Yves Le Prieur, né le à Lorient (Morbihan) et mort le à Nice, France, est un officier de marine et un inventeur français, pionnier dans l'armement aéronaval (1911-1939), l'aviation (1916-1925), la plongée sous-marine (1925-1954), le cinéma (1928-1931), le cinéma sous-marin (1932-1955).

Biographie thumb|Yves Le Prieur sur le Duguay-Trouin, 1904 Enfance Yves Le Prieur1 000 Bretons : dictionnaire biographique naît à Lorient le . Il est le plus jeune des trois fils du premier mariage du capitaine de frégate Edmond Le Prieur (1849-1919), officier de marine issu d'une lignée de marins de Cherbourg, et de sa femme née Marie Kerihuel (1859-1893), fille de Kerihuel, notaire à Quimperlé, et sœur cadette de l'officier de marine Paul-Arthur Kerihuel (1858-1939). Ses parents étaient restés orphelins jeunes tous les deux : Edmond Le Prieur, son frère et sa sœur avaient perdu leur mère encore petits, leur père marin mal remarié, souvent embarqué au loin, les trois enfants avaient eu une vie dramatique après sa mort au cours d'une campagne en Chine, tyrannisés par leur belle-mère (au point que le plus jeune frère s'était enfui et qu'on ne l'avait jamais retrouvé) ; ému, le directeur du collège de Cherbourg qui appréciait le jeune Edmond si studieux malgré tant d'épreuves, l'avait fait entrer à l'École navale en alertant des religieuses qui avaient pris la petite en charge. Le sort avait été moins cruel dans la petite cité bretonne de Quimperlé, la mère de Marie Kerihuel morte à sa naissance alors que le petit Paul-Arthur n'avait qu'un an, le frère et la sœur entourés et choyés par leur père notaire qui, devenu veuf, ne s'était pas remarié ; Marie et Paul-Arthur n'étaient âgés que de douze et treize ans lorsque mourait à son tour, ayant prévu sa succession et s'assurant de tuteurs bienveillants pour s'occuper de ses jeunes enfants orphelins, Paul-Arthur entrait à l'École navale et Marie restait chez les Ursulines entourée de ses compagnes de classe - mariée à en 1879 avec l'enseigne de vaisseau Edmond Le Prieur, jeune officier de marine méritant qui avait tant besoin d'un havre de tendresse et de fonder une famille.

Le capitaine de frégate Edmond Le Prieur embarqué pour de longues campagnes en Chine, en Amérique du Sud, au Moyen-Orient, c'est à Lorient, puis à Toulon, que se déroule la vie familiale des premières heureuses années du jeune Yvon (Yves, que tous appellent Yvon, a deux autres prénoms d'état civil, pour son oncle maternel et parrain l'officier de marine Paul-Arthur Kerihuel, et pour Gaston Lesage, diplomate ami de la famille), petit garçon joueur très sociable et sensible au bonheur, qui adore fabriquer des bateaux en compagnie de son frère aîné René (Henri est mort à deux ans de la rougeole, avant sa naissance) auprès de sa jeune maman aimante qui s'occupe des affaires d'une maisonnée où le papa marin est le plus souvent absent, soucieuse de donner le goût des arts et de l'humanité à ses enfants, tout en entretenant une intense correspondance avec son mari et son frère en mer : Madame Edmond Le Prieur est une jeune femme élégante, cultivée, chérie de ses petits garçons et de son entourage de femmes d'officiers de marine, et de la femme de son frère le capitaine de frégate Paul-Arthur Kerihuel dont elle est très proche, sa charmante belle-sœur, née Amélie de La Villejouan. Grand marin cordial et homme de tact, très apprécié de la société de son temps, le capitaine de vaisseau Edmond Le Prieur qui commande alors en Crète, est invité aux parties de tennis du prince Georges de Grèce qui le tient en grande estime, comme la famille du prince Nicolas de Grèce qui s'en fait un ami. En , tout à la joie de retrouver sa famille, le commandant rentre à Toulon avec l'Escadre de Crète qui ramène, sans s'en douter, la dernière épidémie de choléra qui va frapper Toulon : quinze jours plus tard Marie Le Prieur, qui soigne la petite fille d'amis atteinte du choléra, est emportée elle aussi en trois jours à 34 ans, un drame affreux pour son mari, ses enfants et sa famille. Yvon a huit ans, la perte de sa mère chérie le marquera toute sa vie, développant en contrepartie une vitalité et une joie de vivre exceptionnelle, et, plus tard, un plaisir prononcé - et partagé - pour les femmes - pour la femme, sa mère qu'il avait si tendrement chérie et perdue enfant. Le capitaine de frégate et ses enfants quittent Toulon accompagnés du cercueil qu'ils déposent au cimetière de Quimperlé, et s'installent à Lorient. C'est là que, deux ans plus tard, René (brillant élève qui préparait l'École navale), meurt dans sa chambre pendant son sommeil, victime des émanations d'un poêle à charbon - la famille est cruellement frappée une fois de plus. En , le capitaine de vaisseau Edmond Le Prieur, qui a besoin de vie, se remarie avec une veuve de Châtillon-sur-Seine qui venait de perdre sa petite fille - tous deux sont comblés en 1898 par la naissance de la petite Yvonne, demi-sœur très aimée d'Yvon à qui il sera attaché toute sa vie.

