L’Épicéa commun (Picea abies (L.) H. Karst, 1881) est une espèce d’arbres résineux de la famille des Pinacées et du genre Picea originaire d'Europe.

Adapté aux climats froids et humides, l'Épicéa commun est naturellement présent en plaine dans les forêts boréales d'Europe septentrionale, dont il est une essence majeure, tandis qu'il n'est généralement présent de façon spontanée en Europe moyenne et méridionale qu'en montagne au-dessus de . Mais il a aussi été beaucoup planté hors de son aire, y compris à basse altitude en Europe moyenne, ainsi que dans d'autres parties du monde, comme dans le sud-est du Canada.

Il présente des cônes à port retombant, ce qui permet de le distinguer du Sapin pectiné.

Dénominations Sapinette, Épicéa du nord, Épicéa élevé, Épinette de Norvège, Épicéa à poix, Faux sapin, Pesse, Puce noire, Pin pleureur, Sapin du Nord, Sapin rouge, Sérente, Gentil sapin., Sapin de Noël..

Une forêt composée essentiellement d’épicéa est appelée « pessière ». Dans les Vosges, une plantation d'épicéas se nomme un « hagis ».

Description

Dimensions Cet arbre mesure généralement de de hauteur, mais il peut dépasser en bonne station ; certains spécimens mesurent en Europe de l’Est. Son tronc ne dépasse que rarement de diamètre.

Durée de vie vignette|redresse|Old Tjikko. L’Épicéa commun peut atteindre un âge de dans son habitat primaireL'encyclopédie des plantes bio-indicatrices, vol. 2, Gérard Ducerf.

Le doyen des arbres sur Terre serait un épicéa commun baptisé Old Tjikko, découvert en Suède en 2004 à d’altitude, sur le flanc d’une colline culminant à . Il fait partie d'un bosquet d'épicéas très âgés qui mesurent à peine deux mètres de hauteur du fait des conditions très froides de la zone. Son âge a été évalué en 2008 au carbone 14 entre 7890 et selon les sourcesOldest Living Tree Found in SwedenTerre Sauvage N°spécial Arbres et Forêts, septembre 2010. Actualité> Le doyen des arbres : un épicéa vieux de près de 8000 ans, tandis que ses voisins auraient plus de .. Le bosquet serait resté de petite taille jusqu'à l'élévation des températures due au réchauffement climatique.

La longévité de l'épicéa viendrait de son système de régénération végétative très actif : les tiges, dont certaines ont 600 ans, sont automatiquement remplacées lorsqu'elles meurent..

Caractères botaniques Appareil végétatif Le port de l'arbre est le résultat de différentes composantes : un tronc droit, une cime conique, large en basse altitude et étroite en haute altitude et en régions nordiques.

L'Épicéa commun possède un bois blanc, lustré, sans aubier distinct, doté de petits canaux résinifères odorants, et aux cernes nets. Son écorce est brun-rougeâtre, finement écaillée dans le jeune âge, devenant ensuite brun-gris et aux écailles plus épaisses qui se détachent de l'arbre par morceaux plus ou moins gros.

L'enracinement est traçant.

Les rameaux, de teinte brun-rouge, peuvent être longs et pendants (dits « en draperies ») ou courts et rigides (dits « en brosse »). Les aiguilles sont insérées sur le rameau au niveau d'un coussinet.

La croissance de l'Épicéa suit un rythme immuable : chaque année, le bourgeon terminal développe la tige principale, alors qu'à sa base un groupe de se développe en branches. On peut compter ces embranchements pour estimer l'âge de l'épicéa, mais aussi pour apprécier la fertilité du milieu : plus ils sont espacés, meilleures sont les conditions de croissance (de quelques cm à près d'un mètre par an).

Les aiguilles, solitaires, sont disposées en brosse sur le rameau. Elles sont piquantes et leur section transversale est quadrangulaire. De couleur vert foncé sur toutes les faces, elles mesurent entre de longueur. Les stomates, blancs, sont uniformément répartis. Ces aiguilles sont persistantes et .

Appareil reproducteur vignette|redresse|Cône femelle d'un Épicéa commun. L'espèce est monoïque ; les cônes mâles et les cônes femelles sont distincts, mais tous deux présents sur chaque individu.

