Aurore Gagnon ( – ), est une fillette canadienne victime de maltraitance de la part de sa belle-mère, Marie-Anne Houde, et de son père, Télesphore Gagnon (1883-1961), dans un village situé dans le Centre-du-Québec. À 10 ans, elle succombe à une septicémie provoquée par environ 52 blessures infligées lors de sévices répétées, ainsi qu’à un épuisement extrême.
Selon le romancier André Mathieu, l'un de ses biographes, son histoire constitue le André Mathieu, Aurore, Éditions Nathalie, 1994 du passé collectif des Québécois. Remis en mémoire par des pièces de théâtre, des romans historiques et des films, son histoire tragique a popularisé son village natal, Sainte-Philomène de Fortierville, et fait d’elle une icône de la culture sociologique et populaire québécoise.
Histoire
Aurore Gagnon (baptisée Marie-Aurore-Lucienne GagnonDictionnaire Biographique du Canada en ligne, GAGNON, AURORE) est la seconde fille de Télesphore Gagnon et de sa première épouse, Marie-Anne Caron, qu'il épouse en . Télesphore est un fermier prospère de Sainte-Philomène de Fortierville, petit village situé sur la rive Sud du fleuve Saint-Laurent à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Québec. Il est propriétaire d'une terre à l'entrée est du village et on estime qu'il possède en biens en 1920Les grands procès du Québec, L'affaire de la petite Aurore, Éditions de la rue Querbes, 1998, . Le premier enfant des Gagnon, Marie-Jeanne, est née le et fut suivie par Aurore (), Georges-Étienne (1913) et Joseph (1915-1917).
Peu après la dernière naissance, Marie-Anne Caron tombe malade et les médecins diagnostiquent vite la tuberculose. Marie-Anne Houde, la veuve d'un cousin de Télesphore, emménage bientôt chez lui afin de s'occuper de la maison et des enfants. Âgée d'environ trente ans, elle est mère de deux enfants, Gérard et Georges-Henri. Avant son arrivée dans la maison des Gagnon, Marie-Anne Houde avait eu six enfants avec son premier mari. Cependant, cinq d'entre eux sont décédés à un très bas âge. Elle est originaire de Sainte-Sophie-de-Lévrard, une municipalité voisine de Fortierville. C'est à la suite de son arrivée que plusieurs drames successifs s'abattent sur les Gagnon. En , le plus jeune des enfants, Joseph, un enfant de deux ans, est retrouvé mort dans son lit. Une enquête du coroner conclut à une mort naturelleIdem, . En , Marie-Anne Caron décède de la tuberculose à l'asile de Beauport, le . Incapable de s'occuper seul de sa ferme et de ses enfants, Télesphore Gagnon épouse discrètement Marie-Anne Houde une semaine plus tard, le . vignette|Marie-Anne Houde, la belle-mère d'Aurore et seconde femme de Télesphore Gagnon. Les enfants vont vivre quelques mois chez leurs grands-parents maternels à Leclercville, une autre municipalité voisineAurore, . Ce n'est qu'à l'été 1919 qu'ils réemménagent chez leurs parents. Pendant six mois, la seconde fille, Aurore, va vivre un martyre. La jeune fille a été maltraitée et violentée non seulement par sa belle-mère, mais aussi par son père, Télesphore. Outre les sévices corporels, Marie-Anne Houde lui faisait boire de la lessive ou lui coupait mal les cheveux (selon certains témoignages). Aurore a même dû être hospitalisée à l'automne à l'Hôtel-Dieu de Québec parce que sa belle-mère avait brûlé son pied avec un tisonnier rougi au feu. À son retour de l'hôpital, les sévices recommencent vite. Le , Aurore décède dans des circonstances tellement suspectes que les autorités sont alertées. Une autopsie est pratiquée dans le sous-sol de la sacristie de l'église par le docteur Albert Marois. Celui-ci note 54 blessures sur tout le corps de l'enfant, résultats des coups portés, aucune n'étant cependant mortelle par elle-même. Une grande majorité de ces blessures et cicatrices retrouvées sur son corps ont même mal guéri. La blessure la plus grave se trouve sur le côté du crâne. Le cuir chevelu est couvert de sang et de pus. La cuisse gauche est tuméfiée. Sur les doigts et les poignets, la peau est enlevée jusqu'à l'osHélène-Andrée Bizier, La petite histoire du crime au Québec, Stanké, 1981, ..
