thumb|Drapeau du Parti communiste roumain. Le Parti communiste roumain (en , PCR) est un parti communiste en Roumanie.
Généralités
Illégal durant deux décennies au début de son existence, et ne dépassant pas un millier de membres, il émergea comme la force dominante du paysage politique roumain après la Seconde Guerre mondiale. Le Parti communiste roumain fut le parti unique au pouvoir durant la période communiste, atteignant dans les années 1980 près de trois millions de membres (15 % de la population roumaine)..
Le régime politique d'inspiration marxiste-léniniste qu'il mit en place était caractérisé parArchie Brown, The Rise and Fall of communism, Vintage Books, 2009, page 105Jean-François Soulet, Histoire comparée des États communistes de 1945 à nos jours, Armand Colin, coll. « U », 1996, pages 11-42Alexandre Zinoviev, Le Communisme comme réalité, Julliard, 1981, page 58. : sur le plan politique, la position constitutionnelle de jure du Parti communiste roumain comme « parti unique et organe dirigeant de l’état », interdisant de facto la constitution d’associations, syndicats ou autres structures sociales indépendantes du pouvoir, et imposant un courant de l’autorité et de légitimité » (souveraineté), allant du sommet (le Comité Central) vers la base (les autres structures du Parti, les citoyens)… ; sur le plan logistique, la présence massive de la police politique « Securitatea » dans la société, active par la censure, l’écoute aléatoire et sans aucun contrôle juridique des conversations téléphoniques, l’ouverture du courrier, le quadrillage territorial, institutionnel et professionnel systématique du pays, la pratique courante d’arrestations arbitraires, de tortures en cours d’interrogatoire et d’internement psychiatrique et de déportation des citoyens arrêtés, avec ou sans « jugement », dans les camps de travail forcé comme ceux de la steppe du Bărăgan… ; sur le plan économique, une stricte planification d’état, ne touchant pas seulement les orientations macro-économiques et au commerce international, mais aussi tous les aspects de la production, de la distribution et de la consommation, au mépris des ressources disponibles, des possibilités techniques, de l'environnement et des besoins de la population, interdisant toute forme d’autogestion et induisant des inégalités entre la bureaucratie du Parti et de l'État qui disposait d’un niveau de vie élevé, et le reste de la population confronté à une pénurie permanente d’énergie, de denrées, de produits finis et de services (ce qui encourageait le développement d’une économie informelle, mais spéculative)… ; sur le plan social, un strict contrôle des activités culturelles, des médias et des droits des citoyens roumains à l’opinion, à l’expression et au déplacement (nécessitant des autorisations et divers visas préalables pour changer d’emploi, de domicile, de résidence à l'intérieur du pays, et encore plus pour voyager hors du pays, et surtout dans les pays non communistes).
Ainsi, le Parti communiste roumain a tourné le dos à l'idéal communiste dont il se réclamait : deux dictons populaires de l'époque de la dictature communiste étaient que « PCR » signifiait pile, combinații, relații soit « piston, magouilles, relations », et que dans ce régime, toutes les briques de l'édifice sont théoriquement égales, mais pratiquement celles d'en bas doivent supporter le poids de celles d'en hautBancuri din iepoca odiosului, Orientul Latin, Braşov, 1992Dana Maria Niculescu-Grasso, Bancuri politice, Fundaţia Culturală Română, Bucarest 1999..
Le communisme au pouvoir en Roumanie a pris trois formes d'État, correspondant à trois constitutions : entre et , les trois dernières années du royaume de Roumanie sous occupation soviétique ; la République populaire roumaine (Republica Populară Romînă ou RPR) de 1947 à 1965. la république socialiste de Roumanie (Republica Socialistă România ou RSR) de 1965 à 1989.
