La Grande Ourse est la troisième constellation du ciel par son étendue. Elle contient la « grande casserole » (ou « grand chariot »), l'un des astérismes les plus connus de l'hémisphère nord. Faisant partie de la liste des établies par Ptolémée, elle est très facilement reconnaissable par la forme de casserole que composent ses sept plus brillantes étoiles. La Grande Ourse est une constellation circumpolaire pour les observateurs situés au-dessus de 41° de latitude Nord : elle ne semble jamais se coucher.

En grec, le mot ours se dit arktos, qui a donné le nom d'Arctique.

Nomenclature, histoire et mythologie

LOurse, la plus ancienne figure céleste connue vignette|gauche|Statuette de la déesse gauloise Artio Au Musée historique de Berne (Suisse). L’Ours est la plus vieille figure céleste de l’hémisphère Nord, et on en trouve des traces dans toutes les familles de langues indo-européennes Anton Scherer, Gestirnnamen bei den Indogermanischen Völkern, Heidelberg : Carl Winter, 1953. sans que l'on sache exactement pourquoi Ursa maior est apparue sous la forme de « l’ours » à l’époque préhistorique Michael Janda, The night sky of the Indo-Europeans. In: Larsson, J., Olander, T., & Jørgensen, A. R. (eds.), Indo-European Interfaces: Integrating Linguistics, Mythology and Archaeology, pp. 149-163. Stockholm: Stockholm University Press, 2024.

Le sanskrit ঋক্ষ ṛkśa, « l’Ours »Gérard Huet, Dictionnaire Héritage du Sanscrit, version DICO en ligne, entrée « ṛkṣa », lire en ligne: . Consulté le ., existe, tout comme le grec , pour désigner les Sept étoiles indiquant le Nord dans l’hémisphère septentrional. Ces deux mots n’ont pas seulement la même étymologie, ils correspondent tous deux à l’emblème d’une divinité. Le Mahābhārata présente Ṛkśa comme roi de la lignée lunaire, descendant de l’empereur Bharāta et père de SaṁvaraṇaGérard Huet, version DICO en ligne, entrée « ṛkṣa » (lire en ligne, consulté le ).

Chez les Grecs, le nom de la déesse Artémis () dérive de la même racine indo-européenne [(h)rkto]. En tout état de cause, dans le rituel du culte rendu à la déesse à Brauron en Attique, des fillettes étaient déguisées en ourses. Ce lien avec le divin est d’ailleurs confirmé chez les Celtes dont la déesse Artio (qui signifie ours en langue gauloise, passage cité p.204.), était représentée sur la statue de Berne s’avançant vers une ourse (de cette même racine proviendrait le nom du roi Arthur, « Artio (Artos-rix) », « l’ours-roi/guerrier ».).

Comme la séparation du tronc commun indo-européen des langues indo-iraniennes d’une part, et les langues helléniques et celtes d’autre part, est réputée s'être opérée avant la fin du , il y a tout lieu de penser que la figure de l’Ours, qu’elle soit associée à une étoile ou à une constellation, est la plus ancienne connue à ce jour.

La figure astrale de l'Ours existe également en Amérique du Nord. Mais la séparation des rameaux nord-américain et indoeuropéen de l'humanité remonte bien trop dans le temps pour que l'on puisse dire quelque chose d'assuré sur les représentations de ces peuples. En revanche, le fait que des populations des parties septentrionales d'Europe et d'Amérique divinisent l'animal-roi de ces régions n'a rien de surprenant et peut être le résultat de démarches indépendantes.

La recherche en mythologie comparée a émis l'hypothèse que l'identification entre la constellation et un ours trouverait son origine dans la Chasse cosmique, un mythe remontant au Paléolithique et dont subsisteraient encore aujourd'hui des variations sur la plupart des continents hors l'Océanie ; l'une d'elles serait le mythe de Callisto..

En Égypte vignette|gauche|La figure de Mesḫetiu sur le sarcophage d’Idy, Asyut, ca. 2060 av. è. c. Les sept étoiles brillantes de la Grande Ourse constituent l’astérisme égyptien de msḫtjw / Mesḫetiu, « la Cuisse du taureau ». Ce dernier est naturellement représenté par une patte postérieure de taureau, ou, à partir du Nouvel Empire, sous la forme d'un taureau. Il est possible qu'elle soit reliée avec la notion d’au-delàGábor W. Nemes, « The mythological importance of the constellation Msḫtjw in mortuary representations until the end of the New Kingdom », ENiM 13, 2020, p. 1-61..

