La Carapate est un film comique français réalisé par Gérard Oury et sorti en 1978.
Quelques années après Les Aventures de Rabbi Jacob (1973), le réalisateur, passé par des projets inaboutis et l'échec d'une pièce de théâtre, trouve une nouvelle vedette comique en Pierre Richard, assorti de Victor Lanoux. Le film raconte la cavale burlesque d'un condamné à mort évadé (incarné par Victor Lanoux) et de son avocat (campé par Pierre Richard), pris malgré lui dans une fuite à travers la France, tandis que les autorités les pourchassent, dans le désordre des événements de mai 1968. Le duo en tête d'affiche, qui existait déjà au cabaret à leurs débuts, est entouré notamment de Raymond Bussières, Jean-Pierre Darras et Yvonne Gaudeau.
Oury coécrit le scénario avec sa fille Danièle Thompson. Il renoue pour la production avec Alain Poiré de la Gaumont. Ce dernier refuse le titre Y a pas de mai ! au départ envisagé par Oury. Le tournage se déroule au printemps 1978 autour de Paris et en Bourgogne. Dix ans seulement après la période évoquée, alors que les tensions politiques demeurent, les scènes de barricades sont reconstituées en studios plutôt qu'en ville, la police craignant de déclencher de nouvelles émeutes.
La Carapate, sorti en salles en , rassemble près de trois millions de spectateurs, un bon succès mais en déça des précédents triomphes au box-office de Gérard Oury. La critique, dans l'ensemble positive, salue l'efficacité comique du film mais se divise sur l'utilisation de « mai 68 » comme cadre de l'intrigue. Pierre Richard et Gérard Oury enchaînent avec Le Coup du parapluie (1980).
Synopsis En , Jean-Philippe Duroc, un avocat taxé de gauchisme, rend visite à Lyon à son client, Martial Gaulard, condamné à mort pour un meurtre qu'il n'a pas commis. À ce moment, une mutinerie éclate à la prison. Gaulard en profite et, subtilisant les habits de son avocat, parvient à s'échapper. La police est persuadée que Duroc a contribué à l'évasion et les deux hommes sont alors recherchés par toutes les polices de France. Dans la confusion des grèves, pénuries et manifestations de mai 68, l'avocat et son client traversent la France dans l'espoir d'obtenir la grâce présidentielle auprès du général de Gaulle.
Fiche technique Réalisation : Gérard Oury, assisté de Marc Rivière Scénario : Gérard Oury, Danièle Thompson Dialogues : Danièle Thompson Musique : Philippe-Gérard ; arrangements de Jean Musy Chanson du film : Because It's May par le groupe The Sunset Brothers Directeur de la photographie : Edmond Séchan Son : Alain Sempé Chef monteur : Albert Jurgenson Costumes : Tanine Autré Décors : Jean André Script-girl : Colette Crochot Réalisateur 2e équipe : Bernard Stora Régleur de Cascades : Rémy Julienne et son équipe, Claude Carliez et son équipe Créateur des Effets spéciaux : Christian Bourqui Générique et Effets visuels : Eurocitel Pays de production : Producteur Délégué : Alain Poiré Format : Couleur par Eastmancolor — Monophonique — 35 mm Genre : Comédie Durée : 105 minutes Date de sortie : France : Affiche : Jean-Étienne Siry (France)
Distribution
Non-crédités Jean-Paul Coquelin : un brigadier Clément Michu : un gendarme Michel Julienne : un cascadeur Jean Ragnotti : un cascadeur
Production Genèse et développement vignette|gauche|redresse=0.6|Malgré le triomphe de Rabbi Jacob, Gérard Oury passe quatre ans sans tourner de film.
En 1975, le réalisateur Gérard Oury doit abandonner sa comédie Le Crocodile lorsque Louis de Funès, prévu dans le rôle principal, subit deux infarctus successifs quelques semaines avant le tournage. Son acteur fétiche n'étant plus en état de jouer dans un tel film, Oury est contraint de laisser de côté ce projet sur lequel il avait travaillé pendant deux ans avec sa fille coscénariste Danièle Thompson. C'est sur ce triste accident qu'Oury achève sa collaboration avec Louis de Funès, après Le Corniaud (1965), La Grande Vadrouille (1966), La Folie des grandeurs (1971) et Les Aventures de Rabbi Jacob (1973).
