Saqqarah (ou Saqqara ou Sakkarah, arabe : سقارة [saqâra]) est une vaste nécropole égyptienne de la région de Memphis ; elle répondait au nom de Ro-setjaou en ancien égyptien, c'est-à-dire la « Porte des passages ». Elle a connu une occupation ininterrompue tout au long de l'histoire de l'Égypte antique. De ce fait, tombes royales et sépultures plus modestes se côtoient et apportent de nombreux témoignages sur la vie quotidienne de l'Égypte ancienne.
Situation géographique Le plateau de Saqqarah s'étend au sud du Caire, au centre de la nécropole de Memphis qui couvre près de vingt kilomètres. « L'ensemble situé à l'orée du désert, à la lisière du monde de la mort, témoigne d'une volonté (…) de défier le temps »Hubert de Novion, Les grandes civilisations disparues, sélection du Reader's Digest, Paris, 1980.
Saqqarah est la plus grande des nécropoles memphites ; le site est habituellement divisé en trois : Saqqarah-Nord, où se trouvent principalement la nécropole des élites de la période thinite et les nécropoles animales, mais aussi deux pyramides de l'Ancien Empire (fin et début s), Saqqarah-Centre, où se trouvent plusieurs pyramides de l'Ancien Empire (, début et fin s), dont la pyramide de Djéser, Saqqarah-Sud, où se trouvent plusieurs pyramides de l'Ancien Empire (fin , fin et milieu et fin s) et de la .
Chronologie
Dès la , les membres de l'aristocratie y ont fait bâtir leurs mastabas dans une nécropole située à Saqqarah-Nord, en bordure du désert. La tombe la plus ancienne (numérotée 3357) remonte d'ailleurs au règne de Hor-Aha, le deuxième souverain de la . Par la suite, les premiers rois de la ont installé leur nécropole royale plus au sud, au cœur de Saqqarah-centre (seules les tombes de Hotepsekhemouy et Nynetjer ont été retrouvées, mais des indices montrent que d'autres rois de la dynastie y ont également été enterrés : stèle funéraire de Nebrê, tombe de Shery à Saqqarah, prêtre funéraire de Séned). À la fin de la dynastie, sous le règne de Khâsekhemouy, un second cimetière d'élites, ou peut-être de la famille royale, s'installa juste au sud de la nécropole royale tandis que des activités royales semblent s'être réalisées un peu plus au nord (sous les futurs massifs nord du complexe funéraire royal de Djéser) mais aussi à l'ouest avec l'enclos du Gisr el-Mudir et la structure en forme de L. Juste au nord des tombes de Hotepsekhemouy et Nynetjer, la première pyramide a été édifiée par le chancelier et « grand des voyants » Imhotep pour Djéser, premier roi de la . On s'accorde à dire qu'il s'agit là du premier édifice bâti entièrement en pierre en Égypte. La vaste enceinte qui l'entoure compte des cours et des répliques de temples de l'époque, et nous laisse un témoignage de pierre inestimable des sanctuaires des premiers temps. Un second complexe funéraire, construit pour le roi Sekhemkhet mais resté inachevé, s'installa au sud-ouest de celui de Djéser.
La nécropole royale s'est par la suite développée sous l'Ancien Empire, autour des pyramides royales des , et s. Les nombreux mastabas de cette époque qui nous sont parvenus contiennent des reliefs d'une qualité parfaite qui décrivent la vie quotidienne dans l'Égypte antique.
Au Moyen Empire, avec l'éloignement du roi et de sa cour, d'abord à Thèbes () puis à Licht ( et s), la nécropole fut quelque peu délaissée, les rois privilégiant Licht, le Fayoum et Dahchour. Peu de monuments privés de cette période ont été découverts à Saqqarah. Cependant, au cours de la , certains rois ont construit des complexes pyramidaux à l'extrémité sud de Saqqarah ; cependant, l'inachèvement des monuments et l'absence de fouilles exhaustives n'ont permis d'identifier qu'un seul roi : Ouserkarê Khendjer.
