Par histoire de la Wallonie, on entend ici l'histoire des territoires relevant de la région Wallonne telle que définie par la Constitution belge.
Cet article relate les faits marquants de l'histoire de la Wallonie après 1914. Deux autres articles relatent les faits marquants de la période avant 1830 et de la période de 1830 à 1914.
La Première Guerre Mondiale et ses conséquences
Le , l'Allemagne envahit la Belgique en pénétrant en Wallonie, par Liège, au mépris du droit international (ce que reconnaît l'Allemagne promettant des réparations. Le plan Schlieffen vise à traverser le territoire belge en vue d'envelopper l'armée française. La rapidité est la condition de sa réussite. Mais les Allemands sont arrêtés par l'armée belge. Voyez Histoire de Belgique de 1914 à 1945. vignette|252x252px|Carte de la ceinture fortifiée de Liège. En bleu, le dispositif de 1914, en rouge celui de 1940. vignette|gauche|Tour de l'ancienne église Saint-Quentin : un mémorial parmi d'autres aux victimes de la guerre 1914-1918 et aux fusillés du (66 civils et 137 maisons détruites à Quaregnon) - sculpture par Georges Wasterlain.
La Wallonie comme le montre cette carte est dans l'axe principal d'invasion qui s'ouvre par l'attaque de la grande ville wallonne de Liège. Et c'est elle qui va le plus souffrir des atrocités allemandes qui vont discréditer l'Empire allemand dans l'opinion mondiale. Plus de civils y seront tués en 20 jours (- ), maisons détruites, 600 à Visé, à Dinant (soumise à un véritable sac)Horne et Kramer Les Atrocités allemandes Tallandier, Paris, 2005). Le massacre de Tamines du a fait 383 victimes et le massacre de Dinant du a fait exactement (officiellement) 674 victimes. On pourrait y ajouter 62 exécutions à Anseremme (maintenant commune fusionnée avec Dinant) et 27 fusillés à Bouvignes (petite ville à quelques kilomètres en aval de Dinant et ancienne commune fusionnée également avec Dinant). Le massacre de Dinant a ceci de particulier par rapport à tous les autres d' que les personnes fusillées, selon des ordres allemands précis, furent considérées comme des soldats ennemis au même titre que les soldats français et tuées pour une part d'entre elles à titre préventif.
En 1914 (contrairement à 1940), il n'y a pas d'hostilité particulière des Allemands à l'égard des Wallons. La Wallonie industrialisée (les 2/3 de sa population), va particulièrement souffrir durant l'Occupation : une grande partie de l'activité industrielle est stoppée (sauf l'extraction du charbon qui continue, au moins partiellement). Le , Moritz von Bissing, Gouverneur Général des autorités d'occupation (Besatzungsbehörden) de la Belgique, décrète dans le cadre de la Flamenpolitik la séparation de la Wallonie et de la Flandre.
La mémoire de la guerre en Wallonie, malgré des courants pacifistes, c'est celle des exactions d'août et de la victoire sur l'impérialisme allemand conçu comme barbare. La mémoire de la guerre en Flandre, c'est l'inhumanité du traitement des soldats derrière l'Yser, dernier réduit national de quelques dizaines de km² (où cependant les Wallons sont en proportion de leur population et prennent une part identique de ces conditions de vie), soulignée par le commandement en français. La divergence des mémoires a pu être mesurée récemment sur la base des ouvrages parus en 1930 (centième anniversaire du pays). Voyez le tableau réalisé pour le séminaire de L. Van Ypersele UCL, 2001-2002Voir Thibaud Naniot, Figures belges lors du centenaire en 1930, in TOUDI,, n°68, avril-mai-juin 2005.. L. Van Ypersele en conclut que La mémoire dite nationale semble in fine surtout francophone.S.Jaumain, M.Amara, B.Majerus, A.Vrindts: Une guerre totale? La Belgique dans la Première Guerre mondiale, AGR-AR, Études sur la mondiale, Bruxelles, 2005
Le nationalisme flamand gagne en popularité notamment avec l'élection triomphale d'Auguste Borms en 1928 à Anvers. Il n'est pas contrecarré en Flandre par une mémoire patriotique belge et se nourrit de la mémoire du traitement très dur des soldats en général et des soldats flamands en particulier dans les tranchées de l'Yser. En Wallonie, c'est le patriotisme belge qui domine et la mémoire des atrocités allemandes. Il impose la loi de 1921 interdisant l'usage du français dans les administrations en Flandre, rejetant le vote bilatéral proposé par Joseph-Maurice Remouchamps, mais ensuite, à la suite du compromis signé par Jules Destrée et Camille Huysmans, adopte des mesures résultant de discussions préalables entre Flamands et Wallons.
