Salvia divinorum, la Sauge divinatoire, est une espèce de plantes à fleurs du genre Salvia et de la famille des Lamiaceae. C'est une plante herbacée originaire du Mexique. Elle est connue pour ses effets psychotropes enthéogènes ; elle est utilisée dans un cadre mystique traditionnellement chez les Mazatèques lors de rites religieux de divination et de curation.

Elle est également appelée Sauge des devins, Feuilles de la bergère (Hojas de la pastora en espagnol), Feuilles de la Vierge, Herbe de Marie (hierba de Maria en espagnol), Ska Maria pastora (en mazatèque), Pipiltzintzintli (nom aztèque, supposé), Menthe magique (Magic Mint), Lady Sally, Salvia.

Description Appareil végétatif La Sauge divinatoire est une plante herbacée à tige carrée et creuse.

Appareil reproducteur Les fleurs blanches sont ornées d’un calice pourpre et couronnées d’un stigmate blanc.

Botanique C'est Jean Bassett Johnston qui a répertorié en botanique pour la première fois cette espèce en 1939 lors d'une étude sur les rituels consacrés aux champignons à psilocybine chez les autochtones mazatèques. Elle a été trouvée dans les ravines humides de la province d'Oaxaca au Mexique même si son origine reste inconnue. En effet, il semble que ces spécimens ne proviennent que de plantations des chamans locaux.

vignette|gauche|Plant de Salvia divinorum. Salvia divinorum est une plante vivace semi-tropicale. Elle a des grandes feuilles vertes, des tiges carrées creuses et des fleurs blanches ornées d'un calice pourpre et couronnées d'un stigmate blanc. La plante développe une tige florale atteignant assez aisément un mètre de hauteur. La sauge des devins pousse dans les forêts tropicales de la région mazatèque de la Sierra Madre orientale de la province d'Oaxaca, à une altitude de 300 à . Peu répandue à l'origine, il semble qu'elle soit l'un des psychotropes les plus rares à l'état sauvage.

À la différence des autres espèces de Salvia, Salvia divinorum produit des graines qui germent rarement. Il n'y a aucune inhibition de tube pollen actif dans le style, mais un élément semble bloquer le processus du pollen pour atteindre l’ovaireReisfield, A. (1993). The Botany of Salvia divinorum (Labiatae). Cette stérilité partielle suggèrerait une origine hybride, mais, à ce jour, aucune espèce n’a été reconnue comme parente éventuelle.

Aujourd'hui, la plante est uniquement propagée par boutures ou marcottage. Même si des spécimens isolés de Salvia divinorum existent, l’hypothèse que l'espèce soit un cultigène semble plausible. Tous les spécimens connus sont des clones d’un petit nombre de plantes accumulées, dont les plus courantes sont : la souche Wasson/Hofmann, qui a été obtenue auprès d’un chamane mazatèque à Oaxaca en 1962 ; la souche Blosser (Palatable) obtenue aux alentours de 1980. Cette dernière est connue pour être moins amère que la souche Wasson/Hofmann.

Culture vignette|gauche|jeune plant de Salvia divinorum.|alt=Image d'une jeune plante de Salvia divinorum.

Cette espèce préfère l'ombre et une atmosphère humide. Elle n'est pas résistante au gel.

Les graines suivant la floraison sont rarement viables, c'est pourquoi Salvia divinorum est généralement multipliée par bouturage. Une bouture fraîchement mise en terre sera d'autant plus sensible au niveau d'humidité. Lorsque les feuilles s'affaissent ou se ramollissent, cela signifie que le niveau d'humidité est trop faible. Il faut alors humidifier les feuilles et placer la plante, dans la mesure du possible, sous une serre.

Une serre artisanale peut être faite en mettant la plante sous une bouteille en plastique coupée en deux, si les dimensions le permettent. Il est également possible d'entourer la plante de piquets et d'enrouler du film plastique autour et au-dessus. Le sol doit être gardé humide mais bien drainé afin que les racines ne pourrissent pas. Pour cela, il est possible d'ajouter du gravier dans le terreau ainsi qu'au fond du pot pour éviter que l'eau ne stagne. Salvia divinorum a besoin de peu de lumière. Quelques heures de lumière indirecte par jour suffisent.