Sous le Nouvel Empire, avec le renouveau de la ville de Memphis pendant les et s, les nobles et courtisans se font à nouveau inhumer à Saqqarah, dans des tombeaux surmontés par de véritables temples-chapelles funéraires. Deux notables lieux d'inhumation pour ces personnages sont, d'une part, ce qui deviendra le Bubasteion, proche de la pyramide de Téti, et, d'autre part, la zone se trouvant à une centaine de mètres au sud du complexe funéraire de Djéser et qui est située au-dessus de la seconde nécropole privée de la mentionnée précédemment. L'un des plus célèbres tombeaux, situé dans ce second cimetière, est celui qu'Horemheb s'est fait construire avant même d'être couronné roi ; les reliefs de la chapelle du tombeau le représentent doté de l'uræus royal, indiquant ainsi son avenir hors du commun.
C'est aussi à Saqqarah que l'on trouve les tombes des taureaux sacrés Apis, dont le culte est rendu à Memphis. Inauguré à la , le Sérapéum se développe surtout sous les ramessides. Le fils de , Khâemouaset, grand prêtre de Ptah, est passé à la postérité par des légendes qui le qualifient de grand magicien. Il a laissé des stèles et inscriptions relatant la restauration des tombes d'Apis et l'inauguration de la grande catacombe, qui ne cesse alors de s'agrandir pour accueillir les dépouilles momifiées de taureaux sacrés. Décédé avant son père, Khâemouaset est inhumé dans le Sérapéum.
À la Basse Époque, un sanctuaire édifié devient l'un des centres de pèlerinage des plus importants à la fin de l'histoire égyptienne, sous les Ptolémées puis sous les empereurs romains. Une avenue bordée de sphinx mène au temple consacré à Apis (disparu aujourd'hui) auquel on accède par un dromos traversant un hémicycle à l'architecture hellénistique abritant des statues des principaux philosophes et penseurs de l'antiquité.
D'autres sanctuaires, dédiés à Anubis et à Bastet, sont édifiés à côté de catacombes enfermant dans des galeries interminables des quantités de momies animales, témoins de la ferveur populaire pour les cultes d'animaux sacrés.
Les Européens et les Égyptiens qui continuent de fouiller le sol de Saqqarah continuent à découvrir de nombreux tombeaux jusqu'alors ignorés. Une fresque représentant l'équarrissage d'un bœuf a été découverte dans la sépulture d'un noble de l'Ancien Empire. Au temps des pharaons, les égyptiens croyaient en l'immortalité de la personne humaine. Pour cheminer dans l'Au-delà, celle-ci doit trouver les images quotidiennes de la vie, et notamment des représentations de la nourriture.
Découvertes récentes
Lors de fouilles de routine conduites en 2011 dans la catacombe des chiens de la nécropole de Saqqarah, une équipe de fouilles dirigée par Salima Ikram et une équipe internationale de chercheurs dirigée par Paul Nicholson, de l'université de Cardiff, ont découvert près de huit millions de momies d'animaux sur le site funéraire proche du temple sacré d'Anubis.. On pense que ces animaux momifiés, principalement des chiens, étaient destinés à transmettre les prières de leurs propriétaires à leurs divinités.
En , l'équipe de chercheurs germano-égyptiens dirigée par Ramadan Badry Hussein, de l'université de Tübingen, a signalé la découverte d'un masque funéraire doré extrêmement rare, qui date probablement de la période saïte-persane, dans un cercueil de bois endommagé. La dernière fois qu'un masque similaire a été trouvé, c'était en 1939Michelle Starr, « Archaeologists Have Uncovered a Place Where The Ancient Egyptians Mummifed Their Dead », Science Alert, 16 juillet 2018. Les yeux étaient couverts d'obsidienne, de calcite et d'une pierre précieuse de couleur noire, probablement de l'onyx. , a déclaré Hussein.