Mais le Capitaine de frégate vit principalement à la mer, trop loin, trop longtemps, laissant sa femme qui, seule à Lorient avec deux enfants, ne s'habitue pas à la vie maritime, - dépressive, on la retrouve sans vie chez elle en .

Carrière dans la marine Après des études au lycée de Lorient« Les fusées du commandant Le Prieur », sur annuairedelaplongee.wordpress.com, (consulté le )., Yves Le Prieur entre à l'École navale en 1902 qu'il achève en 1904-1905 par une campagne sur le Duguay-Trouin, puis c'est son premier embarquement en Extrême-Orient de 1905 à 1907 à bord du croiseur cuirassé Dupetit-Thouars puis à bord du croiseur protégé D'Entrecasteaux. C'est sur le Dupetit-Thouars en en rade de Cam Ranh (Annam, actuel Viêt Nam) qu'il découvre la plongée sous-marine en allant évaluer sous l'eau la réparation nécessaire à la coque d'une chaloupe des douanes endommagée. Il gardera de cette première plongée un souvenir émerveillé malgré le déplaisir que lui a causé le lourd scaphandre Rouquayrol-Denayrouze pieds plombés, endossé à cette occasion (énorme combinaison, tête enfermée dans le casque alimenté en air par une pompe manuelle à bord). Il plonge à nouveau un an plus tard, depuis le croiseur D'Entrecasteaux devant l'île de Hainan (Chine), pour dégager une aussière en acier enroulée autour d’une hélice que le scaphandrier du bord n'arrivait pas à libérer. En 1907, il embarque ensuite à bord du croiseur cuirassé Victor Hugo.

L'enseigne de vaisseau Le Prieur est envoyé deux ans au Japon comme élève-interprète (1908-1910), il y découvre les arts martiaux : il suit des cours au dojo de Jigorō Kanō dont il est adepte de la philosophie d'équilibre physique et spirituel qui l'enthousiasme. Il traduit en français le manuel de jiu-jitsu du Maître , publié à Paris en 1911 par les Éditions Berger-Levrault (réédité par Yugen éditions en 2013). Le , Yves Le Prieur est le premier homme à voler dans le ciel japonais sur un planeur en structure de bambou et de toile de sa construction selon les plans des frères Voisin. L'exploit a lieu à Tokyo, près du lac Shinobazu, devant des ministres, des ambassadeurs, la presse et la foule enthousiaste.

Au bout des deux ans prévus, Le Prieur quitte le Japon fin et rentre en France par le Transsibérien. En août il est affecté à la Commission de Gâvres. Le , il épouse Françoise Marie à Lorient. Ils auront deux filles : Simone (1912-2015) et Monique (1918-1975). Ils divorcent à Paris en 1921.

Il épousera Anne-Marie Brasseur en secondes noces en 1944, mariage dont ils décideront de ne pas avoir d'enfants : Yves Le Prieur aura pour descendance ses deux petites-filles (puis leurs enfants et leurs petits-enfants) issues du mariage de sa fille Simone en 1941 à Rodez avec Louis Mesnard (1917-2011), fils du magistrat et préfet Georges Mesnard (1884-1949) et petit-fils de l'avocat et député radical-socialiste Louis Puech (1851-1947).