Des difficultés économiques liées au krach de 1929 naissent des grèves violentes, notamment en 1932 (le film fondateur du cinéma wallon Misère au Borinage date de 1936), et c'est cette année aussi qu'est tracée la première frontière linguistique entre Flandre et Wallonie : compromis inspiré du compromis des Belges que les socialistes flamands et wallons ont élaboré dès les années 1920.
Les Wallons vont s'élever vivement contre la politique de neutralité décidée par Léopold III et défendue par le Bruxellois francophone Paul-Henri Spaak, sous la pression de la Flandre. Du coup, les projets de fédéralisme côté wallon s'intéressent aussi à une autonomie qui s'exercerait également dans le domaine des relations internationalesVelaers et Van Goethem, Leopld III. De Koning. Het Land. De Oorlog., Lanoo, Tielt, 1994Philippe Destatte, L'identité wallonne, Institut Jules Destrée, Charleroi, 1997, pp. 166-172.Sœur Michèle Libon, Georges Truffaut, Institut Jules Destrée, Charleroi, 2002. . S'illustrent dans ce combat Georges Truffaut, François Bovesse, l'Abbé Mahieu ... Ils s’opposent à la politique militaire et extérieure du Royaume, à la rupture avec l’alliance française, alors qu'Hitler vient de prendre pouvoir, politique dite des mains “libres” en 1936 qui préconise une stricte neutralité dans l'espoir d'échapper à la guerre.
Les lois de 1938 votées par la majorité flamande au Parlement contre pratiquement tous les députés wallons, instaurent des régiments wallons et flamands. La conséquence de cette loi, c'est que l'on va pouvoir nettement distinguer les deux types d'unités dans les combats futurs. Bien que les Congrès de "Concentration wallonne" de l'abbé Mahieu regroupent des gens très radicaux, leurs discours expriment bien le malaise wallon avant 1940 comme Sœur Michèle Libon l'explique bien ici en le replaçant dans un large contexte.
La Seconde Guerre mondiale et la question royale
À la veille de l’invasion allemande de l'armée belge est forte. Elle va s’opposer durement aux divisions allemandes à la bataille de la Lys (23/), au cours de laquelle plusieurs grandes unités flamandes feront preuve de peu de combativité. Alors que dès le une poignée de chasseurs ardennais met en échec la principale attaque allemande (voyez Histoire de Belgique de 1914 à 1945).
C'est la bataille de la Lys. Qui sera la principale bataille de l'armée belge en . Les défections flamandes qu'on y constate marquent la mémoire en Wallonie. Dans son plaidoyer en faveur du réunionisme, François Simon évoqua ces défections au Congrès national wallon du : « Savez-nous d'où est née cette volonté qui nous anime d'en finir une fois pour toutes avec une situation que nous considérons comme insupportable? Elle est née des choses effroyables que nous avons vécues en 1940, elle est née des trahisons de la Lys et du canal Albert! Ces trahisons n'ont jamais été le fait des régiments wallons, mais partout où notre jeunesse combattait en avant, en arrière, à gauche et à droite, elle voyait d'autres régiments qui étaient appelés à la soutenir, abandonner la bataille (...) Il est né aussi, ce sentiment, de l'abandon de nos camarades dans les camps de prisonnier. »Le Congrès de Liège des 20 et 21 octobre 1945, éd. du Congrès National wallon, Liège, sd, p.67.
