vignette|Le réseau admirable du corpuscule de Malpighi. Un rete mirabile (au pluriel retia mirabilia), ou réseau admirable , est un plexus vasculaire, un système anatomique d'artères et de veines intimement associées (les veines enveloppant les artères), que l'on trouve chez certains vertébrés et qui peut servir à différentes fonctions.

Dans l'espèce humaine, on retrouve ce type de structure au niveau des reins, des ventricules cérébraux et de la rétine. Dans les reins, cette structure permet la filtration au niveau du glomérule rénal. Au niveau des ventricules cérébraux un réseau capillaire complexe intervient dans la production du liquide cérébrospinal (plexus choroïdes).

Le même type de structure est retrouvé plus fréquemment chez d'autres espèces animales notamment chez les mammifères marins cétacés.

Régulation thermique

L'une des fonctions du rete mirabile est de servir d'échangeur thermique ; le réseau est formé d'artères, chacune entourée de plusieurs veines. Le sang des artères, qui vient du cœur et se dirige vers les extrémités, est plus chaud que celui des veines, qui revient vers le cœur. Les capillaires irriguant les parties extérieures du corps entraînent un refroidissement particulièrement important du sang. Le rete mirabile permet ainsi au sang refroidi de ces veines de récupérer la chaleur dissipée par les artères grâce à l'enveloppement de celles-ci.

On retrouve cette adaptation chez certaines espèces de poissons « chauds » comme chez le thon ou certains requins. On la rencontre aussi chez certains mammifères vivant en eaux froides comme la loutre de mer, les cétacés et chez les pinnipèdes, des animaux vivant en eau froide (l'eau conduit la chaleur mieux que l'air, et refroidit donc le corps des mammifères marins rapidement).

Le rete mirabile permet aussi dans certains cas un refroidissement du corps en accélérant la dissipation thermique.

Régulation gazeuse Un tissu très vascularisé dit aussi rete mirabile se trouve chez les poissons, et facilite les échanges gazeux.

Régulation hydraulique Les cétacés possèdent de massifs plexus vasculaires (retia mirabilia), à travers lesquels passe le flux sanguin cérébral. Leur fonction est longtemps restée inconnue (réserves en oxygène nécessaires à la plongée). En 2022, une équipe de chercheurs a émis l'hypothèse qu'ils protègent le cerveau des pulsations de pression sanguine générées par la locomotion, en minimisant les différences de pression entre les artères et les veines cérébrales. Un modèle informatique basé sur la morphologie de onze espèces conforte cette hypothèse, montrant que les retia diminuent de 97 % la pulsatilité dans le cerveau..

carotidien chez Galien

vignette|Circulation sanguine chez Galien, avec la mention d'un sur la base du crâne. Illustrant la théorie du pneuma, ce schéma est tiré de l'ouvrage de Charles Singer, Le rete carotidien est un réseau physiologique reliant les artères carotides externe et interne chez les vertébrés inférieurs. ; il n'existe pas de véritable rete carotidien chez l'homme. Une sorte de peut cependant apparaître en tant que malformation. L'existence d'un chez l'homme est attesté chez Galien ; elle résulte probablement d'observations anatomiques réalisées sur des bœufs ou d'autres espèces.

Dans le système pneumatique galénique, le corps se comprend comme un système hydraulique — les veines, les artères selon Anaximène et Aristote sont remplies d'air ; plus tard, les nerfs selon cette théorie seront creux — dans lesquels circulent esprit vital (, localisé dans le cœur) ; esprit physique (, en latin « », localisé dans le foie) et esprit psychique (, en latin « », localisé dans le cerveau); Le est produit dans le cerveau via le par filtration ou distillation de l’esprit vital, puis distribué dans tout le corps par les nerfs. Cette théorie sera admise par les érudits musulmans et chrétiens du Moyen Âge, et sera un point fort du galénisme pendant des siècles. Les éléments supposés assurer le transit de l'esprit vital et sa transformation en esprit animal sont donc les carotides, le , et dans le cerveau, les ventricules du cerveau. La substance du cerveau était moins importante que les réceptacles assurant le transit de la pneuma.

Du latin le terme apparaît dans l'ancien français sous les formes « rez »« resel », « reseuil », et il est introduit en tant que « rets », puis de « réseau » au pour désigner des filets de pêche (« prendre dans ses rets »)., des tissus de mailles : « Peu s'en faut qu'il ne s'étende sous toute la base de l'encéphale », Galien dit du , « qu'il ressemble à plusieurs filets de pêcheurs tendus les uns sur les autres. » .

l’utilité de cet entrelac est établi :

Contemporain d'André Vésale, (1485–1569), au début du , tout en admettant qu'elle se décomposait rapidement après la mort et était donc difficile à observer, prétendit avoir démontré cette structure à de nombreuses reprises. Jacobus Sylvius (1478-1555) ne le trouvant de pas chez l'homme s'était désespérément demandé si ce avait existé à l'époque de Galien, avant de disparaître chez l'homme moderne. Le chez l'homme est remis en cause pour la première fois par Jacopo Berengario da Carpi (1457 1530) puis par André Vésale (1514-1564), mais néanmoins chez l’homme continue après Vésale à faire partie du discours médico-anatomique.