Les cônes mâles apparaissent sur le rameau de l’année précédente, en fuseaux ovales, jaune-orangé .

Les cônes femelles apparaissent en position de bourgeon terminal. D'abord dressés, de couleur verte ou rouge-carmin , ils se courbent vers le bas pour devenir pendants après la pollinisation et la fécondation des ovules.  Sous l'effet de ces hormones, les cellules de la tige s'allongent de manière asymétrique. Cette fécondation peut prendre plusieurs semaines. Ils deviennent alors bruns et grandissent jusqu'à atteindre entre de longueur en septembre ou octobre. Les écailles sont losangiques, peu épaisses mais coriaces, et la forme de leur extrémité varie selon les races (arrondies ou en double-pointe). À maturité, les écailles s'écartent pour laisser tomber les graines, mais ne se désarticulent pas. Le cône finit par tomber en hiver.

Les graines sont petites, brunes, munies d’une membrane ailée, et le tout .

Espèces similaires Facilement reconnaissable par son port, son feuillage et ses cônes, l’Épicéa commun est parfois confondu avec le Sapin blanc, avec qui il diffère cependant en de nombreux points. Par exemple, les aiguilles de l'Épicéa commun n'ont qu'une seule pointe à leur extrémité, tandis que le sapin blanc en arbore deux. Cette différence peut être vérifiée à l'œil nu, et surtout au toucher : l'Épicéa commun pique, pas le Sapin blanc. De plus, les aiguilles de l'Épicéa commun poussent tout autour des rameaux, en brosse, tandis que sur les rameaux stériles du Sapin blanc elles poussent dans un même plan, en peigne. Un autre moyen pour les distinguer est l'orientation des cônes : ceux des Épicéas descendent, alors que ceux du Sapin blanc montent. Le tronc de l'Épicéa est rougeâtre alors que celui du Sapin blanc est gris-clair. Enfin le port des sujets adultes est très différent : la cime du sapin est tabulaire avec des branches droites, celle de l'épicéa est conique avec des branches plutôt obliques et plus ou moins courbes.

Répartition et habitat

Exigences D'un tempérament robuste, cette espèce est plutôt héliophile, mais tolère temporairement un ombrage dans sa jeunesse. Très résistant au froid (il est présent au nord du cercle polaire Arctique), c'est un arbre qui craint peu les gelées printanières en raison de son débourrement tardif (contrairement au Sapin pectiné qui, lui, les craint beaucoup). En revanche, il craint la grande chaleur, laquelle altère ses racines peu profondes, ce qui en fait une proie facile pour le scolyte et facilite les déracinements en série par les intempériescf l'ouragan "Niklas" (cf Wikipedia en Allemand), qui a dévasté des milliers d'hectares de forêt du 29 au 31 mars 2015 ou la Tempête Wiebke en 1990.

L'épicéa préfère les sols frais et acides, mais tolère les sols calcaires. Il tolère les sols superficiels en raison de son enracinement traçant, mais il est en conséquence sensible aux chablis. Il tolère aussi les sols hydromorphes (tourbières) où sa croissance est cependant plus faible. Il préfère les climats humides, mais peut supporter la sécheresse de l'air si le sol est frais, cependant nettement moins bien que le Sapin pectiné.

Distribution L’épicéa commun est indigène à l’Europe. On le retrouve dans l'ouest de l'Europe , mais aussi en Suisse, en Autriche, en Allemagne, en Pologne, en République tchèque (massifs montagneux) ; dans le sud-est des Balkans, les Carpates, dans le nord-est des Pays baltes jusqu’à la Scandinavie et la partie européenne de la Russie.

