Le Panzerkampfwagen Panther (Sd.Kfz. 171) est un char de combat moyen produit par l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. Il connaît son baptême du feu en lors de la bataille de Koursk.
Conçu pour contrer le char T-34 soviétique et remplacer les Panzer III et les Panzer IV, il sert en définitive à leurs côtés, jusqu'à la fin de la guerre, en trois versions principales : « D », « A » et « G ». Une version « F », ainsi qu’un successeur, le , n’ont pas vu le jour car la guerre a pris fin. Le châssis du char doit servir de base à toute une gamme de véhicules dérivés, mais peu se concrétisent en dehors d’un char de dépannage, le Bergepanther, d’un chasseur de chars, le Jagdpanther, et de deux véhicules de commandement.
L’épaisseur de son blindage frontal incliné et la puissance de son canon de KwK 42, conjuguée à des systèmes de visée performants, en font un adversaire redoutable à longue distance. Il reste toutefois handicapé tout au long de sa carrière par des problèmes de mobilité et de fiabilité, ayant pour origine sa mise en service hâtive et son poids excessif. Par ailleurs, son coût élevé tant en main-d’œuvre qu'en matériaux, dans une Allemagne devant faire face à des pénuries de plus en plus importantes, impacte négativement sa production, et le Panther se trouve toujours en nette infériorité numérique face au Sherman américain et au T-34 soviétique.
Considéré, malgré ses défauts, comme l'un des meilleurs chars de la Seconde Guerre mondiale, le Panther sert de référence pour le développement de la plupart des chars de l'après-guerre.
Développement Contexte Le , les Allemands lançaient l’ visant à envahir l’Union soviétique, ils étaient alors convaincus de pouvoir remporter une victoire rapide en raison de la supériorité de leurs tactiques et de leurs blindés. Si ce dernier point était en partie exact en ce qui concerne le gros des forces blindées soviétiques, constituées en grande partie de T-26 et de chars BT obsolètes, les Allemands sous-estimèrent en revanche grandement les capacités des T-34, KV-1 et, en une plus faible mesure, KV-2, qui étaient en réalité techniquement supérieurs à tous les blindés allemands. Ainsi, bien que présents en petit nombre et souvent confrontés à des problèmes de commandement et de logistique, ces derniers parvenaient régulièrement à mettre en difficulté leurs opposants à l’échelle locale et leur quasi-invulnérabilité aux canons allemands, en dehors du 88 mm Flak 18/36/37, avait un impact dévastateur sur le moral. Finalement une commission spéciale fut créée en par les Allemands pour enquêter sur le problème et y trouver une solution.
Le général Guderian fit alors un rapport détaillé à cette commission, dans lequel il identifiait trois problèmes des blindés allemands par rapport à leurs opposants, dans l’ordre d’importance : manque de puissance de l’armement, mobilité inférieure, en particulier dans la boue et la neige, blindage inférieur. Il proposa d’améliorer les chars existant, en mettant l’accent sur l’armement et de développer de nouveaux modèles. Ainsi furent développés de nouvelles versions mieux armées du Panzer III et du Panzer IV appelées respectivement (modèle) J et Ausf. G. La seconde recommandation conduisit d'une part à l'accélération d'un projet de char lourd dont les études avaient démarré en 1937 Tom Jentz, Hilary Doyles et Peter Sarson, Tiger I Heavy Tank 1942-1945, Osprey Publishing Ltd, 1993, ., qui allait devenir le Tigre et d'autre part au démarrage d'un programme de char moyen de , le futur Panther.
Développement initial vignette|Les propositions des deux concurrents pour le Panther : en haut celle de MAN, en bas celle de Daimler-Benz.|alt=Schéma montrant les profils des chars proposés par MAN et Daimler-Benz. Deux entreprises furent mises en compétition pour concevoir le char de , qui reçut le code : Daimler-Benz et MAN AG. Ces entreprises ne devaient concevoir que le châssis : la tourelle et son armement ayant déjà été développés par Rheinmetall, ils seraient communs à tous les prototypes.
Daimler-Benz réalisa au printemps 1942 trois prototypes, tous très proches du T-34, l’un étant même équipé d’un moteur diesel presque identique à celui du blindé russe. Ils se distinguaient cependant de celui-ci par leur suspension à lames, identique à celle utilisée par les Allemands depuis le Panzer I. L’autre différence était l’emploi de chenilles de faible largeur, générant une pression au sol de l’ordre de , à peine mieux que le Panzer IV et insuffisant pour résoudre le problème de la mobilité dans la boue ou la neige. Le lista également d’autres problèmes : risque de tir ami en raison de la trop grande ressemblance avec le T-34, risque d’endommager le canon en abordant les pentes, celui-ci dépassant excessivement à l’avant, largeur trop faible rendant difficile l’adaptation de la tourelle Rheinmetall. Il avait néanmoins la préférence de Hitler, qui voulut passer commande de dès le début du mois de , alors qu’il n’avait encore vu qu’une maquette en bois, aucun prototype n’étant achevé avant le mois de mai.
De son côté, le , et en particulier l’ingénieur en chef Heinrich Ernst Kniepkamp, trouvait la proposition de MAN plus performante.. De conception assez classique au premier abord, le prototype de MAN se distinguait cependant totalement des précédents chars allemands par sa suspension à double barre de torsion et un soin particulier apporté au train de roulement et aux chenilles, ce qui permettait de limiter la pression au sol à . Il n’était cependant pas exempt de défauts, son poids tout d’abord : initialement prévu à , il grimpa rapidement à , très largement au-dessus de la limite de qui avait été fixée dans le cahier des charges. Il était également coûteux à produire et la conception de son train de roulement le rendait difficile à réparer sur le terrain. Finalement, le , le parvint à faire revenir Hitler sur sa décision. Une première série de pré-production fut commandée dès le , sous le nom de .