Les allusions au sont disséminées tout au long du de 1543, « présentées avec humour, distanciation et ironie », « pas toujours perçues ou comprises par les commentateurs ». En 1538, Vésale dessine un schéma du humain , une« terminaison plexiforme des artères carotides, où l'esprit vital se transforme en esprit animal, avant d'être distribué du cerveau par les nerfs jusqu'au corps ». En 1540, il démontre le lors d'une anatomie publique, en utilisant une tête de mouton, « car il réalise alors qu'il ne pourrait le démontrer correctement sur un cadavre humain ». En 1543, il change d'avis et nie l'existence du chez l'homme, se reprochant de n'avoir pas vu cette erreur chez Galien. Il illustre néanmoins la conception galénique du chez l'homme et un schéma du chez les ongulés.« Il voulait que le schéma du humain de 1543 illustre une erreur résultant de la dépendance excessive de Galien aux animaux comme modèles d'anatomie humaine », ce qui sera mal interprété. Ambroise Paré, en 1561, reprend la figure du Livre VII de la Fabrica, en ignorant les commentaire de Vésale, et c'est au nom de la polémique qu'elle a suscitée que dans l'édition de 1575 il a pu dire :

Ambroise Paré traduit l'expression par « plexus réticulé »— formé à partir du latin , entrelacement — et c'est régulièrement selon cette expression que les traités de Galien seront traduits. Vésale est cité régulièrement dans l'œuvre de Paré pour rappeler les controverses qu'il a suscitéEvelyne Berriot-Salvadore. Ambroise Paré, lecteur de Vésale. La Fabrique de Vésale, la mémoire d'un livre., 2016, Paris, France. pp.67-81. lire en ligne.

Le , va connaitre dix années (1655-1665) particulièrement fécondes dans le domaine de l'anatomie, de la connaissance et des études du cerveau et du système nerveux, pendant lesquelles Thomas Willis (1621-1675), Marcello Malpighi (1628-1694) et Nicolas Sténon (1638-1686), vont connaître des résultats importants. Il faut ajouter Conrad Victor Schneider (1614-1680), qui dans son de 1655, puis dans son de 1660-1664, a réfuté la théorie catarrhale qui datait d'Hippocrate, surtout l'idée la plus répandue qu'elle véhiculait selon laquelle le nasopharynx serait l'émonctoire du cerveau ; et Johann Jakob Wepfer (1620-1695) qui dans ses de 1658, décrit les artères cérébrales en détail, identifiant la structure reconnue aujourd'hui comme le polygone de Willis.

Wepfer tout en décrivant le polygone attribué à Willis, s'oppose à la notion galénique de chez l'homme; cette opposition se retrouve aussi chez Schneider ( L. II. c. 18 : « ») ; et chez Sténon, dans son Discours sur l'anatomie du cerveau de 1665-1669, ainsi que dans ses de 1667. La théorie des esprits animaux, encore un thème central de la physiologie de Descartes (1596-1650), sera principalement dénoncée par Sténon dans les deux mêmes ouvrages.

Descartes dans L'Homme — posthume, écrit dans les années 1630 et publiée en 1662 par Florent Schuyl, puis en en 1664 en français par Claude Clerselier, faisant l'impasse sur trente années de découvertes anatomiques — parle de « rets admirable» : , remarque inspirée probablement du (vol.III, cap. XV.) de Gaspard Bauhin (1560-1624) , qui avait contredit Vésale, affirmant que le existait bien dans le cerveau de l'homme, jouant un rôle capital dans l'élaboration de l'esprit animal.

L'idée d'un disparaît avec la théorie pneumatique de Galien. Costanzo Varolio (1543-1575) avait nié que les ventricules soient remplis par le pneuma mais un liquide séreux. Francis Glisson comprend qu'un excès de ce liquide explique l'hydrocéphalie. Au , Albrecht von Haller (1708-1777) et Emanuel Swedenborg (1688-1772), dans un travail resté manuscrit, identifient le liquide céphalo-rachidien Mais la première description du L.C.R. est attribuée à Antonio Maria Valsalva (1692) et Domenico Cotugno en 1764 () lui donne son nom (1778). Mais avant ceux-ci André Vésale, Costanzo Varolio, Francis Glisson et Albrecht von Haller étaient tous conscients du fait qu’il n’y avait pas de « » dans les ventricules cérébraux, mais plutôt du L.C.R.. Avec les expériences galvaniques de stimulation électrique des nerfs par Luigi Galvani (1737-1798), il était devenu peu probable que du liquide circule dans les nerfs.

Références

Liens externes

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