Le prince Nguyễn Phúc Vĩnh San (, ou 1900 - ), connu sous le nom dynastique de Duy Tân (), est le onzième souverain de la dynastie des Nguyễn. Porté au pouvoir par les autorités coloniales françaises, il règne de 1907 à 1916, jusqu'à l'échec de la révolte contre le protectorat français. Après un exil à l'île de La Réunion, il rejoint la résistance française lors de la Seconde Guerre mondiale.

Biographie vignette|gauche|Le jeune empereur et son entourage. Né en 1899 à Hué, le prince Vinh San est le cinquième fils de l’empereur Thành Thái, descendant direct de l'empereur Gia Long, fondateur de la dynastie des Nguyễn Phuoc, et de sa concubine Nguyễn Thị Định. Il n'a que 7 ans lorsque son père, l'empereur Thành Thái, accusé de folie, est contraint par les autorités coloniales françaises, d'abdiquer en sa faveur.

Intronisé le sous le nom dynastique de Duy Tân, son règne, de 1907 à 1916, est marqué par différents événements relatifs à l'émancipation de son pays (l'Annam) et notamment la révolte de 1916 contre le protectorat français.

La résistance vietnamienne à la colonisation française Au début de , commence le Mouvement contre les impôts, réprimé dès le avec l'arrestation des principaux meneurs, l'empereur Duy Tân n'ayant que 9 ans. À la suite des troubles provoqués à cette occasion, il déclare aux hauts dignitaires de la cour : « […] S'il y a souvent des perturbations dans le pays, c'est que le peuple ne mange pas à sa faim ». « […] À partir d'aujourd'hui, sur ma liste civile de piastres j’en prélève pour être distribuées par vos soins aux pauvres ».

L'agitation anti-française dans les pays « annamites » depuis 1905 semblait être apaisée, quand à nouveau des rebelles fomentèrent un complot dans le but d'attaquer dans la nuit du 3 au les postes de Tam Kỳ et Quảng Ngãi.

Cependant, le fait que l'empereur Duy Tân ait pris ou non la tête de cette rébellion doit être discuté et examiné avec prudence, notamment en raison de l'absence de sources historiques sinon incontestables, du moins raisonnablement fiables. D'une part, le jeune empereur qui n'a que 17 ans à l'époque est vu par le protectorat français au mieux comme un idéaliste, au pire comme ayant pour projet de s'émanciper de la tutelle française; d'autre part, la France est elle-même en guerre contre l'Allemagne et ne peut courir le risque d'ouvrir un autre front à des milliers de kilomètres de chez elle.

À ce sujet, Dutremblay Agénor (1906-1990), résistant, enseignant, syndicaliste et homme politique réunionnais., qui fut l'ami et le compagnon de résistance de Duy Tân pendant son exil à La Réunion, écrit:

Dans ce contexte, les rapports officiels établis par les autorités françaises concluent sans surprise que le prince a joué un rôle au plus haut niveau de la sédition, voire qu'il en était à l'initiative. Par ailleurs, ces rapports vantent l'efficacité de la réaction française autant que le loyalisme des populations locales et des autorités annamites qui désapprouvent cette rébellion car elles voient au contraire en la France, protectrice des personnes et des biens, "un gage de tranquillité". À tel point que l'un des chefs rebelles, en fuite, aurait été "arrêté au sein de son propre village" – c'est-à-dire dénoncé ou livré par ses habitants. Ces affirmations, invérifiables, peuvent être tenues, par leurs éléments de langage et en l'absence de tout témoignage contradictoire, pour un discours officiel de propagande.

La réalité est plus vraisemblablement que la France souhaitait se débarrasser de ce jeune prince peu docile et encombrant - comme elle l'avait déjà fait en 1907 de son père Thành Thái, soupçonné de vouloir l'indépendance de son pays, et qu'elle avait fait déclarer fou avant de le destituer.

À la suite de la rébellion de 1916, une condamnation de Duy Tân à la peine capitale fut même envisagée. Mais par crainte d'un choc sans précédent dans le pays et des troubles qui pourraient en résulter, le gouvernement français invoqua finalement l'excuse de minorité et choisit de le destituer, puis de l'exiler à l'île de La Réunion. Sur les recommandations du ministre de l'Instruction Publique, la sentence concernant l'Empereur fut donc la suivante:

vignette|Le jeune empereur.