Ce régime politique a été dirigé par trois générations de communistesCatherine Durandin, Histoire des Roumains, Fayard, Paris, 1995, /6, . : celle de la « revanche » (sur la société démocratique bourgeoise antérieure, mais aussi sur le fascisme), phase violente de terreur rouge, d'arrestations massives, où les minorités du pays étaient majoritaires au Parti ; celle de la « normalisation », phase de développement de la nomenklatura, où les opportunistes issus de la classe ouvrière, urbaine ou rurale, font carrière, marginalisent les camarades issus des minorités (dont beaucoup quittent le pays, voire sont purgés par les nouveaux dirigeants) et portent le Parti à trois millions de membres ; celle du « national-communisme », régime à la fois répressif et nationaliste d'inspiration néostalinienne et nord-coréenne qui se traduit par une accentuation de la misère populaire, un refus de la perestroïka et une coupure entre les « conservateurs » du régime et les « réformateurs », qui aspirent à en finir avec le communisme et s'appuient sur Mikhaïl Gorbatchev et la France pour renverser Ceaușescu en 1989. Après quoi, « conservateurs » et « réformateurs » font à nouveau bloc au sein du FSN (Frontul Salvării Naționale, Front de salut national) et gardent le pouvoir jusqu'en 1996, le temps de s'assurer le contrôle de l'économie du pays.
À la « libération de 1989 », le Parti communiste roumain se dissout durant un an : 95 % de ses membres ne renouvelèrent pas leurs adhésions, tandis qu'environ rejoignirent d'autres partis, notamment le Front de salut national devenu ultérieurement le Parti de la Démocratie Sociale d'Ion Iliescu et Petre Roman), qui hérita des biens, de la logistique et des organisations du Parti communisteSteven D. Roper, Romania : the unfinished revolution, Routledge, 2000, .. Une minorité d'anciens membres constitua en un « Parti socialiste du travail » (Partidul Socialist al Muncii), devenu en 2003 l'« Alliance socialiste » (Alianța Socialistă) qui reprit en 2010 le nom de « Parti communiste roumain ». autour du leader Constantin Rotaru. Toutefois, un autre leader, Petre Ignătencu, considéra l'Alliance socialiste, qu'il jugea « réformiste », comme illégitime en tant qu'héritière idéologique du PCR, et fonda de son côté un autre Parti communiste roumain : il y eut procès autour de ce nom entre les deux formations, et la justice donna raison à la seconde, de sorte que la première s'appelle officiellement « Alternative socialiste » (Alternativa Socialistă). Quoi qu'il en soit, à elles deux, ces formations regroupent environ un millier de membres, soit autant que le PCR d'avant la dictature communiste.
Histoire Création du parti vignette|Critique communiste des partis socialistes « réformistes », illustrée en par Nicolae Tonitza. Le propriétaire de la mine au mineur : « Un socialiste, tu dis ? Mon fils est aussi socialiste, mais il ne fait pas de grève… c'est pourquoi il a déjà son propre capital… ». Au , il y avait un « Parti social-démocratique des travailleurs de Roumanie » (interdit en 1899) auquel succéda au un éphémère « Parti social démocratique de Roumanie » (1910-1916), dissout dès son troisième congrès, la veille de l'entrée de la Roumanie dans la guerre, parce que son aile gauche, maximaliste et révolutionnaire, voulait s'affilier au Komintern, tandis que l'aile droite, modérée et réformiste, voulait maintenir un cap social-démocrate. La majorité des membres choisit une voie moyenne : les plus modérés des social-démocrates (partisans de l'économie de marché, simplement réglementée) quittent le parti et refonderont un Parti Social-Démocratique en 1927.. tandis que les autres (partisans de la mise en commun des moyens de production) forment un Parti socialiste de Roumanie. En 1921, après que ce Parti socialiste a envoyé une délégation en Russie bolchévique un groupe de modérés (comprenant Ioan Flueraș, Iosif Jumanca, Leon Ghelerter et Constantin Popovici) est expulsé du parti en . par la fraction bolchévique (adepte de moyens coercitifs et violents) qui prend le contrôle du parti, alors renommé « Parti socialiste-communiste » () et peu après « Parti communiste de Roumanie » ( ou PCdR).