En Mésopotamie

La figure du Chariot est une création mésopotamienne. On rencontre dès la première partie du millénaire le nom MAR.GÍD.DA = Ṣumbu, « le Chariot » que les astronomes modernes attribuent à l’étoile Alpha Ursae Majoris dans un document appelé « Prières aux dieux de la nuit ». Au début du millénaire, le ciel est organisé en constellations, c’est-à-dire que les étoiles sont désormais nommées par leur situation dans les figures célestes, et la Série MUL.APIN, qui est le premier traité d'astronomie mésopotamienne, découvert à Ninive dans la bibliothèque d'Assurbanipal et datant au plus tard de 627 av. è. c., nous présente les étoiles de la constellation de MAR.GÍD.DA = Ṣumbu, « le Chariot », comme le montre l’image ci-dessous. La déesse NIN.LÍL = Mulillu / Mulissu, « la Dame du Vent », dont MAR.GÍD.DA = Ṣumbu, « le Chariot », est l’emblème, est l’épouse d’EN.LÍL = Elil, « le maître du Vent », sur qui son nom semble forméJeremy Black & Anthony Green, Gods, Demons and Symbols of Ancient Mesopotamia, an Illustrated Dictionary, London: British Museum Press, 1992, pp. 79 et 140-141.. EN.LÍL = Elil est, qui avec AN= Anu et ENKI = Ea, aux zones célestes desquels sont affectées les étoiles, et il préside quant à lui celles du ciel boréal. Quant à Marduk, devenu le dieu prééminent à Babylone, il a lui-même pris zarû, « le timon » comme un de ses nombreux emblèmes(en) Hermann Hunger & David Pingree, MUL.APIN, An Astronomical Compendium in Cuneiform [Archiv für Orientforschung (AfO), Beiheft n° 24, 1989].. Cette figure sera reprise par les Grecs sous le nom d', « le Chariot ».

vignette|centré|500px|Les étoiles de MAR.GÍD.DA = Ṣumbu, « le Chariot », dans la Série MUL.APIN, av. 627 av. è. c.av. è. c.

Chez les Grecs

Cette figure céleste apparaît dès Homère ( s. av. è. c.) sous deux noms livrés ensemble : , l’« Ourse », et , le « Chariot », tant dans l’Iliade, que dans l’Odyssée.

C’est à partir d’Eudoxe que, pour distinguer les Deux Ourses, la Grande est nommée à partir d’Eudoxe et Aratos.

Selon Ératosthène (ca. 276 – ca. 194 av. è. c.), cette constellation représente une nymphe, Callisto, fille de Lycaon, roi d'Arcadie et dame de compagnie d'Artémis, ce qui l'a contrainte à faire vœu de chasteté. Pourtant, aimée par Zeus et déflorée par lui, elle poursuit son office auprès de la déesse. Mais quand, à l'occasion d'une baignade, celle-ci s'aperçoit de son état, elle devient furieuse et la change en une ourse qui met au monde un fils, Arcas. C'est pour faire échapper les deux malheureuses créatures aux chasseurs que Zeus les change en constellations, Callisto en Grand Ourse et Arcas en Petite Ourse, tournant perpétuellement autour du pôle Nord et jamais autorisées à se reposer sous la merÉratosthène, Le Ciel, mythes et histoires des constellations, Pascal Charvet (dir.), Paris : Nil Éditions, 1998, p. 33.. Ovide remplacera, dans ses Métamorphoses, Artémis en Héra, l'épouse de ZeusOvide, Métamorphoses, , 409-530.], ce qui n'est pas cohérent avec l'étymologie d'Artémis, qui est la même que celle de , lOurseOvide, « Calliso » et « Arcas », in Les Métamorphoses, éd. de Jena-Pierre Néraudau, Paris : Gallimard, 1992, pp. 86-89 et 89-91..

Pour ce qui est d’, le « Chariot », il s’agit en amont de la constellation mésopotamienne de MAR.GÍD.DA = Ṣumbu, « le Chariot » . Il est remarquable que deux siècles après Homère, Thalès soit réputé avoir introduit le même nom, , le « Chariot » pour la Petite Ourse, à l’instar des marins phéniciens qui s’en servaient pour trouver le Nord, d’où son surnom de , « Phénicienne. Il existe donc, chez les Grecs, deux « Chariots » dont l'origine provient des figures mésopotamiennes portant des noms différents, soit Ṣumbu pour UMa, et Eriqq samē pour UMi. C’est à partir d’Eudoxe et Aratos qu’, le « Chariot », ne sera plus considéré que comme un astérisme de .