En , plusieurs dizaines de cachettes de momies datant de ont été découvertes par une équipe d'archéologues polonais dirigée par Kamil Kuraszkiewicz, de la Faculté d'études orientales de l'université de Varsovie. L'expédition polono-égyptienne travaille sous les auspices du Centre polonais d'archéologie méditerranéenne de l'université de Varsovie. Des investigations ont été menées pendant plus de deux décennies dans la zone située à l'ouest de la pyramide de Djéser. Les découvertes les plus importantes comprennent la tombe du vizir Merefnebef avec une chapelle funéraire décorée de reliefs multicolores, qui a été mise au jour en 1997, ainsi que la tombe du courtisan Nyankhnefertoum mise au jour en 2003. L'expédition a également exploré deux nécropoles. Les archéologues ont révélé plusieurs dizaines de tombes de nobles de la période de la , et cinq-cents tombes d'indigents datant approximativement du - . La plupart des corps étaient mal conservés et tous les matériaux organiques, y compris les cercueils en bois, s'étaient décomposés. Les tombes découvertes le plus récemment (en 2018) font partie de la plus jeune, dite nécropole supérieure.
Les recherches de l'expédition polono-égyptienne se concentrent également sur l'interprétation de la douve sèche, une vaste tranchée creusée autour de la pyramide de Djéser. Les découvertes les plus récentes confirment l'hypothèse selon laquelle la « douve sèche » était un modèle du voyage du pharaon vers le monde souterrain, un chemin que le souverain défunt devait suivre pour atteindre la vie éternelle.
En , une mission archéologique égyptienne a localisé sept tombes égyptiennes anciennes dans l'ancienne nécropole de Saqqarah. Trois des tombes étaient utilisées pour des chats, certains datant des et s, tandis qu'un des quatre autres sarcophages a été descellé. Parmi les dizaines de momies de chats se trouvaient cent statues de chats en bois et dorées et une en bronze dédiée à Bastet, la déesse des chats, ainsi que des objets funéraires datant de la . Une autre des sept tombes appartient à Khoufou-Imhat, le superviseur des bâtiments du palais royal.
Toujours en , une collection de scarabées momifiés rares a été mise au jour dans deux sarcophages, dont l'un était décoré de peintures de grands scarabées noirs.
Également en , le gouvernement égyptien a annoncé la découverte à Saqqarah d'une tombe vieille de , jusqu'alors inconnue. Elle appartient à Ouahtye, un prêtre de haut rang qui a servi sous le roi Néferirkarê Kakaï pendant la , ainsi que sa femme, ses quatre enfants et sa mèreBrice-Michael Saddler, « Look inside a ‘one of a kind', 4,400-year-old tomb discovered in Egypt », The Washington Post, 16 décembre 2018.A. R. Williams, 17 décembre 2018, Untouched 4,400-year-old tomb discovered at Saqqara, Egypt, National Geographic, consulté le 17 décembre 2018.Egypt tomb: Saqqara 'one of a kind' discovery revealed, BBC News, 15 décembre 2018, consulté le 17 décembre 2018.Daragahi, Borzou (December 17, 2018). "Untouched 'one-of-a-kind' ancient tomb belonging to 'divine inspector' uncovered in Egypt". The Independent. Retrieved December 17, 2018.. La tombe mesure environ dix mètres de long sur trois mètres de large et comporte cinq puits funéraires et un sous-sol. Elle contient plus de cinquante sculptures, et est peinte de scènes de la famille, de la fabrication de vin et de poterie, de spectacles musicaux, de la navigation, de la chasse et de la fabrication de meubles.
Le , une expédition dirigée par un membre de l'Institut tchèque d'égyptologie, Mohamed Megahed, a découvert une tombe vieille de près de la nécropole de Saqqarah. Les archéologues ont confirmé que la tombe appartenait à une personne influente nommée Khououy, qui vivait en Égypte pendant la . Certaines peintures ont conservé leur luminosité pendant une longue période dans la tombe. Principalement faite de briques de calcaire blanc, la tombe avait une entrée de tunnel typique des pyramides. Les archéologues pensent qu'il peut y avoir un lien entre Khououy et le pharaon, car le mausolée a été trouvé près de la pyramide du pharaon Djedkarê Isési qui régnait à cette époque.