Inventions pour l'aéronavale et Première Guerre mondiale En 1911, l'enseigne de vaisseau Le Prieur est élève à l'école des officiers-canonniers à Toulon sur le croiseur Pothuau et les cuirassés Tourville et Mirabeau. Le réglage de tir devient son principal centre de recherches. Brillant balisticien, en 1912 il invente et réalise les calculateurs et les conjugateurs de tir qui vont équiper les unités de la Marine qu'il expérimente à Lorient et à la base aéronavale de Saint-Raphaël, où ses travaux de balistique aéronavale le mèneront sa vie durant.

C'est alors que survient la Première Guerre mondiale, l'enseigne de vaisseau Le Prieur est envoyé à Malte et en Adriatique chargé d'équiper de ses conjugateurs de tir les cuirassés France et Paris, puis la plupart des bâtiments à la suite. En 1914 et 1915, il se consacre à perfectionner différents systèmes de tir, tant des canons d'artillerie navale que des canons de l'armement de terre. Nommé lieutenant de vaisseau en 1915, il est demandé à la base d'hydravions de Cazaux où il travaille à améliorer la technique d'amerrissage. Il se penche aussi sur l'une de ses inventions qui l'aura le plus passionné en ces temps de guerre : le tir de fusées incendiaires depuis un avion en vol sur une cible aérienne. En , les fusées Le Prieur - ou roquettes - sont expérimentées à Verdun contre les drachens par l'aviation de chasse (les aviateurs Navarre, Guynemer et Nungesser en font partie), permettant ainsi de reprendre le fort de Douaumont. Les roquettes Le Prieur valent à leur inventeur d'être félicité par le président Raymond Poincaré et d'être décoré de la Légion d'honneur et de la Croix de Guerre. Le major-général britannique Trenchard lui remet la Military Cross à Cachy, quelques jours avant la bataille de la Somme. Paul Painlevé, ministre de la Guerre, avec son ami le physicien Jean Perrin, charge alors le lieutenant de vaisseau Le Prieur (31 ans) de diriger le tout nouveau bureau des inventions rattaché au ministère de la Guerre (bureau qui deviendra le CNRS en 1939). En 1917, il passe son brevet de pilote d'avions à la base aéronavale de Saint-Raphaël ( lors des essais de ses inventions), où il met au point ses bombes ramées et ses bombes à flotteurs contre les sous-marins, ses affûts de DCA pour Hotchkiss.

Inventions pour la sécurité en avion La paix revenue, en 1919, le lieutenant de vaisseau Le Prieur est demandé par Louis Charles Breguet à Villacoublay pour transformer les bombardiers Breguet XIV en avions de transport civil. En , Albert de Carsalade le nomme directeur technique à la Précision Moderne qu'il vient de fonder, où Le Prieur se consacre surtout à ses inventions pour la sécurité de l'aviation (en 1920 le « gyroclinomètre » permettant l'amerrissage des hydravions sans visibilité, et le « navigraphe », appareil correcteur des dérives en vol), tout en continuant ses travaux pour Hotchkiss ; ses « conjugateurs mécaniques » sont adoptés par la Marine en 1922. Il est élu à la toute nouvelle Académie de marine en même temps que Maxime Laubeuf, l'ingénieur inventeur du sous-marin moderne, ami de sa famille. Ses activités d'inventeur ne sont pas compatibles avec le métier de marin embarqué. Ne pouvant reprendre du service à la mer, il quitte alors la Marine avec le grade de capitaine de corvette de réserve.

Le Prieur est aussi dessinateur et mélomane. Il est ami du capitaine de frégate Jean Cras, (compositeur et lui aussi inventeur), du Groupe des Six, de Robert Delaunay et Sonia Delaunay, Fujita, Maurice Utrillo, du sculpteur François Sicard, de l'architecte Robert Mallet-Stevens et de nombreux cinéastes. Une amie d'enfance de sa mère, Cécile Philibert (sœur de l'amiral Philibert) le présente en 1922 à Georges Clemenceau qui s'intéressera amicalement jusqu'à sa mort, à l'inventeur et à ses travaux.