L'exil à l'ile de la Réunion L'empereur est embarqué au Cap Saint Jacques avec sa famille sur le navire Guadiana, le .

Au bout de cette traversée de 17 jours sans escale, le cargo mixte arrive en vue des côtes de Saint-Denis de La Réunion à du matin, le . Aussitôt, le secrétaire général De La Vigne Sainte Suzanne, le capitaine Deroche et le chef de la Sûreté viennent à la rencontre des illustres « invités » avec un petit train spécial. Il y avait à bord : le prince Vinh San - empereur Duy Tân, 17 ans et son épouse la « Hoang Nhu Phy » Mai Thi Vang, 18 ans ; la mère du prince, la « Tai Nhân » Nguyên Thi Dinh ;  son père, l'empereur Thành Thái , présentement Nguyên Phuc Chiêu - prince Buu Lan, 37 ans et ses deux autres épouses, deux sœurs, filles.

vignette|Duy Tân à l'île de La Réunion.

Arrivé à Saint-Denis, le prince tombe gravement malade et doit rester confiné dans une vieille maison des hauts de la ville, puis après sa convalescence qu'il passe dans la région d'Hell-Bourg il revient dans la capitale et s'installe dans une assez jolie maison au coin des rues Jules Auber et Labourdonnais.

Avec courage et énergie, le prince combat l'adversité. Il reprend ses études, passe son baccalauréat à Saint-Denis, s'intéresse au droit et aux langues, dont l'anglais et l'espagnol. Plus tard, il obtiendra une licence de droit. Il se lance dans la radio-électricité encore balbutiante avant d'en faire son métier.

Il passe ses loisirs à jouer du violon, élever des chevaux de course, s'exercer à l'escrime, donner des conférences littéraires ou scientifiques, composer des poèmes, écrire des articles de journaux, faire de la photographie, etc. Par deux fois il a été lauréat de l'Académie des sciences et des arts de La Réunion.

Après deux ans passés à La Réunion, sa jeune épouse, sa mère et sa sœur obtiennent l'autorisation d'être rapatriées en Indochine.

Toujours tenu par les liens du mariage, le prince refera sa vie comme il pouvait, aura une autre famille, nombreuse.

L'arrivée au pouvoir en France du Front Populaire en 1936 donne un nouvel espoir au prince Vinh San qui pense pouvoir obtenir son amnistie et la fin de son exil. Dans une lettre adressée au ministre des Colonies du cabinet Léon Blum, il se défend avoir été l'instigateur des troubles de 1916 et même s'y être farouchement opposé. Mais, devant la résolution, dit-il, des "vieux Annamites" (les mandarins) à l'origine de la révolte et craignant que celle-ci ne finisse en bain de sang, le prince aurait fait mine d'accepter d'en prendre le commandement pour mieux la circonscrire et éviter ainsi tout débordement. Selon ses dires en effet, le plan des mandarins prévoyait l'assassinat dans leur sommeil de tous les notables français, dont des amis du prince lui-même, ce à quoi il ne pouvait se résoudre comme il ne pouvait se résoudre à dénoncer les conjurés, ses compatriotes et sujets.

Extraits de la lettre du prince Vinh San au ministre des Colonies, rédigée à Saint-Denis de La Réunion, le : Cette stratégie de défense du "verre à moitié plein" ne fut sans doute pas convaincante, en tout cas le gouvernement Blum n'y donna aucune suite et ne répondit pas à la lettre du prince. Le premier résistant FFL de l'île de la Réunion vignette|L'empereur en tenue civile. Lorsqu'il entend l'appel du 18 Juin 1940, il se rallie au camp de ce général qu'il ne connaît pas. Le prince Vinh San, à l'écoute clandestine des radios qui diffusent les nouvelles de la guerre en Europe, notamment celles qui émanent de Londres, est l'un des premiers sur l'île de La Réunion à capter l'appel lancé par le général de Gaulle, le . Sa décision est prise, il entre en résistance. À tous ses amis, il dit :

Il met sa TSF au service des rares résistants de La Réunion, qui est aux mains d’un gouverneur vichyssois ; il se livre à des provocations occasionnelles, notamment en installant un V lumineux dans la vitrine de sa boutique ; il explique aux autorités qu'il voulait afficher ses initiales mais qu'il n'a pas assez de pièces pour le S..