Oury prépare ensuite un polar comique avec Lino Ventura, bon ami qu'il espère diriger depuis longtemps. Ventura doit camper un chef d'orchestre français à New York et contraint à s'associer avec un policier américain pour sortir des ennuis. Intitulé L'Entourloupe, le film doit être une coproduction franco-américaine, avec comme obligation d'avoir un acteur bankable pour le policier américain — le rôle est proposé à Al Pacino, Sylvester Stallone, Elliott Gould ou encore Jack Nicholson. Ce deuxième projet n'aboutit non plus à rien. Gérard Oury se consacre alors à écrire et mettre en scène une pièce de théâtre, Arrête ton cinéma, qui essuie un cuisant échec critique et public en 1977.
vignette|redresse=0.6|Après l'abandon du Crocodile et un échec subi au théâtre, Gérard Oury trouve une nouvelle vedette en Pierre Richard.
Après quatre années mouvementées et riches en déceptions depuis le triomphe des Aventures de Rabbi Jacob, Gérard Oury se remet au cinéma. À l'approche des dix ans des événements de mai 68, il se penche avec Danièle Thompson sur une comédie prenant place dans ce contexte, intitulée Y a pas de mai !, jeu de mots avec l'expression populaire « y'a pas de mais ! ».. Oury n'avait suivi la période que de loin, étant alors trop préoccupé par ses répercussions sur Le Cerveau, au tournage bloqué ; il avait seulement assisté à des rassemblements de professionnels, les États généraux du cinéma français. Toujours à la recherche d'un interprète populaire, vecteur de public, et privé de Louis de Funès, Gérard Oury se renouvelle avec l'une des principales vedettes comiques de la nouvelle génération : Pierre Richard, auréolé de succès depuis le début de la décennie. Pour la production, après Bertrand Javal des Films Pomereu pour Rabbi Jacob et Le Crocodile, Oury revient auprès de son grand ami Alain Poiré de la Gaumont, déjà derrière ses premières réalisations et La Folie des grandeurs.
Attribution des rôles Tête d'affiche, Pierre Richard est alors parmi les comiques les plus populaires en France avec les Charlots et Jean Yanne, un champion du box-office depuis que Louis de Funès ne tourne plus. Oury s'attache aux comédiens les plus bankables de son temps pour pouvoir bâtir ses superproductions comiques. Pour le rôle de l'avocat, les scénaristes s'appuient sur le caractère construit de film en film par Richard, tout en intégrant leur touche. Selon le critique Mickaël Lanoye, il y aurait ainsi : dans ses propres réalisations ou les films d'Yves Robert, Francis Veber et Claude Zidi, et dans les deux films de Gérard Oury.. Par ailleurs, Richard avait déjà vaguement évoqué la période de Mai 68 dans son film Je suis timide mais je me soigne (1978).
vignette|gauche|alt=Photo d'un homme moustachu avec un col largement ouvert.|redresse=0.6|Non sans heurts, Patrick Dewaere démissionne du rôle du prisonnier évadé.
Face au « grand blond », le rôle du taulard Martial Gaulard est prévu pour Patrick Dewaere, acteur au parcours prometteur depuis sa révélation dans Les Valseuses (1974) et sa consécration récente dans Le Juge Fayard dit « le Shériff » (1977). Dewaere est au départ séduit d'être choisi par un réalisateur et un acteur à succès.. Signe de son ascension, il reçoit pour la première fois une avance en s'engageant dans le projet, comme toutes les vedettes sur lesquelles des films sont bâtis. Oury est néanmoins décontenancé par son attitude désinvolte et négligée lors d'un déjeuner de travail.
