Le cylindre de Cyrus (, manshour-e Kourosh) est un cylindre d'argile sur lequel est inscrite en akkadien cunéiforme une proclamation du roi de Perse , dit Cyrus le GrandKuhrt (2007), p. 70, 72. Ce texte est consécutif à la prise de Babylone par ce dernier, après sa victoire sur le souverain local, Nabonide, en 539 av. J.-C. et a été rédigé par des lettrés babyloniens afin de légitimer théologiquement la victoire de Cyrus en le présentant comme l'élu du grand dieu babylonien Marduk. Les fragments du cylindre ont été découverts en 1879 dans les ruines de Babylone, en Mésopotamie (aujourd'hui en Irak)Dandamayev, (2010-01-26). Il appartient au British Museum de Londres, commanditaire de l'expédition à l'origine de sa découverte.
Le texte sur le cylindre fait l'éloge de Cyrus le Grand, présente sa généalogie et le dépeint comme un roi d'une lignée de rois. Le roi babylonien Nabonide vaincu est dénoncé comme un oppresseur du peuple de Babylone et ses origines modestes sont implicitement opposées à l'héritage royal de Cyrus. Victorieux, Cyrus est décrit comme ayant été choisi par le dieu créateur babylonien Marduk pour rétablir la paix et l'ordre à Babylone. Le texte indique que Cyrus a bien été accueilli par le peuple de Babylone comme leur nouveau chef et qu'il est entré dans la ville en paix. Il fait appel à Marduk pour protéger et aider Cyrus et son fils . Il glorifie Cyrus comme un bienfaiteur des citoyens de Babylone qui a amélioré leurs vies, rapatrié les personnes déplacées, restauré les temples et lieux de culte à travers la Mésopotamie et dans la région. Il finit avec une description de la façon dont Cyrus a réparé les murailles de Babylone et trouvé une inscription similaire placée à cet endroit par un ancien roi.
Ce texte de propagande royale, qui s'inscrit dans la tradition des inscriptions royales babyloniennes en reprenant leur vocabulaire et leur idéologie, est souvent présenté de nos jours comme la première déclaration des droits de l'Homme, contre l'avis des historiens spécialistes des empires babylonien et perse.
Histoire du cylindre
Découverte vignette|alt=Photographie sépia d'un homme vêtu d'un habit du Moyen-Orient du , portant une large moustache, assis sur une chaise avec les mains croisées sur ses jambes|Hormuzd Rassam à Mossoul, circa, 1854. Le cylindre de Cyrus a été découvert par Hormuzd Rassam lors de ses fouilles à Babylone en février-mars 1879.
L'archéologue assyro-britannique Hormuzd Rassam découvre le cylindre de Cyrus en mars 1879 lors d'un long programme de fouilles en Mésopotamie réalisé pour le British MuseumFinkel (2009), p. 172. Le cylindre avait la fonction d'« inscription de fondation »Kuhrt (1983), pp. 83–97 (foundation deposit ) au sein des fondations de l'Esagil, le temple principal de la ville, dédié au dieu Marduk. L'expédition de Rassam fait suite à une fouille antérieure réalisée en 1850 par l'archéologue britannique Austen Henry Layard, qui fouilla trois monticules dans la même zone sans y faire de trouvaille importante. En 1877, Layard devient l'ambassadeur britannique de l'Empire ottoman, qui dirigeait la Mésopotamie à cette époque. Il aide Rassam, qui était son assistant lors des fouilles de 1850, à obtenir un firman (décret) du sultan ottoman l'autorisant à poursuivre les fouilles précédentes. Le firman n'était valide que pour une année, mais un second firman, avec des termes bien plus libéraux, est délivré en 1878. Il fut accordé pour une durée de deux ans (jusqu'au 15 octobre 1880), avec la promesse d'une extension à 1882 si nécessaireHilprecht (1903), pp. 204–05. Le décret du sultan autorisait Rassam à « accumuler et expédier en Angleterre toutes les antiquités trouvées [...] à condition, cependant, qu'il n'y ait pas d'objets en plusieurs exemplaires ». Un représentant du sultan fut chargé d'assister à la fouille et d'examiner les objets au fur et à mesure de leur découverteRassam (1897), p. 223.