Les funérailles ont lieu le . Le service fut fait par le prêtre de Fortierville, Ferdinand Massé. À la sortie de l'église, Marie-Anne Houde est condamnée à la pendaison jusqu'à ce que mort s'ensuive par le juge Louis-Philippe PelletierIdem, . Ils ont dû attendre que Marie-Anne accouche de ses jumeaux avant de pouvoir procéder avec la peine de mort. Sa peine est cependant commuée en sentence à vie le . Elle est toutefois libérée le , pour des raisons de santé, car elle est atteinte du cancer du sein ainsi que du cerveau. Elle va s'établir chez une sœur de son premier mari sur la rue Saint-Denis à Montréal, où elle meurt le . Télesphore Gagnon, également accusé du décès d'Aurore, fut quant à lui condamné à la prison à vie (pour homicide involontaire) par le juge Joseph-Alfred Désy, mais il fut libéré de prison en 1925 pour après avoir purgé seulement 5 ans. Par la suite, il retourna dans son village natal, où il écrivit plusieurs lettres à Marie-Anne Houde, toujours en prison, et il reprit son . Après la mort de sa femme en 1936, Télesphore se remarie, avant de mourir en . La sœur aînée d'Aurore, Marie-Jeanne, décéda en 1986 à ShawiniganMarie-Jeanne Gagnon biographie.
Culture et mythe Les procès avaient attiré des centaines de personnes et on devait refuser du monde à chaque séance. Ils avaient également été grandement médiatisés dans les journaux de l'époque.
Pièce de théâtre de 1921 Les journaux donnaient des comptes rendus détaillés de chacun d'eux, ce qui inspira deux acteurs, Henri Rollin et Léon PetitJean, à écrire une pièce de théâtre intitulée Aurore, l'enfant martyre, qui reprend l'histoire de l'affaire en la romançant quelque peuIdem, . Après avoir fait l'affiche de cinq autres théâtres montréalais, la troupe fait une tournée à travers le Québec avant d'en entamer d'autres en Ontario et dans les provinces maritimes. En 25 ans, la pièce est jouée plus de fois et attire, semble-t-il, personnesJean Cournoyer, La Mémoire du Québec, Stanké, 2001, .
Film de 1952 La première de La Petite Aurore, l'enfant martyre a lieu le au Théâtre Saint-Denis. Pendant des semaines, le film est joué à guichets fermés, une première pour un film québécois. Il sera plus tard traduit en 8 languesIdem, .
En 1984, la pièce de Rollin et de PetitJean est reprise au Québec sous le titre Aurore. Mise en scène par René Richard Cyr, elle met en vedette Louison Danis dans le rôle de la marâtre et Adèle Reinhardt dans celui d'AuroreIdem, .
Film de 2005
En 2004, on annonce le prochain tournage d'un nouveau film sur Aurore Gagnon produit par Denise Robert et réalisé par Luc Dionne : Aurore.
Place d'Aurore dans l'histoire et l'historiographie québécoise Le , Fortierville identifie Aurore Gagnon comme personnage historique..
Notes et références
Annexes Bibliographie
Filmographie La Petite Aurore, l'enfant martyre, film de 1952 réalisé par Jean-Yves Bigras. L'Affaire de la petite Aurore, épisode de la série télévisée Les grands procès de 1994. Aurore, film de 2005 réalisé par Luc Dionne. Aurore : entre mythe et réalité, documentaire diffusé en 2025 réalisé par Sébastien Rist et Aude Leroux-Lévesque.
Articles connexes Louis-Philippe Pelletier Joseph-Alfred Désy Aurore, l'enfant martyre (pièce de théâtre)
Banques de données, dictionnaires et encyclopédies
Catégorie:1920 au Québec Catégorie:Naissance en mai 1909 Catégorie:Naissance dans le comté de Lotbinière Catégorie:Décès en février 1920 Catégorie:Décès dans le comté de Lotbinière Catégorie:Décès à 10 ans Catégorie:Personnage historique identifié du Québec Catégorie:Protection de l'enfance au Québec Catégorie:Meurtre commis contre un mineur au Canada Catégorie:Violence contre les enfants au Canada