Dewaere est finalement déçu par le scénario et ne se voit pas tourner ce genre de film. Selon lui, le moment historique qu'est est trop traité sous forme de gags, un élément de comique qu'il qualifie de . Il déclare à la presse : . Le réalisateur et le producteur Alain Poiré s'opposent, furieux, à la décision de l'acteur puis son agent Serge Rousseau parvient à négocier une sortie à l'amiable, amenant Dewaere à verser un dédommagement. L'épisode affecte la notoriété de Dewaere qui commence à avoir dans le métier une réputation de . Le remboursement de l'avance et l'annulation de plusieurs projets le poussent à accepter de tourner davantage de films ultérieurement.
vignette|redresse=0.6|Pierre Richard renoue avec Victor Lanoux, son ancien duettiste à leurs débuts sur scène dans les années 1960.
Oury attribue alors le rôle à Victor Lanoux, sans savoir qu'il formait avec Pierre Richard un duo d'humoristes sur scène à leurs débuts dans les années 1960. Entretemps, Lanoux s'est établi une notoriété certaine avec Cousin, Cousine (1975), d'ailleurs scénarisé par Danièle Thompson, et le dyptique d'Yves Robert, Un éléphant ça trompe énormément (1976) / Nous irons tous au paradis (1977). Les deux anciens duettistes n'avaient jamais encore partagé l'affiche ensemble. Lanoux était seulement apparu aux côtés de Pierre Richard dans Je sais rien, mais je dirai tout (1973), réalisé par ce dernier, brièvement dans le petit rôle d'un ouvrier peintre s'efforçant vainement d'apprendre à Pierre Richard les rudiments de la tâche à accomplir.
À côté des personnages de l'avocat et du truand, Oury et Thompson inventent avec plaisir un riche couple de fuyards affolés par les évènements, reflétant un véritable phénomène d'exil de certaines personnes fortunées, parties à l'étranger avec leurs tableaux, bijoux, lingots ou argent de peur d'être spoliés par la « révolution » ; ils les baptisent d'abord les Panicard, puis, jugeant le nom trop appuyé, optent pour Panivaux. Ils sont incarnés par Jean-Pierre Darras et Yvonne Gaudeau.
Parmi les rôles secondaires figurent de futurs spécialistes du doublage comme Jacques Frantz (voix de Robert De Niro et Mel Gibson), Blanche Ravalec (voix de Frances Fisher et Marcia Cross), Claude Brosset (voix de Robert Duvall) ou encore Patrick Floersheim (voix de Michael Douglas et Robin Williams).
Tournage Le tournage de La Carapate, encore nommé Y a pas de mai !, commence le . Il se déroule à Paris, Viroflay, Auxerre, Lyon, Dijon, Versailles, Chiroubles. Pour des raisons de logistiques, certaines scènes ont été tournées à Dreux.
L'évasion de Gaulard de sa prison de Lyon est tournée en partie à la prison de Fresnes en banlieue parisienne et, pour les scènes de violence, en studios. À Fresnes, les prises de vues ont lieu au milieu des allées et venues des détenus, escortés par leurs gardiens. Les prisonniers scrutent avec curiosité le tournage. Le , Oury filme un plan complexe :
Les scènes de barricades parisiennes de mai 68 sont reconstituées, mêlées aux rares images d'archives en couleurs disponibles. À peine dix ans après les évènements, les autorités s'opposent à filmer les affrontements sur place au Quartier latin, de peur de relancer de donner envie aux jeunes de relancer l'émeute : . Lors de la préproduction, il est prévu de reconstituer ces scènes dans des rues similaires du : Gérard Oury détaille alors à la presse que Gérard Oury dans Le Figaro du .. Le préfet de police Pierre Somveille demeure inquiet de tourner en pleine ville. Face à l'avis des autorités, les décors sont finalement reproduits aux studios d'Épinay par Jean André. Oury décrit : , le tout étant de toute façon filmé de nuit.
Le préfet de police met tout de même à disposition d'Oury plusieurs véhicules anti-émeutes ainsi que la salle de télésurveillance de la police, dotée de cinquante écrans reliés à des caméras situées aux points cruciaux de Paris et d'une centaine de pupitres avec téléphones reliés aux commissariats et voitures en patrouille, un décor qui aurait coûté une fortune à recréer.