Elle peut être acclimatée à des conditions d'éclairage et d'humidité ambiante différentes, mais les changements doivent se faire progressivement. Quand la plante vient à être stressée des taches noires apparaissent. Le système racinaire de la Salvia divinorum apprécie l'espace ; augmenter la taille du pot peut accroître grandement la croissance de la plante. Enfin, il peut être donné à la plante de l'engrais classique pour plantes vertes.

Propriétés vignette|droite|Cristaux de Salvinorine, grossis 20X. vignette|droite|salvinorine A.

Salvia divinorum contient des salvinorines, principalement de la salvinorine-A et de la salvinorine-B. Elle contient également les composants parents psychoactifs suivants : salvinorine A, salvinorine F (activité inconnue), salvinorine B, salvinorine T G A, divinatorine A, divinatorine D, divinatorine E, salvinicinse A.

Seule la salvinorine-A semble être à l'origine des effets psychotropes, elle est donc couramment appelée simplement salvinorine. C'est un diterpène de formule chimique C23H28O8. Contrairement à la plupart des composants psychoactifs connus, la salvinorine A n'est pas une amine ni un alcaloïde, ce qui signifie qu'elle ne contient aucun groupement azoté fonctionnel. Elle n'agit pas non plus sur les récepteurs classiques (5-HT2A).

Il a été démontréY. Zhang, E. Butelman, S. Schlussman, A. Ho, M. Kreek, « Effects of the plant-derived hallucinogen salvinorin A on basal dopamine levels in the caudate putamen and in a conditioned place aversion assay in mice: agonist actions at kappa opioid receptors », dans Psychopharmacology, 179 (2005), 551–558 que les effets de la salvinorine A sont bloqués par les antagonistes récepteurs opioïdes kappa. Ceci signifie que les effets de la Salvia divinorum peuvent être largement, sinon entièrement, imputés à l'agonisme kappa. La salvinorine A serait unique, car elle est la seule substance naturelle connue induisant un état visionnaire via ce mode d'action.

Un psychotrope puissant Il est probable que Salvia divinorum soit connue et utilisée de longue date par l'homme. Wasson avance que cette plante serait le pipilzintzintli mythologique, le Prince Noble du codex aztèque. Cette théorie est encore en débat. Les Aztèques étaient très instruits dans l'identification de plantes et leurs récits décrivent le pipilzintzintli en variétés mâle et femelle, alors que Salvia divinorum est monoïque, ce qui veut dire qu'elle produit les fleurs des deux sexes sur une plante unique. À l'inverse, plusieurs éléments plaident pour une introduction récente. En effet, les noms indigènes font référence à la Vierge, ce qui supposerait un usage postérieur à la découverte de l'Amérique. De plus, les modes de consommation traditionnels sont peu efficients compte tenu du potentiel hallucinogène de la plante.

En 1962, Robert Gordon Wasson et Albert Hofmann en ont documenté l'usage et les effets au travers de témoignages personnels d'expédition, ce qui la fit connaître du monde occidental. Dans les années 1990, les propriétés de la plante sont popularisées au travers de l’expérience et du récit de Daniel Siebert. Son usage en France a été signalé pour la première fois en 2001Tendances récentes - rapport TREND 2002 - Études et rapports de l’OFDT - MILDT.

Potentiel thérapeutique Les modes d'actions très particuliers et hors du commun de la Salvinorine A, intriguent beaucoup les scientifiques. Par exemple, Bruce Cohen et ses collègues d'Harvard ont étudié le potentiel de "régulateur d'humeur" lié à la Salvinorine A qui pourrait faire l'objet d'étude de traitement chez des personnes touchées par les troubles bipolaires. De plus, en activant les récepteurs opioïdes "kappa", la Salvinorine pourrait réduire la dépendance aux stimulants. D'autres chercheurs soutiennent l'hypothèse que la Salvinorine A peut amoindrir les symptômes chez les personnes souffrant de psychoses et troubles dissociatifs..