L'autorisation obtenue, Rassam lance des fouilles de grande envergure à Babylone et autres sites au nom des administrateurs du British Museum Il entreprend les fouilles en quatre phases distinctes. Entre chaque campagne, il retourne en Angleterre pour ramener ses trouvailles et lever davantage de fonds pour la poursuite des travaux. Le cylindre de Cyrus est découvert au cours de sa deuxième expédition en Mésopotamie, qui commence avec son départ de Londres le 8 octobre 1878. Il arrive dans sa ville natale de Mossoul le 16 novembre et descend le Tigre pour rejoindre Bagdad, où il débarque le 30 janvier 1879. Au cours des mois de février et mars, il supervise les fouilles sur un certain nombre de sites de Babylone, parmi lesquels la ville de Babylone elle-même.
gauche|vignette|alt=Plan montrant le terrain du site de Babylone tel qu'il était en 1829. Divers monticules, affleurements rocheux et canaux sont montrés, avec le Tigre traversant la carte en son centre. Un monticule identifié de la lettre "E" marque l'endroit de la découverte du cylindre de Cyrus en 1879.| Plan du site de Babylone en 1829. Les fouilleurs d'Hormuzd Rassam trouvèrent le cylindre de Cyrus dans le monticule Tell Amran-ibn-Ali (marqué de la lettre "E" au centre de la carte), sous lequel se trouvaient les ruines du temple d'Esagil. Il découvre rapidement plusieurs bâtiments importants, parmi lesquels le temple d'Esagil. Il s'agissait d'un grand temple dédié au dieu créateur babylonien Marduk, dont l'identité fut confirmée en 1900 lors des fouilles de l'archéologue allemand Robert KoldeweyKoldewey, p. vi. Les fouilleurs trouvent d'abord un grand nombre de documents d'affaires écrits sur des tablettes d'argiles, puis, enterré dans les fondations du temple, le cylindre de CyrusVos (1995), p. 267.
Rassam a donné des versions contradictoires de l'endroit où les découvertes ont été faites. Il écrit dans ses mémoires, Assur et la terre de Nimrod, que le cylindre avait été trouvé dans un monticule à l'extrémité sud de Babylone, près du village de Jumjuma ou JimjimaRassam, p. 267Hilprecht (1903), p. 264. Cependant, dans une lettre envoyée le 20 novembre 1879 à Samuel Birch, conservateur des Antiquités orientales au British Museum, il écrit : « le cylindre a été trouvé à Omran [Tell Amran-ibn-Ali] avec environ six cents pièces de terre cuite gravées avant mon départ de Bagdad »Walker, pp. 158–159. Il quitta Bagdad le 2 avril, et partit de Mossoul le 2 mai pour un voyage en direction de Londres qui dura jusqu'au 19 juin.
La découverte est annoncée au public par Henry Rawlinson, président de la Royal Asiatic Society, lors d'une réunion de la société savante le 17 novembre 1879The Times (18 novembre 1879). Il décrit le cylindre de Cyrus comme « l'un des documents historiques en écriture cunéiforme les plus intéressants qui aient été mis au jour jusqu'à présent », tout en affirmant à tort qu'il venait de la ville antique de Borsippa plutôt que de BabyloneThe Oriental Journal (janvier 1880). Les Notes de Rawlinson sur la découverte récente du cylindre d'argile de Cyrus le Grand furent publiées dans le journal de la société savante l'année suivante, et comprenaient la première traduction partielle du texteRawlinson (1880), pp. 70–97.
Prêt du cylindre aux autorités iraniennes Le British Museum avait prévu de prêter ce trésor archéologique à l'Iran en 2010, mais le refroidissement des relations entre l'Iran et la Grande-Bretagne, à la suite de la réélection contestée du président iranien Mahmoud Ahmadinejad, a poussé l'Iran, par la voie d'une annonce faite le 7 février 2010Article du 7 février 2010 intitulé « Le Cylindre de Cyrus, enjeu diplomatique » tiré du site LeMonde.fr., à rompre toute relation avec le prestigieux musée britannique, annulant ainsi le prêt du cylindre. Finalement, il est prêté à l'Iran le 10 septembre 2010 pour une durée de quatre mois, afin d'être exposé au public après quarante ans d'absence du paysDépêche du 10 septembre 2010 de l'AFP intitulée « Le cylindre Cyrus renvoyé à l'Iran par le British Museum pour 4 mois » tirée du site LeMonde.fr.. Le succès de ce prêt est tel que les autorités iraniennes, en accord avec le British Museum, prolongent l'exposition du cylindre jusqu'en avril 2011.