Le , il s'engage comme radio-télégraphiste sur le contre-torpilleur Léopard des Forces navales françaises libres (FNFL).

Par décret du , signé du général de Gaulle, le prince Vinh San est nommé sous-lieutenant le , lieutenant le , capitaine le , chef de bataillon le . La médaille de la Résistance avec rosette lui est décernée en . Les motifs de la proposition sont ainsi définis :

Lors de la capitulation devant l’armée allemande, le , date de l’arrivée du vaisseau des Forces navales françaises libres (FNFL) Léopard devant Saint-Denis, et du ralliement de l'île de La Réunion à la France libre, La Réunion est majoritairement pétainiste. Les résistants actifs ne sont qu’une poignée. Parmi eux une personnalité s’impose, celle du prince Vinh San, qui a marqué l’histoire de La Réunion..

. Passionné de radio-électricité, il devient le premier radio-amateur de l'île. Cette passion pour le radio-amateurisme joue un rôle décisif dans son engagement pendant la Seconde Guerre mondiale. Avec comme indicatif FR8VX, il fut le premier, sinon le seul, à entendre à La Réunion l’appel du général de Gaulle le .

Sans hésitation et malgré les refus d'intégration dans l’armée française, il se range aux côtés du fondateur de la France libre. La majorité de la population étant pétainiste, le prince Vinh-San, via l’île Maurice, transmet aux forces alliées des renseignements. vignette|Duy Tan en tenue d'officier FFL. Ses actions de résistant lui valent d’être interné le au lazaret de Saint-Denis. Il est libéré un mois plus tard. Son matériel est confisqué mais il parvient à reconstruire un poste de fortune.

Au lendemain du ralliement de La Réunion à la France libre, Vinh San s’embarque sur le Léopard. Malade, il débarque vingt-deux jours plus tard. Ce n’est que le qu'il est incorporé comme simple soldat à la caserne Lambert. Le , il est nommé caporal. Envoyé à Madagascar, il se distingue en faisant rentrer dans le rang un bataillon de Indochinois, révoltés contre leurs chefs.

Le prince, amer, déclara :

Autorisé à se rendre en France où il arrive à Paris en , il participe à la fin de la guerre en Allemagne avec le grade de chef de bataillon. Le général de Gaulle commence à s’intéresser à celui dont il a lu les textes sur ce que pourrait être l’avenir de l’Indochine.

Le , le prince Vinh San fait sur les ondes de Radio-Tananarive sa première déclaration politique depuis son exil. Il l'adresse à son peuple, contre l’envahisseur japonais, précisant que l’avenir de son pays ne peut se concevoir que par des liens d’amitié et de coopération avec la France.

Mort tragique de l'empereur sur le chemin de retour De Gaulle rencontre le prince Vinh San le . Dans ses Mémoires de guerre, il écrit : Il souhaitait vraisemblablement établir avec lui les conditions d’un rétablissement sur le trône d’Annam et l'indépendance de la Cochinchine après référendum, en échange d'un maintien de liens privilégiés avec la France au détriment du révolutionnaire Hô Chi Minh avec une Indochine réunifiée mais seulement dans le cadre d'une union avec l'Indochine française de cette époque..

La disparition du prince Vinh-San dans un accident d’avion en pleine brousse centrafricaine de l’Oubangui-Chari, ne permet pas de voir ce projet aboutir.. De Gaulle ordonna une enquête sur cet étrange accident qui demeure à ce jour non élucidé. Les corps des victimes furent inhumés dans le cimetière de la mission catholique de Mbaïki. Faute de moyens à l'époque, en 1945, la famille ne put rien faire pour que les restes mortels du prince rejoignent sa terre natale.