Licône de la Trinité (en russe : ), également connue comme LHospitalité d'Abraham (en russe : ), est une icône russe peinte par Andreï Roublev entre 1410 et 1427date variable selon les sources, dont le sujet est l'hospitalité d’Abraham, thème de l'Ancien Testament sur lequel se sont penchés les Pères de l'Église afin d'illustrer la TrinitéEn (troitsa).
Il s'agit de la plus connue des icônes russes représentant la Trinité. Elle mesure environ de large sur de haut et est formée de trois panneaux de bois dont les jointures sont légèrement détériorées.
Jusqu'en 1929, elle faisait partie de l'iconostase de la laure de la Trinité-Saint-Serge dans la ville de Serguiev Possad. Elle était exposée et conservée à la galerie Tretiakov de Moscou jusqu'au . En , sur décision de Vladimir Poutine, l'icône a été rendue à l’Église orthodoxe russe. Elle a été exposée pendant un an à la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou et depuis , elle est retournée à la laure de la Trinité Saint-Serge, son lieu d'origine. Ces transferts ont fait l'objet de critiques de la part des conservateurs qui craignent pour sa conservation et certains observateurs considèrent cette décision comme une expression de la politique religieuse du Kremlin...
Histoire de l'icône L'icône de la Trinité réalisée par Roublev marque l'apogée de la peinture ancienne de Moscou. Elle se situe dans une période historique de guerre contre les Mongols, qui ne prendra fin qu'en 1480 sous Ivan III. En 1409, le monastère de la Trinité-Saint-Serge est brûlé par les Mongols. Il est tout de suite reconstruit par Nikon de Radonège, le nouvel higoumène, après la mort de Serge de Radonège. Une église provisoire en bois est élevée en 1409, là où est enterré saint Serge. L'icône de la Trinité a peut-être été peinte pour l'église du monastère. Puis, en 1422-1426 est érigée une nouvelle cathédrale de la Trinité en pierre couverte de fresques à l'intérieur par André Roublev et Daniil Tcherny. Mais ces fresques ont disparu. Une iconostase est également réalisée à la commande de Nikon par les deux peintres entre 1422 et 1427. Dans la composition de cette iconostase se trouve l'icône de la Trinité. Le sujet traditionnel de l'Ancien Testament qu'elle représente sous une forme artistique parfaite dépasse ce que le dogme a de conventionnel et d'abstrait. À la fin du se sont développés en Russie des mouvements hérétiques tels que celui des Strigolnikis à Pskov et à Novgorod qui étaient nettement antitrinitaires. Le sujet choisi pour l'icône de la Trinité est donc particulièrement important.
Le sujet de l'hospitalité d'Abraham a déjà été traité antérieurement et dans un style byzantin, entre 1379 et 1400, par saint Étienne de Perm cette attribution à saint Étienne est toutefois incertaine de l'École iconographique de Vologda dans l'icône de la Sainte Trinité Zyrianskaïa.thumb|gauche|Sainte Trinité Zyrianskaïa Quant au style byzantin de l'époque paléologue, Roublev en a assimilé les proportions allongées, la grâce, la finesse des traits. L'archange Mikhaïl dans la Déisis de la Dormition de Zvenigorod réalisé à la même époque que l'icône de la Trinité en témoigne. thumb|Archange Mikhaïl de Roublev/Déisis de la Dormition de Zvenigorod
Conception Le sujet L’inspiration du thème serait venue à Andreï Roublev après avoir jeûné et prié pendant presque quarante jours. Elle illustre un passage de la Genèse , quand l'Éternel vient annoncer à Abraham et Sarah qu'ils auront un fils, malgré leur âge avancé. Louis Réau décrit la scène comme suit :
La tradition byzantine représentait la Trinité sous la forme symbolique de trois anges reçus à la table d'Abraham, appelée Philoxénie d'Abraham..