Description
Le cylindre de Cyrus est un cylindre d'argile en forme de tonneau mesurant 22,5 par 10 centimètres à son diamètre maximal. Il a été créé en plusieurs étapes autour d'un noyau d'argile en forme de cône, dans lequel sont incluses de grandes pierres grises. Des couches supplémentaires d'argile lui ont donné une forme cylindrique, avant d'être recouvertes d'une fine surface d'argile, couche externe lisse sur laquelle le texte est inscrit. Le cylindre a été exhumé en plusieurs fragments, s'étant apparemment brisés dans l'Antiquité. Il existe aujourd'hui deux fragments, appelés « A » et « B », qui furent réunis en 1972.
Le corps principal du cylindre, découvert par Rassam en 1879, est le fragment A. Restauré en 1961, il a été recuit et rempli de plâtre. Le fragment B, plus petit, mesure 8,6 par 5,6 centimètres. Il a été acquis d'un antiquaire par J.B. Nies de l'université Yale. Nies publia le texte en 1920. Le fragment semble s'être rompu du cylindre lors des fouilles de 1879, puis fut soit retiré des fouilles, soit récupéré dans les déchets du chantier de Rassam. Son lien avec le cylindre ne fut confirmé que lors de son identification définitive par Paul-Richard Berger de l'université de Münster en 1970. L'université Yale prêta le fragment au British Museum temporairement (mais, dans la pratique, indéfiniment) en échange d'une de la collection du British Museum. Bien que le cylindre postdate clairement la conquête de Babylone par Cyrus le Grand en 539 avant J.-C., la date de sa création n'est pas claire. On dit communément qu'il date du début du règne de Cyrus sur Babylone, quelque temps après Le British Museum évalue la date de création du cylindre entre 539 et 530 avant J.-C..
Contenu du texte du cylindre Présentation générale Ce texte est avant tout un acte de propagande royale, montrant la façon avec laquelle le nouveau maître de Babylone s'attache ses nouveaux sujets, en mettant en avant sa valeur, en s'inscrivant dans la tradition babylonienne, montrant qu'il ne cherche pas à la bousculer, et en s'appuyant sur les groupes de personnes hostiles à Nabonide, issues de l'élite religieuse babylonienne, dont Cyrus cherche à gagner les faveurs afin de stabiliser sa conquête.
La proclamation des décisions justes prise par n'est qu'une partie du texte. Le début retrace les événements ayant amené à la prise de Babylone par Cyrus : il y est décrit comment Nabonide était un mauvais roi qui a attiré sur lui la colère du grand dieu national Marduk, qui a alors cherché un nouvel élu pour sa ville et choisi Cyrus. Il a permis à ce dernier de remporter une grande victoire contre les Mèdes, et, devant l'attitude juste de celui-ci, il l'a chargé de prendre Babylone pour devenir le « roi du Monde ». Le texte décrit comment cet avènement fut reçu avec une grande satisfaction par les Babyloniens, contents d'être débarrassés de Nabonide. Cette partie du texte est très proche dans l'esprit de la Chronique de Nabonide, relatant les mêmes événements avec la même partialité. Elle retranscrit l'état de pensée des anciens opposants de Nabonide, dont devaient faire partie les puissants membres du clergé de Marduk à Babylone que celui-ci avait beaucoup lésé.
Viennent ensuite les mesures prises par Cyrus pour les Babyloniens : il règne pacifiquement, délivre certaines personnes de corvées injustes, octroie aux gens des pays déportés le droit de retour dans leur pays d'origine, laisse les statues de divinités autrefois emmenées à Babylone revenir dans leurs sanctuaires d'origine et, pour conclure, proclame la liberté totale de culte dans son empire.
La fin du texte, lacunaire, commémore la reconstruction de Dur-Imgur-Enlil, une muraille de Babylone.
Extrait de l'inscription vignette|Extrait du texte du cylindre.