Plusieurs études démontrent que le principe actif Salvinorine A contenu dans la Salvia divinorum, pourrait traiter la dépendance de certaines drogues. À ce sujet, Thomas Prisinzano le professeur assistant de l'Université de Lowa affirme que la salvinorine A permettrait de traiter l'addiction à la cocaïne : en donnant un libre accès à la cocaïne chez le rat, ce dernier interrompt sa consommation de cocaïne lorsqu'on lui donne un libre accès de salvinorine A en parallèle. Selon d'autres sources, la Salvia divinorum pourrait avoir un potentiel en tant que thérapie traitant la dépendance aux stimulants tels que les amphétamines, et aux opiacésNCBI, Pubmed Effect of the kappa-opioid receptor agonist, U69593, on reinstatement of extinguished amphetamine self-administration behavior. Schenk S, Partridge B., Texas A&M University Department of Psychology, College Station 77843, USA.Aaps : Neoclerodane Diterpenes as Potential Drug Abuse Therapeutics, Division of Medicinal & Natural Products Chemistry, The University of Iowa.

Usages traditionnels Aujourd'hui, cet usage semble n'être plus présent que chez les Mazatèques. Salvia divinorum est connue sous le nom de hierba pastora (« herbe de la bergère ») ou hierba de la Virgen (« herbe de la Vierge »). D'après la taxonomie mazatèque, elle est apparentée à deux autres espèces de lamiaceae, Coleus blumei et Coleus pumilus. La sauge est la mère, C. pumilus est le père et C. blumei est aussi bien l'enfant que le filleul. Leurs feuilles fraîches sont mâchées et l'usage des Coleus n’est qu'un palliatif de celui de la sauge.

vignette|Plant de Salvia divinorum acclimaté dans un salon en Haute-Savoie.

L'emploi de la sauge des devins est en relation étroite avec les cultes mazatèques des champignons hallucinogènes. En effet, les chamanes d'Oaxaca l'utilisent lors de rituels divinatoires ou curatifs comme substituts de teonanacatl ou d'ololiuqui lorsqu'ils se font rares. Les rituels se déroulent la nuit, dans l'obscurité et le silence complet. Soit le guérisseur est seul avec son patient, soit d'autres patients et des personnes bien portantes les accompagnent. Avant de sucer et de mâcher les feuilles sans avaler la salive, le chamane les encense avec du copal et les voue aux dieux en priant. Quand il les a mâchées, les participants se couchent dans un grand silence, car le moindre bruit ou la moindre lumière perturbe fortement les visions. Étant donné les effets moindres que ceux des champignons, les rituels ne durent que 1 à 2 heures. Si les hallucinations ont été assez fortes, le chamane a pu reconnaître la cause de la maladie ou d'un autre problème. Il donne alors ses conseils au(x) patient(s) puis dissout son assemblée nocturneLes plantes des Dieux, botanique et ethnologie : les plantes hallucinogènes, Richard Evans et Albert Hofmann, Ed. du Lézard, 2000.

Les Mazatèques utilisent cette sauge sous la forme d'un cigare, le priem (feuilles fraîches roulées à la main). Ce cigare est sucé et mâché sans en avaler le jus, les substances actives étant absorbées par les muqueuses mais non pas par la voie digestive. La dose minimale pour un priem est de six feuilles fraîches et de huit à dix si l'on veut accentuer les effets. La réaction débute précisément après dix minutes et dure environ 45 minutes. Les feuilles séchées de Salvia divinorum peuvent également être fumées bien que cet usage soit rejeté dans l'usage traditionnel mazatèque qui privilégie la technique de la chique. Deux à trois inhalations profondes de la moitié d'une feuille peuvent avoir des effets psychotropes.

Usages modernes Les feuilles séchées peuvent être fumées à la pipe, mais la plupart des usagers préfèrent l'utilisation d'une pipe à eau. La température requise pour libérer la salvinorine A de la matière végétale est relativement haute (environ ). Fumer la salvia dans une cigarette ou joint est également possible, mais moins efficace.