La majorité des membres n'accepte pas cette prise de contrôle et sur démissionnent pour rejoindre d'autres groupements socialistes.. (selon d'autres sources ce sont qui auraient quitté le parti.) et à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le PCdR comptait environ Conformément au leader du PCR Iosif Rangheț : « […] le , notre parti eut à Bucarest, ni plus, ni moins. Et dans le pays tout entier, notre parti avait moins de , y compris nos camarades en prison et dans les camps de concentration. » (Rangheț, 25-27 avril 1945, in Colt). On prétend qu'à la fin des années 1940, Ana Pauker donna le même chiffre ()..
Le parti communiste n'eut à ses débuts que très peu d'influence sur la Roumanie, où affluaient les réfugiés de Russie bolchévique, témoins des horreurs de la guerre civile russe et de la collectivisation forcée puis de la Holodomor et des déportations, de sorte que le PCdR était surtout perçu, par ceux qui en avaient connaissance et par les autorités, comme un groupe d'agents à la solde de la Russie bolchévique. Par ailleurs, l'industrie n'étant que peu développée, la classe ouvrière, réputée plus ouverte à de telles idées, était peu nombreuse, alors que la population agricole formait plus de 80 % des Roumains, restait très religieuse et aspirait à la propriété. De leur côté, si la plupart des intellectuels étaient réceptifs au Marxisme, ils étaient effrayés par la politique des Bolchéviks en Russie, pays voisin. C'est pourquoi l'État parvint à interdire le parti, le poussant dans la clandestinité et limitant ainsi ses activités. Enfin, la ligne communiste « anti-nationale » déclarée dans les années 1920 et supervisée par le Komintern, qui demandait le démantèlement de la Grande Roumanie à peine formée (considérée par les communistes comme une entité coloniale « occupant illégalement » la Transylvanie, la Dobrogée, la Bessarabie et la Bucovine), heurtait l'identité même des Roumains, qui estimaient au contraire s'être libérés du colonialisme impérial austro-hongrois et russe, de sorte que plus de la moitié des mille membres du PCdR étaient issus des minorités nationales...., ce qui lui conféra une image de « parti étranger ». : entre 1924 et 1944, aucun de ses secrétaires généraux ne fut d'origine roumaine. Dans la Roumanie de l'entre-deux-guerres, 30 % de la population faisaient partie d'une minorité, dont une grande partie juive, hongroise et allemande.
En 1924, le Komintern, pour contester la souveraineté roumaine sur la Bessarabie, organisa l'opération Bessarabie rouge: des brigades rouges formées de jeunes volontaires locaux, appartenant au prolétariat ou étudiants, et issus des minorités, armés par des chaloupes soviétiques via le Dniestr et le liman du Conduc, s'emparèrent des mairies de Hotin, Tighina et Tătărești, y proclamèrent une « république soviétique moldave » et y soutinrent le siège des gendarmes roumains, croyant, comme on le leur avait promis, que l'Armée rouge viendrait les soutenir ; quelques-uns furent tués (ils tuèrent aussi des gendarmes), la plupart finirent en prison, certains purent fuir en URSS où ils disparurent, mais le but des bolchéviks était atteint : « prouver » au monde que la Roumanie n'est qu'un État impérialiste et répressif..... La même année, une République autonome socialiste soviétique moldave est établie dans les frontières de l'Union soviétique, en Ukraine.
Au même moment, la gauche de l'échiquier politique roumain était « agrarienne » (, ou ) : une idéologie originale partiellement influencée par celle des Narodnikis, qui représentait les aspirations de la classe paysanne, formulées par le Parti national paysan de Ion Mihalache: le coopérativisme (promotion des coopératives agricoles autogérées, comprenant aussi des foyers ruraux, des écoles, des dispensaires) ; liberté religieuse ;