Les essais réalisés en validèrent globalement la conception, mais mirent en lumière un certain nombre de défauts, dont beaucoup provenaient de l’augmentation de la masse du char : prévus pour , le moteur, la transmission et le train de roulement souffraient grandement du poids supplémentaire, ce qui causait des pannes fréquentes. Malgré ces défauts, l'armée avait besoin d’urgence du nouveau char et la production de l'engin fut immédiatement lancée, la série étant au passage renommée Ausfūhrung D.
Production vignette|Chaîne d’assemblage du char Panther en 1944.|alt=Photographie montrant la chaîne d’assemblage du Panther, avec les châssis en cours d’assemblage les uns derrières les autres, tandis qu’une grue en soulève un par dessus les autres. La production commença à la fin du mois de , avec pour objectif de livrer 250 exemplaires pour le . Afin d’accélérer la cadence, elle ne fut pas confiée seulement à MAN, mais également à Daimler-Benz, Henschel et MNH (). Le modèle de production était identique au deuxième prototype de MAN, mais la tourelle Rheinmetall comportait quelques modifications dans sa forme générale, au niveau de la coupole du chef de char et du frein de bouche. Les tests réalisés en janvier et montrèrent cependant l’existence de nombreux problèmes tant dans la conception que dans la fabrication, résultant de la mise en production précipitée du char. Les pannes mécaniques étaient ainsi fréquentes et le moteur à essence avait une fâcheuse tendance à prendre feu.
À la fin du mois de mars, quatre-vingt-dix véhicules avaient été produits, mais ils présentaient tant de problèmes qu’ils ne pouvaient guère être utilisés que pour l’entraînement. Parallèlement, afin de ne pas ralentir la cadence de production et pouvoir tenir l’objectif, les entreprises impliquées décidèrent de terminer la première série de 250 chars sans faire de modifications, ceux-ci devant par la suite être envoyés à l’entreprise DEMAG () qui effectuerait les corrections, ce qui fut fait en avril et en . Cette reconstruction ne fut néanmoins pas suffisante et les tests ultérieurs continuèrent de révéler des problèmes, parfois majeurs, qui faisaient l’objet de corrections au fur et à mesure ; début juin, entre les chars immobilisés par les pannes et ceux en reconstruction, l’armée allemande n’avait toujours pas de Panther opérationnel.
thumb|Panther G. La production du modèle D prit fin en , après la production de 850 exemplaires, et il fut remplacé par le modèle A. Celui-ci incluait les modifications qui avaient été introduites sur le Panther D au fil de la production, ainsi qu’une tourelle légèrement redessinée, notamment au niveau de la coupole du chef de char. Le Panther A fut produit pendant plus d’un an, avant d’être progressivement remplacé à partir du début de l’année 1944 par le modèle G, le modèle A restant toutefois en production jusqu’en dans certaines usines. Le Panther G était sensiblement différent de ses prédécesseurs et incluait des modifications qui avaient été envisagées pour le Panther II, désormais abandonné ; en particulier l’inclinaison et l’épaisseur du blindage avant et latéral furent modifiées, tandis que la plage arrière était redessinée. Ces changements ne bouleversaient cependant pas les performances d’ensemble du char, qui restaient globalement les mêmes que celles de son prédécesseur.
La destruction par les bombardements puis la capture progressive des usines par les Alliés ralentit peu à peu la production à partir de 1944 : l’objectif de production du modèle G ne put jamais être atteint et le modèle F, dont la mise en service était prévue pour , ne parvint pas à être mis en production. Par ailleurs, aux problèmes de qualité engendrés par le recours à une main-d'œuvre de moins en moins qualifiée (ou même forcée) s'ajoutèrent l'appauvrissement de l'Allemagne en métaux rares (manganèse, molybdène) dont la conséquence fut une perte de dureté et de résilience pour les blindages produits à la fin de la guerre.
+ Production par modèleModèleQuantitéPériode de fabrication D ~850 jan. à sept. 1943 A ~2.200 août 1943 à août 1944 G ~2.950 mars 1944 à avril 1945 Total ~6.000
Le Panther II Dès l’été 1942, alors que les modèles de pré-série du Panther n’étaient même pas encore terminés, l'Allemagne commença à envisager un . Cette hâte avait pour origine la crainte que le blindage du Panther tel qu’il était prévu ne soit pas suffisant à moyen terme et qu’il soit encore nécessaire de le renforcer, ce qui n’était pas possible sur le premier Panther. En , des spécifications furent émises pour un char de avec un blindage compris entre pour la tourelle et l’avant de la caisse et pour les côtés. Par la suite, le développement du fut étroitement lié à celui du Tigre II, les deux chars possédant de nombreux éléments communs, par exemple le moteur ou les chenilles. DEMAG reçut en le contrat de développement du char, dont l’entrée en service était prévue pour . Le projet s’essouffla cependant rapidement dès l’été 1943 et bien qu’ayant reçu commande de deux prototypes en , MAN ne construisit qu’un seul châssis, qui était encore inachevé lorsqu’il fut capturé par les Américains à la fin de la guerre.
Caractéristiques Motorisation