Roublev fait abstraction de la figure d'Abraham et celle de son épouse Sarah, réduit le symbole aux trois anges pèlerins tenant un long sceptre (mêrilo) entre leurs doigts, assis en croix autour d'une table, sur laquelle est posée une coupe. Leur tête est auréolée d'un nimbe d'or. Leurs grandes ailes font songer à des oiseaux posés un instant avant de reprendre leur envol. Les trois anges se ressemblent car ils symbolisent la Trinité, la triple incarnation du Dieu unique. La forme de leurs yeux en amande leur donne une expression mystérieuse. Le paysage participe à ce mystère : le tronc noueux du chêne, le rocher en surplomb qui s'incline au même rythme que les anges. Pour exprimer l'unité existant entre les trois anges Roublev compose son icône dans un cercle dont la circonférence passe par le milieu de chacune des nimbes et dont le centre est la main gauche du personnage central.
En l'absence d'Abraham et de Sarah, l'icône ne figure plus une scène de la vie du patriarche mais bien ce qu'Abraham a vu. Abraham devient le spectateur de l'icône, alors que tout spectateur de l'icône devient Abraham..
Perspective inversée Comme c'est de tradition dans l'art de l'icône, Roublev utilise la perspective inversée pour que le monde représenté dans la peinture ne se présente pas comme une fenêtre par laquelle l'esprit humain pénètre dans le monde représenté, mais que ce monde représenté rayonne au contraire vers le spectateur. Cet effet est produit par le fait que les lignes de fuite de la composition ne se rencontrent pas dans un point de fuite situé derrière le tableau, mais en un point situé devant le tableau. Cette conception de la perspective est un des aspects particuliers de la théologie de l'icône dans son ensemble. Les éléments caractéristiques de ce type de perspective sont appliqués dans l'icône de la Trinité de la manière suivante : l'espace est peu profond, limité au premier plan, fermé vers le fond par le rocher, l'arbre et la maison. Il n'y a pas d'illusion de trois dimensions. L'ange qui se situe au centre n'est pas de taille différente des deux autres alors qu'il est plus éloigné. Il est agrandi pour appartenir au premier plan ; les éléments d'architecture et les objets sont peints en axonométrie. Les scènes se jouent à l'extérieur pour éviter de devoir représenter la profondeur de l'espace intérieur ; la ligne de force va de l'intérieur de l'icône vers l'extérieur, vers le spectateur. À cette fin, les pose-pieds situés aux pieds des deux anges à l'extérieur de la composition sont représentés de taille plus réduite à l'avant, au lieu de l'être plus largement à l'avant qu'à l'arrière. De même pour le plafond de la maison située à l'arrière-plan. Le bord en surplomb à l'avant est plus petit que l'arrière de ce plafond, alors que l'éloignement devrait provoquer un calcul de mesure inverse ; les côtés des sièges des deux anges situés à l'avant sont orientés pour refermer le cadre vers le spectateur ; la perspective n'est qu'un aspect de la composition et est subordonnée à l'idée de l'œuvre.
Attribution des figures d'anges aux personnes de la Trinité Les avis divergent sur l'attribution des figures angéliques aux personnes de la Trinité et dans l'interprétation du visage que l'on devine dans la coupe.. thumb|Cathédrale de la Trinité Saint-Serge
Le problème théologique du mystère de la Trinité n'est pas résolu par l'une ou l'autre attribution de personnalité divine différente donnée à chacun des trois anges. Le problème de Roublev n'était pas tant de montrer les différences que de prouver l'unité spirituelle de la trinité. Les trois anges ont un visage pratiquement similaire, il n'y a pas de hiérarchie entre eux. Mais, par contre, ce qui diffère c'est la physionomie que chacun exprime à l'égard de l'autre.