Selon Vidakovic (1991), il existerait trois zones distinctes, correspondant aux différentes variétés : Zone alpine : Jura, Vosges, Alpes, Alpes dinariques, à partir de jusqu’à la limite supérieure de la forêt (jusqu’à d’altitude dans les Alpes) , où il forme des peuplements en mélange avec le hêtre et le sapin à l’étage montagnard et un peuplement dominant à l’étage subalpin, où se mêle parfois d’autres conifères tel le mélèze ou quelques pins. Europe centrale : Carpates, reliefs allemands (Bavière, Thuringe, Sudètes), tchèques, Tatras, Bohême, Transylvanie (à partir de d’altitude) ; où il se mélange surtout avec le sapin pour devenir plus haut un peuplement pur, en Europe de l’Est, l’épicéa commun dépasse , . Zone septentrionale : Pays baltes, Nord de la Pologne, Biélorussie, Russie européenne, Finlande, Suède, Norvège où il se mêle à l’aire de Picea obovata par des formes de transitions. Il forme des peuplements purs en basse altitude jusqu’à la limite supérieure de la forêt, les arbres de cette zone ne dépassent que rarement de haut.

Il a été planté massivement à partir de la deuxième moitié du notamment en Allemagne et en Wallonie, au point de représenter en 2021 30 % de la forêt wallonne..

Statuts de protection, menaces L'espèce n'est pas considérée comme étant menacée en France. En 2021 elle est classée Espèce de préoccupation mineure (LC) par l'UICN. Elle est toutefois considérée Quasi menacée (NT), proche du seuil des espèces menacées ou qui pourrait être menacée si des mesures de conservation spécifiques n'étaient pas prises, dans l'ancienne région Lorraine.

Scolytes ravageurs Dans la région française du Grand Est, dans le massif des Vosges, les forêts des Ardennes et de la Meuse, l'épicéa est menacé par une épidémie de scolytes, un insecte ravageur, dont les répercussions sont accentuées par les effets des sécheresses et de l'évolution du climatLaurence Duvoid, « Vosges : la forêt pourrait flamber comme dans le Sud de la France », France3-régions, 13 octobre 2020 La crise des scolytes en région Grand Est, sur le site de l'ONFTueurs d’épicéas, les scolytes dévastent les forêts des Ardennes, Reporterre, 23 novembre 2020.

Réchauffement climatique Selon les modélisations d'évolution climatique, l'épicéa, qui a besoin d’une certaine fraîcheur, serait nettement affecté par le réchauffement global et régresserait donc sensiblement en Europe (disparition en France avant que le réchauffement global atteigne 2°) ..

Pathologies thumb|upright|Rouille vésiculeuse. thumb|upright=0.75|Galles-ananas sur des rameaux d'épicéa commun. thumb|upright=0.75|Épicéas tués par des pluies acides.

Dues aux parasites

L'épicéa commun est sensible aux attaques de champignons, notamment Fomes annosus (maladie du rond) et Armillaria gallica, transmise par les racines. Plusieurs sortes de rouilles peuvent attaquer cet épicéa, comme la rouille vésiculeuse (due à Chrysomyxa ledi var. rhododendri, sur les aiguilles de l'année) ou la rouille annulaire (Chrysomyxa abietis, sur les aiguilles formées l'été précédent). Ses cônes peuvent être colonisés par de minuscules ascomycètes nommés Phragmotrichum chailletii.

L’épicéa commun est également sujet aux attaques de différentes espèces d’insectes, notamment des scolytes. Quatre espèces de cette famille s'attaquent à cet arbre, dont le bostryche typographe (Ips typographus), le scolyte chalcographe (Pityogenes chalcographus) et les hylobes. La « galle ananas » sur les rameaux est provoquée par des pucerons (Sacchiphantes viridis, ou autres espèces du genre Adelges).

Les épicéas se défendent normalement contre les attaques de scolytes en produisant de la résine, ce qui n'est pas possible en cas de déficit hydrique..

À la suite des plantations massives d'épicéas et d'un temps plus sec, les plantations d'épicéas sont dévastées par les scolytes. À partir de 2018, on constate une Crise des scolytes en France et en Belgique.

Dues à des pratiques culturales

Systématique Taxonomie L’épicéa commun est un Pinaceae appartenant au genre Picea (Lindl.) (sous-genre Picea, section Picea). Outre la proximité de l’espèce avec Picea obovata (Ledeb.), .

L’épicéa commun est apte à pousser sur de nombreux types de sol (même sur du calcaire et de la tourbe) et à différentes altitudes. Il existe différentes variétés et formes. Ainsi, en Europe, la couleur des fleurs femelles fécondées, avant de mûrir, varie selon les formes :

En basse altitude : f. chlorocarpa (Purk.) : cônes immatures verts ;