Les chiffres indiquent aussi une plus grande participation des Wallons à la Résistance, à la presse clandestine, aux engagements en Angleterre, bref à la lutte en général contre l'Occupant qui, d'ailleurs décide de maintenir prisonniers en Allemagne les soldats wallons capturés durant la brève bataille de Belgique alors que quasiment tous les Flamands seront libérés.
En outre, Léopold III capitule le , notamment parce qu’il craint que ces défections flamandes à cette bataille de la Lys ne donnent des prétextes aux Allemands pour mener la même politique séparatiste qu'en 1914-1918<ref>Francis Balace, Fors l'honneur. Ombres et clartés sur la capitulation belge, in, Jours de guerre, t.4, pp.23-24, Crédit communal, Bruxelles, 1991.</ref>. gauche|vignette|100x100px|Le , après les morts de Grâce-Berleur, Liège et les grandes villes wallonnes amènent le drapeau belge et le remplacent par le drapeau wallon, écho public aux réunions secrètes ou discrètes ayant mené au projet de Gouvernement wallon séparatiste 100px|right|thumb| châssis à molettes: il disparaît avec la fermeture des mines wallonnes (années 1950 et 1960)
La question royale éclate. Elle est liée à toute l'histoire de la monarchie belge. La gauche et les francophones ne veulent plus du roi. Les néerlandophones et la droite veulent qu’il règne à nouveau. Finalement une Consultation populaire (référendum consultatif) tranche la question le . Voyez aussi Histoire de Belgique de 1945 à 1993
Mais si la majorité de la Flandre, à plus de 70 % rappelle le roi, une majorité de Bruxellois et de Wallons n’en veulent plus : au total, vu le poids de la Flandre, 57 % de Belges votent pour le roi. Le de nombreuses grandes villes wallonnes hissent le drapeau wallon à la place du drapeau belgePhilippe Destatte, L'Identité wallonne, Institut Destrée, Charleroi, 1997, p.235. Le lendemain, Léopold III revint et c’est alors qu’éclate en pays wallon une véritable insurrection ponctuée par des dizaines d’attentats à l’explosif, l’éclatement d’une grève générale, la formation d’un gouvernement wallon séparatiste dans les dernières heures de juillet, à la suite de la tragique fusillade de Grâce-Berleur. Le Roi se retire. La Belgique vient de vivre les heures les plus graves de son histoire intérieure. Le drame rebondit : le , lorsque le prince royal Baudouin I se prépare à jurer fidélité à la Constitution, un cri s’élève des travées « Vive la République ! ». Il fut attribué à Julien Lahaut qui en assuma la responsabilité. Le 18, il était assassiné à son domicile de Seraing.
L'après-guerre L'économie wallonne a repris vigoureusement après la guerre mais ce sursaut est trompeur. La Wallonie va rapidement se heurter à de graves difficultés économiques. La grève générale de l’hiver 1960-1961 exprime ce malaise et, de cette grève, menée par les régionales wallonnes de la FGTB sort le Mouvement Populaire Wallon.
Il en naîtra aussi une forme originale de socialisme et de syndicalisme, qu'on baptise renardisme du nom d'André Renard qui a épousé les thèses du mouvement wallon dès 1950 et l'insurrection contre le roi, participé à la tentative du gouvernement wallon séparatiste. Renard propose le fédéralisme comme solution aux difficultés économiques de la Wallonie, assorti de réformes de structure permettant un meilleur contrôle ouvrier de l'économie. Le renardisme est une certaine manière de concevoir l'action syndicale comme pouvant s'étendre au-delà des strictes revendications sociales pour faire advenir le socialisme dans la perspective d'un réformisme radical.
En 1963, plusieurs tendances organisées du mouvement wallon mettent sur pied un pétitionnement wallon soutenu notamment par le Mouvement populaire wallon, Wallonie libre, les socialistes, les communistes, des chrétiens de Rénovation wallonne, des libéraux du Mouvement libéral wallon... Son succès auprès du public sera immense (plus du tiers des électeurs wallons le signent), mais sans effet auprès des autorités belges.