercher des imprimeurs situés, souvent, le long des frontièresDarnton, Robert, 2013 (1979), L'Aventure de l'Encyclopédie, 1775-1800: un best-seller au siècle des Lumières, Éditions du Seuil, collection Points/Histoire, H159, Paris, p.65. (Londres, Amsterdam, Bruxelles, Kehl, Genève, Lausanne, Neuchâtel…). La STN a entretenu une riche correspondance avec la libraire fribourgeoise Madeleine Eggendorffer. Cette dernière fut une cliente de la STN dès 1769.
L’entreprise fonctionne essentiellement avec la contrefaçon, ce qui permet de réduire les coûts et d’offrir un prix intéressant. Les importations en France se font alors de manière clandestine.
À Neuchâtel, la censure n’est pas trop pesante. Ainsi, les autorités autorisent-elles la STN à imprimer certains ouvrages dangereux comme le Système de la nature D’Holbach, à condition toutefois que le nom de leur ville n’apparaisse pas et que les ouvrages soient réservés à l’exportation. Mais l’impression est éventée, au grand scandale de la Vénérable ClasseCompagnie des pasteurs de Neuchâtel. et Osterwald perd sa charge de banneret.
D’autres problèmes surgissent lorsque Fauche – à l’insu de ses associés – joint dans les commandes qu’il prépare pour la France, des exemplaires de la brochure interdite : le Gazetier cuirassé de Théveneau de Morande. Un libraire lyonnais se plaint de cet envoi qui lui a valu de nombreux ennuis.
Fauche se retire alors de la STN et fonde sa propre entreprise. Pour établir sa réputation, il édite quelques beaux ouvrages comme Voyages dans les Alpes de Saussure. Ce qui ne l’empêche pas de continuer le commerce de livres interdits. Il se procure ainsi le manuscrit explosif de Mirabeau Essai sur le despotisme.
L'arrivée de Abram Bosset-Deluze, l'un des hommes d'affaires les plus riches de Neuchâtel à l'époque, renforce le capital de la sociétéDarnton, Robert, 2013 (1979), L'aventure de l'Encyclopédie, 1775-1800: un best-seller au siècle des Lumières, Éditions du Seuil, , H159, Paris, ..
Les livres imprimés
Parmi leurs contrefaçons de la STN figure la Description des arts et métiers, publiée à Paris par l’Académie royale des sciences. La version neuchâteloise est de format plus petit, avec quelques chapitres propres à la Suisse et à l’Allemagne, et vise une clientèle moins fortunée. Mais face à l’opposition des propriétaires de la version originale, elle ne peut s’imposer en France et est à l’origine des graves difficultés financières.
Parce que leur catalogue est peu varié, les éditeurs de la STN font des échanges avec certains confrères, ce qui leur permet de proposer à leurs clients plusieurs centaines de titres différents. La Société typographique de Neuchâtel, l’édition neuchâteloise au siècle des Lumières (1769-1789), p. 99.
L'Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, "le plus important ouvrage du siècle des Lumières"Darnton, Robert, 2013 (1979), L'aventure de l'Encyclopédie, 1775-1800: un best-seller au siècle des Lumières, Éditions du Seuil, , H159, Paris, p.71., fait aussi partie des projets de publications de la STN. Après une première tentative inaboutie en 1769Darnton, Robert, 2013 (1979), L'Aventure de l'Encyclopédie, 1775-1800: un best-seller au siècle des Lumières, Éditions du Seuil, , H159, Paris, p.64., un premier contrat entre Charles-Joseph Panckoucke et la STN, pour la réimpression de l'édition originale, est signé le Darnton, Robert, 2013 (1979), L'Aventure de l'Encyclopédie, 1775-1800: un best-seller au siècle des Lumières, Éditions du Seuil, , H159, Paris, p.70.. Ils s'ensuivra une série d'autres dont un important, signé le , qui réunira en plus des premiers le libraire Joseph Duplain (par l'intermédiaire de son agent Merlino de Giverdy) pour l'impression de la troisième édition de l'Encyclopédie in-quartoDarnton, Robert, 2013 (1979), L'aventure de l'Encyclopédie, 1775-1800: un best-seller au siècle des Lumières, Éditions du Seuil, , H159, Paris, p.156. qui portera « Neuchâtel » inscrit en page de titre bien qu'elle fût principalement une production lyonnaiseDarnton, Robert, 2013 (1979), L'Aventure de l'Encyclopédie, 1775-1800: un best-seller au siècle des Lumières, Éditions du Seuil, , H159, Paris, p.209-210..
Fournisseurs Pour les presses, la STN dans le cadre des travaux pour l'Encyclopédie en achète six à l'imprimeur lyonnais Aimé de La Roche ValtarDarnton, Robert, 2013 (1979), L'aventure de l'Encyclopédie, 1775-1800 : un best-seller au siècle des Lumières, Éditions du Seuil, , H159, Paris, p.212..
Pour les fontes, la STN a pu faire commande de celles Philosophies en 1777 auprès du fondeur lyonnais Louis Vernange.
Pour le papier, qui est « l'élément le plus cher et le principal souci de la production de livre »Darnton, Robert, 2013 (1979), L'Aventure de l'Encyclopédie, 1775-1800: un best-seller au siècle des Lumières, Éditions du Seuil, , H159, Paris, . à cette époque, la STN est obligée de travailler avec de nombreux fournisseurs, tant la quantité fait défaut. On peut citer les noms suivants : Schertz (Strasbourg)Darnton, Robert, 2013 (1979), L'aventure de l'Encyclopédie, 1775-1800: un best-seller au siècle des Lumières, Éditions du Seuil, , H159, Paris, p.219. reconnaissable au filigrane présentant la mention DVDarnton, Robert, 2013 (1979), L'aventure de l'Encyclopédie, 1775-1800: un best-seller au siècle des Lumières, Éditions du Seuil, , H159, Paris, p.220., Vimal (Ambert), Jean-Baptiste Gurdat (Bassecourt)Darnton, Robert, 2013 (1979), L'Aventure de l'Encyclopédie, 1775-1800: un best-seller au siècle des Lumières, Éditions du Seuil, , H159, Paris, p.222., Morel (Meslières), Fontaine (Fribourg) reconnaissable au filigrane présentant la marque MF et à des grappes de raisin, Johannot (Annonay)Darnton, Robert, 2013 (1979), L'aventure de l'Encyclopédie, 1775-1800: un best-seller au siècle des Lumières, Éditions du Seuil, , H159, Paris, p.221., Montgolfier (Annonay), Planche (Vuillafans), Sette (Chardon), Girard (Lyon), Desgranges (Luxeuil).
Pour l'encre, la STN se fournit auprès deux firmes parisiennes qui détiennent un monopole à l'époque sur ce commerce : Langlois et PrévôtDarnton, Robert, 2013 (1979), L'Aventure de l'Encyclopédie, 1775-1800: un best-seller au siècle des Lumières, Éditions du Seuil, , H159, Paris, p.213..
Sources
Robert Darnton, Un tour de France littéraire, Gallimard, 2018.
Liens externes
Transcription des lettres adressées à la STN (site de Darnton) Base des données en cours de préparation des ventes de la STN
Articles connexes Société Littéraire Typographique de Kehl
Notes et références
Catégorie:Littérature suisse Catégorie:Entreprise ayant son siège dans le canton de Neuchâtel Catégorie:Lumières Catégorie:Entreprise fondée en 1769 Catégorie:Histoire du canton de Neuchâtel