Les Grecs utilisent un autre nom pour la Grande Ourse, , « spirale », à cause de son mouvement rotatoire autour du pôle céleste, qui était plus serré que de nos jours à cause de la précession des équinoxes. C’est la dénomination que préfère pour cette constellation Aratos qui écrit : « C’est d’Ἑλίκη que les Achéens apprennent à conduire leurs nefs »Aratos, Phénomènes, texte établi, traduit et commenté par Jean Martin, éd. Paris : Les Belles lettres, 2002, tome I, § 20., peut-être parce que est aussi le nom d’une cité d’Achaïe. En tout cas, le nom apparaît à l’époque alexandrine mais semble bien plus ancien.

L'ours se disant en grec, mais ce mot signifiant également « nord » par suite du nom donné à la constellation., c'est l'origine du terme de cercle arctique donné jadis au cercle des étoiles circumpolaires toujours visibles. L'astronome Géminos assignait comme limite à ce cercle, « le pied de devant de la Grande Ourse », et le terme « Arctique » qui désigne la région entourant le pôle Nord de la TerreGéminos, « Les cercles de la sphère », in Introduction aux phénomènes, texte établi et traduit par Germaine Aujac, Paris : Les Belles lettres, Gallimard, 2002, pp. 21-33..

Chez les Romains vignette|gauche|Ursa major, Ursa minor et Draco dans une édition des Aratea de Germanicus d’époque carolingienne (ca. 830-840). Les Romains ont repris avec , c’est-à-dire les versions latines des d’Aratos, les noms grecs : 1. , l’« Ourse », est d’abord simplement transcrit, ce qui donne à partir de Cicéron (106-51 av. è. c.), et chez Hygin (37 av. – 17 è. c.), puis le calque sémantique , qui est de la même racine que le nom grec, chez Ovide (43 av. – 17 ou 18 è. c.) et chez Hygin. 2. est rarement transcrit et aussi rarement rendu par le nom , mais plutôt par le pluriel poétique . 3. devient avec Cicéron et les traductions latines d'Aratos.

vignette|droite|La constellation des Septemtriones chez les Romains. Mais les Romains possédaient déjà leur appellation propre pour les Sept étoiles brillantes du nord, , attesté chez Plaute (254-184 av. é. c.) et dont Varron (116-27 av. é. c.) dit qu’il s’agit de « Sept bœufs de labour » qui tournent autour du pôle. Cette constellation doit être mise en rapport avec , conçu comme un « Bouvier », mais il s’agit du rapprochement entre deux figures d’origines différentes. Une dernière appellation à noter chez les Romains, qui parle d'elle-même et suffit à caractériser la constellation, mais reste rare : , « Sept étoiles ».

Le terme voisin, , « sept bœufs » (de , « bœuf de labour », utilisé généralement au pluriel : .), d’abord comme synonyme de pour la constellation, puis pour indiquer le « nord », qui donne le français septentrion.

Chez les Hébreux La Torah ou Bible hébraïque présente à deux reprises la figure de la Grande Ourse dans une énumération de figures célestes (מַזָּר֣וֹת Mazzarōt) dans le Livre de Job, donc à une époque tardive : d'abord עש ᶜAš dans Job, 9.9, puis עיש על בניה ᶜAyš ᶜal Banèha, soit « Nasch et ses filles », dans Job, 38.32. Ce nom est à mettre en rapport avec la figure arabe de نعش وبناته Naᶜš wa-Banātuhu, ce qui n’est pas étonnant étant donné que Job est réputé vivre, selon les rédacteurs de la Septante, la première traduction grecque de la Bible, aux confins de l’Idumée et de l’Arabie. Henri Mesnard, « Les constellations du livre de Job », in Revue belge de Philologie et d'Histoire, tome 30, fasc. 1-2 (Année 1952), pp. 135-146..

Chez les Arabes gauche|vignette|La figure de الدبّ الأكبر al-Dubb al-Akbar dans une copie du traité de une copie du traité de ᶜAbd al-Raḥmān al-Ṣūfī, ca. 1010, Bodleian Library, Oxford.