La plupart des spécialistes de l'histoire de l'art (dont Irina Antonova et Victor Lazarev) considèrent que Dieu le Père est représenté à gauche, le Sauveur au centre, et le Saint-Esprit à droite. Cela correspond à l'ordre rigoureux du Crédo : Père, Fils, Esprit-Saint, mais ce n'est pas cette raison qui inspire ces historiens. C'est dans la symbolique qu'il faut trouver la justification qu'ils donnenthttp://www.edelo.net/trinite/ . Le Personnage central Le personnage central est reconnu par certains par les particularités de son habillement. C'est un Christ pantocrator à la robe rouge, opaque, au manteau bleu. Il porte une entre-manche, appelé un clave qui est un signe impérial de l'empire Byzantin. S'il n'a pas le visage iconographique typique du Christ avec une barbe, c'est parce qu'il représente le Fils éternel de Dieu avant l'Incarnation. Pourtant d'autres critiques voient dans ce personnage central le PèreLev Gillet . Derrière lui, dans cette dernière interprétation, se trouve l'arbre de vie, l'arbre de la création. Or il est le créateur. Mais la symbolique vestimentaire devient dans cette hypothèse difficile à expliquer Hiéromoine Cyrille . L'arbre, dans l'interprétation qui considère le personnage central comme étant le Christ, signifie la mission du fils. C'est aussi l'arbre de la croix. Le Personnage situé à droite pour le spectateur. Celui-ci est également reconnu par certains comme le Christ. Son regard est triste mais il ne se détourne pas et sa tête s'incline doucement en signe d'acceptation Lev Gillet . Au niveau symbolique c'est le rocher situé au-dessus de lui qui le désigne comme le Messie, le Fils de Dieu.. Il s'incline aussi vers le personnage qui est devant lui, parce qu'il accepte une mission venant du Père. Le rocher est celui du songe de Nabuchodonosor, dont parle le prophète Daniel et désigne le Messie, le Fils de Dieu qui viendra instaurer un royaume éternel à la place de quatre empires du mal , traduction Segond. Ce rocher peut encore être la grotte de Bethléem où est né Jésus. C'est encore celui du tombeau du Christ. L'interprétation des couleurs de ses vêtements, le bleu qui symbolise la sagesse et le vert la nature permet encore de voir dans ce personnage la Sagesse incarnée, c'est-à-dire le Verbe, deuxième personne de la Trinité. Selon la théologie chrétienne, ce Verbe s'est fait chair en devenant Jésus-Christ.
Le Personnage situé à gauche pour le spectateur. Selon une interprétation des symboles, au-dessus de lui se trouve un bâtiment qui représente l'Église, le temple de l'Esprit. Selon le catéchisme de l'Église catholique : « Jésus, lorsqu’il annonce et promet la venue de l’Esprit Saint, le nomme le "Paraclet", littéralement : "celui qui est appelé auprès", ad-vocatus (Jn 14, 16. 26 ; 15, 26 ; 16, 7)Catéchisme de l'église catholique, verset 691, sur le site du Vatican, consulté le 6 novembre 2008. Les yeux fixent le regard du Fils en face de lui et exhalent la sympathie et la pitié. Les interprétations basées sur les couleurs reprennent la multiplicité des couleurs de ce personnage comme étant la traduction de la phrase de l'Évangile « l'Esprit souffle où il veut » et en déduisent que c'est l'Esprit-Saint.
Mais cette maison peut être aussi la Maison d'Abraham. Dans l'Évangile de Jean, Jésus dit : (Jean 14,2.). Le personnage sous la maison est alors désigné comme étant le Père.
Contenu de la coupe Selon les historiens Victor Lazarev et Jean Blankoff, la figure dans la coupe symbolise le sacrifice dans l'Ancien Testament qui annonce celui de l'Eucharistie dans le nouveau Testament. C'est pourquoi le Christ, au centre, la bénitJean Blankoff, L'art de la Russie ancienne, Centre national pour l'étude des États de l'Est, ULB Bruxelles 1963, Citant N. V Lazarev, dans un article en français « La Trinité d' Andreï Roublev » (Gazette des Beaux-Arts, LIV, no 1091, décembre 1959 et . La coupe au centre du banquet des trois anges est dans l'interprétation chrétienne, la coupe du salut par le sang du Sauveur, Jésus-Christ. Sur l'icône, elle contient la tête d'un veau ou d'un agneau. C'est l'offrande qu'Abraham fait à ses hôtes. Mais certains y perçoivent la figure du Christ mort, comme une Sainte Face dans lequel se mire le personnage de droite. La lecture du dessin de l'intérieur de la coupe est difficile et les témoignages à ce propos divergent.
Appréciations Diverses